Au 59ème Festival spadois, enchanter … au pied levé!

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Alice Piemme/AML ©

Cette année diverses circonstances nous amènent à ne pouvoir apprécier lors de ce cinquante neuvième festival spadois que quatre spectacles, un pour chacune des deux premières (les 8 et 9 août) et des deux dernières (les 18 et 19 août) soirées.

Pour l’ouverture, quatre possibilités étaient offertes: un grand spectacle tchèque des frères Forman, à la fois cirque et cabaret, une création traduite de l’anglais (« Toutes les choses géniales » de Duncan MacMilan),  un spectacle en partie musical « Juke-Box Opéra » et enfin une production du Théâtre  de la Toison d’Or: « Cherche l’amour » de Myriam Leroy.  La directrice de cet établissement scénique bruxellois  Nathalie Uffner, déclare être « tombée » sur cette autrice journaliste lors de sa quête perpétuelle d’auteurs qui ne sont pas « estampillés Théââââââââââtre ». Nous ignorons quelle estampille attribuer à cette metteuse en scène mais elle devrait d’abord veiller à ce que les comédiens soient constamment audibles, les décrochages s’avérant fréquents partout et insupportables au fond du parterre et au balcon où un couple d’amis relégué par erreur à l’étage partit après 20 minutes car il n’entendait rien de cohérent. Les fâcheux accents imposés aux acteurs aggravèrent la mauvaise audition d’une soirée pénible. À oublier.

Par contre, quel plaisir que la découverte de l’autobiographie sans doute romancée mais très  agréablement musicale que nous a présenté Julie Mossay, soprano de l’arrondissement de Verviers, qui a raconté ses souvenirs au talentueux Paul Pourveur qui en a fait un texte intéressant. On nous annonçait une prestation de la cantatrice basée sur deux piliers : un comédien interlocuteur de tous les moments de sa vie et un pianiste hors pair l’accompagnant sur tous les modes d’expression musicale. Patatras: le comédien Didier de Neck était alité et le pianiste Johan Dupont se trouvait aux côtés de sa femme qui accouchait quelques jours avant la date prévue de leur premier enfant. Allait-on devoir rembourser ? Le directeur du Festival Axel de Booseré réalisateur de ce spectacle avec Maggy Jacot en décida autrement. Il répartit le texte de Paul Pourveur  entre  trois comédiens : Olivier Massart  (très subtil interprète du père de l’artiste), Mireille Bailly et lui-même et le pianiste Fabian Fiorini remplit de manière remarquable  les nombreuses prestations de Johan Dupont. Et la réussite fut superbe; de la friterie paternelle au peu apprécié  Concours Reine Elisabeth. Avec des instants de grâce exceptionnelle comme lors de l’interprétation de l’air de Michaela extrait du Carmen de Bizet (« Je dis que rien m’épouvante…. »).

On débuta par le « J’aime la vie » avec lequel Sandra Kim remporta l’Eurovision à Bergen il y a près d’un tiers de siècle (en 1986). Nous passâmes par les compositions de Michel Berger (Starmania, le Monde est stone…) et par du Franz Lehar avec qui l’opérette vaut bien des opéras et encore et surtout par ceux-ci: la valse de Juliette (« Je veux vivre ») dans l’opéra Roméo et Juliette de Gounod, la Mimi de la Bohème de Puccini, la Tosca de Verdi, la Flûte enchantée de Mozart, ce génie qui engendra la passion de Julie Mossay dont ce spectacle carte de visite démontre un très grand talent aux multiples facettes. Et quelle gageure pleinement réussie que cette représentation assurée au pied levé : un enchantement.

Bravo, bravissimo !

SIMPLE QUESTION

La direction et les collaborateurs de l’estival festival spadois soulignent et tentent d’expliquer l’abandon (que nous déplorons) du mot « théâtre » dans l’intitulé d’une manifestation culturelle qui aura soixante ans en 2019. En voyant partout s’afficher la nouvelle appellation « Royal Festival » nous nous posons une simple question.  Remplacer le titre Festival royal de théâtre de Spa (où l’adjectif royal a été obtenu sans problème après un demi-siècle d’activités) par Royal Festival (où la qualification de l’initiative définit seule celle-ci), change la nature même de cette organisation spadoise. J’imagine les mots « Royal Festival » utilisés au Royaume-Uni, en Suède, en Norvège, au Danemark ou en Espagne, ils donneraient un caractère prestigieux aux spectacles annoncés dans un tel cadre. Chez nous le Palais Royal a-t-il été informé et a-t-il donné son accord avant l’utilisation des mots « Royal Festival » ? Si ce n’était pas le cas, cela signifierait-il qu’il convient de ne pas tenir compte de la monarchie en notre Royaume? … Simple question.

 

Jean-Marie Roberti

 

À l’Arlequin : « L’ÉVASION DE SOCRATE » d’Armel Job … une histoire plausible !

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    Création mondiale par la Comédie Royale Théâtre Arlequin (1) de la pièce de l’écrivain wallon Armel Job. L’Évasion de Socrate jette le doute sur la véracité d’une affaire qui s’est déroulé à Athènes, il y a plus de 2400 ans. À l’époque, un philosophe nommé Socrate est condamné injustement à mort pour corruption de la jeunesse et athéisme. Sa peine, boire la ciguë. Tout comme Jésus, Socrate n’a rien écrit. Ce que l’on sait de lui, c’est à Platon qu’on le doit. Platon brûle d’ambition (…) Il utilisera la gloire de Socrate pour propre compte (2).

    Armel Job, en helléniste patenté, montre que L’Évasion de Socrate est plausible. Riche marchand d’amphores, Criton (Jean-Louis Maréchal) veut faire évader son ami Socrate (Serge Swysen). Il convient de le mettre dans la confidence et d’obtenir l’aide de son geôlier (Alexandre Tirelier). La promesse de mille drachmes vient rapidement à bout de la première objection de ce dernier : mais n’allez pas croire qu’on m’achète comme ça, m’sieur Criton. J’ai ma conscience. Le geôlier est en charge d’administrer la ciguë à Socrate : je la cultive chez moi. J’ai un carré exprès dans mon potager, à côté des oignons. À la question pourrais-tu lui servir une mixture qui le plongerait dans un sommeil profond ?, la réponse est quand on connaît les plantes, tout est possible.

   Le scénario de Criton est au point. Sitôt la potion absorbée, Criton doit emmèner le pseudo-cadavre chez des amis en Thessalie. Là, Socrate se réveille avec juste une petite gueule de bois, une sensation inconnue de lui car selon Platon, Socrate pouvait boire plus que n’importe qui, mais il n’était jamais ivre. Et comme le dit Xanthippe (Catherine Ledouble), l’épouse de Socrate, Platon et les autres penseront qu’il est mort. Platon l’écrira, il fera de Socrate la plus belle figure de notre temps, sanctifiée par sa mort héroïque, comme Socrate le souhaite. Le tour sera joué. Ce qui compte, ce n’est pas la réalité.  

    Socrate a donné davantage de fil à retordre à Criton. Celui-ci lui reprochant son arrogance durant le procès, Socrate s’en défend : la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien. Les autres non plus ne savent rien. La différence, c’est que, eux, ils croient qu’ils savent. Moi, je se suis comme une simple mouche, un taon, et Athènes est un bon gros cheval. Je lui pique les fesses. Réplique de Criton : le cheval t’a retourné une fameuse ruade ! Même si la sentence est injuste, il est hors de question, pour Socrate, de s’y soustraire en s’évadant.  Je dois m’incliner devant la justice d’Athènes. Certes, on pourrait penser que mon affaire aurait dû être cuisinée autrement, mais maintenant que le plat est sur la table, il faut le manger tel quel. Sinon, ce serait rejeter le principe même de la justice et du droit.

    Cette pensée de philosophe est à la merci du geôlier dont Platon a omis le nom mais qui est appelé par Armel Job, Callibios – Qui vit bien. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Ceci (à gauche), couic ! Ou cela (à droite) ronron ? Socrate de Platon ou Socrate de Callibios ? J’hésite.   

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(1) 17, 23, 24, 30, 31 mars à 20h30 – Billetterie du Forum et du Théâtre Arlequin, rue du Pont d’Avroy 12, lundi au vendredi de 11h à 18h, samedi de 12h à 18h, tél. 00 32 (0) 4.223.18.18. – par internet : theatrearlequin.be

(2) L’Évasion de Socrate – Armel Job – Édition Samsa – 100 pages – 8€

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Compagnie royale théâtre Arlequin : JE VEUX UN MAGRITTE

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    En prologue de Je veux un Magritte, Fernand Darvil (Serge Swisen) avoue avoir volé un Magritte. Il explique son dilemme : doit-il le rendre ou le garder et en tirer parti ? Il consulte la salle : s’il le rend, il n’y pas matière à spectacle. À main levée, le public fait choix de savoir ce qu’il advient de le garder et donc aspire au spectacle.

    Heureux choix.  Écrite à quatre mains par José Brouwers, homme de théâtre, et Philippe Waxweiler, peintre, Je veux un Magritte est tout en finesse alliant séduction et réflexion. L’œuvre conçue par un artiste ne vaut que par sa valeur marchande, un monde où l’œuvre d’art n’a sa place que dans un coffre-fort. Séduisante est la compagne de l’antiquaire Charles de Lost (Fabian Nicolaï) en charge de vendre le Magritte dérobé,  Lucette (Catherine Ledouble) qui, tout au long de la pièce, propose son vin rosé. Séduisante est l’épouse de Fernand Darvil, Cécile (Marie-Josée Delecour) qui, tout au long de la pièce, entend se  distancer du vol du tableau.

    Le titre de la pièce Je veux un Magritte a posé problème à José Brouwers et Philippe Waxweiler. Si d’éminents juristes leur ont confirmé le droit d’utiliser le nom de Magritte dans le titre, les auteurs n’en ont pas moins redouté d’être traînés en justice. Or, comme le dit ironiquement José Brouwers : devant un tribunal, il vaut mieux être proxénète qu’artiste. Prudents, ils ont approché Charly Herscovici, président de la Fondation René Magritte et légataire universel depuis 1986, date de la mort de Georgette Magritte, veuve du peintre. Herscovici a autorisé le titre tout en interdisant de reproduire sur scène toute allusion visuelle à l’œuvre du peintre surréaliste.

    Créée en septembre 2017 à la Cité Miroir, Je veux un Magritte a fait salle comble tout au long de la vingtaine de représentations. Au mois de février, cette joyeuse comédie laisse la place à Cher trésor de Francis Veber (1) tandis qu’en mars, l’Arlequin propose – en création – L’évasion de Socrate, une comédie philosophique d’Armel Job. (2)

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  • 10, 16, 17, 23, 24 février, 20h30. Réservation : theatrearlequin.be ou au  04 223 18 18
  • 2,3, 9, 10, 17, 23, 24, 30, 31 mars, 20h30 et 11 mars, 15h. Réservation : theatrearlaquin.be ou au 04 223 18 18

Armand s’en va, Cécile le suit et Joseph annonce qu’il ne se représentera plus…  LA FIN DU 58ème FESTIVAL DE SPA TOURNE UNE PAGE DE L’HISTOIRE DU THÉÂTRE EN WALLONIE

 

       En onze jours, du 11 au 21 août 2017, le cinquante huitième Festival de théâtre de Spa a organisé soixante-huit activités dont cinquante-six représentations de vingt-six spectacles (dont dix affichèrent complets) suivis par près de dix mille spectateurs dont six cent trente abonnés.

      Ce bilan en une longue phrase ne dit pas l’essentiel à savoir qu’une page importante vient d’être tournée dans l’histoire du théâtre en Wallonie

      Ce lundi 21 août 2017, lors du traditionnel entretien de clôture du Festival de Spa, le Bourgmestre Joseph Houssa, entré dans sa 88ème année, a annoncé qu’en 2018 il ne se présentera pas au scrutin communal du 14 octobre. Devenu conseiller à la fusion de communes en 1976-77 et Bourgmestre dès janvier 1983 (il a donc entamé sa trente-cinquième année de mayorat),  cette personnalité dont la liste a obtenu en 2012 plus de 55 % des votes valables (47 % de ces 55 % étant des votes nominatifs de préférence en sa faveur) a, en 1986-87, géré la crise que connut le Festival lorsqu’un Jean-Claude Drouot méprisant succéda au fondateur Jacques Huisman.  Joseph Houssa joua en 1988 un rôle actif dans la transmission de l’animation du Festival à Billy Fasbender et André Debaar,  puis en 1999, il transmit la direction à un quatuor qui devint vite un duo.

Celui-ci fut dominé dans un premier temps par Armand Delcampe qui put, avec le Bourgmestre, signer en 2002 un contrat programme accepté par le Ministre libéral wallon de la culture, Richard Miller puis négligé par les Ministres socialistes bruxellois de la Culture pendant près de 20 ans. En 2015-2016, un conflit avec la Ministre Joëlle Milquet, qui réduisit les subventions en souhaitant une fermeture, amena Armand Delcampe à se retirer, la co-directrice du Festival Cécile Van Snick assumant une direction intérimaire, tandis que le Bourgmestre Houssa et le Conseil d’administration du Festival confiaient le relais au liégeois Axel de Booseré qui sera seul à la barre, en 2018, lorsque Joseph Houssa prendra sa retraite avec les sentiments de gratitude et de regrets de beaucoup de Spadois et de nombre de leurs amis . Parler d’une page qui se tourne sans évoquer son action toujours la plus favorable possible à l’égard du Festival de théâtre, nous aurait semblé injuste.

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Joseph HOUSSA, Bourgmestre de SPA

      Ceci dit venons en (mais en ouvrant d’abord une nouvelle parenthèse) aux quatre derniers spectacles auxquels nous avons eu le plaisir d’assister et qui furent des réussites.

PRÉSENCES MINISTÉRIELLES

      Première surprise : la personne qui m’accompagnait au spectacle J’ai faim de Jean-Pierre Dopagne me demanda en regardant une spectatrice qui s’asseyait deux rangs devant nous : la reconnais-tu ? Mais ne dis pas de nom… Je répondis: Ne serait-ce pas une Spadoise d’origine qui vient de déménager de l’agglomération bruxelloise vers Liège ? Nous n’avons pas précisé la fonction exacte de cette dame : Ministre Vice-Présidente du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Ministre de la Culture, de la petite Enfance et de l’Education permanente ainsi que Ministre Vice-Présidente du Gouvernement de la Wallonie, Ministre de l’Action sociale, de la Santé, de l’Egalité des chances, de la Fonction publique et de la Simplification administrative (étant entendu que cette simplification ne s’applique pas d’emblée à l’intitulé des titres ministériels). Cette nouvelle responsable de l’action sociale en Wallonie venait de s’illustrer par une petite phrase confiée au quotidien du monde de la Finance L’Echo et confirmée ensuite : Il faut responsabiliser les gens en mettant fin à l’assistanat.Ce genre d’affirmation, rarement entendue jusqu’à présent aux Mutualités chrétiennes, pourrait par contre être utilisée comme réplique grinçante par le dramaturge Jean-Pierre Dopagne.

      Madame Greoli sursauta légèrement quand, sur scène, un Bourgmestre qui engagé à ne jamais abandonner sa fonction communale, annonçait à ses concitoyens qu’il allait les quitter pour devenir Ministre de l’industrie … culturelle. L’auteur ne précisait pas si cet Hôtel de Ville  était proche du confluent de la Sambre et de la Meuse.

      Nous étions étonnés que la Ministre de la Culture vînt au Festival de Spa (contrairement à ses prédécesseurs Philippe Moureaux, Eric Thomas, Charles Picqué, Fadila Laanan et Joëlle Milquet) sans être accompagnée du Bourgmestre, des Directeurs du Festival, de l’auteur et du metteur en scène, etc. Questionnée, Cécile Van Snick me précisa qu’Alda Greoli était venue à plusieurs spectacles du Festival cette année et l’an dernier.

      Cette participation discrète nous amène à espérer que la Ministre acceptera de conclure en octobre un nouveau contrat programme qui permette d’apporter les moyens nécessaires pour renouer avec l’importance d’un Festival de qualité tel qu’il le fut aux meilleurs moments de l’époque du National, puis quand Armand Delcampe proposait jusqu’à une centaine de spectacles comprenant de nombreuses créations intéressantes.

      Ce qui serait peu probable si la Ministre se contentait de suivre l’avis intéressé d’une majorité de subventionnés bruxellois. Quand donc la large majorité parlementaire wallonne comprendra-t-elle que pour rétablir l’équité il est souhaitable d’en revenir aux clés de répartition sur lesquelles, à la fin des années 1970, les Ministres François Persoons et Jean-Maurice Dehousse avaient conclu un accord octroyant à Bruxelles 25 % des dépenses culturelles localisables (vu que cette Région qui bénéficie de la plupart des institutions culturelles restées fédérales réunit 22 % des francophones du Royaume dont elle est la capitale) les trois quarts de ces dépenses allant dans cette hypothèse à la Wallonie qui aujourd’hui, dans les faits, ne bénéficie que d’un tiers des subventions à l’art dramatique ce qui est – de toute évidence – inacceptable. Mais la volonté politique pour en revenir à l’équité ne fait-elle pas tristement défaut ?

J’AI FAIM de Jean-Pierre Dopagne

      Décidément, Jean-Pierre Dopagne confirme qu’il est, en Wallonie, un dramaturge majeur maîtrisant excellemment une construction théâtrale complexe dans un style oral qui a l’apparente simplicité du langage naturel. Comme feu notre ancien Professeur de littératures comparées à l’Université de Liège, Robert Vivier romaniste sensible au charme musical de la langue italienne, Jean-Pierre Dopagne structure cette composition sur les misères de notre monde en faisant tourner sept personnages autour d’une pancarte proclamant J’AI FAIM qu’a placée à côté d’elle une femme jeune et mystérieuse tant qu’elle se tait.

      Les réactions sont fonction des déceptions éprouvées, des ambitions déçues, des rêves abandonnés. Comme toujours, chez ce faux Candide de Dopagne (qui est définitivement retraité de l’enseignement supérieur puisqu’il a fêté son 65ème anniversaire la veille de l’ouverture le 11 août 2017, du festival spadois), l’ironie affleure, cruelle. Iconoclaste, Dopagne dénonce les dysfonctionnements tant de la collectivité que des individus. 

      Depuis 20 ans, celui qui fut l’adaptateur de Dario Fo, a écrit, outre trois saynètes, treize pièces éditées par Lansman, traduites en une quinzaine de langues, la plus célèbre restant L’Enseigneur jouée en France sous le titre Prof par le grand comédien Jean Piat.

     Il nous paraît désolant que la Wallonie n’ait pas encore distingué son mérite exceptionnel : elle pourrait le faire en attribuant aussi cette fois à titre posthume cette distinction à Robert Vivier dont je ne pourrai jamais assez vous recommander la lecture d’un texte assez court (http://www.larevuetoudi.org/fr/story/un-grand-peuple-robert-vivier) écrit lors de la question royale en 1950 par le père adoptif à Chênée d’Haroun Tazieff, le vulcanologue.

      Les huit jeunes comédiens qui ont (dans une sobre mise en scène d’Antoine Motte dit Falisse, assisté par Nathalie Berthet) interprété J’ai faim : Laura Dussard, Manon Hanseeuw, Julie Verleye et Laurie Willième ainsi que Maxime Anselin, William Clobus, John Krier et Gilles Poncelet sont très professionnels. Leur compagnie porte le nom d’un héros du roman Cléopâtre écrit, au XVIIème siècle, par Gauthier de Costes de La Calprenède. Ce héros s’appelle Artaban. Ces comédiens ont-ils été aussi fiers que celui-ci en apprenant que « leur Ministre », celle de la Culture, les a applaudis ? Ils ne nous l’ont pas dit mais, sceptiques comme Dopagne, ces jeunes apprécieront les responsables du domaine de leurs activités en fonction de ce que permettront les moyens tels qu’ils seront répartis;

BEATLEJUICE de Dominique Jonckheere

      Voilà qui n’est pas du théâtre mais un spectacle que les festivaliers ont accueilli avec enthousiasme. Musicien, chanteur, chef d’orchestre, comédien, humoriste à ses heures, l’ingénieur-informaticien Dominique Jonckeere est d’abord un pédagogue perfectionniste passionné. Il travaille vraiment beaucoup mais fondamentalement par plaisir, un plaisir qu’il apprécie pleinement quand il suscite celui des autres.

      Ses brillantes études d’ingénieur civil lui permirent de s’assurer en une vingtaine d’années, une aisance matérielle suffisante pour se consacrer exclusivement à la musique. Il joua d’abord de la guitare, accompagna un moment le chanteur Philippe Lafontaine puis, à 25 ans, se tourna vers la musique classique, fonda et dirigea un chœur (1981-1994) puis un Orchestre (1989-1999) tous deux appelés Oratorio et depuis 20 ans, ce jeune sexagénaire multiplie compositions (notamment pour une dizaine de films) et concerts (plus de 500 de Bach au Rock) en réalisant en outre des spectacles musicaux concernant Purcell et Haendel, Bach et Mozart mais aussi les musiques les plus actuelles. À cet égard, je suis un complet béotien limitant mon écoute à la chanson française à texte et à la musique la plus classique. J’avoue que j’ignorais pratiquement tout des Beatles. J’avoue aussi avoir été séduit et m’être bien amusé lors des deux parties de ce spectacle minutieusement mis au point avec le concours d’une équipe d’une quinzaine de collaborateurs allant d’’une assistante de production et d’un ingénieur du son à la voix et aux bruitages assumés par sa compagne, la comédienne Patricia Houyoux en passant par une douzaine de musiciens en studio : cinq violons, deux altos, un violoncelle, une trompette, un saxo, une clarinette et une choriste. Je suis bien incapable d’apprécier tel ou tel aspect des choix musicaux assurés parmi les 200 chansons des Beatles mais je peux vous assurer une chose : si vous apprenez l’organisation d’un spectacle musical par Dominique Jonckheere courrez-y : c’est une assurance de la plus haute qualité

AU FIL DE L’HISTOIRE DE JEAN LOUVET & TOURNÉE GÉNÉRALE

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            Armand DELCAMPE en compagnie de l’équipe de Liège 28, Pierre ANDRÉ et Jean-Marie ROBERTI 

      Un hommage en deux parties (une biographique et une mise en scène d’un dernier acte théâtral) a été joué, une seconde fois, le dernier soir de ce 58ème Festival .

      Cet hommage Armand Delcampe voulait le consacrer à son compagnon depuis plus de trente ans : Jean Louvet. Armand Delcampe a raison : Louvet, fils de mineur devenu prof de français, dramaturge de talent, homme de gauche aux convictions indéracinables et grand Wallon, chantre de la pleine souveraineté de notre peuple mérite amplement cet hommage. Les complices d’Armand dont son épouse Marie-Line Lefebvre furent excellents.

      Mais pourquoi étions-nous là ? Pourquoi le Bourgmestre de Spa, Joseph Houssa était-il assis dans la rangée qui précédait la nôtre ? Soyons francs, c’était moins pour Louvet que pour Armand Delcampe lui-même dont nous nous disions que ce serait sans doute sa dernière prestation au Festival de Spa auquel il a tant donné de lui-même pendant près de vingt ans.

      Il y a trop à dire à son sujet et à propos de luttes que nous avons partagées comme le rappelle dans La Gazette de Liége ce lundi 28 août le chef d’édition Paul Vaute en citant Liège 28.

ALPENSTOCK de Rémi De Vos

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          Axel de BOOSERÉ, nouveau directeur du Festival de Théâtre de SPA 

      Enfin nous avons quitté ce 58ème Festival de Spa en assistant à une représentation d’une farce paroxystique de Rémi De Vos qu’Axel de Booseré, nouveau directeur du Festival (après l’avoir été de la Compagnie Arsenic qui rassembla 200.000 spectateurs lors de 1.200 représentations), a avec sa complice Maggy Jacot, conçu, mis en scène, scénographié et pour laquelle il a créé les costumes. Avec trois talentueux comédiens Mireille Bailly, Didier Colfs et Thierry Hellin chargés de gonfler les traits et grâce à une équipe de sept techniciens et artisans de qualité pour régler comme du papier à musique les deux demi-heures de ce spectacle échevelé, où ce ne sont pas les portes qui claquent comme dans les vaudevilles mais des éléments du décor qui se détachent de partout, s’avérèrent très joyeuses. En bref du rire et une heureuse conclusion du festival, le racisme étant ridiculisé.

 

Jean-Marie ROBERTI

 

Au 58ème festival de théâtre de Spa, du bruit pour les enfants et pour les adultes, une adaptation intéressante mais améliorable.

 

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À longue soirée, courte critique.

    Ce jeudi 17 août, nous avons entendu à 19 heures au Radisson Piletta Remix du Collectif bruxellois Wow et nous avons vu, en la grande salle Jacques Huisman, de 20 heures 30’ à 23 heures 20’ (entracte d’un quart d’heure compris) l’adaptation, la mise en scène, la scénographie et l’interprétation par Jean-Marc Chotteau du dernier roman – Bouvard et Pécuchet – du père de Madame Bovary, Gustave Flaubert.

    Que dire de Piletta Remix ? Que ce n’est pas du William Shakespeare bien que le titre Much Ado About Nothing  (Beaucoup de bruit pour rien) aurait été plus explicite. Chaque spectateur était équipé d’un casque audio et pouvait entendre tous les bruitages de l’enregistrement radiophonique d’un conte de nature à amuser les enfants et ceux friands de sons surprenants. Quant aux autres, ils reconnaissaient une qualité à ce spectacle : sa brièveté relative, à peine plus de trois quarts d’heure. 

    Par contre, la représentation de Bouvard et Pécuchet était non seulement beaucoup plus longue mais elle appelle un commentaire beaucoup plus nuancé. À Lille et Mouscron, le Centre transfrontalier de création théâtrale que Marc Chotteau à Tourcoing a créé en fusionnant sa compagnie et le Centre culturel mouscronnois au sein d’une équipe intitulée La Virgule ne manque pas d’ambition. Théâtraliser l’ultime roman de Gustave Flaubert, ce grand prosateur qui avait tendance à se moquer de manière à la fois caricaturale et réaliste de la sottise et de la médiocrité bourgeoises, constitue assurément une gageure qui s’avère partiellement réussie. Des moyens importants ont été mobilisés pour que lumières et décors changeants et remarquables soient parfaitement adaptés au texte.

    Les deux comédiens, Jean-Marc Chotteau et Eric Leblanc sont des professionnels expérimentés capables de faire rire le public même lors de scènes essentiellement mimées. Notre regret dans cette grande salle au plafond très élevé c’est que parfois, trop souvent surtout dans la fin des répliques de Pécuchet alias Eric Leblanc, le texte n’ait plus été audible. Nous étions placés au cinquième rang au milieu de la salle et mes voisins me confirmaient que je n’étais pas le seul malentendant tout en se réjouissant de n’avoir pas été assis au fond du parterre ou à l’étage. Cette situation ne sert pas l’attention nécessaire pour suivre une aussi longue adaptation faite pourtant de scènes courtes. Ces remarques ne nous conduisent cependant pas à oublier les nombreuses qualités d’un spectacle intéressant mais améliorable.

 

Jean-Marie ROBERTI

 

Le 58ème Festival de Théâtre de Spa : Du rire à l’émotion, bref de la vie condensée…

 

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    Laissons là nos souvenirs de cinquante-huitard  (Avignon, TNP….) et venons- en aux deux spectacles savourés le soir du 15 Août. Ripaille est la nouvelle création de Christian Dalimier qu’il a écrite et qu’il a interprétée avec Laurence Warin au Radisson Palace spadois, dans une mise en scène d’Emmanuelle Mathieu.

    Quant aux Filles aux mains jaunes (jaunes à force de devoir fabriquer des obus), elles commémorent, sous la plume de Michel Bellier, le centenaire du sort cruel mais émancipateur que connurent alors les femmes. Mise en scène par Joëlle Cattino, la fondatrice et directrice artistique de la Compagnie marseillaise (siège sur la Canebière!), Dynamo qui produit ce spectacle destiné à tourner jusqu’en novembre de l’an prochain, cette pièce est servie par un quatuor féminin, homogène et talentueux constitué par Bénédicte Chabot, Inès Dubuisson, Anne Sylvain et Blanche Van Hyfte.

    Il y a deux ans, en août 2015, nous avions eu au Festival de théâtre de Spa, un grand coup de cœur pour une œuvre qui évoquait aussi particulièrement le sort en 1914-18 de celles de l’arrière à travers les échanges épistolaires d’une institutrice et de son mari mobilisé. Cette pièce intitulée Lettres à Elise était signée d’un brillant auteur wallon Jean-François Viot, mise en scène par Nele Paxinou, fondatrice des Baladins du miroir et excellemment interprétée par Sophie Lajoie et Jean-Marie Pétiniot. Une telle réussite, récemment traduite en…. allemand, vaut d’être rappelée même si elle place haut le degré atteint lorsqu’on utilise l’échelle des comparaisons. Et nous nous réjouissons que Jean-François Viot dont nous avions aussi très positivement apprécié à Spa Sur la route de Montalcino ait ce printemps brillamment défendu à la Chambre un statut de l’artiste à rénover et qu’il nous annonce la création à l’Atelier-Théâtre Jean Vilar de sa pièce : Maria Callas : il était une voix… ainsi que l’heureux aboutissement de la longue écriture d’un premier roman.

    Ripaille et Les filles aux mains jaunes sont évidemment deux spectacles totalement différents. Le premier purement divertissant, le second chargé d’émotion. Comme la vie (dont il est le miroir soulignaient les Baladins), le théâtre affiche toute la gamme des sentiments humains et chez les plus grands dramaturges (Shakespeare, Molière….) ils ne se succèdent pas, ils se juxtaposent.

    Christian Dalimier, grand, mince, détendu est un manieur de mots, épicurien. Mais pas seulement : cet Hutois – qui réussit à ouvrir aux spectacles théâtraux, le très beau château de Modave – mis par exemple en scène à Spa en 2010 le chef d’œuvre des pièces noires de Jean Anouilh : Antigone. Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier les plaisirs de la table comme il l’avait déjà montré à Spa en 2012 dans une ode au vin qu’il avait intitulée Entre deux verres. Cette fois c’est toute la volupté des plaisirs gastronomiques qu’il a décrite et qu’il joue avec la fille d’une famille de cuisiniers : Laurence Warin devenue une très dynamique et souriante comédienne. Dans cette pièce, teintée de gentilles touches érotiques – et parfois de quelques effets trop faciles – c’est de nous que nous rions, des gourmets qui cèdent à la gourmandise. Et parfois avec des retours vers des classiques tel un extrait des Trois sœurs d’Anton Tchekhov, sans oublier – en conclusion – une référence aux Madeleines de Marcel Proust (1), cuisinées sur scène et servies chaudes à quelques spectateurs choisis par hasard au premier mais aussi aux derniers rangs….

    Le changement d’atmosphère est radical quand du Radisson à 19 heures on arrive à 21 heures au Salon bleu du Casino. Le gris domine. Du départ de leurs poilus, la fleur au fusil, qui les conduisit dans une usine d’armement chimiquement polluée jusqu’à la délivrance d’un armistice attendu quatre ans et cent six jours, en passant par des monceaux de morts comprenant même des fusillés insoumis, quatre femmes subissent les rythmes infernaux d’une production malsaine. Il y a les résignées entraînées par les battantes chez qui naissent des revendications qualifiées d’un beau mot : socialistes. Comme cinquante ans plus tard les femmes machines de notre usine d’armement qui exigeaient il y a cinquante ans l’application du seul article social du Traité de Rome de 1957, ces femmes sous-payées revendiquaient l’obtention à travail égal d’un salaire égal. Et des crèches, et de l’hygiène et du respect. Un juste féminisme naissait. Michel Bellier le dit sans les nuances des Lettres à Elise. Cette pièce en partie de circonstance puisqu’elle permet des engagements commémoratifs, est généreuse et émouvante. Le grand professionnalisme des comédiennes est incontestable.

    Cependant – après avoir interrogé quelques autres personnes qui certes étaient d’âge posé – nous regrettons la trop fréquente et trop grande célérité du débit. Les Méridionaux parlent certes plus vite que les Liégeois, et que dire des Méridionales ! Mais devoir s’accrocher pour ne pas être décrochés lors de l’écoute d’un texte, c’est une exigence exagérée. Une interprétation plus posée ne serait pas moins convaincante.

    Nous avons finalement passé une excellente soirée du 15 août. Quand à vingt-deux heures trente nous avons quitté Spa le feu d’artifice prévu était tiré alors qu’éclairs et tonnerre éclataient dans un ciel qui déversa des trombes d’eau jusqu’à proximité de Liège. Ce feu d’artifices contrairement au Festival de Spa était donc dépourvu de spectateurs mais s’inscrivait dans nos traditions surréalistes.           

 

Jean-Marie ROBERTI

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(1) Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause écrit le romancier des sept tomes d’À la recherche du temps perdu (cette citation étant extraite Du côté de chez Swann).

 

Au LVIIIème Festival de Spa : DU MANQUE DE MOYENS WALLONS AU BON EXEMPLE D’UNE NOUVELLE COMMANDEUSE DE L’ORDRE DE LA COURONNE.

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    Dimanche dernier, 13 août 2017, nous avons choisi au 58ème Festival de Spa, d’assister à deux spectacles : On ne badine pas avec l’amour d’après Alfred de Musset, co-production des Théâtres de la Chute et Varia d’une part et d’autre part Le Roi nu d’Evguéni Schwartz une co-production des Baladins du Miroir et de la Maison Éphémère dont le co-directeur artistique Guy Theunissen a assuré la mise en scène.

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    Dans la seconde moitié des années 1950, j’ai eu, très jeune, le grand privilège de découvrir trois œuvres majeures d’Alfred de Musset, au Théâtre National Populaire, en Avignon puis à Chaillot, dans trois interprétations de Gérard Philippe, servies par la musique de scène de Maurice Jarre : 1°) Lorenzaccio, dans la cour d’honneur du Palais des Papes, avec aussi Daniel Ivernel, dans une mise en scène de Jean Vilar reprise par l’acteur du rôle-titre,  2°) Les caprices de Marianne dans les Jardins (d’aucuns disent les Vergers) d’Urbain V, avec aussi Geneviève Page, dans une mise en scène de Jean Vilar et 3°) On ne badine pas avec l’amour  dans la grande salle d’un Palais prestigieux, place du Trocadéro, où l’on trouve également le Musée de l’Homme, avec aussi Suzanne Flon dans une mise en scène du cinéaste René Clair.

    Il s’agissait certes d’interprétations d’une qualité tout-à-fait exceptionnelle, d’un accompagnement musical toujours dense et harmonieux, parfois même surprenant (particulièrement lors de l’ouverture de Lorenzaccio par les fanfares du père de Jean-Michel) et cela dans des mises en scène assurément innovantes. Mais ces innovations allaient de pair avec le respect de l’intégrité des œuvres. Ce n’est pas le cas ici.

    En découpant dans les trois actes de cette pièce, les scènes concernant le dramatique trio amoureux formé par Perdican, Camille, victime de l’intégrisme catholique, et Rosette, et en éliminant les scènes légères et humoristiques conçues par Musset au profit d’intermèdes burlesques de son cru entremêlés de poèmes de l’auteur, le metteur en scène et scénographe Benoît Verhaert se sert de Musset. Nous aurions préféré qu’il le serve. En outre, nous ne comprenons pas l’intérêt des anachronismes musicaux de Samuel Seynave.

    Verhaert et Seynave ne sont pas plus René Clair et Maurice Jarre que Stéphane Pirard et Céline Peret ne sont Gérard Philippe et Suzanne Flon. Mais ce spectacle, condensé en une bonne heure pour permettre des animations notamment scolaires, mérite de larges circonstances atténuantes. Il a été monté et joué par cinq comédiens (Audrey D’Hulstère et Vincent Raoult s’ajoutant aux trois précités) qui sont de vrais professionnels talentueux, dynamiques qui entrainent une chaleureuse adhésion du public. Que nous n’atteignions pas aujourd’hui le niveau auquel étaient parvenus Jean Vilar, Gérard Philippe et bien d’autres (je me souviens de Philippe Noiret et de Jean-Pierre Darras alors dans de tout petits rôles) est malheureusement normal. C’est une question de moyens.

    D’origine spadoise, Madame Alda Greoli, la Ministre Vice-Présidente des Gouvernements de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles en charge de l’Action sociale, de la Santé, de l’Egalité des chances, de la Fonction publique et de la Simplification administrative en Wallonie ainsi que de la Culture et de l’Enfance au niveau communautaire ne semble pas prête à s’inscrire, deux tiers de siècle plus tard, dans la lignée de Jeanne Laurent.

    Cette archiviste-paléographe quadragénaire nommée en 1946 sous-directrice des spectacles et de la musique au Ministère de l’enseignement dont dépendait la culture lutta afin de pouvoir créer un théâtre national populaire visant un large public y compris en dehors de Paris alors que les activités dramatiques étaient l’apanage de la bourgeoisie de la capitale française. Le jour même où en juillet 1951, elle obtint enfin un accord politique sur son projet de création, elle prit le train vers Avignon où depuis 1947 Jean Vilar animait un festival estival d’art dramatique et elle dut beaucoup insister pour convaincre ce grand metteur en scène et comédien d’accepter la charge d’une telle direction.

  À notre connaissance, la gare de Spa n’a pas encore vu arriver la responsable chez nous de l’art dramatique afin de proposer au Liégeois Axel de Booseré de diriger un rééquilibrage entre Bruxelles et la Wallonie des subventions théâtrales sur une base équitable : non plus deux tiers pour la capitale et un tiers pour le reste mais bien les trois quarts pour la Wallonie et 25 % pour Bruxelles siège des institutions culturelles fédérales. Sans doute faudra-t-il attendre que les membres wallons du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui sont 75 sur 94 se rendent compte que 79,79 % constituent une majorité suffisante pour enfin se faire respecter en particulier dans le domaine des dépenses budgétaires localisables.

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    C’est sous le chapiteau des Baladins du Miroir que nous avons suivi la représentation du Roi nu. Cette pièce est l’œuvre d’un écrivain soviétique qui eut 21 ans lors de la Révolution de 1917, qui abandonna des études de droit pour le théâtre et qui engagé contre le totalitarisme, se consacra d’abord à la littérature enfantine. Au départ de contes d’Andersen, il rédigea une première pièce pour adultes Le Roi nu. Il eut beau expliquer que le tyran qu’il visait était Hitler, les censeurs du Kremlin en interdirent la représentation au cas où des spectateurs auraient confondu avec Staline. Une autre de ses œuvres pour adulte Le Dragon eut plus de chance : elle fut représentée une fois. Schwartz fut longtemps malade et décéda en 1958 cinq ans après que Khroutchev ait succédé à Staline mais il ne vit pas représenter en U.R.S.S. son Roi nu qui dut attendre 1960 pour l’être Cette farce (qui au premier degré suscita l’hilarité des jeunes enfants présents devant nous) ne manque pas de causticité et vaut surtout par le rythme donné au spectacle par le texte lui-même, les décors, les danses et une musique entraînante mais marquée – comme des allusions à l’informatique – par d’inutiles anachronismes. La qualité d’ensemble du spectacle est principalement due à l’homogénéité d’une troupe de deux douzaines de membres dont une moitié de comédiens : Les Baladins du Miroir qui constituent la compagnie wallonne la plus remarquable.

    Elle a été fondée et dirigée par Nele Paxinou qui, le mois dernier, est devenue sur proposition transmise par Didier Reynders au Palais Commandeuse (féminin de Commandeur selon mon Petit Robert) de l’Ordre de la Couronne. Mais on dément que ce soit après qu’il ait vu Le Roi nu que Philippe 1er ait fait promulguer l’accès de cette comédienne à cette haute distinction. Nele est née en 1942 à Anvers d’un père grec et d’une mère flamande qui s’installèrent à Bruxelles où leur fille devint une jeune comédienne professionnelle. Frappée à 23 ans par une maladie qui la priva de l’usage de ses jambes, elle entreprit et réussit à Louvain-la- Neuve deux licences universitaire : une en philosophie et l’autre en sciences théâtrale chez Armand Delcampe. À trente-trois ans elle réalisa de premières mises en scène dont en particulier de pièces de Michel de Ghelderode. À quarante, elle fonda sa compagnie itinérante qui prit comme nom Les Baladins du Miroir parce que le théâtre est le miroir de la vie. Implantée entre ses tournées chez elle à Thorembaix-les-Béguines, sa compagnie qui donne le meilleur exemple de promotion de l’art dramatique en Wallonie vient de déménager dans un domaine de deux hectares et demi à Jodoigne ce qui n’a pas pu se faire sans l’appui de Louis Michel. Il faudrait aller plus loin en inversant les subventions accordées au très bruxellois Théâtre national et à la compagnie de Nele Paxinou. Celle-ci a récemment cédé le relais de la direction générale à Gaspar Leclère qui l’avait rejointe en 1984. Nous ne l’avons pas revue cette année à Spa où nous n’avons pas encore croisé le Bourgmestre Joseph Houssa qui, le mois dernier à 87 ans, avait présidé aux réactions nécessitées par une menace d’attentat lors de Francofolies.

    Mais laissons cette fois la conclusion à Nele Paxinou qui faite en septembre 2012 Chevalière du Mérite Wallon écrivait alors : De la créativité, de la créativité, de la créativité ! … Ce simple mot recèle en lui l’avenir de notre jeunesse et la survie de notre société moribonde. Apprenons aux jeunes à en mettre dans chacune de leurs actions. C’est grâce à l’éducation et à la Culture que nous pourrons « encore » leur montrer le chemin … 

Jean-Marie ROBERTI