Roger Dehaybe a fait « Le choix de la Francophonie » !

Premier commissaire général aux relations internationales de la Communauté française de Belgique dès 1983 puis, en 1998, administrateur général de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Liégeois Roger Dehaybe publie aux éditions du Cygne à Paris Le choix de la Francophonie (1). Les premiers mots du livre précisent ce qu’il n’est pas : Ces notes ne sont pas mes « mémoires ». Je n’évoque ni ma jeunesse ni mes proches bien qu’ils aient joué un rôle important dans mon parcours.

L’ouvrage est divisé en trois parties. La première explique comment « à petits pas » les francophones de Belgique ont acquis une influence sur la scène internationale. Influence qui se marque par une politique dont la Francophonie est apparue, très tôt, comme une évidente priorité. La deuxième traite de ce qu’il est convenu de nommer la « nouvelle Francophonie » définie au Sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage de Hanoï en 1997, le VIIème Sommet de la Francophonie. Enfin, confrontée aux besoins du Sud et aux moyens disponibles, la troisième partie permet à la Francophonie de reprendre la réflexion quant aux priorités et, surtout, à sa « plus-value » par rapport à d’autres Organisations.

Le goût, le choix de la Francophonie est ancré depuis près d’un demi-siècle chez Roger Dehaybe. C’est le Québec et l’Afrique qui m’ont initié à la Francophonie. À Québec, en août 1974, nous sommes des milliers sur les plaines d’Abraham à écouter Gilles Vigneault, Félix Leclercq, et Robert Charlebois qui, ensemble, proposent « que les hommes vivent d’amour ». À Hanoï, en novembre 1997, le groupe des pays africains se dit d’accord d’élire Secrétaire général de la Francophonie Boutros Boutros-Ghali à condition que sitôt l’Administrateur général Roger Dehaybe soit nommé par les Ministres, ici à Hanoï. Je suis donc, plus que jamais, « Roger l’Africain ».

Ce titre, l’Administrateur général y tient. Il sait que pour un Africain, l’hospitalité implique l’adhésion aux demandes du pays qui accueille (J’aurai l’occasion de vérifier cela plus tard à Ottawa). Il sait qu’au cours de ses deux mandats et encore aujourd’hui, il a mené plusieurs combats, à ses yeux fondamentaux, dont la place des langues nationales dans l’éducation. Si l’école redevient un vrai produit « du village » alors, chaque citoyen, chaque « ancien », détenteur d’une partie de l’histoire deviendra, à sa façon, un auxiliaire de l’enseignant et l’éducation des enfants constituera une entreprise collective dont personne ne sera exclu. Paradoxalement, la langue française y gagne car c’est en substituant le partenariat à la contrainte que la langue internationale s’inscrira durablement dans la diversité culturelle de la communauté francophone.

Préfaçant Le choix de la Francophonie, l’ancien Président du Sénégal qui a été durant douze ans Secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf le qualifie de solide et généreux ouvrage. Tout est dit et bien dit. Tout est minutieusement rapporté. Une étonnante mémoire d’archives nous tient en tension avec un art consommé de raconter et de convaincre. Abdou Diouf cite Roger Dehaybe : dans un pays où la population est à 75% analphabète, quel sens a une élection dite démocratique ? Renforcer la démocratie, c’est d’abord éduquer.

Il est d’autres citations. À chaque fois, Abdou Diouf ajoute À méditer ! Tant ce livre devance la Francophonie à venir, celle qui façonnera la jeunesse et lui donnera les armes pour mieux affronter les défis à venir et toujours plus complexes. Nul doute qu’à Djerba, les 20 et 21 novembre, plus d’un participant au XVIIIème Sommet de la Francophonie soit en possession de l’ouvrage.

Lucide, Roger Dehaybe déplore une décision prise en 1991, lors du IVème Sommet de la francophonie attribuant aux Ministres des Affaires Étrangères le choix des actions de la Francophonie et de ses programmes de coopération. Ces Ministres sont davantage intéressés et concernés par les questions politiques et par les crises qui frappent tant de pays. Naguère, comme au temps de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), ce choix était du domaine des Ministres de la Culture ou de l’Éducation nationale. Des acteurs bien au fait des enjeux liés à la culture, à la langue, à l’analphabétisme.

En 1970, à Niamey, 21 pays dont le Bénin, le Burundi, le Cambodge, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Haute-Volta, Madagascar, le Mali, le Niger, le Rwanda, le Sénégal, le Tchad, le Togo, la Tunisie, le Vietnam créent l’ACCT. Les pays du Sud sont majoritaires. Un demi-siècle plus tard, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) comprend 88 membres dont 7 associés et 27 observateurs. Élargissement après élargissement, les pays africains dont le développement constituait l’objectif des fondateurs sont aujourd’hui minoritaires au sein de l’Organisation, de même que les 32 pays qui ont encore le français comme une de leurs langues officielles !

Au regret de Roger Dehaybe, la Francophonie semble, ces dernières années, davantage axée sur les questions politiques que sur les questions de coopération. Cela paraît se modifier. Ainsi, fort heureusement, le Secrétaire générale – Louise Mushikiwabo – entend rendre à la défense de la langue française la première place dans les actions de l’Organisation et a décidé de présider personnellement le groupe de travail consacré à la langue française. En effet, la langue française est un moyen pour contribuer au développement : éducation, économie, démocratie.

Partisan résolu de la promotion et de la défense de la langue française, Roger Dehaybe cite un article L’avenir du français se joue à Bruxelles ! paru en mai 1989 dans La Libre Belgique, article qui eut mérité de prendre sa place dans les annexes de l’ouvrage. Son raisonnement de 1989 : les deux grands ensembles politiques et économiques, le monde américain et le monde asiatique n’ont plus recours qu’à l’anglais pour leurs relations internationales. Seule l’Europe laisse encore une place encore significative à la langue française, une de ses langues officielles de travail. Nous sentons bien l’offensive du monde anglo-saxon pour tenter d’imposer l’anglais comme la langue unique des échanges. Si nous perdons la bataille du français en Europe c’est le monde de la Francophonie dans son ensemble qui sera touché et haut maternelle, découvre que cette langue ne lui assurera aucune possibilité de contacts et d’emploi dans monde, pourquoi continuerait-il à apprendre cette langue ? La victoire de l’anglais en Europe, dernière poche de résistance du français, peut conduire à terme les pays africains à revoir entièrement leurs politiques culturelles et éducatives. La bataille du français en Europe est donc un combat aussi pour le Sud.

En 1997, au Sommet d’Hanoï, la Francophonie prend un nouveau visage par la nomination d’un Secrétaire général et d’un Administrateur général. Mais la Charte qui régit leurs relations est ambigüe et peut être source de conflits. En effet, si le Secrétaire général est défini comme le « plus haut responsable de l’Agence », l’Administrateur général est responsable de la gestion et des programmes de coopération. Mais, il n’y a point eu de réelles divergences. C’est donc le souvenir d’une collaboration fructueuse que je garde de cette période et on ne soulignera jamais assez que, fort de son expérience à l’ONU, c’est Boutrons-Ghali qui a fait de la Francophonie un acteur reconnu sur la scène internationale. Quant à ses relations avec Abdou Diouf, celui-ci estime avoir été servi avec compétence, loyauté, imagination, célérité, respect et un haut esprit d’éthique. En boutade, Abdou Diouf lui a dit : tu es mon « Premier Ministre » !

Membre du Haut Conseil de la Francophonie présidé par le Président Chirac, Antoinette Spaak dans un avant-propos intitulé Un si beau parcours raconte comment, en 1983, le gouvernement de la Communauté française de Belgique a fait choix d’un homme de terrain aussi à l’aise sur le plan culturel que dans le domaine administratif. C’est ainsi que Roger Dehaybe, actif dans les milieux du théâtre et de la télévision locale, mais aussi directeur de cabinet de Ministres socialistes, a reçu la tâche exaltante de créer de toutes pièces l’embryon d’une sorte de ministère des Affaires étrangères, le Commissariat général aux relations internationales (CGRI). Devenu aujourd’hui le WBI, Wallonie-Bruxelles International. Roger Dehaybe, ce grand humaniste, a rempli son contrat avec succès (…) Mais son succès international ne fut pas moindre puisqu’en 1997, les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie le choisirent pour assumer la fonction d’administrateur général de la Francophonie. Pour Antoinette Spaak, L’ouvrage de Roger Dehaybe relate « pas à pas » de manière très concrète la genèse de ce projet tout à la fois politique, culturel et administratif, mais surtout une belle histoire humaine menée sous la houlette d’un homme visionnaire, également capable de faire passer ses visions du rêve à la réalité.

  • Le choix de la Francophonie – Un parcours belge et international – Éditions du Cygne – Collection Traces – Roger Dehaybe – 226 pages – 24€

Les émeutes racistes de Tulsa (USA) de 1921.

Greenwood est le nom d’un quartier de la ville de Tulsa dans l’État d’Oklahoma. Tulsa, ville figurant dans le top-50 des cités américaines les plus peuplés, a été durant une partie du vingtième siècle surnommée la capitale mondiale du pétrole. Quant à Greenwood, il est appelé Negro Wall Street vu que ce quartier prospère est aux mains d’Afro-Américains aussi aptes à faire affaires que des Blancs. Tous les ingrédients sont réunis pour narrer une belle histoire. Et pourtant tout a basculé, il y a près d’un siècle, en 1921, très exactement le 31 mai  et le 1er juin.

Il faut savoir que la veille, le 30 mai, un Noir de 19 ans, Dick Rowland, un cireur de chaussures a, par inadvertance, marché sur le pied de Sarah Page, 17 ans, préposée au fonctionnement d’un ascenseur au Drexel Building. En ce temps-là tant aux États-Unis que chez nous – et ceci dura notamment au Grand Bazar de Liège jusqu’aux années cinquante – le fonctionnement d’un ascenseur public requerrait un emploi spécifique. Sarah Page ressentit l’écrasement de son pied comme une tentative de viol. Elle cria, elle s’enfuit. Peu après, Dick Rowland est arrêté par la police.

 À Greenwood, une rumeur fait état que le cireur risque d’être lynché – une coutume du coin pour lutter contre les lenteurs de la justice. Un demi-millier d’Afro-Américains se rend aux abords du Tribunal en vue de le protéger. Les Blancs les considèrent comme une menace et gagnent en voiture Greenwood et les émeutes commencent. Des aéroplanes bombardent de boules de térébenthine en feu le quartier provoquant des incendies. Assiégés dans une église, des Noirs connaissent le sort des nobles liégeois la nuit du 3 au 4 août 1312 en l’église Saint-Martin. Ils sont carbonisés.

Bilan des deux jours d’émeutes : plus de 300 morts dont près de la totalité est Afro-Américaine. La plupart jeté en fosses communes en des endroits inconnus. En février 2020, la ville de Tulsa a décidé d’entreprendre des fouilles en avril en vue de les retrouver. La Covid-19 a retardé l’exécution de cette décision. Blessés? Plus de 300, un tiers Blanc. 9000 Afro-Américains sans-abris. 6000 Afro-Américains en état d’arrestation.

Si à l’époque, le massacre raciste de Tulsa a fait l’objet d’articles de presse tant en Amérique qu’en Europe, une Europe en reconstruction au lendemain de la guerre, curieusement, comme le note Wikipédia, « L’émeute fut en grande partie omise des histoires locales, étatiques et nationales : l’émeute raciale de Tulsa de 1921 a rarement été mentionnée dans les livres d’histoire, dans les salles de classe ou même en privé ».

Tulsa est la ville choisie par Donald Trump pour son premier meeting de campagne en vue de sa réélection. Initialement, il avait choisi de tenir son meeting le 19 juin, la date du « Juneteenth » ou « Emancipation Day » célébrant la fin de l’esclavage au Texas. Il a reporté son meeting au 20. Meeting prévu dans une salle de 22 000 places à laquelle il veut adjoindre une autre de 40 000. L’enthousiasme de Trump pour Tulsa n’est pas du goût du quotidien « Tulsa World » craignant notamment le risque sanitaire dû à la Covid-19. « Ce n’est le bon moment, et Tulsa n’est pas le bon endroit pour un meeting de Trump » !

Déconfinement, un terme inapproprié ?

Ce 4 mai, commence le déconfinement. Un terme qui nous semble inapproprié car nous sommes toujours en confinement. Certes, le confinement à partir du 4 mai diffère de celui engendré en mars. Ce confinement est soit assoupli, soit davantage strict. Les gestes barrière ne changent pas et la distanciation sociale est toujours en vigueur.

Assoupli « afin de rendre ces mesures plus supportables au quotidien ». Ainsi, certains sports tels le tennis, le paddle, le golf, le kayak sont permis car se déroulant en plein air et n’impliquant pas de contacts physiques. Mais la pratique de ces sports n’autorise nullement l’usage des vestiaires, douches et cafétérias qui doivent rester fermés.

Davantage strict dans les transports publics où tout citoyen « à partir de l’âge de 12 ans est obligé de se couvrir la bouche et le nez avec un masque ou tout autre alternative en tissus dès l’entrée dans la gare, sur le quai ou un point d’arrêt, dans le bus, le (pré)métro, le tram, le train ou tout autre moyen de transport ». Par ailleurs, le port du masque est recommandé dans tous les lieux publics.

Le déconfinement n’interviendra que lorsque le coronavirus COVID-19 sera maîtrisé quoique non disparu. Quand ? Nul ne le sait, ni gouvernants, ni gouvernés. D’ici là, chacun se doit de respecter scrupuleusement le confinement qui s’adapte en fonction de l’évolution des connaissances et des circonstances.

DIRE, NE PAS DIRE

Les prescripteurs de la langue française c’est-à-dire notamment les journalistes, les publicitaires, les professeur.e.s auraient intérêt à consulter de temps à autre le site de l’Académie française et sa chronique dire, ne pas dire – http://www.academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire. Un excellent moyen de lutter contre des expressions à la mode telles ce parti doit changer son logiciel ou c’est dans l’a.d.n. de l’équipe qui ne sont que des extensions de sens abusives.

Ainsi, l’Académie française rappelle qu’un logiciel est un ensemble structuré de programmes informatiques remplissant une fonction déterminée et permettant l’accomplissement d’une tâche donnée. On parle ainsi de logiciel de traitement de texte, de logiciel éducatif, du logiciel d’exploitation d’un ordinateur. Dès lors on évitera d’abuser de l’image qui consiste à faire de logiciel un équivalent de « manière de penser, de voir le monde » ou d’« ensemble d’idées », fût-ce pour évoquer des groupes, des partis, des institutions qu’on juge en décalage avec leur époque ou avec la situation actuelle. Plutôt que de dire que tel ou tel parti « doit changer son logiciel », on pourra dire qu’il « doit se renouveler », « envisager différemment l’avenir », « s’adapter au monde actuel ».

Ainsi, l’Académie française écrit : Désoxyribonucléique ! C’est là un bel octosyllabe, peu employé en poésie et assez difficile à retenir pour les non-initiés, mais formidablement utilisé quand il est sous sa forme abrégée (précédé d’acide, lui aussi abrégé), A.D.N. De la même manière qu’il convient de ne pas abuser des métaphores informatiques, on évitera d’emprunter trop systématiquement au vocabulaire de la biologie quand des locutions déjà validées par l’usage sont à notre disposition.

 Exemples de locutions déjà validées par l’usage : Le dépassement de soi est une caractéristique majeure de notre équipe ou L’antiracisme est une valeur fondamentale de notre parti au lieu de Le dépassement de soi fait partie de l’A.D.N. de notre équipe ou L’antiracisme est dans l’A.D.N. de notre parti.

« Liège, Chefs-d’oeuvre » : à voir, voire revoir!

Dans moins d’un mois, il sera trop tard pour découvrir Liège, Chefs-d’œuvre à la Boverie. Cette exposition, ouverte en décembre dernier et se terminant le dix-huit août, présente les œuvres-phare de la collection du Musée des Beaux-Arts de la ville de Liège. Exposition unique car jamais elle n’est susceptible d’être présentée en d’autres lieux. En effet, dans cette hypothèse, le Musée des Beaux-Arts serait privé de plus de deux-cents chefs-d’œuvre. Tout au plus, certaines pièces peuvent être prêtées à d’autres musées le temps d’une exposition temporaire. Quant aux œuvres qualifiées de Trésors en Fédération Wallonie-Bruxelles, elles sont soumises à l’accord de dix-sept experts avant tout prêt ou tout déplacement. En Fédération, cent-trente-deux biens sont classés Trésors dont une vingtaine appartiennent à la Ville de Liège.

En ouverture de l’exposition, deux toiles du 19ème . L’une représente en bleu de travail Le Jardinier d’Émile Claus, peintre impressionniste chantre du luminisme. L’autre en tenue pourpre et broderies or, Bonaparte, Premier Consul. Œuvre de commande de Bonaparte destinée à la Ville de Liège, son auteur Jean-Auguste-Dominique Ingres a placé, en arrière-plan, la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert intacte. Comme si rien ne s’est passé. À l’image du Concordat de 1801 rétablissant les relations entre le Vatican et Paris. Or, décidée en 1793 par les révolutionnaires liégeois à l’instigation de Léonard Defrance, la démolition de la cathédrale est effective dès 1794. Ainsi donc Liège, Chefs-d’œuvre met en valeur Ingres exaltant la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert et Defrance, son démolisseur !

Après ces deux toiles impressionnantes, le public admire l’école liégeoise qui rayonne au XVIIème siècle avec ses quatre générations d’artistes assimilant influence française et italienne. C’est le temps des Gérard Douffet, Gérard de Lairesse, Bertholet Flémal. Ensuite, muni du guide du visiteurwww.laboverie.com – il parcourt cette exposition enrichissante qu’il convient d’avoir vue sinon revue.

Liège : rénovation du Perron datant de 1303.

Le règne de Louis de Bourbon fut l’un des plus tristes de l’histoire de Liège tel est le jugement porté, à la fin du 19e siècle, par la  Biographie nationale. De l’avis d’un autre biographe, Bourbon était léger, dissipé, ennemi du travail : il témoignait peu de considération à la noblesse liégeoise et dédaignait les libertés publiques. Malheur à celui qui osait blâmer sa conduite. Aussi, lorsque le Sanglier des Ardennes, Guillaume de La Marck l’assassine, le 30 août 1482, à hauteur de l’actuelle rue de la Limite, le peuple liégeois ne le pleure guère.

À peine se souvient-il du rôle joué, à Bruges, par Louis pour obtenir le retour à Liège de son perron. Il est vrai que dix ans auparavant, en octobre 1468, Louis est au côté de Charles le Téméraire, fraîchement marié à Marguerite d’York, pour le sac de Liège et le rapt du perron transféré à Bruges où il est exhibé tel un trophée de guerre. Disposé près de la Bourse, humilié, n’élevez plus vos fronts si hautains vers le ciel ! / par ma chute, apprenez qu’il n’est rien d’éternel / symbole de courage et de gloire, naguère / je protégeais un peuple invincible à la guerre, / et j’atteste aujourd’hui, vil jouet méprisé / que Charles m’a vaincu, que Charles m’a brisé.

Charles mort le 5 janvier 1477, sa fille Marie de Bourgogne renonce à toute prétention sur la Principauté de Liège et épouse, le 19 août 1477 Maximilien de Habsbourg, futur Empereur du Saint-Empire Romain Germanique. Mais ce n’est qu’en juin 1478 qu’une cavalcade de nobles liégeois peut se rendre à Bruges pour en ramener le perron rejoignant Liège le 18 juin après un exil de 3490 jours. Le temps d’apposer une mention latine de trente-huit mots, le perron est solennellement remis à sa place, au milieu du Marché, vis-à-vis tant du Détroit des échevins que de la Halle et de la Violette, le 10 juillet 1478.

Si petronus, un mot du bas latin signifiant grosse pierre a donné naissance au mot perron, l’origine de ce type de monument – une base, une colonne, un emblème – est plus ancienne. Liège a son perron au début du 14e siècle. Il symbolise les franchises municipales. Le cry du perron marque la promulgation des actes et l’information des citoyen.ne.s. Lors de la cérémonie marquant la fin de la rénovation du perron, tant le bourgmestre Demeyer, noss binamé Willy, que la première échevine Christine Defraigne ont évoqué l’importance de ce cry du perron. La tradition serait-elle sur le point de renaître ?

L’ornementation du perron a varié. Ainsi, avant qu’un vent impétueux aussi fort que celui de la sainte-lucie (13 décembre) en 1448, ne mette bas le perron le 9 janvier 1693, on peut y voir des paillards des deux sexes. Jean Del Cour leur substitue, en 1697, les Trois Grâces que d’aucuns nomment les Trois Garces en souvenir des ribauds d’autrefois. Le 12 thermidor de l’an V (30 juillet 1797), dans une lettre à la municipalité liégeoise, Nicolas Bassenge s’interroge : ne pourrait-on pas, en entourant cette colonne de légères baguettes de fer cuivré, lui donner la figure d’un superbe faisceau qui, supporté par des lions, symbole de la force, représenterait la belle image de la force et de l’union?  Il ne propose pas de remplacer la pomme de pin et la croix par un bonnet phrygien porté par une pique comme certain panneau au Palais des Prince-Évêques le fait.

Classé en 2009 monument exceptionnel de Wallonie, le perron a fait l’objet d’un chantier de rénovation d’une valeur de 250.000 € alliant firmes privées (Bureau d’Étude Greisch, entreprises Galère, restaurateur Laurent Labiat) et expertise des agents communaux dont les Tailleurs de pierre. L’Agence wallonne du Patrimoine assure 70% du financement, la Ville de Liège  26%  et la Province de Liège 4%.

En entête, tableau d’un artiste inconnu consacré au 10 juillet 1478 – Grand Curtius    

Du Condroz à la Baltique, un roman de Charly Dodet.

J’avais un peu plus de vingt-cinq ans quand j’ai disparu de ce monde. Aujourd’hui, je serais presque centenaire, si j’avais vécu. Beaucoup de temps a passé depuis cette époque de ma vie. Si je me décide à intervenir à présent, c’est parce que je ne puis rester indifférent à l’évolution d’un monde qui me paraît tellement étranger à celui que j’ai connu et parce que j’ai très peur que les enfants de demain nous oublient un peu trop facilement.

Ces lignes marquent le début du cinquième roman de notre confrère Charly Dodet qui durant quarante ans arpenta le Condroz en qualité de journaliste professionnel de Vers l’Avenir (L’Avenir aujourd’hui). Des galoches sur la Baltique (1), c’est  six ans de vie de Marcel, l’aîné de la famille, sept ans plus âgé que mon frère. Pourtant, je ne jouissais pas de privilèges particuliers, entre une mère autoritaire, un père débonnaire (…) J’avais réussi à économiser un peu d’argent, juste assez pour acheter un vélo de course, et (…) je m’essayais à quelques champions de la petite reine, sur les chemins du Condroz comme sur la piste du vélodrome de Havelange… Les villages étaient paisibles, les filles étaient jolies et le soleil éclairait les chemins creux et les champs labourés.

Marcel est un personnage réel. Il est l’oncle de Charly Dodet qui lui a dédié ce livre ainsi qu’à son frère Jean,  deux frères nés entre les deux Guerres Mondiales, qui ont su placer leur idéal au-dessus de toute autre considération de leur âge et de leur époque. Marcel a vécu des moments d’histoire avérés. Pourtant, Charly Dodet réfute l’appellation de roman historique. Il l’affirme haut et net : Ce livre est une œuvre de fiction. (…) Et les situations, les descriptions ou les propos rapportés sont le fruit de l’imagination de l’auteur.

Le décor est planté, nous sommes, en août 1939, à Chardeneux,  classé aujourd’hui comme l’un des plus beaux villages de Wallonie.  Chardeneux, c’est un petit village ramassé en boule, blotti à l’extrémité sud du Condroz, à proximité de la faille qui dégringole vers la Famenne. Les maisons et l’église sont massives et anciennes, construites il y a plusieurs siècles en moellons de pierre grise tirés des carrières des environs. Si l’église domine le village, à flanc du coteau qui grimpe vers le Bois de Mont, le village s’est logé en contrebas, à l’abri des mauvais vents du nord. Un petit ruisseau, qui prend sa source dans les escarpements de Bassines, traverse le village. Marcel, vingt ans ce jour, effectue la moisson avec son papa Nicolas et Jean, son frère. La vie à la campagne, le métier de fermier, non, ce n’était pas mon objectif. En secret, je rêvais de mieux que cela, (…) je voulais gagner de grandes courses cyclistes, devenir une vedette, que les foules viennent me voir courir, applaudissent à mon passage et plus encore en me voyant monter sur le podium.

Pas loin de Chardeneux est le hameau cul-de-sac de Bassines où se trouve un château du XVIIIème siècle. Des ecclésiastiques espagnols s’y sont réfugiés en 1936 fuyant la terror rojo. En 1939, il est occupé par une fondation à la recherche d’une propriété discrète  pour  ouvrir une école loin de la ville. Curieux de nature, assez téméraire, Marcel décide d’aller voir. Il est reçu par une dame qui lui demande de revenir quand le directeur sera là : les temps ne sont pas sûrs, et nous devons nous méfier. Cet endroit peut bien jouer son rôle, à condition  qu’une grande discrétion soit respectée à son sujet.

Marcel retourne au château, voit le directeur Willem Vanden Schoten qui le jauge, la confiance s’établit entre les deux hommes. Le château de Bassines accueille une école pour enfants juifs. Lorsque la guerre éclate, les cours continuent, la Résistance s’organise et veille. Willem Vanden Schoten confie à Marcel des responsabilités accrues : Tu as énormément de qualités, tu as beaucoup de prestance, tu as appris très vite à imposer tes vues, tu réfléchis beaucoup et j’ai constaté que les hommes font très attention à ce que tu dis. Crois-moi, te serais notre meilleur chef. ( …) Voilà comment à 22 ans, Marcel est devenu chef de section, gratifié du grade de capitaine.

En fin d’ouvrage, Marcel s’interroge : le centenaire que je serais à présent est perplexe aujourd’hui. (…) Plus rien n’est comme avant mais avez-vous pu profiter de ce séisme de 39-45 pour mettre les outils qui vous éviteront de telles dérives ?

La première page de couverture du livre Des galoches sur la Baltique est une illustration de cette mer. Les Éditions Persée ont délicatement inscrit dans le ciel une photo de Marcel.

Des galoches sur la Baltique – Charly Dodet – Roman – Éditions Persée – ISBN 9782823126945 – 166 pages – format 148×210 – 14.50 €

La gare Léopold en Outremeuse.

Le Toutes-boîtes communal, Le journal de Liège, dans son édition de juin consacre son grand dossier au tram. Il y est question des prochaines déviations de bus entraînées par le chantier du tram. Un principe à retenir : le TEC mettra tout en œuvre afin d’amener les voyageurs au plus près de leur destination, tout en s’adaptant au mieux à la situation du terrain et à ses évolutions. Ainsi, en début juillet de cette année, les travaux prévus rue Léopold entraînent le départ de la gare Léopold en Outremeuse, à la place de l’Yser. Les lignes 10, 13, 18, 60, 67, 68, 69 et 76 y feront terminus.

Chaque rame de tram pèse 64 tonnes et a une longueur de 45 mètres. Trois cent dix passager.e.s peuvent y prendre place. Pour soixante-deux places, soit un cinquième, ce sera une place assise. Ainsi, le matériel roulant offrira un évident sentiment de confort.

De châteaux en châteaux.

Inscrit depuis 2000 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco comme paysage culturel vivant le Val de Loire attire le tourisme à la découverte des septante neuf châteaux de la Vallée des Rois. En 2019, l’engouement est encore plus grand. Cinq centième anniversaire de la mort, le 2 mai, de Léonard de Vinci au Clos Lucé à Amboise où il résidait, depuis 1516, à l’invitation de François 1er. Il y amène La Joconde, le Saint-Jean Baptiste, la Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne. Cette année, la Pinacothèque du Vatican a prêté la tapisserie tissée en Flandre qui reprend le thème de l’Ultima Cena, fresque de Léonard de Vinci au couvent de Santa Maria delle Grazie à Milan. C’est la première fois depuis le XVIe siècle que cette tapisserie quitte le Vatican pour un pays étranger. À Amboise, la tapisserie est dégagée de la vitre qui la protège à la Pinacothèque du Vatican.

À l’initiative du Dernier Carré – club des retraités de l’ancien Centre de Production de la RTBF-Liège – nous sommes partis en car direction Tours d’où nous rayonnerons vers divers châteaux dont Chambord, Cheverny, Villandry, Blois, Chaumont, Chenonceau. Nous n’avons pas tout vu. Ainsi, dans ce dernier, nous n’avons point vu un pont à bascule en état de fonctionnement (qui) permet d’accéder à un vaste grenier (…) aménagé en couvent au début du XVIIe  siècle. Ce pont intérieur apparaît comme un passage entre le monde terrestre et le monde spirituel, entre les hôtes laïques du château et les religieuses installées au grenier (1).  Ces religieuses, des Capucines, se sont installées à Tours en 1634.

À Chambord, notre guide Thibaut Fourrier nous a expliqué que ce château dont la construction  commence en 1520 est le signe du prestige acquis par François 1er au lendemain de la bataille de Marignan en 1515 par la signature du Concordat de Bologne en 1516. Reconnu par le Pape Léon X comme fils aîné de l’Église, le Roi de France dispose du droit d’aînesse à l’égard des autres souverains. En outre, il dispose du droit de désigner les archevêques, les évêques, les abbés à charge pour le pape de leur conférer l’investiture canonique. Symbole de son pouvoir et de sa grandeur, François 1er n’habitera jamais Chambord dont le domaine entièrement clôturé a une superficie équivalente à Paris intra-muros.

La cour du Roi a  la réputation d’être érudite. Un diplomate, Hubert Thomas de Liège, raconte : les lectures qui s’y faisaient, les matières qui s’y traitaient, les entretiens qu’on tenait étaient si instructifs que même le plus savant trouvait encore de quoi y apprendre (…) entendre parler le Roi, quoiqu’il parlât avec peine et qu’on ne l’entendit qu’avec beaucoup d’attention, ses maladies lui ayant fait perdre la luette. Prince d’un génie presque universel si l’on excepte la langue latine qu’il ignorait.

Nous avons prolongé notre séjour en optant pour la formule gîtes dans les dépendances d’un château du XVIe siècle, La Roche Berthault (2). Situé dans un parc de vingt ha de forêt de feuillus dans lesquels les locataires des gîtes sont libres de se promener, ce château est la propriété d’un ancien diplomate belge. Dans un rayon de cinquante kilomètres de La Roche Berthault se trouvent la majorité des lieux à visiter dans le Val de Loire. Ainsi Montrésor – la plus petite commune de Touraine, 91 ha, 341 habitants en majorité  polonais – qui, outre son château, recèle de beaux gisants en sa collégiale d’un  Village préféré des Français. Ainsi la cité royale de Loches où, en 1539, Charles-Quint rencontre François 1er  avant de se précipiter à Gand pour mater ses sujets en révolte contre l’impôt. Nihil novi sub sole !

 La Roche Berthault est le nom d’un château édifié aux abords de l’an mil sur un promontoire et confié à un dénommé Berthault ayant charge de surveiller le chemin qui mène à l’Espagne. À l’époque, autour du premier millénaire, le comte d’Anjou Foulque Nerra n’a de cesse de guerroyer  contre le comte de Blois pour s’assurer de la conquête de la Touraine. Fin stratège, il n’a rien de la colombe. Violent, craint de Dieu et redouté du diable, il n’a de cesse de se faire pardonner. Infernal, il redoute l’enfer. Quatre pèlerinages à Jérusalem occupé par les Arabes. Au retour du quatrième, il meurt à Metz. Il est enterré à l’abbaye de Beaulieu qu’il a fait construire en rémission de sa cruauté.   

(1)  extrait du Guide secret des Châteaux de la Loire – Florence Macquarez – Editions Ouest-France. Dans la même collection,  Guide secret de Bruxelles.  

(2) Château La Roche Berthault (photo en-tête ©FCW) – Commune de Ciran 37240 en Indre-et-Loire – http://www.larocheberthault.fr/

Dans le canton de Ninove, un vote sur trois Vlaams Belang!

Des 810.177 suffrages récoltés par le Vlaams Belang en pays flamand et à Bruxelles-Capitale, il y a lieu de soustraire les 18.077 suffrages engrangées par ce parti dans les cinq circonscriptions  wallonnes.

La province du Hainaut procure 8.246 voix au Vlaams Belang, soit 1.13%  des suffrages exprimés dans cette province. Il s’agit d’un score supérieur à la Liste Destexhe (8.177), au Collectif citoyen (7.992), à La Droite ex-aequo avec Agir (chaque liste 5.916), à Lutte ouvrière (5.735), à Nation (5.341), au Parti communiste belge (1.626). 

La province du Luxembourg procure 1.517 voix au Vlaams Belang, soit 0.89% des suffrages exprimés dans cette province. Il s’agit d’un score supérieur à La Droite (1.440), à Nation (1.176).

La province du Brabant wallon procure 2.097 voix au Vlaams Belang, soit 0.85% des suffrages exprimés dans cette province. Il s’agit d’un score supérieur  à Wallonie insoumise (2.088), à La Droite (1.460), à Turquoise (626).

La province de Namur procure 2.124 voix au Vlaams Belang, soit 0.70% des suffrages exprimés dans cette province. Il s’agit d’un score supérieur à Nation (1.929), à Agir (1.682).

La province de Liège procure 4.093 voix au Vlaams Belang, soit 0.66% des suffrages exprimés dans cette province. Il s’agit d’un score supérieur à La Droite (3.949), à Wallonie insoumise (3.266), à Nation (2.137).

Avec ses 18 député.e.s, le Vlaams Belang est le deuxième parti de Flandre. Cependant dans 24 cantons situés dans les provinces de Flandre occidentale, de Flandre Orientale et de Limbourg, il devance la NVA. Douze de ces cantons sont en Flandre occidentale : Izeghem, Oostrozebeke, Ypres, Dixmude, Gistel, Harelbeke, Hooglede, Menin, Roulers, Vleteren, Wervik, Zonnebeke. Huit de ces cantons sont en Flandre orientale : Assenede, Eeklo, Brakel, Grammont, Herzele, Ninove, Renaix, Zele. Quatre de ces cantons sont au Limbourg : Maaseik, Maasmechelen, Peer, Tongres.

Si le vote des Belges à l’étranger ne met ni le Vlaams Belang, ni la NVA en tête de leur formation favorite, il en est tout autrement dans le canton de Ninove. Sur 39.278 votes valables, le Vlaams Belang en recueille 13.156 soit 33.49%. Autrement dit, un électeur ou une électrice sur trois du canton de Ninove vote Vlaams Belang !