UN FLAMAND ET DES LIEGEOIS A L’AFFICHE DOMINICALE DU ROYAL FESTIVAL DE SPA.

Temps gris dimanche à Spa où l’après-midi commence mal. Longue file dans le parc urbain des sept heures où souvent éloignés des endroits de stationnement,  les spectateurs doivent en outre attendre debout jusque peu après 17 heures 30’  que le chapiteau sans places numérotées devienne accessible encore que sans guère d’éclairage. Des chaises avec dossiers, un accueil tant soit peu adapté aux diverses catégories d’âge ou de forme physique du public, on semble ne pas connaître. Même si nous ne nous  faisons pas d’illusions en vue des six  représentations sous chapiteau de « Bêtes de foire », nous pensons devoir écrire ces lignes pour contribuer au fait qu’à l’avenir  le Festival soit davantage respectueux de son public.

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Nous avons assisté à deux spectacles. Le premier  joué par Danny Ronaldo secondé par l’équipe du Circus Ronaldo une famille flamande au service depuis six générations du cirque d’alors et de celui d’antan. Pas de texte français mais un peu de galimatias d’inspiration latine comme le titre du spectacle: « Fidelis fortibus » (1) qui signifie littéralement  « fidèle aux audacieux »

Seul survivant d’une troupe qui comptait des artistes circassiens de multiples disciplines, le clown voudrait renoncer à toute représentation mais le public l’encourage à tenir tous les rôles. Prestation très réussie qui mêle poésie et humour, nostalgie et exerciccs de haute voltige  ce qui en février dernier a conduit (le clown, pas le joueur de foot) à remporter le Prix Flamand de la Culture pour le Cirque. Le public spadois a confirmé la justesse de ce choix.

On soulignera une nouveauté : l’importance donnée désormais à la coopération entre le Festival et la Flandre non seulement grâce aux Ronaldo mais aussi à la Compagnie De Rode Boon dans les Evidences inconnues, aux danseurs qui interprètent Horses et surtout au duo entre l’auteur de « Para » David Van Reybrouck (dont le monumental essai sur le Congo m’a passionné ) et le lauréat du Louis d’Or néerlandais du meilleur comédien Bruno Vanden Broecke.

La seconde représentation dominicale ne se basait pas  plus que « fideis fortibus » sur l’interprétation du texte d’un auteur reconnu. On n’est pas dramaturge à six. Avec leur pièce « Parc » (aquatique) un collectif d’une demi-douzaine d’acteurs liégeois imagine et joue un accident mortel entre un orgue et un dresseur d’animaux. Cette comédie noire s’inspire notamment du spectaculaire « Sauvez Willy » écrit le programmateur qui ignorait que la pièce se jouerait trois jours après l’infarctus subi par Willy… Demeyer, Bourgmestre depuis plus de dix-neuf ans de la Ville de Liège.

Mais rassurons nous : le Mayeur comme Cédric Coomans, Eléna Doratiotto, Sarah Hebborn, Daniel Scmitz et Kirsten Vanden Hoorn aidés par Marion Leroy et accompagnés d’Olivier Hespel vont bien et peuvent toujours espérer la réussite de leurs œuvres. Le Collectif « La station » a déjà reçu le Prix Emulation 2019 du Théâtre de Liège.                                 Jean-Marie ROBERTI

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(1)   Le proverbe fortes fortuna juvat des Romains fut  reformulé par Virgile dans l’Énéide (X, 284) : audaces fortuna juvat.  Nous l’avons adopté dans sa formulation française : « la fortune sourit aux audacieux ». Par contre « Fidelis fortibus »  n’est pas une citation littéraire et la traduction devient  souvent trahison. C’est le cas pour fortibus. Ainsi quand César écrivait selon nos professeurs et livres d’histoire que de tous les peuples de la Gaule les Belges sont les plus braves, on constate a posteriori que ces Belges n’occupaient pas le territoire belge actuel et que dans l’esprit de César les plus braves sont les sauvages les. plus incultes …

SPA: UN FESTIVAL ROYAL AUX SPECTACLES SANS TEXTE.

Si depuis l’an dernier, le mot Festival n’a plus été à Spa suivi par la précision de théâtre, c’est notamment parce que la proportion de spectacles dépourvus de texte a été augmentée. Ce qui au milieu de l’été, alors que de nombreux touristes flamands, néerlandais, allemands, voire anglais, résident dans la région, cette absence de contrainte linguistique devrait  les attirer pour autant que l’information leur parvienne dans leur langue (ce qui n’est pas simple à garantir).      

Ce vendredi 9 août, nous avons assisté à deux de ces spectacles sans texte, réinvités l’un et l’autre suite aux succès obtenus l’an dernier et que la mode actuelle qualifie de circassiens ou Tcherkesses (concernant les gens du cirque). Dans ce secteur culturel, on trouve (parfois) le meilleur. C’est le cas avec la création de Patrick Masset excellent metteur en scène mais dont la création de lumière est franchement gênante, en tout cas pour les spectateurs des premiers rangs à éblouir autrement.  Mais quelle époustouflante réussite que ce mariage des acrobaties et de l’opéra dans cette œuvre qui conduit à exorciser les peurs. Les deux porteurs, Denis Dulon et Guillaume Sendron, la voltigeuse Airelle Caen, presqu’aussi athlétique que ses partenaires masculins et la brillante cantatrice Julie Calbete sont de grands professionnels  qui excellent à alterner  violence et douceur poétique, en passant par un humour qui déclenche les rires du public (notamment lors de la prestation d’une spectatrice attirée sur la piste). La longue standing ovation qui clôtura cette représentation mérite de rester dans les mémoires.

Mais il n’y a pas que le meilleur ! François Rabelais débutait son Gargantua en écrivant que le rire est le propre de l’homme. Même quand il est bête ? Le niveau du spectacle de Xavier Bouvier et Benoît Devos est défini et localisé dans son titre Slips inside. Les pitreries de ces olibrius (comme aurait dit, en son château de Moulinsart, le capitaine Archibald Haddock) sont supportables dix minutes mais non une heure quart. Certes ces clowns circassiens sont des acrobates  spectaculaires mais leur volonté d’imposer d’incessants éclats d’un rire loin d’être du  meilleur goût conduit à ce que la comparaison de leurs  prestations athlétiques avec celles  de leurs prédécesseurs au Festival de Spa ne joue pas en leur faveur.      

Bref, ce vendredi 9 août comme le mercredi 7, notre soirée spadoise a fort bien débuté mais s’est moins bien terminée.      

Jean-Marie Roberti 

P.S. : Et quand j’écris bien commencée je ne tiens pas compte de la mise en place du public. Bloquer les entrées (même au-delà de l’heure précise du début du spectacle) conduit les spectateurs à s’agglutiner, voire à se bousculer, avant d’occuper des sièges ou des bancs peu confortables.

Une numérotation  préalable des places et l’ouverture de la salle avant l’heure de la représentation accroissent sans aucun doute  le travail du personnel mais, en dépit des difficultés à surmonter,  c’est à celui-ci d’être au service des spectateurs et non l’inverse.   

Le soixantième festival de Spa s’est ouvert presqu’en fanfare.

 A Spa, le soixantième Festival (cinquante-huit fois de théâtre et deux fois royal) a débuté ce mercredi 7 août 2019 à 18 heures 30’ par une agréable surprise. 

A l’affiche Une vie sur mesure de Frédéric Chapuis dans une mise en scène de Stéphane Battle. En réalité un spectacle souvent drôle et parfois émouvant. On ne peut pas parler d’ouverture en fanfare puisque celle-ci est habituellement composée d’un ensemble de cuivres mais on n’en est pas loin car les instruments à percussion que sont deux batteries sophistiquées permettent des interprétations qui valent bien – pour ouvrir un festival –  les moyens que donnent  tambour et trompettes.

Il était une fois un étudiant lillois à Bruxelles, bachelier en batterie jazz au Conservatoire Royal de Musique et aussi élève en classe de déclamation de l’Académie d’Ixelles. Nous avons pensé que le spectacle qui conte une passion absolue (celle pour la batterie) avait été écrit pour lui. Ce n’était pas le cas mais l’adéquation du texte et de sa mise en scène avec les remarquables qualités du très talentueux musicien et comédien qu’est Pierre Martin (photo d’en- tête) s’avère tout-à-fait exemplaire. Seul en scène pendant une heure quart, cet artiste qui possède un splendide sens du rythme et s’avère d’une dextérité exceptionnelle, émeut ou amuse sans jamais lasser. Qu’il apparaisse comme différent (dérangeant pour celles et ceux qui croient ne pas l’être) ou bien  enthousiaste (follement pour les sages), il joue juste. Cette prestation a enchanté une salle comble et enthousiaste et a suscité une ovation amplement méritée. Ce spectacle pourra être vu ou revu dans notre pays de septembre à décembre au Théâtre Le Public de Bruxelles puis à l’Atelier Théâtre Jean Vilar à Louvain-la- Neuve.

Un choix raté.

Après Une vie sur mesure, nous pouvions choisir entre trois spectacles pour terminer la soirée. Nos amis Monsieur et Madame André Bisschops délégués liégeois du Festival de Spa depuis des décennies,  nous ont dit combien ils ont été ce mercredi positivement impressionnés par les Évidences absolues présentées par la compagnie flamande Rode Boom qui invitait le public spadois à découvrir comme par magie l’art du mentalisme.

Rencontré en fin de soirée, le directeur du Festival Axel De Booseré nous a dit avoir été étonné du fait qu’amateur d’un théâtre où de grands textes sont à servir par d’humbles comédiens (ainsi que le préconisait Gérard Philippe au milieu des années cinquante en Avignon lors des rencontres internationales des jeunes organisées dans le cadre du Festival du Théâtre National Populaire dirigé par Jean Vilar), nous ne sommes pas allés voir et écouter la comédie de Joshua Sobol.

À posteriori c’est effectivement bizarre (Vous avez dit bizarre ?  … Comme c’est bizarre !) mais cela s’explique cependant par la place qu’a prise dans mon existence la solidarité avec les démocrates chiliens et aussi par l’attrait que j’ai toujours ressenti à l’égard des artistes professionnels du théâtre des marionnettes pour adultes. Nous étions bien placés et nous cherchions à entendre mais nous n’avons rien compris à cette adaptation de La mouette d’Anton Tchékhov. Dans ces conditions nous suivrons l’adage du Liégeois Georges Simenon Comprendre ne pas juger. À fortiori quand on ne comprend pas.

La représentation plus tardive que celle des autres spectacles de cette pièce intitulée Tchaïka, nous aura permis de déguster la promotion d’un restaurant voisin : pour notre couple, deux casseroles de moules marinières accompagnées d’une bouteille de Muscadet. Malgré un long détournement pour cause de travaux dans le sens du retour de Spa à Liège, le bilan de cette première soirée du Festival de Spa laisse espérer d’intéressantes découvertes.

Jean-Marie Roberti

A l’Étuve, cabaret PARIS à voir!

Au Théâtre de l’Étuve, Philippe Dengis a voulu donner sa vision  de Paris, non pas tel qu’il est, mais tel que je l’aime. Il a réussi son pari en créant PARIS, le mot et la chose, cabaret improbable avec la complicité d’Éve Brasseur, Christine Collignon, Philippe Bodart, Édouard Niles, Francesco Nobile et le pianiste Éric Closset. Le Paris que Philippe Dengis met en scène est le Paris de Montmartre, des cabarets à strip-tease, le Paris des poètes, des chansonniers, de Fernandel, d’Yves Montand, de Jacques Prévert, mais aussi du Paris sous les bombes. Toujours avec le sourire ou le rire franc, un brin de nostalgie…

Mélodies de toujours : Paris, c’est du champagne ! /Paris, c’est de l’amour… / C’est le pays de cocagne / Où le temps paraît trop court; / L’esprit, que l’on y gagne, / Au cœur chante toujours, / Car Paris c’est du champagne, / Du champagne et de l’amour ! ou encore Jolis bas noirs et blanches la dentelle / Trottins troussé et jupons retroussés /  Grandes cocottes ou frivoles donzelles / C’est tout cela qui fait notre Paris / C’est tout cela qui fait notre Paris.

Que du plaisir, que des plaisirs mais parfois Mon père, je m’accuse d’avoir fait ce que vous savez / Avec qui vous savez / D’abord il m’a troussée jusqu’où vous savez / Puis avec l’air que vous savez / Il a sorti ce que vous savez / Et là, il m’a demandé de lui faire ce que vous savez.

Nostalgie quelquefois : Il n’y a plus d’après / À Saint-Germain-des-Prés  / Plus d’après-demain, plus d’après-midi  / Il n’y a qu’aujourd’hui  / Quand je te reverrai  / À Saint-Germain-des-Prés

De la gravité aussi  lorsque le cabaret évoque le temps vieux de quelques septante-cinq ans et davantage où Paris a connu la guerre : Je twisterais les mots s’il fallait les twister / Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez / Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers / Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés / Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants / Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.

Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! Tout peut recommencer comme avant Paris, c’est du champagne ! /Paris, c’est de l’amour… et il est revenu le temps de chercher un millionnaire Je Cherche Un Millionnaire, / Un type chic qui voudrait bien d’moi, / Au moins une fois par mois.

De l’esprit mutin voire coquin, PARIS, le mot et la chose, cabaret improbable est à l’affiche de l’Étuve en février et début mars (1). C’est un spectacle à recommander tant il a de l’entrain et de la joie. Deux heures de pur bonheur et d’intense gaité.

  • (1) 15, 16, 22, 23 février 1, 2 mars à 20h15 et dimanche 24 février à 15h30 – Réservation : par SMS au 0492/ 56 29 10 ou par courriel à reservationetuve@gmail.com

Théâtre Arlequin, « Le Fusible » rires garantis!

Près d’un millier de personnes ont assisté, le soir du Réveillon de Nouvel-An,  à la création en Belgique, en co-production avec le Forum, de la comédie Le Fusible par la Compagnie royale Théâtre Arlequin. À présent, la pièce est à l’affiche du théâtre situé dans la rue dédiée au berger lieurneusien devenu sculpteur à Paris, Henri-Joseph Rutxiel (1).  

Due à l’auteur bordelais Sylvain Meyniac, Le Fusible se déroule au 9ème étage d’un immeuble huppé où habite Paul Achard (Serge Swysen) et son épouse Valérie (Marie-Josée Delecour). Tout semble harmonieux. Paul et son associé Michel Deviné (Alexandre Tirelier) doivent se rendre, le lendemain, à Moscou pour conclure la vente, à bon prix, de leur entreprise à une société russe. En réalité – réalité connue du seul Michel, génie de l’informatique, naïf et gaffeur –  Paul, âgé de 45 ans,  a décidé de divorcer et, au lieu d’aller à Moscou, de partir à Bali en compagnie de sa maîtresse, l’avocate Valérie Nicolas (Delphine Dessambre) y passer un mois de vacances. Grain de sable, lorsque l’épouse de Paul leur annonce qu’elle aussi va, par le même vol, à Moscou en qualité de styliste de mode. Comment se tirer de cette situation d’autant qu’en parfait mari, Paul s’efforce de réparer le four qui doit permettre à Valérie la cuisson d’un gratin de brocoli au quinoa. Nous n’en dirons pas davantage de peur de déflorer l’intrigue. Cependant, ajoutons : un, le four explose, deux, Paul est indemne mais amnésique, trois, l’intervention d’un psychiatre, le docteur Cordel (Fabian Nicolaï) qui a conservé des lunettes à la mode des années septante, quatre, l’apparition d’une Russe Ilona Vianova (Maïté Wolfs).

Dans un décor de Frédéric Duchnik, José Brouwers réalise une mise en scène de ce spectacle faisant appel à des réelles aptitudes physiques allant des nombreuses chutes de Paul Achard aux acrobaties de Michel Deviné et du docteur Cordel. Mise en scène soutenue par la franche rigolade du public qui, durant la centaine de minutes de ce vaudeville, ne cesse de s’esclaffer de bon cœur.

Un public qui n’est pas ingrat. La preuve sur les réseaux sociaux. De l’échevine de l’État-Civil de Liège, Élisabeth Fraipont :  Très bonne représentation du Théâtre Arlequin avec « Le Fusible »…vive cette compagnie liégeoise de talent!  à Suzanne Denooz : Bien amusée en ta compagnie au théâtre en passant par Madeleine Kemeny : Une pièce drôle jouée au Théâtre Arlequin. Je ne puis que chaudement vous la recommander. Rires assurés ou encore par le peintre Philippe Waxweiler : Je vous recommande cette pièce très drôle et originale…

  • Compagnie royale Théâtre Arlequin – Location tél. 04 223 18 18 du lundi au samedi dès 11h ou par Internet  www.theatrearlequin.be (Visa/Mastercard) – Prix des places 22€ (Banquettes) et 20 € (Chaises) – Représentations : chaque vendredi et samedi à 20h30 en janvier et février ainsi que le samedi 1er mars , de même que le dimanche 27 janvier à 15h – Prochain spectacle : reprise de L’Évasion de Socrate d’Armel Job le 8, 9, 16 mars à 20h30 et le 17 mars à 15h.

ÉTUVE : HOMMAGE À BARBARA PAR LILIANE GUISSET

La frontière est mince entre le poème et la chanson.  D’ailleurs, y en a-t-il une ?  Récemment, Gilles Vignault – 90 ans, ce 27 octobre – a rappelé qu’ayant écrit un poème les gens de mon pays, ses musiciens de lui dire : Ce n’est pas un poème, c’est le premier couplet d’une chanson. Il est donc tout naturel que l’écrivaine et pianiste liégeoise  Liliane Guisset qui se produira bientôt à l’Etuve (1) et dont les poèmes rencontrent un succès réjouissant lors de soirées privées ou publiques, ait été sensible à l’univers de Barbara.   Car chez la grande dame brune, les paroles épousent la musique dans une symbiose poétique parfaite.  Qu’il s’agisse de Göttingen, de Vienne, de Ma plus belle histoire d’amour c’est vous, de La solitude,  de Drouot, de Nantes, de L’aigle noir, de Si la photo est bonne, de Pierre …  (la liste est longue et ne connaît aucune faiblesse !), les chansons de Barbara honorent la splendeur de la langue française sous l’angle d’une poésie subtile et – bien sûr – mélancolique.

Que de poésie en effet dans ces quelques vers : Mais c’est bien joli tout de même, A Göttingen, à Göttingen / Il est si beau l’automne Et j’aimerais le vivre avec toi Que c’est beau Vienne Avec toi Vienne / Oui, je vous fus infidèle, Mais vous revenais quand même, Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous / Allez, va t-en porter ailleurs Ta triste gueule de l’ennui. Je n’ai pas le goût du malheur. Va t-en voir ailleurs si j’y suis ! / Le marteau retomba sur sa voix suppliante Elle vit s’en aller, parmi quelques brocantes Le dernier souvenir de ses amours d’antan / Il voulait avant de mourir Se réchauffer à mon sourire Mais il mourut à la nuit même Sans un adieu, sans un « je t´aime » / Un beau jour, Ou peut-être une nuit Près d’un lac, je m’étais endormie Quand soudain, semblant crever le ciel Et venant de nulle part, Surgit un aigle noir / Qu’on m’amène ce jeune homme, Si la photo est bonne, Si la photo est bonne, Si la photo est bonne… / Quand Pierre rentrera, Il faut que je lui dise, Que le toit de la remise, A fui, Il faut qu’il rentre du bois, Car il commence à faire froid, Ici, Oh, Pierre, Mon Pierre, 

Le théâtre de l’Étuve est certainement l’endroit idéal pour savourer l’hommage à Barbara que Liliane Guisset déclinera sous la forme de quatre concerts piano-voix. Fondée début des années cinquante, l’Étuve ressemblait par bien des côtés aux boîtes à chansons parisiennes telles l’Échelle de Jacob ou l’Écluse. C’est d’ailleurs à l’Écluse que Barbara a entamé sa carrière en France après avoir débuté à Bruxelles.

(1)  9-10-16-17 novembre 2018 à 20h15 – 16/13 € – Réservation par SMS 0492 562910 ou réservationetuve@gmail.com

 

ARLEQUIN : bon appétit au dîner d’adieu!

La saison dernière, la Compagnie royale Théâtre Arlequin a présenté Je veux un Magritte, une pièce écrite à quatre mains, celles de José Brouwers et de Philippe Waxweiler. Ce fut un succès. Cette saison, elle récidive en faisant choix de Un dîner d’adieu, une pièce écrite à quatre mains, celles de Matthieu Delaporte et d’Alexandre de la Patellière.

Le thème de la pièce est l’amitié. Plus exactement, de ses contraintes tels les dîners en ville qui n’apportent rien, ni au point de vue gastronomique – toujours les mêmes menus -, ni au point de vue conversations – toujours les mêmes sujets. Pierre Lecoeur (Serge Swysen), un éditeur, quelque peu lâche, et son épouse Clotilde (Catherine Ledouble), une bourgeoise, quelque peu imprévisible, sont bien décidés à faire le ménage parmi leurs relations qui, d’après les calculs de Pierre, prennent jusqu’à  trente-cinq pour cent de son temps de dîner disponible. La méthode retenue est simple : inviter leurs ami.e.s à un dîner d’adieu dont ils garderont un souvenir impérissable. Un repas fastueux, un vin dont le millésime est celui de la naissance de l’invité, exhiber un objet rappel de l’amitié profonde. L’hôte de Pierre et Clotilde est Antoine Royer (Jean-Louis Maréchal), un vieil ami mais un fâcheux comme l’aurait écrit Molière.

Le metteur en scène Marcel Servan a su éviter le  piège d’en rajouter à cette comédie de mœurs. Comédiens et comédienne excellent dans un décor signé Philippe Waxweiler. Les costumes sont de Marie-Josée Delecour qui a soigné tout particulièrement pour ce repas d’adieu la chemise de Pierre, un cadeau de son ami Antoine. Les éclairages sont confiés à Alex Fontaine et Franco De Bartolomeo. En dépit de la cruauté perverse qui sous-tend un dîner d’adieu, on ne cesse de rire tout au long du spectacle. Et pourtant …

Au 59ème Festival spadois, enchanter … au pied levé!

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Alice Piemme/AML ©

Cette année diverses circonstances nous amènent à ne pouvoir apprécier lors de ce cinquante neuvième festival spadois que quatre spectacles, un pour chacune des deux premières (les 8 et 9 août) et des deux dernières (les 18 et 19 août) soirées.

Pour l’ouverture, quatre possibilités étaient offertes: un grand spectacle tchèque des frères Forman, à la fois cirque et cabaret, une création traduite de l’anglais (« Toutes les choses géniales » de Duncan MacMilan),  un spectacle en partie musical « Juke-Box Opéra » et enfin une production du Théâtre  de la Toison d’Or: « Cherche l’amour » de Myriam Leroy.  La directrice de cet établissement scénique bruxellois  Nathalie Uffner, déclare être « tombée » sur cette autrice journaliste lors de sa quête perpétuelle d’auteurs qui ne sont pas « estampillés Théââââââââââtre ». Nous ignorons quelle estampille attribuer à cette metteuse en scène mais elle devrait d’abord veiller à ce que les comédiens soient constamment audibles, les décrochages s’avérant fréquents partout et insupportables au fond du parterre et au balcon où un couple d’amis relégué par erreur à l’étage partit après 20 minutes car il n’entendait rien de cohérent. Les fâcheux accents imposés aux acteurs aggravèrent la mauvaise audition d’une soirée pénible. À oublier.

Par contre, quel plaisir que la découverte de l’autobiographie sans doute romancée mais très  agréablement musicale que nous a présenté Julie Mossay, soprano de l’arrondissement de Verviers, qui a raconté ses souvenirs au talentueux Paul Pourveur qui en a fait un texte intéressant. On nous annonçait une prestation de la cantatrice basée sur deux piliers : un comédien interlocuteur de tous les moments de sa vie et un pianiste hors pair l’accompagnant sur tous les modes d’expression musicale. Patatras: le comédien Didier de Neck était alité et le pianiste Johan Dupont se trouvait aux côtés de sa femme qui accouchait quelques jours avant la date prévue de leur premier enfant. Allait-on devoir rembourser ? Le directeur du Festival Axel de Booseré réalisateur de ce spectacle avec Maggy Jacot en décida autrement. Il répartit le texte de Paul Pourveur  entre  trois comédiens : Olivier Massart  (très subtil interprète du père de l’artiste), Mireille Bailly et lui-même et le pianiste Fabian Fiorini remplit de manière remarquable  les nombreuses prestations de Johan Dupont. Et la réussite fut superbe; de la friterie paternelle au peu apprécié  Concours Reine Elisabeth. Avec des instants de grâce exceptionnelle comme lors de l’interprétation de l’air de Michaela extrait du Carmen de Bizet (« Je dis que rien m’épouvante…. »).

On débuta par le « J’aime la vie » avec lequel Sandra Kim remporta l’Eurovision à Bergen il y a près d’un tiers de siècle (en 1986). Nous passâmes par les compositions de Michel Berger (Starmania, le Monde est stone…) et par du Franz Lehar avec qui l’opérette vaut bien des opéras et encore et surtout par ceux-ci: la valse de Juliette (« Je veux vivre ») dans l’opéra Roméo et Juliette de Gounod, la Mimi de la Bohème de Puccini, la Tosca de Verdi, la Flûte enchantée de Mozart, ce génie qui engendra la passion de Julie Mossay dont ce spectacle carte de visite démontre un très grand talent aux multiples facettes. Et quelle gageure pleinement réussie que cette représentation assurée au pied levé : un enchantement.

Bravo, bravissimo !

SIMPLE QUESTION

La direction et les collaborateurs de l’estival festival spadois soulignent et tentent d’expliquer l’abandon (que nous déplorons) du mot « théâtre » dans l’intitulé d’une manifestation culturelle qui aura soixante ans en 2019. En voyant partout s’afficher la nouvelle appellation « Royal Festival » nous nous posons une simple question.  Remplacer le titre Festival royal de théâtre de Spa (où l’adjectif royal a été obtenu sans problème après un demi-siècle d’activités) par Royal Festival (où la qualification de l’initiative définit seule celle-ci), change la nature même de cette organisation spadoise. J’imagine les mots « Royal Festival » utilisés au Royaume-Uni, en Suède, en Norvège, au Danemark ou en Espagne, ils donneraient un caractère prestigieux aux spectacles annoncés dans un tel cadre. Chez nous le Palais Royal a-t-il été informé et a-t-il donné son accord avant l’utilisation des mots « Royal Festival » ? Si ce n’était pas le cas, cela signifierait-il qu’il convient de ne pas tenir compte de la monarchie en notre Royaume? … Simple question.

 

Jean-Marie Roberti

 

À l’Arlequin : « L’ÉVASION DE SOCRATE » d’Armel Job … une histoire plausible !

  Arlequin Socrate.JPG

    Création mondiale par la Comédie Royale Théâtre Arlequin (1) de la pièce de l’écrivain wallon Armel Job. L’Évasion de Socrate jette le doute sur la véracité d’une affaire qui s’est déroulé à Athènes, il y a plus de 2400 ans. À l’époque, un philosophe nommé Socrate est condamné injustement à mort pour corruption de la jeunesse et athéisme. Sa peine, boire la ciguë. Tout comme Jésus, Socrate n’a rien écrit. Ce que l’on sait de lui, c’est à Platon qu’on le doit. Platon brûle d’ambition (…) Il utilisera la gloire de Socrate pour propre compte (2).

    Armel Job, en helléniste patenté, montre que L’Évasion de Socrate est plausible. Riche marchand d’amphores, Criton (Jean-Louis Maréchal) veut faire évader son ami Socrate (Serge Swysen). Il convient de le mettre dans la confidence et d’obtenir l’aide de son geôlier (Alexandre Tirelier). La promesse de mille drachmes vient rapidement à bout de la première objection de ce dernier : mais n’allez pas croire qu’on m’achète comme ça, m’sieur Criton. J’ai ma conscience. Le geôlier est en charge d’administrer la ciguë à Socrate : je la cultive chez moi. J’ai un carré exprès dans mon potager, à côté des oignons. À la question pourrais-tu lui servir une mixture qui le plongerait dans un sommeil profond ?, la réponse est quand on connaît les plantes, tout est possible.

   Le scénario de Criton est au point. Sitôt la potion absorbée, Criton doit emmèner le pseudo-cadavre chez des amis en Thessalie. Là, Socrate se réveille avec juste une petite gueule de bois, une sensation inconnue de lui car selon Platon, Socrate pouvait boire plus que n’importe qui, mais il n’était jamais ivre. Et comme le dit Xanthippe (Catherine Ledouble), l’épouse de Socrate, Platon et les autres penseront qu’il est mort. Platon l’écrira, il fera de Socrate la plus belle figure de notre temps, sanctifiée par sa mort héroïque, comme Socrate le souhaite. Le tour sera joué. Ce qui compte, ce n’est pas la réalité.  

    Socrate a donné davantage de fil à retordre à Criton. Celui-ci lui reprochant son arrogance durant le procès, Socrate s’en défend : la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien. Les autres non plus ne savent rien. La différence, c’est que, eux, ils croient qu’ils savent. Moi, je se suis comme une simple mouche, un taon, et Athènes est un bon gros cheval. Je lui pique les fesses. Réplique de Criton : le cheval t’a retourné une fameuse ruade ! Même si la sentence est injuste, il est hors de question, pour Socrate, de s’y soustraire en s’évadant.  Je dois m’incliner devant la justice d’Athènes. Certes, on pourrait penser que mon affaire aurait dû être cuisinée autrement, mais maintenant que le plat est sur la table, il faut le manger tel quel. Sinon, ce serait rejeter le principe même de la justice et du droit.

    Cette pensée de philosophe est à la merci du geôlier dont Platon a omis le nom mais qui est appelé par Armel Job, Callibios – Qui vit bien. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Ceci (à gauche), couic ! Ou cela (à droite) ronron ? Socrate de Platon ou Socrate de Callibios ? J’hésite.   

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(1) 17, 23, 24, 30, 31 mars à 20h30 – Billetterie du Forum et du Théâtre Arlequin, rue du Pont d’Avroy 12, lundi au vendredi de 11h à 18h, samedi de 12h à 18h, tél. 00 32 (0) 4.223.18.18. – par internet : theatrearlequin.be

(2) L’Évasion de Socrate – Armel Job – Édition Samsa – 100 pages – 8€

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Compagnie royale théâtre Arlequin : JE VEUX UN MAGRITTE

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    En prologue de Je veux un Magritte, Fernand Darvil (Serge Swisen) avoue avoir volé un Magritte. Il explique son dilemme : doit-il le rendre ou le garder et en tirer parti ? Il consulte la salle : s’il le rend, il n’y pas matière à spectacle. À main levée, le public fait choix de savoir ce qu’il advient de le garder et donc aspire au spectacle.

    Heureux choix.  Écrite à quatre mains par José Brouwers, homme de théâtre, et Philippe Waxweiler, peintre, Je veux un Magritte est tout en finesse alliant séduction et réflexion. L’œuvre conçue par un artiste ne vaut que par sa valeur marchande, un monde où l’œuvre d’art n’a sa place que dans un coffre-fort. Séduisante est la compagne de l’antiquaire Charles de Lost (Fabian Nicolaï) en charge de vendre le Magritte dérobé,  Lucette (Catherine Ledouble) qui, tout au long de la pièce, propose son vin rosé. Séduisante est l’épouse de Fernand Darvil, Cécile (Marie-Josée Delecour) qui, tout au long de la pièce, entend se  distancer du vol du tableau.

    Le titre de la pièce Je veux un Magritte a posé problème à José Brouwers et Philippe Waxweiler. Si d’éminents juristes leur ont confirmé le droit d’utiliser le nom de Magritte dans le titre, les auteurs n’en ont pas moins redouté d’être traînés en justice. Or, comme le dit ironiquement José Brouwers : devant un tribunal, il vaut mieux être proxénète qu’artiste. Prudents, ils ont approché Charly Herscovici, président de la Fondation René Magritte et légataire universel depuis 1986, date de la mort de Georgette Magritte, veuve du peintre. Herscovici a autorisé le titre tout en interdisant de reproduire sur scène toute allusion visuelle à l’œuvre du peintre surréaliste.

    Créée en septembre 2017 à la Cité Miroir, Je veux un Magritte a fait salle comble tout au long de la vingtaine de représentations. Au mois de février, cette joyeuse comédie laisse la place à Cher trésor de Francis Veber (1) tandis qu’en mars, l’Arlequin propose – en création – L’évasion de Socrate, une comédie philosophique d’Armel Job. (2)

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  • 10, 16, 17, 23, 24 février, 20h30. Réservation : theatrearlequin.be ou au  04 223 18 18
  • 2,3, 9, 10, 17, 23, 24, 30, 31 mars, 20h30 et 11 mars, 15h. Réservation : theatrearlaquin.be ou au 04 223 18 18