« Petit traité sur le racisme » par Dany LAFERRIERE.

Depuis son premier livre Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière, membre de l’Académie française, sort son trentième intitulé Petit traité sur le racisme (1). Non point sur les divers racismes qui pullulent un peu partout dans le monde, mais uniquement celui qui se pratique aux États-Unis contre les Noirs américains. Je concède que c’est une petite portion de la bêtise universelle qui étend ses tentacules sur les cinq continents et n’épargne personne. (…) C’est ici une affaire de Blanc et de Noir où le Blanc concentre entre ses mains tous les pouvoirs. (…) Aujourd’hui, je tricote ce triste bouquin pour dire deux ou trois choses de cette histoire du racisme.  

Le lectorat particulièrement visé par le Petit traité sur le racisme se situe dans la lignée des jeunes touchés par les mouvements Black Lives Matter, des jeunes de 14 à 25 ans. J’ai une certaine affinité avec eux confesse Dany Laferrière au journal Le Devoir. J’aime discuter avec eux. Ils ont des idées traversées par des fulgurances qui tiennent de leur nature poétique. Ils sont butés, mais capables par une sorte de sursaut de retrouver l’autre sur un terrain commun. Précisément parce qu’ils ne cherchent pas à le faire de façon volontaire. Je crois qu’ils sont sensibles à la poésie et aux textes brefs mais rythmés, et c’est pour eux que j’ai fait un livre qui s’ouvre comme un ciel d’été.

La composition de l’ouvrage est faite de chapitres courts – il y a une histoire qu’il fallait rappeler légèrement, car les jeunes gens ont d’autres chats à fouetter – et de ce que Laferrière appelle des vignettes. Conscient de ne pas retenir trop longtemps l’écoute de ces jeunes lecteurs, il a imaginé ces petites vignettes qui poussent à la réflexion. Elles sont près d’une centaine à la forme d’un poème.

Des exemples ? Le mépris ; Le racisme ordinaire est un fait / qui change l’autre, le Noir / en un monstre / sur qui il faut tirer le premier / ou un cancrelat / qu’il faut écraser de son mépris. Un autre ? L’oxygène ; Je me méfie de cette Amérique / qui clame /que c’est un jour historique / parce qu’un policier / qui a étouffé un Noir / pendant près de dix minutes / est condamné pour « meurtre involontaire » car je ne vois pas où c’est involontaire. / Lui a-t-on fait un cours sur l’anatomie / et la biologie / avant de l’envoyer dans la rue / afin qu’il sache que / l’oxygène vrai est nécessaire à la vie ? / Il est que si on ignore cela / ça devient involontaire. Enfin, une troisième vignette baptisée Stop ; Quand une femme dit NON / vous devez arrêter / quand un NOIR dit / « j’étouffe » / vous devez arrêter aussi.

Les thèmes abordés dans les chapitres courts sont variés. Il est question notamment de La case de l’oncle Tom dont Abraham Lincoln dit à l’autrice Harrieth Beecher Stowe c’est vous, la petite dame, qui êtes à l’origine de cette grande guerre, la guerre de Sécession. La case de l’oncle Tom, un ouvrage adulé en son temps, rejeté un siècle plus tard et Laferrière de se demander qui est celui qu’on aime aujourd’hui et qu’on détruira demain. Il parait que c’est notre nature de tuer ceux qu’on aime. Autre thème, le viol. Toute Blanche qui voulait la tête d’un Noir n’avait qu’à l’accuser de tentative de viol. On ne va pas toujours dire « viol », car ça risque de trop charger la réputation de la jeune fille. Alors que « tentative », c’est assez précis pour mériter une sanction définitive et assez vague pour ne pas entacher sa réputation.

Nombre de personnalités sont l’objet de chapitres courts dont Harriet Tubman, une esclave fugitive. Son travail, si on peut appeler ça un travail, consiste à faire passer des esclaves du Sud esclavagiste au Nord libre. Harriet Tubman, la Moïse noire, devait être, en 2020, la première femme noire à figurer sur un billet de banque des États-Unis, le nouveau billet de 20 dollars succédant à l’effigie du septième président américain, Andrew Jackson, partisan de l’esclavage et qui força des milliers d’Indiens à l’exode, le Sentier des Larmes. En 2017, Donald Trump arrête le projet et le reporte au moins jusqu’à 2028. Dès son entrée en charge, Joe Biden a annulé la décision de son prédécesseur, Il est important que nos billets, notre argent […] reflètent l’histoire et la diversité de notre pays et l’image d’Harriet Tubman ornant la nouvelle coupure de 20 $ les reflète de façon évidente selon son porte-parole.

 

 (1) Petit traité sur le racisme – Dany Laferrière – 216 pages – 24,95 $ – paru le 15 juin 2021 aux Éditions BOREAL (Montréal) – ISBN 976-2-7646-2693-1  

« EXEMPT DE COVID », l’Étuve chante l’amour et les désamours.

Seul théâtre liégeois installé dans une cave autrefois mûrissoir à bananes, l’Étuve a résolu le problème de l’aération en se dotant d’un purificateur d’air airvia médical. Grâce à sa forme cylindrique et son système d’entrée d’air à 360 degrés, il aspire l’air depuis toutes les directions et le rejette verticalement pour assurer un brassage de l’air efficace sans nul dérangement, ni par le niveau sonore, ni par l’air soufflé. À l’intérieur de l’appareil, l’air passe par huit étapes de filtration et de dépollution pour être purifié. En quelques minutes, l’air d’un espace de 100 à 150 mètres carrés est complétement assaini.

En outre, les sanitaires ont été mis aux normes de salubrité sans oublier le gel et les masques à l’entrée du théâtre. Ce qui a pour heureux résultat que l’Étuve est exempt de Covid comme il se dit en langue de Voltaire. Comme la billetterie doit demeurer fermée par les temps qui courent, le prépaiement des réservations se fait sur le compte BE27 7320 2709 4373.

Premier spectacle de la saison 2021-2022, Chansons en désamours mineures est un concert théâtralisé mis en scène par Pierre Meurant et interprétés par Rachel Luxen et Philippe Dengis, accompagnés au piano par Xavier-Édouard Horemans et finement éclairés par Jean-Marie Rouffart.

Quoi de mieux pour commencer que les notes de la vague de Jean Vallée je voudrais écrire mes mémoires / dans le sable chaud de l’au-delà… puis en enchainant sur la chanson des vieux amants de Jacques Brel. Bien sûr, nous eûmes des orages / vingt ans d’amour, c’est l’amour fol / mille fois tu pris ton bagage / mille fois je pris mon envol / (…) / mais mon amour / mon doux mon tendre mon merveilleux amour / de l’aube claire jusqu’à la fin du jour / je t’aime encore tu sais je t’aime.

Le décor est planté, le récit de la vie de couple peut commencer. Il y a des infidélités ; et d’autres que toi sont venus marquer leurs dents sur ma peau nue, bien sûr / bien sûr pour trouver le repos j’ai caressé leur peau / elles m’ont même trouvé beau. Il y a des états d’âme ; avec sa gueule de carême / avec ses larges yeux cernés / elle nous fait le cœur à la traîne / elle nous fait le cœur à pleurer.                                                                        

Un spectacle tout en émotion du début à la fin ; la vie ne vaut d’être vécue / sans amour / mais c’est vous l’avez voulu / mon amour / ne vous déplaise / en dansant la Javanaise / nous nous aimions / le temps d’une / chanson.

Les représentations de Chansons en désamours mineures ont lieu le dimanche 12 septembre à 15h30, le vendredi 17 septembre et le samedi 18 à 20h15. Réservation par SMS au 0492/56 29 10 ou encore par courriel à reservationetuve@gmail.com

Le programme complet de la saison 2021-2022 de l’Étuve se trouve sur www.theatre-etuve.be

En 1940, les combats des 13 et 14 mai à Haut-le-Wastia.

Les faits se sont déroulés il y a plus de quatre-vingts ans mais dans ce village, on s’en souvient comme s’ils dataient de hier. À l’époque, en 1940, Haut-le-Wastia est une commune du Condroz occidental. Aujourd’hui, c’est un hameau de la commune d’Anhée, limitrophe de la ville de Dinant.

Les chars allemands soit la 5ème et la 7ème Panzer (quelques 500 véhicules), sous le commandement du généralmajor Erwin Rommel, sont parvenus à franchir la Meuse à la fin de la nuit du 12 au 13 mai, à hauteur de l’écluse de Houx et de Bouvignes. Vers midi, le lundi 13 mai, les troupes allemandes prennent possession de Haut-le-Wastia. 

C’est sensiblement à la même heure, qu’un bataillon du 129ème Régiment d’Infanterie est envoyé de Bioul en direction de ce village. Les combats sont acharnés mais les Français ne parviennent pas à libérer le village. La suprématie allemande est due à leur contrôle du ciel. À quatre reprises, les Stukas interviennent. Un jeune pilote français, 24 ans, le sous-lieutenant Joseph Riss victime de la flotte allemande est obligé d’atterrir dans la campagne haut-le-wastiaise. Déçus, ayant éprouvés de multiples pertes, les Français ne s’avouent pas vaincus bien décidés à reprendre la lutte le mardi 14 mai.

Dans la soirée, à quelques kilomètres, à Sommières, une dizaine de chars Renault du 6e Bataillon des Chars de Combat et quelques chars Hotchkiss du 4ème Régiment d’Artillerie Motorisé parviennent à repousser les Allemands en direction de la Meuse. Mais, l’infanterie française exténuée ne parvient pas à contrôler le territoire reconquis.

Le mardi 14 mai, dès cinq heures trente du matin, avec l’aide d’éléments du 14ème Régiment des Dragons Portés et du 1er Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie la bataille de Haut-le-Wastia reprend. Elle dure une heure trente. C’est une victoire française. Le 14 mai, après une préparation de mortiers et de mitrailleuses le 2e bataillon du 14e Régiment de Dragons Portés s’est emparé d’un seul élan de la position de Haut-le-Wastia fortement occupée par l’ennemi, faisant 40 prisonniers dont un officier comme le note la citation à l’Ordre du jour des Armées. Victoire française qui a son prix ; plusieurs tués français dont le lieutenant Cherière et cent cinquante allemands morts.

Averti de la défaite subie, le généralleutnant Max von Hartlieb-Walsporn, homme au caractère faible, est pris d’une fureur inouïe. Il décide de se venger de cette victoire française en pilonnant la localité par des tirs d’artillerie drus.

Mais, à neuf heures, ordre est donné aux Dragons ainsi qu’au Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie de se replier derrière la Molignée pour échapper à des menaces d’encerclement. L’ordre de repli n’atteint pas, faute de liaison, les survivants du bataillon du 129ème Régiment d’Infanterie dirigés par le capitaine Patrick Fockedey. En tout début d’après-midi, des tanks allemands font leur apparition. Ils n’ont aucun mal à réduire les positions françaises. Le capitaine Fockedey ainsi que nombre de ses hommes perdent la vie.

Les soldats morts ont été inhumés dans deux cimetières. Les allemands au cimetière militaire du Mont-des-Houx sur la rive droite, le long de la grand-route Dinant-Namur, à proximité du lieu de franchissement de la Meuse, la nuit du 12 au 13 mai. Les tombes françaises ont été entretenues et parrainées par les haut-le-wastiaises. Ces cimetières ont disparu après le conflit. Les uns ont rejoint le cimetière militaire allemand de Lommel, les autres rapatriés en France.

Pour en garder la mémoire des journées des 13 et 14 mai 1940, en 1970, un Mémorial a été érigé par des maçons du village en l’honneur des combattants français du secteur de Haut le Wastia engagés les 13 et 14 mai auxquels l’adversaire lui-même a rendu hommage. Ils ont fait de Haut le Wastia un haut lieu de résistance.

Au début du 21ème siècle se crée le Musée du Souvenir installé dans une aile de l’école communale, Place des Français. Ouvert de mai à la mi-octobre, le week-end et les jours fériés (1), le Musée du Souvenir présente quantité de photos dont une de Rommel en compagnie de François von Bismarck  à Dinant le dimanche 12 mai 1940, quantité d’objets dont un canot similaire à ceux utilisés par les allemands pour franchir la Meuse la nuit du 12 au 13 mai à Bouvignes, quantité de documents dont le brevet de commandeur de la Légion d’honneur du général Christian Bruneau qui a affronté avec ses 160 chars les 300 tanks de Rommel à Flavion le 15 mai 1940. Le Musée du Souvenir a notamment reconstitué à l’identique une des positions françaises avec son fusil mitrailleur. Sur demande, un guide du Musée du Souvenir peut conduire une visite des lieux où se sont déroulés les combats des 13 et 14 mai 40.

Aujourd’hui pour gagner Haut-le-Wastia, le plus simple est de prendre à Bouvignes, comme en 1940 sans GPS, la route vers Sommières et de tourner à droite avant d’entrer dans ce village. Bouvignes-Sommières est une voie sinueuse d’où dévala une trombe d’eau le 24 juillet 2021, comme naguère en 1977 et autrefois en 1839.

  • ( 1) De 13h30 à 18h. Possibilité d’un jour différent via le 0475 53 04 01. www.museedusouvenirmai40.be   Téléphone : 082/61 46 32 – 071/68 87 64 – 071/77 62 01

Roger Dehaybe a fait « Le choix de la Francophonie » !

Premier commissaire général aux relations internationales de la Communauté française de Belgique dès 1983 puis, en 1998, administrateur général de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Liégeois Roger Dehaybe publie aux éditions du Cygne à Paris Le choix de la Francophonie (1). Les premiers mots du livre précisent ce qu’il n’est pas : Ces notes ne sont pas mes « mémoires ». Je n’évoque ni ma jeunesse ni mes proches bien qu’ils aient joué un rôle important dans mon parcours.

L’ouvrage est divisé en trois parties. La première explique comment « à petits pas » les francophones de Belgique ont acquis une influence sur la scène internationale. Influence qui se marque par une politique dont la Francophonie est apparue, très tôt, comme une évidente priorité. La deuxième traite de ce qu’il est convenu de nommer la « nouvelle Francophonie » définie au Sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage de Hanoï en 1997, le VIIème Sommet de la Francophonie. Enfin, confrontée aux besoins du Sud et aux moyens disponibles, la troisième partie permet à la Francophonie de reprendre la réflexion quant aux priorités et, surtout, à sa « plus-value » par rapport à d’autres Organisations.

Le goût, le choix de la Francophonie est ancré depuis près d’un demi-siècle chez Roger Dehaybe. C’est le Québec et l’Afrique qui m’ont initié à la Francophonie. À Québec, en août 1974, nous sommes des milliers sur les plaines d’Abraham à écouter Gilles Vigneault, Félix Leclercq, et Robert Charlebois qui, ensemble, proposent « que les hommes vivent d’amour ». À Hanoï, en novembre 1997, le groupe des pays africains se dit d’accord d’élire Secrétaire général de la Francophonie Boutros Boutros-Ghali à condition que sitôt l’Administrateur général Roger Dehaybe soit nommé par les Ministres, ici à Hanoï. Je suis donc, plus que jamais, « Roger l’Africain ».

Ce titre, l’Administrateur général y tient. Il sait que pour un Africain, l’hospitalité implique l’adhésion aux demandes du pays qui accueille (J’aurai l’occasion de vérifier cela plus tard à Ottawa). Il sait qu’au cours de ses deux mandats et encore aujourd’hui, il a mené plusieurs combats, à ses yeux fondamentaux, dont la place des langues nationales dans l’éducation. Si l’école redevient un vrai produit « du village » alors, chaque citoyen, chaque « ancien », détenteur d’une partie de l’histoire deviendra, à sa façon, un auxiliaire de l’enseignant et l’éducation des enfants constituera une entreprise collective dont personne ne sera exclu. Paradoxalement, la langue française y gagne car c’est en substituant le partenariat à la contrainte que la langue internationale s’inscrira durablement dans la diversité culturelle de la communauté francophone.

Préfaçant Le choix de la Francophonie, l’ancien Président du Sénégal qui a été durant douze ans Secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf le qualifie de solide et généreux ouvrage. Tout est dit et bien dit. Tout est minutieusement rapporté. Une étonnante mémoire d’archives nous tient en tension avec un art consommé de raconter et de convaincre. Abdou Diouf cite Roger Dehaybe : dans un pays où la population est à 75% analphabète, quel sens a une élection dite démocratique ? Renforcer la démocratie, c’est d’abord éduquer.

Il est d’autres citations. À chaque fois, Abdou Diouf ajoute À méditer ! Tant ce livre devance la Francophonie à venir, celle qui façonnera la jeunesse et lui donnera les armes pour mieux affronter les défis à venir et toujours plus complexes. Nul doute qu’à Djerba, les 20 et 21 novembre, plus d’un participant au XVIIIème Sommet de la Francophonie soit en possession de l’ouvrage.

Lucide, Roger Dehaybe déplore une décision prise en 1991, lors du IVème Sommet de la francophonie attribuant aux Ministres des Affaires Étrangères le choix des actions de la Francophonie et de ses programmes de coopération. Ces Ministres sont davantage intéressés et concernés par les questions politiques et par les crises qui frappent tant de pays. Naguère, comme au temps de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), ce choix était du domaine des Ministres de la Culture ou de l’Éducation nationale. Des acteurs bien au fait des enjeux liés à la culture, à la langue, à l’analphabétisme.

En 1970, à Niamey, 21 pays dont le Bénin, le Burundi, le Cambodge, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Haute-Volta, Madagascar, le Mali, le Niger, le Rwanda, le Sénégal, le Tchad, le Togo, la Tunisie, le Vietnam créent l’ACCT. Les pays du Sud sont majoritaires. Un demi-siècle plus tard, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) comprend 88 membres dont 7 associés et 27 observateurs. Élargissement après élargissement, les pays africains dont le développement constituait l’objectif des fondateurs sont aujourd’hui minoritaires au sein de l’Organisation, de même que les 32 pays qui ont encore le français comme une de leurs langues officielles !

Au regret de Roger Dehaybe, la Francophonie semble, ces dernières années, davantage axée sur les questions politiques que sur les questions de coopération. Cela paraît se modifier. Ainsi, fort heureusement, le Secrétaire générale – Louise Mushikiwabo – entend rendre à la défense de la langue française la première place dans les actions de l’Organisation et a décidé de présider personnellement le groupe de travail consacré à la langue française. En effet, la langue française est un moyen pour contribuer au développement : éducation, économie, démocratie.

Partisan résolu de la promotion et de la défense de la langue française, Roger Dehaybe cite un article L’avenir du français se joue à Bruxelles ! paru en mai 1989 dans La Libre Belgique, article qui eut mérité de prendre sa place dans les annexes de l’ouvrage. Son raisonnement de 1989 : les deux grands ensembles politiques et économiques, le monde américain et le monde asiatique n’ont plus recours qu’à l’anglais pour leurs relations internationales. Seule l’Europe laisse encore une place encore significative à la langue française, une de ses langues officielles de travail. Nous sentons bien l’offensive du monde anglo-saxon pour tenter d’imposer l’anglais comme la langue unique des échanges. Si nous perdons la bataille du français en Europe c’est le monde de la Francophonie dans son ensemble qui sera touché et haut maternelle, découvre que cette langue ne lui assurera aucune possibilité de contacts et d’emploi dans monde, pourquoi continuerait-il à apprendre cette langue ? La victoire de l’anglais en Europe, dernière poche de résistance du français, peut conduire à terme les pays africains à revoir entièrement leurs politiques culturelles et éducatives. La bataille du français en Europe est donc un combat aussi pour le Sud.

En 1997, au Sommet d’Hanoï, la Francophonie prend un nouveau visage par la nomination d’un Secrétaire général et d’un Administrateur général. Mais la Charte qui régit leurs relations est ambigüe et peut être source de conflits. En effet, si le Secrétaire général est défini comme le « plus haut responsable de l’Agence », l’Administrateur général est responsable de la gestion et des programmes de coopération. Mais, il n’y a point eu de réelles divergences. C’est donc le souvenir d’une collaboration fructueuse que je garde de cette période et on ne soulignera jamais assez que, fort de son expérience à l’ONU, c’est Boutrons-Ghali qui a fait de la Francophonie un acteur reconnu sur la scène internationale. Quant à ses relations avec Abdou Diouf, celui-ci estime avoir été servi avec compétence, loyauté, imagination, célérité, respect et un haut esprit d’éthique. En boutade, Abdou Diouf lui a dit : tu es mon « Premier Ministre » !

Membre du Haut Conseil de la Francophonie présidé par le Président Chirac, Antoinette Spaak dans un avant-propos intitulé Un si beau parcours raconte comment, en 1983, le gouvernement de la Communauté française de Belgique a fait choix d’un homme de terrain aussi à l’aise sur le plan culturel que dans le domaine administratif. C’est ainsi que Roger Dehaybe, actif dans les milieux du théâtre et de la télévision locale, mais aussi directeur de cabinet de Ministres socialistes, a reçu la tâche exaltante de créer de toutes pièces l’embryon d’une sorte de ministère des Affaires étrangères, le Commissariat général aux relations internationales (CGRI). Devenu aujourd’hui le WBI, Wallonie-Bruxelles International. Roger Dehaybe, ce grand humaniste, a rempli son contrat avec succès (…) Mais son succès international ne fut pas moindre puisqu’en 1997, les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie le choisirent pour assumer la fonction d’administrateur général de la Francophonie. Pour Antoinette Spaak, L’ouvrage de Roger Dehaybe relate « pas à pas » de manière très concrète la genèse de ce projet tout à la fois politique, culturel et administratif, mais surtout une belle histoire humaine menée sous la houlette d’un homme visionnaire, également capable de faire passer ses visions du rêve à la réalité.

  • Le choix de la Francophonie – Un parcours belge et international – Éditions du Cygne – Collection Traces – Roger Dehaybe – 226 pages – 24€

Les émeutes racistes de Tulsa (USA) de 1921.

Greenwood est le nom d’un quartier de la ville de Tulsa dans l’État d’Oklahoma. Tulsa, ville figurant dans le top-50 des cités américaines les plus peuplés, a été durant une partie du vingtième siècle surnommée la capitale mondiale du pétrole. Quant à Greenwood, il est appelé Negro Wall Street vu que ce quartier prospère est aux mains d’Afro-Américains aussi aptes à faire affaires que des Blancs. Tous les ingrédients sont réunis pour narrer une belle histoire. Et pourtant tout a basculé, il y a près d’un siècle, en 1921, très exactement le 31 mai  et le 1er juin.

Il faut savoir que la veille, le 30 mai, un Noir de 19 ans, Dick Rowland, un cireur de chaussures a, par inadvertance, marché sur le pied de Sarah Page, 17 ans, préposée au fonctionnement d’un ascenseur au Drexel Building. En ce temps-là tant aux États-Unis que chez nous – et ceci dura notamment au Grand Bazar de Liège jusqu’aux années cinquante – le fonctionnement d’un ascenseur public requerrait un emploi spécifique. Sarah Page ressentit l’écrasement de son pied comme une tentative de viol. Elle cria, elle s’enfuit. Peu après, Dick Rowland est arrêté par la police.

 À Greenwood, une rumeur fait état que le cireur risque d’être lynché – une coutume du coin pour lutter contre les lenteurs de la justice. Un demi-millier d’Afro-Américains se rend aux abords du Tribunal en vue de le protéger. Les Blancs les considèrent comme une menace et gagnent en voiture Greenwood et les émeutes commencent. Des aéroplanes bombardent de boules de térébenthine en feu le quartier provoquant des incendies. Assiégés dans une église, des Noirs connaissent le sort des nobles liégeois la nuit du 3 au 4 août 1312 en l’église Saint-Martin. Ils sont carbonisés.

Bilan des deux jours d’émeutes : plus de 300 morts dont près de la totalité est Afro-Américaine. La plupart jeté en fosses communes en des endroits inconnus. En février 2020, la ville de Tulsa a décidé d’entreprendre des fouilles en avril en vue de les retrouver. La Covid-19 a retardé l’exécution de cette décision. Blessés? Plus de 300, un tiers Blanc. 9000 Afro-Américains sans-abris. 6000 Afro-Américains en état d’arrestation.

Si à l’époque, le massacre raciste de Tulsa a fait l’objet d’articles de presse tant en Amérique qu’en Europe, une Europe en reconstruction au lendemain de la guerre, curieusement, comme le note Wikipédia, « L’émeute fut en grande partie omise des histoires locales, étatiques et nationales : l’émeute raciale de Tulsa de 1921 a rarement été mentionnée dans les livres d’histoire, dans les salles de classe ou même en privé ».

Tulsa est la ville choisie par Donald Trump pour son premier meeting de campagne en vue de sa réélection. Initialement, il avait choisi de tenir son meeting le 19 juin, la date du « Juneteenth » ou « Emancipation Day » célébrant la fin de l’esclavage au Texas. Il a reporté son meeting au 20. Meeting prévu dans une salle de 22 000 places à laquelle il veut adjoindre une autre de 40 000. L’enthousiasme de Trump pour Tulsa n’est pas du goût du quotidien « Tulsa World » craignant notamment le risque sanitaire dû à la Covid-19. « Ce n’est le bon moment, et Tulsa n’est pas le bon endroit pour un meeting de Trump » !

Déconfinement, un terme inapproprié ?

Ce 4 mai, commence le déconfinement. Un terme qui nous semble inapproprié car nous sommes toujours en confinement. Certes, le confinement à partir du 4 mai diffère de celui engendré en mars. Ce confinement est soit assoupli, soit davantage strict. Les gestes barrière ne changent pas et la distanciation sociale est toujours en vigueur.

Assoupli « afin de rendre ces mesures plus supportables au quotidien ». Ainsi, certains sports tels le tennis, le paddle, le golf, le kayak sont permis car se déroulant en plein air et n’impliquant pas de contacts physiques. Mais la pratique de ces sports n’autorise nullement l’usage des vestiaires, douches et cafétérias qui doivent rester fermés.

Davantage strict dans les transports publics où tout citoyen « à partir de l’âge de 12 ans est obligé de se couvrir la bouche et le nez avec un masque ou tout autre alternative en tissus dès l’entrée dans la gare, sur le quai ou un point d’arrêt, dans le bus, le (pré)métro, le tram, le train ou tout autre moyen de transport ». Par ailleurs, le port du masque est recommandé dans tous les lieux publics.

Le déconfinement n’interviendra que lorsque le coronavirus COVID-19 sera maîtrisé quoique non disparu. Quand ? Nul ne le sait, ni gouvernants, ni gouvernés. D’ici là, chacun se doit de respecter scrupuleusement le confinement qui s’adapte en fonction de l’évolution des connaissances et des circonstances.

DIRE, NE PAS DIRE

Les prescripteurs de la langue française c’est-à-dire notamment les journalistes, les publicitaires, les professeur.e.s auraient intérêt à consulter de temps à autre le site de l’Académie française et sa chronique dire, ne pas dire – http://www.academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire. Un excellent moyen de lutter contre des expressions à la mode telles ce parti doit changer son logiciel ou c’est dans l’a.d.n. de l’équipe qui ne sont que des extensions de sens abusives.

Ainsi, l’Académie française rappelle qu’un logiciel est un ensemble structuré de programmes informatiques remplissant une fonction déterminée et permettant l’accomplissement d’une tâche donnée. On parle ainsi de logiciel de traitement de texte, de logiciel éducatif, du logiciel d’exploitation d’un ordinateur. Dès lors on évitera d’abuser de l’image qui consiste à faire de logiciel un équivalent de « manière de penser, de voir le monde » ou d’« ensemble d’idées », fût-ce pour évoquer des groupes, des partis, des institutions qu’on juge en décalage avec leur époque ou avec la situation actuelle. Plutôt que de dire que tel ou tel parti « doit changer son logiciel », on pourra dire qu’il « doit se renouveler », « envisager différemment l’avenir », « s’adapter au monde actuel ».

Ainsi, l’Académie française écrit : Désoxyribonucléique ! C’est là un bel octosyllabe, peu employé en poésie et assez difficile à retenir pour les non-initiés, mais formidablement utilisé quand il est sous sa forme abrégée (précédé d’acide, lui aussi abrégé), A.D.N. De la même manière qu’il convient de ne pas abuser des métaphores informatiques, on évitera d’emprunter trop systématiquement au vocabulaire de la biologie quand des locutions déjà validées par l’usage sont à notre disposition.

 Exemples de locutions déjà validées par l’usage : Le dépassement de soi est une caractéristique majeure de notre équipe ou L’antiracisme est une valeur fondamentale de notre parti au lieu de Le dépassement de soi fait partie de l’A.D.N. de notre équipe ou L’antiracisme est dans l’A.D.N. de notre parti.

« Liège, Chefs-d’oeuvre » : à voir, voire revoir!

Dans moins d’un mois, il sera trop tard pour découvrir Liège, Chefs-d’œuvre à la Boverie. Cette exposition, ouverte en décembre dernier et se terminant le dix-huit août, présente les œuvres-phare de la collection du Musée des Beaux-Arts de la ville de Liège. Exposition unique car jamais elle n’est susceptible d’être présentée en d’autres lieux. En effet, dans cette hypothèse, le Musée des Beaux-Arts serait privé de plus de deux-cents chefs-d’œuvre. Tout au plus, certaines pièces peuvent être prêtées à d’autres musées le temps d’une exposition temporaire. Quant aux œuvres qualifiées de Trésors en Fédération Wallonie-Bruxelles, elles sont soumises à l’accord de dix-sept experts avant tout prêt ou tout déplacement. En Fédération, cent-trente-deux biens sont classés Trésors dont une vingtaine appartiennent à la Ville de Liège.

En ouverture de l’exposition, deux toiles du 19ème . L’une représente en bleu de travail Le Jardinier d’Émile Claus, peintre impressionniste chantre du luminisme. L’autre en tenue pourpre et broderies or, Bonaparte, Premier Consul. Œuvre de commande de Bonaparte destinée à la Ville de Liège, son auteur Jean-Auguste-Dominique Ingres a placé, en arrière-plan, la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert intacte. Comme si rien ne s’est passé. À l’image du Concordat de 1801 rétablissant les relations entre le Vatican et Paris. Or, décidée en 1793 par les révolutionnaires liégeois à l’instigation de Léonard Defrance, la démolition de la cathédrale est effective dès 1794. Ainsi donc Liège, Chefs-d’œuvre met en valeur Ingres exaltant la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert et Defrance, son démolisseur !

Après ces deux toiles impressionnantes, le public admire l’école liégeoise qui rayonne au XVIIème siècle avec ses quatre générations d’artistes assimilant influence française et italienne. C’est le temps des Gérard Douffet, Gérard de Lairesse, Bertholet Flémal. Ensuite, muni du guide du visiteurwww.laboverie.com – il parcourt cette exposition enrichissante qu’il convient d’avoir vue sinon revue.

Liège : rénovation du Perron datant de 1303.

Le règne de Louis de Bourbon fut l’un des plus tristes de l’histoire de Liège tel est le jugement porté, à la fin du 19e siècle, par la  Biographie nationale. De l’avis d’un autre biographe, Bourbon était léger, dissipé, ennemi du travail : il témoignait peu de considération à la noblesse liégeoise et dédaignait les libertés publiques. Malheur à celui qui osait blâmer sa conduite. Aussi, lorsque le Sanglier des Ardennes, Guillaume de La Marck l’assassine, le 30 août 1482, à hauteur de l’actuelle rue de la Limite, le peuple liégeois ne le pleure guère.

À peine se souvient-il du rôle joué, à Bruges, par Louis pour obtenir le retour à Liège de son perron. Il est vrai que dix ans auparavant, en octobre 1468, Louis est au côté de Charles le Téméraire, fraîchement marié à Marguerite d’York, pour le sac de Liège et le rapt du perron transféré à Bruges où il est exhibé tel un trophée de guerre. Disposé près de la Bourse, humilié, n’élevez plus vos fronts si hautains vers le ciel ! / par ma chute, apprenez qu’il n’est rien d’éternel / symbole de courage et de gloire, naguère / je protégeais un peuple invincible à la guerre, / et j’atteste aujourd’hui, vil jouet méprisé / que Charles m’a vaincu, que Charles m’a brisé.

Charles mort le 5 janvier 1477, sa fille Marie de Bourgogne renonce à toute prétention sur la Principauté de Liège et épouse, le 19 août 1477 Maximilien de Habsbourg, futur Empereur du Saint-Empire Romain Germanique. Mais ce n’est qu’en juin 1478 qu’une cavalcade de nobles liégeois peut se rendre à Bruges pour en ramener le perron rejoignant Liège le 18 juin après un exil de 3490 jours. Le temps d’apposer une mention latine de trente-huit mots, le perron est solennellement remis à sa place, au milieu du Marché, vis-à-vis tant du Détroit des échevins que de la Halle et de la Violette, le 10 juillet 1478.

Si petronus, un mot du bas latin signifiant grosse pierre a donné naissance au mot perron, l’origine de ce type de monument – une base, une colonne, un emblème – est plus ancienne. Liège a son perron au début du 14e siècle. Il symbolise les franchises municipales. Le cry du perron marque la promulgation des actes et l’information des citoyen.ne.s. Lors de la cérémonie marquant la fin de la rénovation du perron, tant le bourgmestre Demeyer, noss binamé Willy, que la première échevine Christine Defraigne ont évoqué l’importance de ce cry du perron. La tradition serait-elle sur le point de renaître ?

L’ornementation du perron a varié. Ainsi, avant qu’un vent impétueux aussi fort que celui de la sainte-lucie (13 décembre) en 1448, ne mette bas le perron le 9 janvier 1693, on peut y voir des paillards des deux sexes. Jean Del Cour leur substitue, en 1697, les Trois Grâces que d’aucuns nomment les Trois Garces en souvenir des ribauds d’autrefois. Le 12 thermidor de l’an V (30 juillet 1797), dans une lettre à la municipalité liégeoise, Nicolas Bassenge s’interroge : ne pourrait-on pas, en entourant cette colonne de légères baguettes de fer cuivré, lui donner la figure d’un superbe faisceau qui, supporté par des lions, symbole de la force, représenterait la belle image de la force et de l’union?  Il ne propose pas de remplacer la pomme de pin et la croix par un bonnet phrygien porté par une pique comme certain panneau au Palais des Prince-Évêques le fait.

Classé en 2009 monument exceptionnel de Wallonie, le perron a fait l’objet d’un chantier de rénovation d’une valeur de 250.000 € alliant firmes privées (Bureau d’Étude Greisch, entreprises Galère, restaurateur Laurent Labiat) et expertise des agents communaux dont les Tailleurs de pierre. L’Agence wallonne du Patrimoine assure 70% du financement, la Ville de Liège  26%  et la Province de Liège 4%.

En entête, tableau d’un artiste inconnu consacré au 10 juillet 1478 – Grand Curtius    

Du Condroz à la Baltique, un roman de Charly Dodet.

J’avais un peu plus de vingt-cinq ans quand j’ai disparu de ce monde. Aujourd’hui, je serais presque centenaire, si j’avais vécu. Beaucoup de temps a passé depuis cette époque de ma vie. Si je me décide à intervenir à présent, c’est parce que je ne puis rester indifférent à l’évolution d’un monde qui me paraît tellement étranger à celui que j’ai connu et parce que j’ai très peur que les enfants de demain nous oublient un peu trop facilement.

Ces lignes marquent le début du cinquième roman de notre confrère Charly Dodet qui durant quarante ans arpenta le Condroz en qualité de journaliste professionnel de Vers l’Avenir (L’Avenir aujourd’hui). Des galoches sur la Baltique (1), c’est  six ans de vie de Marcel, l’aîné de la famille, sept ans plus âgé que mon frère. Pourtant, je ne jouissais pas de privilèges particuliers, entre une mère autoritaire, un père débonnaire (…) J’avais réussi à économiser un peu d’argent, juste assez pour acheter un vélo de course, et (…) je m’essayais à quelques champions de la petite reine, sur les chemins du Condroz comme sur la piste du vélodrome de Havelange… Les villages étaient paisibles, les filles étaient jolies et le soleil éclairait les chemins creux et les champs labourés.

Marcel est un personnage réel. Il est l’oncle de Charly Dodet qui lui a dédié ce livre ainsi qu’à son frère Jean,  deux frères nés entre les deux Guerres Mondiales, qui ont su placer leur idéal au-dessus de toute autre considération de leur âge et de leur époque. Marcel a vécu des moments d’histoire avérés. Pourtant, Charly Dodet réfute l’appellation de roman historique. Il l’affirme haut et net : Ce livre est une œuvre de fiction. (…) Et les situations, les descriptions ou les propos rapportés sont le fruit de l’imagination de l’auteur.

Le décor est planté, nous sommes, en août 1939, à Chardeneux,  classé aujourd’hui comme l’un des plus beaux villages de Wallonie.  Chardeneux, c’est un petit village ramassé en boule, blotti à l’extrémité sud du Condroz, à proximité de la faille qui dégringole vers la Famenne. Les maisons et l’église sont massives et anciennes, construites il y a plusieurs siècles en moellons de pierre grise tirés des carrières des environs. Si l’église domine le village, à flanc du coteau qui grimpe vers le Bois de Mont, le village s’est logé en contrebas, à l’abri des mauvais vents du nord. Un petit ruisseau, qui prend sa source dans les escarpements de Bassines, traverse le village. Marcel, vingt ans ce jour, effectue la moisson avec son papa Nicolas et Jean, son frère. La vie à la campagne, le métier de fermier, non, ce n’était pas mon objectif. En secret, je rêvais de mieux que cela, (…) je voulais gagner de grandes courses cyclistes, devenir une vedette, que les foules viennent me voir courir, applaudissent à mon passage et plus encore en me voyant monter sur le podium.

Pas loin de Chardeneux est le hameau cul-de-sac de Bassines où se trouve un château du XVIIIème siècle. Des ecclésiastiques espagnols s’y sont réfugiés en 1936 fuyant la terror rojo. En 1939, il est occupé par une fondation à la recherche d’une propriété discrète  pour  ouvrir une école loin de la ville. Curieux de nature, assez téméraire, Marcel décide d’aller voir. Il est reçu par une dame qui lui demande de revenir quand le directeur sera là : les temps ne sont pas sûrs, et nous devons nous méfier. Cet endroit peut bien jouer son rôle, à condition  qu’une grande discrétion soit respectée à son sujet.

Marcel retourne au château, voit le directeur Willem Vanden Schoten qui le jauge, la confiance s’établit entre les deux hommes. Le château de Bassines accueille une école pour enfants juifs. Lorsque la guerre éclate, les cours continuent, la Résistance s’organise et veille. Willem Vanden Schoten confie à Marcel des responsabilités accrues : Tu as énormément de qualités, tu as beaucoup de prestance, tu as appris très vite à imposer tes vues, tu réfléchis beaucoup et j’ai constaté que les hommes font très attention à ce que tu dis. Crois-moi, te serais notre meilleur chef. ( …) Voilà comment à 22 ans, Marcel est devenu chef de section, gratifié du grade de capitaine.

En fin d’ouvrage, Marcel s’interroge : le centenaire que je serais à présent est perplexe aujourd’hui. (…) Plus rien n’est comme avant mais avez-vous pu profiter de ce séisme de 39-45 pour mettre les outils qui vous éviteront de telles dérives ?

La première page de couverture du livre Des galoches sur la Baltique est une illustration de cette mer. Les Éditions Persée ont délicatement inscrit dans le ciel une photo de Marcel.

Des galoches sur la Baltique – Charly Dodet – Roman – Éditions Persée – ISBN 9782823126945 – 166 pages – format 148×210 – 14.50 €