UN FLAMAND ET DES LIEGEOIS A L’AFFICHE DOMINICALE DU ROYAL FESTIVAL DE SPA.

Temps gris dimanche à Spa où l’après-midi commence mal. Longue file dans le parc urbain des sept heures où souvent éloignés des endroits de stationnement,  les spectateurs doivent en outre attendre debout jusque peu après 17 heures 30’  que le chapiteau sans places numérotées devienne accessible encore que sans guère d’éclairage. Des chaises avec dossiers, un accueil tant soit peu adapté aux diverses catégories d’âge ou de forme physique du public, on semble ne pas connaître. Même si nous ne nous  faisons pas d’illusions en vue des six  représentations sous chapiteau de « Bêtes de foire », nous pensons devoir écrire ces lignes pour contribuer au fait qu’à l’avenir  le Festival soit davantage respectueux de son public.

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Nous avons assisté à deux spectacles. Le premier  joué par Danny Ronaldo secondé par l’équipe du Circus Ronaldo une famille flamande au service depuis six générations du cirque d’alors et de celui d’antan. Pas de texte français mais un peu de galimatias d’inspiration latine comme le titre du spectacle: « Fidelis fortibus » (1) qui signifie littéralement  « fidèle aux audacieux »

Seul survivant d’une troupe qui comptait des artistes circassiens de multiples disciplines, le clown voudrait renoncer à toute représentation mais le public l’encourage à tenir tous les rôles. Prestation très réussie qui mêle poésie et humour, nostalgie et exerciccs de haute voltige  ce qui en février dernier a conduit (le clown, pas le joueur de foot) à remporter le Prix Flamand de la Culture pour le Cirque. Le public spadois a confirmé la justesse de ce choix.

On soulignera une nouveauté : l’importance donnée désormais à la coopération entre le Festival et la Flandre non seulement grâce aux Ronaldo mais aussi à la Compagnie De Rode Boon dans les Evidences inconnues, aux danseurs qui interprètent Horses et surtout au duo entre l’auteur de « Para » David Van Reybrouck (dont le monumental essai sur le Congo m’a passionné ) et le lauréat du Louis d’Or néerlandais du meilleur comédien Bruno Vanden Broecke.

La seconde représentation dominicale ne se basait pas  plus que « fideis fortibus » sur l’interprétation du texte d’un auteur reconnu. On n’est pas dramaturge à six. Avec leur pièce « Parc » (aquatique) un collectif d’une demi-douzaine d’acteurs liégeois imagine et joue un accident mortel entre un orgue et un dresseur d’animaux. Cette comédie noire s’inspire notamment du spectaculaire « Sauvez Willy » écrit le programmateur qui ignorait que la pièce se jouerait trois jours après l’infarctus subi par Willy… Demeyer, Bourgmestre depuis plus de dix-neuf ans de la Ville de Liège.

Mais rassurons nous : le Mayeur comme Cédric Coomans, Eléna Doratiotto, Sarah Hebborn, Daniel Scmitz et Kirsten Vanden Hoorn aidés par Marion Leroy et accompagnés d’Olivier Hespel vont bien et peuvent toujours espérer la réussite de leurs œuvres. Le Collectif « La station » a déjà reçu le Prix Emulation 2019 du Théâtre de Liège.                                 Jean-Marie ROBERTI

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(1)   Le proverbe fortes fortuna juvat des Romains fut  reformulé par Virgile dans l’Énéide (X, 284) : audaces fortuna juvat.  Nous l’avons adopté dans sa formulation française : « la fortune sourit aux audacieux ». Par contre « Fidelis fortibus »  n’est pas une citation littéraire et la traduction devient  souvent trahison. C’est le cas pour fortibus. Ainsi quand César écrivait selon nos professeurs et livres d’histoire que de tous les peuples de la Gaule les Belges sont les plus braves, on constate a posteriori que ces Belges n’occupaient pas le territoire belge actuel et que dans l’esprit de César les plus braves sont les sauvages les. plus incultes …

SPA: UN FESTIVAL ROYAL AUX SPECTACLES SANS TEXTE.

Si depuis l’an dernier, le mot Festival n’a plus été à Spa suivi par la précision de théâtre, c’est notamment parce que la proportion de spectacles dépourvus de texte a été augmentée. Ce qui au milieu de l’été, alors que de nombreux touristes flamands, néerlandais, allemands, voire anglais, résident dans la région, cette absence de contrainte linguistique devrait  les attirer pour autant que l’information leur parvienne dans leur langue (ce qui n’est pas simple à garantir).      

Ce vendredi 9 août, nous avons assisté à deux de ces spectacles sans texte, réinvités l’un et l’autre suite aux succès obtenus l’an dernier et que la mode actuelle qualifie de circassiens ou Tcherkesses (concernant les gens du cirque). Dans ce secteur culturel, on trouve (parfois) le meilleur. C’est le cas avec la création de Patrick Masset excellent metteur en scène mais dont la création de lumière est franchement gênante, en tout cas pour les spectateurs des premiers rangs à éblouir autrement.  Mais quelle époustouflante réussite que ce mariage des acrobaties et de l’opéra dans cette œuvre qui conduit à exorciser les peurs. Les deux porteurs, Denis Dulon et Guillaume Sendron, la voltigeuse Airelle Caen, presqu’aussi athlétique que ses partenaires masculins et la brillante cantatrice Julie Calbete sont de grands professionnels  qui excellent à alterner  violence et douceur poétique, en passant par un humour qui déclenche les rires du public (notamment lors de la prestation d’une spectatrice attirée sur la piste). La longue standing ovation qui clôtura cette représentation mérite de rester dans les mémoires.

Mais il n’y a pas que le meilleur ! François Rabelais débutait son Gargantua en écrivant que le rire est le propre de l’homme. Même quand il est bête ? Le niveau du spectacle de Xavier Bouvier et Benoît Devos est défini et localisé dans son titre Slips inside. Les pitreries de ces olibrius (comme aurait dit, en son château de Moulinsart, le capitaine Archibald Haddock) sont supportables dix minutes mais non une heure quart. Certes ces clowns circassiens sont des acrobates  spectaculaires mais leur volonté d’imposer d’incessants éclats d’un rire loin d’être du  meilleur goût conduit à ce que la comparaison de leurs  prestations athlétiques avec celles  de leurs prédécesseurs au Festival de Spa ne joue pas en leur faveur.      

Bref, ce vendredi 9 août comme le mercredi 7, notre soirée spadoise a fort bien débuté mais s’est moins bien terminée.      

Jean-Marie Roberti 

P.S. : Et quand j’écris bien commencée je ne tiens pas compte de la mise en place du public. Bloquer les entrées (même au-delà de l’heure précise du début du spectacle) conduit les spectateurs à s’agglutiner, voire à se bousculer, avant d’occuper des sièges ou des bancs peu confortables.

Une numérotation  préalable des places et l’ouverture de la salle avant l’heure de la représentation accroissent sans aucun doute  le travail du personnel mais, en dépit des difficultés à surmonter,  c’est à celui-ci d’être au service des spectateurs et non l’inverse.   

Le soixantième festival de Spa s’est ouvert presqu’en fanfare.

 A Spa, le soixantième Festival (cinquante-huit fois de théâtre et deux fois royal) a débuté ce mercredi 7 août 2019 à 18 heures 30’ par une agréable surprise. 

A l’affiche Une vie sur mesure de Frédéric Chapuis dans une mise en scène de Stéphane Battle. En réalité un spectacle souvent drôle et parfois émouvant. On ne peut pas parler d’ouverture en fanfare puisque celle-ci est habituellement composée d’un ensemble de cuivres mais on n’en est pas loin car les instruments à percussion que sont deux batteries sophistiquées permettent des interprétations qui valent bien – pour ouvrir un festival –  les moyens que donnent  tambour et trompettes.

Il était une fois un étudiant lillois à Bruxelles, bachelier en batterie jazz au Conservatoire Royal de Musique et aussi élève en classe de déclamation de l’Académie d’Ixelles. Nous avons pensé que le spectacle qui conte une passion absolue (celle pour la batterie) avait été écrit pour lui. Ce n’était pas le cas mais l’adéquation du texte et de sa mise en scène avec les remarquables qualités du très talentueux musicien et comédien qu’est Pierre Martin (photo d’en- tête) s’avère tout-à-fait exemplaire. Seul en scène pendant une heure quart, cet artiste qui possède un splendide sens du rythme et s’avère d’une dextérité exceptionnelle, émeut ou amuse sans jamais lasser. Qu’il apparaisse comme différent (dérangeant pour celles et ceux qui croient ne pas l’être) ou bien  enthousiaste (follement pour les sages), il joue juste. Cette prestation a enchanté une salle comble et enthousiaste et a suscité une ovation amplement méritée. Ce spectacle pourra être vu ou revu dans notre pays de septembre à décembre au Théâtre Le Public de Bruxelles puis à l’Atelier Théâtre Jean Vilar à Louvain-la- Neuve.

Un choix raté.

Après Une vie sur mesure, nous pouvions choisir entre trois spectacles pour terminer la soirée. Nos amis Monsieur et Madame André Bisschops délégués liégeois du Festival de Spa depuis des décennies,  nous ont dit combien ils ont été ce mercredi positivement impressionnés par les Évidences absolues présentées par la compagnie flamande Rode Boom qui invitait le public spadois à découvrir comme par magie l’art du mentalisme.

Rencontré en fin de soirée, le directeur du Festival Axel De Booseré nous a dit avoir été étonné du fait qu’amateur d’un théâtre où de grands textes sont à servir par d’humbles comédiens (ainsi que le préconisait Gérard Philippe au milieu des années cinquante en Avignon lors des rencontres internationales des jeunes organisées dans le cadre du Festival du Théâtre National Populaire dirigé par Jean Vilar), nous ne sommes pas allés voir et écouter la comédie de Joshua Sobol.

À posteriori c’est effectivement bizarre (Vous avez dit bizarre ?  … Comme c’est bizarre !) mais cela s’explique cependant par la place qu’a prise dans mon existence la solidarité avec les démocrates chiliens et aussi par l’attrait que j’ai toujours ressenti à l’égard des artistes professionnels du théâtre des marionnettes pour adultes. Nous étions bien placés et nous cherchions à entendre mais nous n’avons rien compris à cette adaptation de La mouette d’Anton Tchékhov. Dans ces conditions nous suivrons l’adage du Liégeois Georges Simenon Comprendre ne pas juger. À fortiori quand on ne comprend pas.

La représentation plus tardive que celle des autres spectacles de cette pièce intitulée Tchaïka, nous aura permis de déguster la promotion d’un restaurant voisin : pour notre couple, deux casseroles de moules marinières accompagnées d’une bouteille de Muscadet. Malgré un long détournement pour cause de travaux dans le sens du retour de Spa à Liège, le bilan de cette première soirée du Festival de Spa laisse espérer d’intéressantes découvertes.

Jean-Marie Roberti

Raphaëlle Mattart, lauréate du Prix du Corps Consulaire de la Province de Liège.

Fondé en 2001 à l’initiative de Robert Dondelinger, professeur à l’Université de Liège et   consul honoraire du Grand-Duché de Luxembourg, le Prix du Corps consulaire de la Province de Liège en sera à sa vingtième édition l’année prochaine. L’objectif de ce Prix – richement doté (3000 €) – est de susciter et d’encourager, chez de jeunes étudiants diplômés, des vocations pour la vie diplomatique ou des carrières de recherches qui touchent à ce domaine.

Pour le 20ème Prix, attribué au cours de l’année académique 2019-2020, sont admis des travaux réalisés dans le courant des deux dernières années académiques. Toute information pratique sur le Prix est disponible à l’Université de Liège, Monique.Jacquemin@uliege.be.

Cette année, le Prix a été décerné au travail intitulé la culture entre concept et compétence. Son autrice, Raphaëlle Mattart (1), chercheuse doctorante, vise à savoir comment la culture est-elle perçue dans l’Union européenne depuis sa formalisation en tant que compétence d’appui dans le traité de Lisbonne ? Compétence d’appui, autrement dit l’Union européenne ne peut intervenir  que pour soutenir, coordonner ou compléter les actions des États qui maintiennent leurs compétences.

Au début de son travail, l’autrice aborde succinctement le parcours de la culture au travers des traités et des divers programmes mis en place lors de la construction européenne.  A cet égard, on remarque que la culture oscille aussi entre les aspects symbolique et économique. Il apparait que, nonobstant l’importance que l’on donne au premier dans les textes analysés, c’est bien le second qui a joué et joue toujours un rôle prépondérant dans la conceptualisation de la culture au sein de l’UE.

En principe, le traité de Lisbonne et l’agenda de 2007 changent la perception de la culture au sein de l’Union européenne. Et dans les faits ? Pour le savoir, Raphaëlle Mattart a interrogé des acteurs tant dans la sphère institutionnelle européenne que dans la sphère étatique ou opérationnelle. À l’issue de ces  entretiens, elle a constaté que la culture constitue un élément fondamental de la construction du projet de communauté au sens politique du terme. Dans cette configuration, nous soutenons que la culture est perçue comme un concept, une capacité d’action, un référentiel de construction de projet, se rapportant d’une part, dans son aspect plus économique à une certaine capacité d’action issue de la compétence d’appui, d’autre part, dans son aspect symbolique à un référentiel issu de la compétence transversale dissimulée.

  • La photo d’en-tête montre la lauréate Raphaëlle Mattart et sa maman, entourées du peintre Philippe Waxweiler et du journaliste professionnel Pierre André. Photo© Michel Houet – ULiège 2019

« Liège, Chefs-d’oeuvre » : à voir, voire revoir!

Dans moins d’un mois, il sera trop tard pour découvrir Liège, Chefs-d’œuvre à la Boverie. Cette exposition, ouverte en décembre dernier et se terminant le dix-huit août, présente les œuvres-phare de la collection du Musée des Beaux-Arts de la ville de Liège. Exposition unique car jamais elle n’est susceptible d’être présentée en d’autres lieux. En effet, dans cette hypothèse, le Musée des Beaux-Arts serait privé de plus de deux-cents chefs-d’œuvre. Tout au plus, certaines pièces peuvent être prêtées à d’autres musées le temps d’une exposition temporaire. Quant aux œuvres qualifiées de Trésors en Fédération Wallonie-Bruxelles, elles sont soumises à l’accord de dix-sept experts avant tout prêt ou tout déplacement. En Fédération, cent-trente-deux biens sont classés Trésors dont une vingtaine appartiennent à la Ville de Liège.

En ouverture de l’exposition, deux toiles du 19ème . L’une représente en bleu de travail Le Jardinier d’Émile Claus, peintre impressionniste chantre du luminisme. L’autre en tenue pourpre et broderies or, Bonaparte, Premier Consul. Œuvre de commande de Bonaparte destinée à la Ville de Liège, son auteur Jean-Auguste-Dominique Ingres a placé, en arrière-plan, la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert intacte. Comme si rien ne s’est passé. À l’image du Concordat de 1801 rétablissant les relations entre le Vatican et Paris. Or, décidée en 1793 par les révolutionnaires liégeois à l’instigation de Léonard Defrance, la démolition de la cathédrale est effective dès 1794. Ainsi donc Liège, Chefs-d’œuvre met en valeur Ingres exaltant la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert et Defrance, son démolisseur !

Après ces deux toiles impressionnantes, le public admire l’école liégeoise qui rayonne au XVIIème siècle avec ses quatre générations d’artistes assimilant influence française et italienne. C’est le temps des Gérard Douffet, Gérard de Lairesse, Bertholet Flémal. Ensuite, muni du guide du visiteurwww.laboverie.com – il parcourt cette exposition enrichissante qu’il convient d’avoir vue sinon revue.

Liège : rénovation du Perron datant de 1303.

Le règne de Louis de Bourbon fut l’un des plus tristes de l’histoire de Liège tel est le jugement porté, à la fin du 19e siècle, par la  Biographie nationale. De l’avis d’un autre biographe, Bourbon était léger, dissipé, ennemi du travail : il témoignait peu de considération à la noblesse liégeoise et dédaignait les libertés publiques. Malheur à celui qui osait blâmer sa conduite. Aussi, lorsque le Sanglier des Ardennes, Guillaume de La Marck l’assassine, le 30 août 1482, à hauteur de l’actuelle rue de la Limite, le peuple liégeois ne le pleure guère.

À peine se souvient-il du rôle joué, à Bruges, par Louis pour obtenir le retour à Liège de son perron. Il est vrai que dix ans auparavant, en octobre 1468, Louis est au côté de Charles le Téméraire, fraîchement marié à Marguerite d’York, pour le sac de Liège et le rapt du perron transféré à Bruges où il est exhibé tel un trophée de guerre. Disposé près de la Bourse, humilié, n’élevez plus vos fronts si hautains vers le ciel ! / par ma chute, apprenez qu’il n’est rien d’éternel / symbole de courage et de gloire, naguère / je protégeais un peuple invincible à la guerre, / et j’atteste aujourd’hui, vil jouet méprisé / que Charles m’a vaincu, que Charles m’a brisé.

Charles mort le 5 janvier 1477, sa fille Marie de Bourgogne renonce à toute prétention sur la Principauté de Liège et épouse, le 19 août 1477 Maximilien de Habsbourg, futur Empereur du Saint-Empire Romain Germanique. Mais ce n’est qu’en juin 1478 qu’une cavalcade de nobles liégeois peut se rendre à Bruges pour en ramener le perron rejoignant Liège le 18 juin après un exil de 3490 jours. Le temps d’apposer une mention latine de trente-huit mots, le perron est solennellement remis à sa place, au milieu du Marché, vis-à-vis tant du Détroit des échevins que de la Halle et de la Violette, le 10 juillet 1478.

Si petronus, un mot du bas latin signifiant grosse pierre a donné naissance au mot perron, l’origine de ce type de monument – une base, une colonne, un emblème – est plus ancienne. Liège a son perron au début du 14e siècle. Il symbolise les franchises municipales. Le cry du perron marque la promulgation des actes et l’information des citoyen.ne.s. Lors de la cérémonie marquant la fin de la rénovation du perron, tant le bourgmestre Demeyer, noss binamé Willy, que la première échevine Christine Defraigne ont évoqué l’importance de ce cry du perron. La tradition serait-elle sur le point de renaître ?

L’ornementation du perron a varié. Ainsi, avant qu’un vent impétueux aussi fort que celui de la sainte-lucie (13 décembre) en 1448, ne mette bas le perron le 9 janvier 1693, on peut y voir des paillards des deux sexes. Jean Del Cour leur substitue, en 1697, les Trois Grâces que d’aucuns nomment les Trois Garces en souvenir des ribauds d’autrefois. Le 12 thermidor de l’an V (30 juillet 1797), dans une lettre à la municipalité liégeoise, Nicolas Bassenge s’interroge : ne pourrait-on pas, en entourant cette colonne de légères baguettes de fer cuivré, lui donner la figure d’un superbe faisceau qui, supporté par des lions, symbole de la force, représenterait la belle image de la force et de l’union?  Il ne propose pas de remplacer la pomme de pin et la croix par un bonnet phrygien porté par une pique comme certain panneau au Palais des Prince-Évêques le fait.

Classé en 2009 monument exceptionnel de Wallonie, le perron a fait l’objet d’un chantier de rénovation d’une valeur de 250.000 € alliant firmes privées (Bureau d’Étude Greisch, entreprises Galère, restaurateur Laurent Labiat) et expertise des agents communaux dont les Tailleurs de pierre. L’Agence wallonne du Patrimoine assure 70% du financement, la Ville de Liège  26%  et la Province de Liège 4%.

En entête, tableau d’un artiste inconnu consacré au 10 juillet 1478 – Grand Curtius    

Du Condroz à la Baltique, un roman de Charly Dodet.

J’avais un peu plus de vingt-cinq ans quand j’ai disparu de ce monde. Aujourd’hui, je serais presque centenaire, si j’avais vécu. Beaucoup de temps a passé depuis cette époque de ma vie. Si je me décide à intervenir à présent, c’est parce que je ne puis rester indifférent à l’évolution d’un monde qui me paraît tellement étranger à celui que j’ai connu et parce que j’ai très peur que les enfants de demain nous oublient un peu trop facilement.

Ces lignes marquent le début du cinquième roman de notre confrère Charly Dodet qui durant quarante ans arpenta le Condroz en qualité de journaliste professionnel de Vers l’Avenir (L’Avenir aujourd’hui). Des galoches sur la Baltique (1), c’est  six ans de vie de Marcel, l’aîné de la famille, sept ans plus âgé que mon frère. Pourtant, je ne jouissais pas de privilèges particuliers, entre une mère autoritaire, un père débonnaire (…) J’avais réussi à économiser un peu d’argent, juste assez pour acheter un vélo de course, et (…) je m’essayais à quelques champions de la petite reine, sur les chemins du Condroz comme sur la piste du vélodrome de Havelange… Les villages étaient paisibles, les filles étaient jolies et le soleil éclairait les chemins creux et les champs labourés.

Marcel est un personnage réel. Il est l’oncle de Charly Dodet qui lui a dédié ce livre ainsi qu’à son frère Jean,  deux frères nés entre les deux Guerres Mondiales, qui ont su placer leur idéal au-dessus de toute autre considération de leur âge et de leur époque. Marcel a vécu des moments d’histoire avérés. Pourtant, Charly Dodet réfute l’appellation de roman historique. Il l’affirme haut et net : Ce livre est une œuvre de fiction. (…) Et les situations, les descriptions ou les propos rapportés sont le fruit de l’imagination de l’auteur.

Le décor est planté, nous sommes, en août 1939, à Chardeneux,  classé aujourd’hui comme l’un des plus beaux villages de Wallonie.  Chardeneux, c’est un petit village ramassé en boule, blotti à l’extrémité sud du Condroz, à proximité de la faille qui dégringole vers la Famenne. Les maisons et l’église sont massives et anciennes, construites il y a plusieurs siècles en moellons de pierre grise tirés des carrières des environs. Si l’église domine le village, à flanc du coteau qui grimpe vers le Bois de Mont, le village s’est logé en contrebas, à l’abri des mauvais vents du nord. Un petit ruisseau, qui prend sa source dans les escarpements de Bassines, traverse le village. Marcel, vingt ans ce jour, effectue la moisson avec son papa Nicolas et Jean, son frère. La vie à la campagne, le métier de fermier, non, ce n’était pas mon objectif. En secret, je rêvais de mieux que cela, (…) je voulais gagner de grandes courses cyclistes, devenir une vedette, que les foules viennent me voir courir, applaudissent à mon passage et plus encore en me voyant monter sur le podium.

Pas loin de Chardeneux est le hameau cul-de-sac de Bassines où se trouve un château du XVIIIème siècle. Des ecclésiastiques espagnols s’y sont réfugiés en 1936 fuyant la terror rojo. En 1939, il est occupé par une fondation à la recherche d’une propriété discrète  pour  ouvrir une école loin de la ville. Curieux de nature, assez téméraire, Marcel décide d’aller voir. Il est reçu par une dame qui lui demande de revenir quand le directeur sera là : les temps ne sont pas sûrs, et nous devons nous méfier. Cet endroit peut bien jouer son rôle, à condition  qu’une grande discrétion soit respectée à son sujet.

Marcel retourne au château, voit le directeur Willem Vanden Schoten qui le jauge, la confiance s’établit entre les deux hommes. Le château de Bassines accueille une école pour enfants juifs. Lorsque la guerre éclate, les cours continuent, la Résistance s’organise et veille. Willem Vanden Schoten confie à Marcel des responsabilités accrues : Tu as énormément de qualités, tu as beaucoup de prestance, tu as appris très vite à imposer tes vues, tu réfléchis beaucoup et j’ai constaté que les hommes font très attention à ce que tu dis. Crois-moi, te serais notre meilleur chef. ( …) Voilà comment à 22 ans, Marcel est devenu chef de section, gratifié du grade de capitaine.

En fin d’ouvrage, Marcel s’interroge : le centenaire que je serais à présent est perplexe aujourd’hui. (…) Plus rien n’est comme avant mais avez-vous pu profiter de ce séisme de 39-45 pour mettre les outils qui vous éviteront de telles dérives ?

La première page de couverture du livre Des galoches sur la Baltique est une illustration de cette mer. Les Éditions Persée ont délicatement inscrit dans le ciel une photo de Marcel.

Des galoches sur la Baltique – Charly Dodet – Roman – Éditions Persée – ISBN 9782823126945 – 166 pages – format 148×210 – 14.50 €