ULTIMES COMMENTAIRES SUR LE SOIXANTIÈME FESTIVAL DE SPA.

Ce samedi 19 août, accompagné cette fois par l’initiateur de ce blog, nous nous sommes rendus à Spa afin de participer à la soirée anniversaire (le soixantième) du Festival, soirée basée sur un spectacle présenté par le directeur Axel de Booseré. Nous ignorons si les deux représentations à 18 heures 30’ et 20 heures 30’ étaient identiques mais nous voudrions dans cet article apprécier non seulement cette soirée mais aussi faire un bilan partiel de celles qui ont constitué ce Festival et enfin donner un avis sur les perspectives possibles de cette importante manifestation culturelle des étés wallons.

LA SOIREE ANNIVERSAIRE.

Assez décevante. Alors que nous espérions rencontrer nombre d’anciens du Festival, deux seulement montèrent sur scène. D’abord un inoxydable aristocrate aux origines russes, géorgiennes et estoniennes, né en Pologne il y a 76 ans, acteur multiple mais toujours d’une qualité professionnelle exceptionnelle et, en outre, docteur en droit et délégué syndical F.G.T.B. des comédiens. Alexandre von Sivers salua chaleureusement un spectateur caché dans la salle : Jean-Pierre Dopagne auteur de L’enseigneur qu’il joua pendant six saisons consécutives et qui fut ensuite repris sous le titre de Prof  par Jean Piat, Sociétaire de la Comédie française décédé l’an dernier à 94 ans.

Ensuite Geneviève Damas, actrice, metteuse en scène et écrivaine s’exprima très longuement mais eut le mérite de rendre plusieurs hommages chaleureux à Armand Delcampe qui a eu 80 ans ce 11 août (jour où – à ma connaissance -personne ne parla de lui pendant les six spectacles et la lecture programmés au Royal Festival ce dimanche-là) qui dirigea le Festival pendant 20 ans (1998-2018).  Il constitua tout au long des soixante ans de cette organisation, le trio majeur pour celle-ci avec Jacques Huisman (28 ans de responsabilités spadoises de 1959 à 1987, décédé à 91 ans) et avec aussi Joseph Houssa Bourgmestre de Spa pendant 35 ans, de 1983 à 2018, et qui deviendra nonagénaire le 12 avril prochain.

Quant aux quelques documents d’archives et brèves séquences audiovisuelles, ils ne constituaient pas un témoignage aussi intéressant que les 120 pages du livre de Philip Tirard davantage illustré : FESTIVAL DE THEATRE SPA 50 ANS 1959-2009. Le journaliste de la Libre Belgique écrivait par exemple page 12 : On a recruté aussi des « délégués » locaux chargés de faire connaître les pièces et de vendre des tickets. Certains d’entre eux comme Raymond Bisschops puis son fils André et son épouse Françoise (…) contribueront pendant un demi-siècle à la bonne marche de la manifestation estivale. Samedi Françoise et André étaient, par hasard, nos voisins mais n’avaient pas été interrogés, Urbain Ortmans confirmant ses priorités verviétoises. Si, pendant le spectacle anniversaire, les intermèdes musicaux furent agréables et de bonne qualité (grâce en particulier au couple de chanteurs Fabian Finkels et Isadora de Booseré et au saxophoniste Ferdinand Lemoine), par contre la trop longue prestation chorégraphique de Jonas Leclere et Fabienne Donnio était lassante et inutile.

CONTRE LA SUPPRESSION.

Si lors d’un tel anniversaire on évoque le nombre de spectateurs ou de créations, par contre il est impoli de parler des responsabilités politiques et financières. En 60 ans, le Festival a connu 26 Ministres de la Culture (dont un deux fois, feu Philippe Moureaux). Ne remontons pas à Pierre Harmel en 1958 mais venons-en de suite au XXIème siècle. En cinq ans (2000-2004) cinq Ministres wallons se succédèrent: les Hutois Robert Collignon et Pierre Hazette puis les Hennuyers Richard Miller, Daniel Ducarme et Olivier Chastel, le premier de ce trio établissant d’intéressants contrats-programmes. Les 20 % de Bruxellois parmi les députés du Parlement francophone obtinrent alors pendant treize ans les responsabilités de Ministre de la Culture attribuées aux Bruxelloises Fadila Laanan (2004 -2014) et Joëlle Milquet (2014-2016). Celle-ci exaspérée par la résistance d’Armand Delcampe suivi par Joseph Houssa alla jusqu’à préconiser la suppression du Festival. Heureusement pour celui-ci, les comportements litigieux de Madame Milquet obligèrent celle-ci à démissionner. Elle fut remplacée par une spadoise d’origine qui malgré les mauvais conseils des Bruxellois de son cabinet sauva le Festival en lui accordant un nouveau contrat programme alors que cette ministre parachutée liégeoise refusait ce contrat pour l’Arlequin à la grande et juste colère de Jean-Pierre Grafé et Robert-Armand Planchar,  trop tôt disparus.

LA WALLONIE BAFOUÉE.

Plus fondamentalement, ce qui est passé sous silence c’est la réalité des chiffres. Jusqu’à quand les 75 parlementaires wallons  qui forment 80% du Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles  admettront-ils d’être roulés dans la farine par l’establishment centralisateur de la capitale de notre communauté ? Alors que les accords Dehousse – Persoons de 1977-78, prévoyaient  25 % à Bruxelles des subventions culturelles francophones localisables et 75% pour la Wallonie, on en arrive aujourd’hui presqu’à l’inverse: plus de 70% à Bruxelles dans un domaine que j’ai étudié: le théâtre pour adultes (secteur des arts de la scène).

Pour rappel: cadre supérieur d’institutions financières, le juriste François Persoons devint député P.S.C. en 1968 puis F.D.F. de 1971 à 1981. Comme Bruxellois secrétaire d’Etat à la Culture française, il négocia avec le Wallon Jean-Maurice Dehousse, Ministre de la Culture française au sein du gouvernement fédéral (1977-79). Compte tenu du fait que, d’une part,  les Bruxellois représentent entre 20 et 25 % des francophones du Royaume et, d’autre part, qu’à l’exception du Musée de l’Afrique centrale et alors du Jardin botanique de Meise, les nombreuses autres institutions culturelles publiques restées fédérales  (le Théâtre Royal – Opéra et orchestre – de la Monnaie, le Palais des Beaux-Arts, l’Orchestre National de Belgique , les Musées royaux d’Art et d’Histoire (au Cinquantenaire), des Beaux-Arts (art ancien et art moderne), de  l’Armée et d’histoire militaire, la Bibliothèque royale et les Archives générales, les Instituts royaux des sciences naturelles, du patrimoine artistique et de bien d’autres domaines scientifiques  etc…) servent beaucoup plus Bruxelles où elles sont établies que les autres régions du pays. Les Bruxellois eux-mêmes reconnaissaient alors que l’octroi du quart des subventions culturelles francophones à Bruxelles était généreux. Mais ces accords sont aujourd’hui clairement bafoués et les élus wallons sont d’autant plus facilement cocus et contents qu’ils ignorent tout des engagements de hier. La Ministre Gréoli en partance a écouté les sirènes bruxelloises de son cabinet pour ne tenir aucun compte de ce qui précède. QUOUSQUE TANDEM ABUTERE CATILINA PATIENTIA NOSTRA ? Cette question de Cicéron est simple à traduire et il importerait de lui donner des suites après l’avoir adaptée à nos réalités. Un très haut responsable expérimenté de la Fédération Wallonie Bruxelles (que par correction je ne citerai pas car la diffusion de sa réaction n’était nullement prévue en étant nominative) m’écrit : Ton analyse est – comme à chaque fois- très  exacte et crois-moi  la résistance est réelle dans le chef de certains dont je suis mais le front conservateur en face est bien organisé et soutenu. Mais encore ? Pour ma part je ne crois pas à de miraculeuses évolutions budgétaires et je suis persuadé que la seule solution réside dans la régionalisation de la culture comme de l’enseignement et des (avec s comme le soulignait Urbain Destrée : de toutes les) compétences communautaires.

UN BILAN EN DEMI-TEINTE.

Justine Donnay responsable de la communication du Festival m’adresse ce mardi 20 août un communiqué relatif au bilan 2019. J’en résumerai l’essentiel en une seule longue phrase : Plus de 10.500 places ont été occupées lors de 29 spectacles (dont neuf sans texte donc plus accessibles aux non-francophones) assumés en douze jours (du 7 au 18 août 2019) par quelque 180 artistes et techniciens.

Mon appréciation suite aux neuf spectacles que j’ai vus lors d’une demi-douzaine de déplacements à Spa et suite aux échos que j’ai entendus s’avère assez réservée. Pourtant je garderai de ce Festival le meilleur souvenir grâce à ma soirée du 15 Août et à l’interprétation enthousiasmante de Bruno Vanden Broecke du monologue écrit par l’auteur de l’essai Congo. Une histoire qui m’avait passionné. Le ton juste, naturel et subtilement nuancé de Para a achevé de me convaincre que les multiples talents de David Van Reybrouck (la photo d’en-tête) font de lui au XXIème siècle une personnalité culturelle de la taille au siècle dernier de Georges Simenon (sans parler du Prix Nobel bruxellois Maurice Maeterlinck ni de sa vie des fourmis). J’espère que sera confirmée la rumeur selon laquelle le premier monologue écrit par Van Reybrouck et interprété par Vanden Broecke Mission sera repris en français en 2021. 

Para restera dans mes meilleurs souvenirs théâtraux avec notamment (pour n’en citer que trois) Meurtre dans la Cathédrale de T.S. Eliot par Jean Vilar et Georges Wilson dans la cour d’honneur du Palais des Papes en Avignon lors du Festival 1957 du Théâtre National Populaire et deux chefs d’œuvre joués à Liège au Théâtre Royal : La Cuisine d’Arnold Wesker interprétée par le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine au Xème Festival du Jeune Théâtre le 7 octobre 1967 et la comédie-ballet en cinq actes de Molière et Lully co-produite par Jean-Louis Grinda et José Brouwers en octobre 2006 pour le cinquantième anniversaire du Théâtre Arlequin.

Quant au reste, je me suis bien amusé en allant voir et écouter la première représentation du Festival Une vie sur mesure par le comédien-batteur Pierre Martin. J’ai recueilli des appréciations positives au sujet d’Évidences inconnues et de LUCA. Parc était moyen. Aucun des autres spectacles ne m’a convaincu : ni l’inaudible Tchaika d’après La Mouette de Tchékov, ni la pantalonnade de Bouvier et Devos Slips inside, ni non plus Strach a fear song, Fidelis fortibus et moins encore Bêtes de foire.

PERSPECTIVES.

Les spectacles sans texte ne constituèrent donc pas du tout ma tasse de thé. À la place d’Axel de Booseré (que je n’ai ni l’envie, ni l’âge de remplacer) j’envisagerais (si pas pour le prochain Festival de Spa du 5 au 16 Août 2020, mais pour le suivant) de créer deux volets au Festival : un pour le théâtre, le second pour les autres arts de la scène. Pour le premier volet, en tenant compte des productions annoncées ici ou là, j’essayerais de déterminer un thème (il y en a des centaines possibles) pour renforcer la cohérence et augmenter l’intérêt de la programmation ce thème pouvant séduire les étudiants en art dramatique de nos Conservatoires royaux et certaines troupes ou comédiens. Exemple : du Prince dont la Ville est un enfant de Montherlant créé à Liège par Les Compagnons de Saint-Lambert à l’Antigone de Jean Anouilh en passant par d’autres œuvres de la moitié du XXème siècle comme l’adaptation scénique d’un film de Sacha Guitry Le diable boiteux on pourrait illustrer l’état d’esprit des conservateurs de l’époque face aux progressistes notamment brechtiens. 

À PROPOS DES SPECTACLES SANS TEXTE.

Pour les autres arts de la scène un effort d’information important pourrait être développé notamment avec la Fédération provinciale et les offices locaux du tourisme en direction des Flamands, des Néerlandais, des Allemands, des Anglais etc. Justine Donnay  nous écrit : Une communication a bien été mise en place à destination du public non-francophone. En effet, les 9 spectacles concernés ont été traduits sur notre site internet en anglais et en néerlandais via l’onglet I DON’T SPEAK FRENCH. Et un tract d’information en anglais a été déposé dans tous les lieux touristiques de la région ainsi que dans tous les établissements HORECA, gîtes, chambres d’hôtes etc. Par ailleurs, une collaboration est bien entendu établie avec l’Office du Tourisme de Spa. Merci. Nous avons déjà comptabilisé cette édition et la précédente pas mal de spectateurs étrangers, touristes de passages etc. La suite est en développement.Il y a encore énormément de travail à faire à ce niveau-là mais nous y travaillons dans la mesure de nos moyens humains et financiers. Cette information nous paraît positive  tout en ignorant si l’anglais doit l’emporter sur le néerlandais chez les touristes spadois.

Il me reste à remercier celui qui m’édite, celles et ceux qui me lisent ainsi que les administrateurs du Festival au premier rang desquels Joseph Houssa. Avec Axel de Booseré, Justine Donnay et les autres membres de l’équipe spadoise qui (et heureusement pour moi) pensent avec Pierre Augustin Caron de Beaumarchais : Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.

Jean-Marie ROBERTI

AU FESTIVAL ROYAL DE SPA UN AUTEUR MAJEUR DE NOTRE SIÈCLE SERVI PAR UN COMÉDIEN D’EXCEPTION.

Un gamin d’Assebroek, né (jour pour jour) deux ans avant le « golpe » de Pinochet et trente ans avant les attentats perpétrés à New-York par Ben Laden, me semble pouvoir partager la devise de Georges Simenon (« Comprendre, ne pas juger ») et apprécier la philosophie d’un poète louviérois Achille Chavée « ce peau rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne ».

David Van Reybrouck est lui une homme du XXIème siècle ayant d’abord acquis une double expérience  comme étudiant et comme enseignant dans le vaste domaine des « sciences humaines » puis ayant à 35 ans décidé d’abandonner l’enseignement universitaire pour se consacrer à temps plein à l’écriture.

Parmi les matières qu’il a étudiées et professées à Leuven et à Cambridge, à Leyde (où il présenta son doctorat), à Barcelone ou à Paris, l’archéologie et la philosophie, l’anthropologie, l’histoire de l’art,  l’histoire et la préhistoire, etc. Comme écrivain, il s’exprime par le roman,  par la poésie, par des chroniques de presse, par les essais, par le théâtre.

Je l’ai découvert il y a quelques années en dévorant les 680 pages de son essai « Congo, une histoire ».  J’ai ensuite parcouru son pamphlet « Contre les élections » et si je ne suis pas partisan au retour à l’ancien régime de la procédure de choix annuel des Bourgmestres de Liège et des Bonnes Villes de ma Principauté, je dois bien reconnaître qu’il est impératif que la démocratie représentative trouve de nouvelles formes d’expression. Car nous en sommes arrivés au point où, par exemple,  en octobre dernier  au scrutin communal liégeois sur 132.164 inscrits, 33.627 n’ont pas voté valablement soit davantage  que le nombre de voix de la principale  liste politique, celle du Bourgmestre PS, 30.289. 

Tout en écrivant Congo, David Van Reybrouck avait exposé la vie d’un missionnaire André Vervecken    et il avait confié ce monologue à Bruno Vanden Broecke mis en scène par l’ami de celui-ci  Raven Ruell. Un chef d’œuvre a-t-on écrit. David Van Reybroeck s’est aussi intéressé à  un sujet dont l’armée n’aime pas entendre parler :  la principale mission belge en Afrique noire, celle qui en 1992-93  conduisit en Somalie des centaines de militaires mal préparés et dont certains commirent des exactions inadmissibles.

Un sergent parachutiste flamand Nico Staelens exprime pendant 90 minutes le malaise qui imprégna nombre de participants. Et bis repetita placent, le monologue fut à nouveau confié à Bruno Vanden Broecke. Quelle exceptionnelle performance ! S’exprimer seul en scène pendant nonante minutes c’est déjà un exploit mais quand vous devez le faire dans une autre langue que la vôtre dont vous n’êtes en rien un spécialiste, la difficulté se trouve encore augmentée. Et ce qui est tout-à-fait remarquable c’est que ce comédien ne donne pas du tout l’impression de forcer son talent. Au contraire, il est serein, rassurant, d’un naturel permanent . Il incarne son personnage à la perfection et mérite les éloges  les plus chaleureux . Bien entendu cette réussite découle du style de l’auteur, style qui est  direct, simple,efficace, toujours très largement compréhensible et quant au fond, mesuré (ni condamnation excessive ni complaisance complice.)

Ces 14 et 15 Août le Festival Royal de Spa aura vécu trois heures qui peuvent prendre place dans les meilleures pages de son histoire

Jean-Marie ROBERTI

PS. Question :  après les spectacles pourquoi mélanger le public qui veut discuter autour d’un verre et celui qui souhaite écouter ce qui lui est proposé comme d’excellentes interprétations de Brassens rendues inaudibles par le brouhaha ambiant ?                                                                                                                                                                                                                      





THÉÂTRE FORAIN À SPA: UN « ROYAL FESTIVAL » … PATCHWORK.

Ce mardi 13 août, nous avons choisi d’assister à un spectacle forain : Bêtes de foire. Deux jours avant, nous étions allés voir du cirque ( Fidelis fortibus ) sous  le Chapiteau du Parc de Sept heures. Cette  même localisation étant annoncée mardi pour le spectacle que nous avions choisi, nous sommes retournés à cet endroit.   Nous étions vingt minutes en avance.  Pas de file cette fois et même peu de monde mais une grande amabilité à l’égard de plusieurs personnes âgées auxquelles des chaises furent apportées. Nous avons donc attendu en nous étonnant à huit meures moins cinq du fait que le public était si peu nombreux. Il nous fut répondu que le spectacle ne commençait qu’à 20 heures 30’. Nous avons montré la brochure du festival annonçant 20 heures pour Bêtes de foire. On nous annonça alors que sous le chapiteau Fidelis fortibus serait rejoué à 20 heures 30’ mais qu’il y avait à l’autre bout du Parc de Sept heures un autre chapiteau. Nous sommes repartis le moins lentement possible et sommes arrivés lorsqu’entraient les derniers spectateurs venus comme nous voir Elsa De Witte et Laurent Cabrol. Et cette fois,  heureuse confirmation : la souriante gentillesse de l’accueil lors duquel deux places acceptables furent trouvées alors que d’assez nombreux spectateurs venus en chaises roulantes (au moins une demi-douzaine) avaient bénéficié des meilleurs emplacements envisageables.  

On ne peut que se réjouir de telles attentions.       

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Quant au spectacle forain qui nous fut présenté, de deux choses l’une : ou bien vous y réagissez d’emblée, ou bien vous ne vous sentez pas concernés.  Si mon épouse a  beaucoup ri et si elle applaudit volontiers, par contre comme mon voisin de gauche, je ne me suis pas du tout amusé. Nous n’avons guère souri qu’à l’égard de la nonchalance  d’un petit chien dressé. Au moment où on a pu avoir la chance d’apprécier les meilleurs spectacles depuis le Bip de Marcel Marceau jusqu’aux acrobaties ou jongleries les plus étonnantes, notamment en Asie, ce qui nous a été présenté à Spa n’avait pas grand-chose pour soulever notre enthousiasme.

Nous espérons beaucoup des soirées  de jeudi (le Para de David  Van Reybrouck joué par Bruno Vanden Broecke )  et de samedi (les 60 ans d’histoire du  Festival avec  des personnalités telles que l’aristocrate  syndicaliste  Alexandre von Sivers…

Le Festival est devenu plus patchwork que jamais. Une sorte d’auberge espagnole. Ne serait-il pas temps de chercher un peu plus de cohérence?

Jean-Marie ROBERTI            

UN FLAMAND ET DES LIEGEOIS A L’AFFICHE DOMINICALE DU ROYAL FESTIVAL DE SPA.

Temps gris dimanche à Spa où l’après-midi commence mal. Longue file dans le parc urbain des sept heures où souvent éloignés des endroits de stationnement,  les spectateurs doivent en outre attendre debout jusque peu après 17 heures 30’  que le chapiteau sans places numérotées devienne accessible encore que sans guère d’éclairage. Des chaises avec dossiers, un accueil tant soit peu adapté aux diverses catégories d’âge ou de forme physique du public, on semble ne pas connaître. Même si nous ne nous  faisons pas d’illusions en vue des six  représentations sous chapiteau de « Bêtes de foire », nous pensons devoir écrire ces lignes pour contribuer au fait qu’à l’avenir  le Festival soit davantage respectueux de son public.

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Nous avons assisté à deux spectacles. Le premier  joué par Danny Ronaldo secondé par l’équipe du Circus Ronaldo une famille flamande au service depuis six générations du cirque d’alors et de celui d’antan. Pas de texte français mais un peu de galimatias d’inspiration latine comme le titre du spectacle: « Fidelis fortibus » (1) qui signifie littéralement  « fidèle aux audacieux »

Seul survivant d’une troupe qui comptait des artistes circassiens de multiples disciplines, le clown voudrait renoncer à toute représentation mais le public l’encourage à tenir tous les rôles. Prestation très réussie qui mêle poésie et humour, nostalgie et exerciccs de haute voltige  ce qui en février dernier a conduit (le clown, pas le joueur de foot) à remporter le Prix Flamand de la Culture pour le Cirque. Le public spadois a confirmé la justesse de ce choix.

On soulignera une nouveauté : l’importance donnée désormais à la coopération entre le Festival et la Flandre non seulement grâce aux Ronaldo mais aussi à la Compagnie De Rode Boon dans les Evidences inconnues, aux danseurs qui interprètent Horses et surtout au duo entre l’auteur de « Para » David Van Reybrouck (dont le monumental essai sur le Congo m’a passionné ) et le lauréat du Louis d’Or néerlandais du meilleur comédien Bruno Vanden Broecke.

La seconde représentation dominicale ne se basait pas  plus que « fideis fortibus » sur l’interprétation du texte d’un auteur reconnu. On n’est pas dramaturge à six. Avec leur pièce « Parc » (aquatique) un collectif d’une demi-douzaine d’acteurs liégeois imagine et joue un accident mortel entre un orgue et un dresseur d’animaux. Cette comédie noire s’inspire notamment du spectaculaire « Sauvez Willy » écrit le programmateur qui ignorait que la pièce se jouerait trois jours après l’infarctus subi par Willy… Demeyer, Bourgmestre depuis plus de dix-neuf ans de la Ville de Liège.

Mais rassurons nous : le Mayeur comme Cédric Coomans, Eléna Doratiotto, Sarah Hebborn, Daniel Scmitz et Kirsten Vanden Hoorn aidés par Marion Leroy et accompagnés d’Olivier Hespel vont bien et peuvent toujours espérer la réussite de leurs œuvres. Le Collectif « La station » a déjà reçu le Prix Emulation 2019 du Théâtre de Liège.                                 Jean-Marie ROBERTI

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(1)   Le proverbe fortes fortuna juvat des Romains fut  reformulé par Virgile dans l’Énéide (X, 284) : audaces fortuna juvat.  Nous l’avons adopté dans sa formulation française : « la fortune sourit aux audacieux ». Par contre « Fidelis fortibus »  n’est pas une citation littéraire et la traduction devient  souvent trahison. C’est le cas pour fortibus. Ainsi quand César écrivait selon nos professeurs et livres d’histoire que de tous les peuples de la Gaule les Belges sont les plus braves, on constate a posteriori que ces Belges n’occupaient pas le territoire belge actuel et que dans l’esprit de César les plus braves sont les sauvages les. plus incultes …

SPA: UN FESTIVAL ROYAL AUX SPECTACLES SANS TEXTE.

Si depuis l’an dernier, le mot Festival n’a plus été à Spa suivi par la précision de théâtre, c’est notamment parce que la proportion de spectacles dépourvus de texte a été augmentée. Ce qui au milieu de l’été, alors que de nombreux touristes flamands, néerlandais, allemands, voire anglais, résident dans la région, cette absence de contrainte linguistique devrait  les attirer pour autant que l’information leur parvienne dans leur langue (ce qui n’est pas simple à garantir).      

Ce vendredi 9 août, nous avons assisté à deux de ces spectacles sans texte, réinvités l’un et l’autre suite aux succès obtenus l’an dernier et que la mode actuelle qualifie de circassiens ou Tcherkesses (concernant les gens du cirque). Dans ce secteur culturel, on trouve (parfois) le meilleur. C’est le cas avec la création de Patrick Masset excellent metteur en scène mais dont la création de lumière est franchement gênante, en tout cas pour les spectateurs des premiers rangs à éblouir autrement.  Mais quelle époustouflante réussite que ce mariage des acrobaties et de l’opéra dans cette œuvre qui conduit à exorciser les peurs. Les deux porteurs, Denis Dulon et Guillaume Sendron, la voltigeuse Airelle Caen, presqu’aussi athlétique que ses partenaires masculins et la brillante cantatrice Julie Calbete sont de grands professionnels  qui excellent à alterner  violence et douceur poétique, en passant par un humour qui déclenche les rires du public (notamment lors de la prestation d’une spectatrice attirée sur la piste). La longue standing ovation qui clôtura cette représentation mérite de rester dans les mémoires.

Mais il n’y a pas que le meilleur ! François Rabelais débutait son Gargantua en écrivant que le rire est le propre de l’homme. Même quand il est bête ? Le niveau du spectacle de Xavier Bouvier et Benoît Devos est défini et localisé dans son titre Slips inside. Les pitreries de ces olibrius (comme aurait dit, en son château de Moulinsart, le capitaine Archibald Haddock) sont supportables dix minutes mais non une heure quart. Certes ces clowns circassiens sont des acrobates  spectaculaires mais leur volonté d’imposer d’incessants éclats d’un rire loin d’être du  meilleur goût conduit à ce que la comparaison de leurs  prestations athlétiques avec celles  de leurs prédécesseurs au Festival de Spa ne joue pas en leur faveur.      

Bref, ce vendredi 9 août comme le mercredi 7, notre soirée spadoise a fort bien débuté mais s’est moins bien terminée.      

Jean-Marie Roberti 

P.S. : Et quand j’écris bien commencée je ne tiens pas compte de la mise en place du public. Bloquer les entrées (même au-delà de l’heure précise du début du spectacle) conduit les spectateurs à s’agglutiner, voire à se bousculer, avant d’occuper des sièges ou des bancs peu confortables.

Une numérotation  préalable des places et l’ouverture de la salle avant l’heure de la représentation accroissent sans aucun doute  le travail du personnel mais, en dépit des difficultés à surmonter,  c’est à celui-ci d’être au service des spectateurs et non l’inverse.   

Le soixantième festival de Spa s’est ouvert presqu’en fanfare.

 A Spa, le soixantième Festival (cinquante-huit fois de théâtre et deux fois royal) a débuté ce mercredi 7 août 2019 à 18 heures 30’ par une agréable surprise. 

A l’affiche Une vie sur mesure de Frédéric Chapuis dans une mise en scène de Stéphane Battle. En réalité un spectacle souvent drôle et parfois émouvant. On ne peut pas parler d’ouverture en fanfare puisque celle-ci est habituellement composée d’un ensemble de cuivres mais on n’en est pas loin car les instruments à percussion que sont deux batteries sophistiquées permettent des interprétations qui valent bien – pour ouvrir un festival –  les moyens que donnent  tambour et trompettes.

Il était une fois un étudiant lillois à Bruxelles, bachelier en batterie jazz au Conservatoire Royal de Musique et aussi élève en classe de déclamation de l’Académie d’Ixelles. Nous avons pensé que le spectacle qui conte une passion absolue (celle pour la batterie) avait été écrit pour lui. Ce n’était pas le cas mais l’adéquation du texte et de sa mise en scène avec les remarquables qualités du très talentueux musicien et comédien qu’est Pierre Martin (photo d’en- tête) s’avère tout-à-fait exemplaire. Seul en scène pendant une heure quart, cet artiste qui possède un splendide sens du rythme et s’avère d’une dextérité exceptionnelle, émeut ou amuse sans jamais lasser. Qu’il apparaisse comme différent (dérangeant pour celles et ceux qui croient ne pas l’être) ou bien  enthousiaste (follement pour les sages), il joue juste. Cette prestation a enchanté une salle comble et enthousiaste et a suscité une ovation amplement méritée. Ce spectacle pourra être vu ou revu dans notre pays de septembre à décembre au Théâtre Le Public de Bruxelles puis à l’Atelier Théâtre Jean Vilar à Louvain-la- Neuve.

Un choix raté.

Après Une vie sur mesure, nous pouvions choisir entre trois spectacles pour terminer la soirée. Nos amis Monsieur et Madame André Bisschops délégués liégeois du Festival de Spa depuis des décennies,  nous ont dit combien ils ont été ce mercredi positivement impressionnés par les Évidences absolues présentées par la compagnie flamande Rode Boom qui invitait le public spadois à découvrir comme par magie l’art du mentalisme.

Rencontré en fin de soirée, le directeur du Festival Axel De Booseré nous a dit avoir été étonné du fait qu’amateur d’un théâtre où de grands textes sont à servir par d’humbles comédiens (ainsi que le préconisait Gérard Philippe au milieu des années cinquante en Avignon lors des rencontres internationales des jeunes organisées dans le cadre du Festival du Théâtre National Populaire dirigé par Jean Vilar), nous ne sommes pas allés voir et écouter la comédie de Joshua Sobol.

À posteriori c’est effectivement bizarre (Vous avez dit bizarre ?  … Comme c’est bizarre !) mais cela s’explique cependant par la place qu’a prise dans mon existence la solidarité avec les démocrates chiliens et aussi par l’attrait que j’ai toujours ressenti à l’égard des artistes professionnels du théâtre des marionnettes pour adultes. Nous étions bien placés et nous cherchions à entendre mais nous n’avons rien compris à cette adaptation de La mouette d’Anton Tchékhov. Dans ces conditions nous suivrons l’adage du Liégeois Georges Simenon Comprendre ne pas juger. À fortiori quand on ne comprend pas.

La représentation plus tardive que celle des autres spectacles de cette pièce intitulée Tchaïka, nous aura permis de déguster la promotion d’un restaurant voisin : pour notre couple, deux casseroles de moules marinières accompagnées d’une bouteille de Muscadet. Malgré un long détournement pour cause de travaux dans le sens du retour de Spa à Liège, le bilan de cette première soirée du Festival de Spa laisse espérer d’intéressantes découvertes.

Jean-Marie Roberti

A l’Étuve, cabaret PARIS à voir!

Au Théâtre de l’Étuve, Philippe Dengis a voulu donner sa vision  de Paris, non pas tel qu’il est, mais tel que je l’aime. Il a réussi son pari en créant PARIS, le mot et la chose, cabaret improbable avec la complicité d’Éve Brasseur, Christine Collignon, Philippe Bodart, Édouard Niles, Francesco Nobile et le pianiste Éric Closset. Le Paris que Philippe Dengis met en scène est le Paris de Montmartre, des cabarets à strip-tease, le Paris des poètes, des chansonniers, de Fernandel, d’Yves Montand, de Jacques Prévert, mais aussi du Paris sous les bombes. Toujours avec le sourire ou le rire franc, un brin de nostalgie…

Mélodies de toujours : Paris, c’est du champagne ! /Paris, c’est de l’amour… / C’est le pays de cocagne / Où le temps paraît trop court; / L’esprit, que l’on y gagne, / Au cœur chante toujours, / Car Paris c’est du champagne, / Du champagne et de l’amour ! ou encore Jolis bas noirs et blanches la dentelle / Trottins troussé et jupons retroussés /  Grandes cocottes ou frivoles donzelles / C’est tout cela qui fait notre Paris / C’est tout cela qui fait notre Paris.

Que du plaisir, que des plaisirs mais parfois Mon père, je m’accuse d’avoir fait ce que vous savez / Avec qui vous savez / D’abord il m’a troussée jusqu’où vous savez / Puis avec l’air que vous savez / Il a sorti ce que vous savez / Et là, il m’a demandé de lui faire ce que vous savez.

Nostalgie quelquefois : Il n’y a plus d’après / À Saint-Germain-des-Prés  / Plus d’après-demain, plus d’après-midi  / Il n’y a qu’aujourd’hui  / Quand je te reverrai  / À Saint-Germain-des-Prés

De la gravité aussi  lorsque le cabaret évoque le temps vieux de quelques septante-cinq ans et davantage où Paris a connu la guerre : Je twisterais les mots s’il fallait les twister / Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez / Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers / Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés / Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants / Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.

Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! Tout peut recommencer comme avant Paris, c’est du champagne ! /Paris, c’est de l’amour… et il est revenu le temps de chercher un millionnaire Je Cherche Un Millionnaire, / Un type chic qui voudrait bien d’moi, / Au moins une fois par mois.

De l’esprit mutin voire coquin, PARIS, le mot et la chose, cabaret improbable est à l’affiche de l’Étuve en février et début mars (1). C’est un spectacle à recommander tant il a de l’entrain et de la joie. Deux heures de pur bonheur et d’intense gaité.

  • (1) 15, 16, 22, 23 février 1, 2 mars à 20h15 et dimanche 24 février à 15h30 – Réservation : par SMS au 0492/ 56 29 10 ou par courriel à reservationetuve@gmail.com

Théâtre Arlequin, « Le Fusible » rires garantis!

Près d’un millier de personnes ont assisté, le soir du Réveillon de Nouvel-An,  à la création en Belgique, en co-production avec le Forum, de la comédie Le Fusible par la Compagnie royale Théâtre Arlequin. À présent, la pièce est à l’affiche du théâtre situé dans la rue dédiée au berger lieurneusien devenu sculpteur à Paris, Henri-Joseph Rutxiel (1).  

Due à l’auteur bordelais Sylvain Meyniac, Le Fusible se déroule au 9ème étage d’un immeuble huppé où habite Paul Achard (Serge Swysen) et son épouse Valérie (Marie-Josée Delecour). Tout semble harmonieux. Paul et son associé Michel Deviné (Alexandre Tirelier) doivent se rendre, le lendemain, à Moscou pour conclure la vente, à bon prix, de leur entreprise à une société russe. En réalité – réalité connue du seul Michel, génie de l’informatique, naïf et gaffeur –  Paul, âgé de 45 ans,  a décidé de divorcer et, au lieu d’aller à Moscou, de partir à Bali en compagnie de sa maîtresse, l’avocate Valérie Nicolas (Delphine Dessambre) y passer un mois de vacances. Grain de sable, lorsque l’épouse de Paul leur annonce qu’elle aussi va, par le même vol, à Moscou en qualité de styliste de mode. Comment se tirer de cette situation d’autant qu’en parfait mari, Paul s’efforce de réparer le four qui doit permettre à Valérie la cuisson d’un gratin de brocoli au quinoa. Nous n’en dirons pas davantage de peur de déflorer l’intrigue. Cependant, ajoutons : un, le four explose, deux, Paul est indemne mais amnésique, trois, l’intervention d’un psychiatre, le docteur Cordel (Fabian Nicolaï) qui a conservé des lunettes à la mode des années septante, quatre, l’apparition d’une Russe Ilona Vianova (Maïté Wolfs).

Dans un décor de Frédéric Duchnik, José Brouwers réalise une mise en scène de ce spectacle faisant appel à des réelles aptitudes physiques allant des nombreuses chutes de Paul Achard aux acrobaties de Michel Deviné et du docteur Cordel. Mise en scène soutenue par la franche rigolade du public qui, durant la centaine de minutes de ce vaudeville, ne cesse de s’esclaffer de bon cœur.

Un public qui n’est pas ingrat. La preuve sur les réseaux sociaux. De l’échevine de l’État-Civil de Liège, Élisabeth Fraipont :  Très bonne représentation du Théâtre Arlequin avec « Le Fusible »…vive cette compagnie liégeoise de talent!  à Suzanne Denooz : Bien amusée en ta compagnie au théâtre en passant par Madeleine Kemeny : Une pièce drôle jouée au Théâtre Arlequin. Je ne puis que chaudement vous la recommander. Rires assurés ou encore par le peintre Philippe Waxweiler : Je vous recommande cette pièce très drôle et originale…

  • Compagnie royale Théâtre Arlequin – Location tél. 04 223 18 18 du lundi au samedi dès 11h ou par Internet  www.theatrearlequin.be (Visa/Mastercard) – Prix des places 22€ (Banquettes) et 20 € (Chaises) – Représentations : chaque vendredi et samedi à 20h30 en janvier et février ainsi que le samedi 1er mars , de même que le dimanche 27 janvier à 15h – Prochain spectacle : reprise de L’Évasion de Socrate d’Armel Job le 8, 9, 16 mars à 20h30 et le 17 mars à 15h.

ÉTUVE : HOMMAGE À BARBARA PAR LILIANE GUISSET

La frontière est mince entre le poème et la chanson.  D’ailleurs, y en a-t-il une ?  Récemment, Gilles Vignault – 90 ans, ce 27 octobre – a rappelé qu’ayant écrit un poème les gens de mon pays, ses musiciens de lui dire : Ce n’est pas un poème, c’est le premier couplet d’une chanson. Il est donc tout naturel que l’écrivaine et pianiste liégeoise  Liliane Guisset qui se produira bientôt à l’Etuve (1) et dont les poèmes rencontrent un succès réjouissant lors de soirées privées ou publiques, ait été sensible à l’univers de Barbara.   Car chez la grande dame brune, les paroles épousent la musique dans une symbiose poétique parfaite.  Qu’il s’agisse de Göttingen, de Vienne, de Ma plus belle histoire d’amour c’est vous, de La solitude,  de Drouot, de Nantes, de L’aigle noir, de Si la photo est bonne, de Pierre …  (la liste est longue et ne connaît aucune faiblesse !), les chansons de Barbara honorent la splendeur de la langue française sous l’angle d’une poésie subtile et – bien sûr – mélancolique.

Que de poésie en effet dans ces quelques vers : Mais c’est bien joli tout de même, A Göttingen, à Göttingen / Il est si beau l’automne Et j’aimerais le vivre avec toi Que c’est beau Vienne Avec toi Vienne / Oui, je vous fus infidèle, Mais vous revenais quand même, Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous / Allez, va t-en porter ailleurs Ta triste gueule de l’ennui. Je n’ai pas le goût du malheur. Va t-en voir ailleurs si j’y suis ! / Le marteau retomba sur sa voix suppliante Elle vit s’en aller, parmi quelques brocantes Le dernier souvenir de ses amours d’antan / Il voulait avant de mourir Se réchauffer à mon sourire Mais il mourut à la nuit même Sans un adieu, sans un « je t´aime » / Un beau jour, Ou peut-être une nuit Près d’un lac, je m’étais endormie Quand soudain, semblant crever le ciel Et venant de nulle part, Surgit un aigle noir / Qu’on m’amène ce jeune homme, Si la photo est bonne, Si la photo est bonne, Si la photo est bonne… / Quand Pierre rentrera, Il faut que je lui dise, Que le toit de la remise, A fui, Il faut qu’il rentre du bois, Car il commence à faire froid, Ici, Oh, Pierre, Mon Pierre, 

Le théâtre de l’Étuve est certainement l’endroit idéal pour savourer l’hommage à Barbara que Liliane Guisset déclinera sous la forme de quatre concerts piano-voix. Fondée début des années cinquante, l’Étuve ressemblait par bien des côtés aux boîtes à chansons parisiennes telles l’Échelle de Jacob ou l’Écluse. C’est d’ailleurs à l’Écluse que Barbara a entamé sa carrière en France après avoir débuté à Bruxelles.

(1)  9-10-16-17 novembre 2018 à 20h15 – 16/13 € – Réservation par SMS 0492 562910 ou réservationetuve@gmail.com

 

ARLEQUIN : bon appétit au dîner d’adieu!

La saison dernière, la Compagnie royale Théâtre Arlequin a présenté Je veux un Magritte, une pièce écrite à quatre mains, celles de José Brouwers et de Philippe Waxweiler. Ce fut un succès. Cette saison, elle récidive en faisant choix de Un dîner d’adieu, une pièce écrite à quatre mains, celles de Matthieu Delaporte et d’Alexandre de la Patellière.

Le thème de la pièce est l’amitié. Plus exactement, de ses contraintes tels les dîners en ville qui n’apportent rien, ni au point de vue gastronomique – toujours les mêmes menus -, ni au point de vue conversations – toujours les mêmes sujets. Pierre Lecoeur (Serge Swysen), un éditeur, quelque peu lâche, et son épouse Clotilde (Catherine Ledouble), une bourgeoise, quelque peu imprévisible, sont bien décidés à faire le ménage parmi leurs relations qui, d’après les calculs de Pierre, prennent jusqu’à  trente-cinq pour cent de son temps de dîner disponible. La méthode retenue est simple : inviter leurs ami.e.s à un dîner d’adieu dont ils garderont un souvenir impérissable. Un repas fastueux, un vin dont le millésime est celui de la naissance de l’invité, exhiber un objet rappel de l’amitié profonde. L’hôte de Pierre et Clotilde est Antoine Royer (Jean-Louis Maréchal), un vieil ami mais un fâcheux comme l’aurait écrit Molière.

Le metteur en scène Marcel Servan a su éviter le  piège d’en rajouter à cette comédie de mœurs. Comédiens et comédienne excellent dans un décor signé Philippe Waxweiler. Les costumes sont de Marie-Josée Delecour qui a soigné tout particulièrement pour ce repas d’adieu la chemise de Pierre, un cadeau de son ami Antoine. Les éclairages sont confiés à Alex Fontaine et Franco De Bartolomeo. En dépit de la cruauté perverse qui sous-tend un dîner d’adieu, on ne cesse de rire tout au long du spectacle. Et pourtant …