Liège libre le 7 septembre 1944, moins de 10 jours plus tard, grève générale !

Américain.png

       Paraphrasant le général de Gaulle, le jeudi 7 septembre 1944, le gouverneur de la Province de Liège, Joseph Leclercq et le bourgmestre de Liège, Joseph Bologne auraientt pu dire Liège outragé ! Liège brisé ! mais Liège libéré. Le jour-même, à  partir de l’émetteur liégeois de l’INR (Institut national de radiodiffusion), l’information est confirmée, Liège est libéré par les troupes américaines de la Third Armoured commandé par le Général Major Maurice Rose, tué au combat le vendredi 30 mars 1945, aux environs de Cologne. Liège est libre, du moins, sa rive gauche. Les combats continuent  sur la rive droite jusqu’au samedi 9.

général Rose.jpg Général Major Maurice Rose

       L’émetteur se trouve près de la Place Jean de Wilde. Cet émetteur est un des fruits de la Mission Samoyède initiée par notre confrère Paul-M.G. Lévy. L’objectif de Samoyède  est clair : La Belgique ne sera pas libérée d’une traite. Il faut un émetteur par province. À Liège, comme ailleurs en Belgique, des Résistants tel Eugène Mangon se chargent de ce travail dangereux. Le jour J, l’émetteur est prêt à fonctionner. Au temps de l’occupation, Eugène Mangon a gravi nombre de fois la Montagne Sainte-Walburge, en poussant sa charrette de plâtrier où les divers éléments parachutés sont dissimulés.

       Avant de s’enfuir, les troupes allemandes ont fait sauter les ponts. Les Américains feront passer leur charroi sur un pont flottant déployé sur la Meuse. La destruction de l’immeuble abritant les installations techniques de de la Régie des Télégraphe et Téléphone rend plus malaisé les contacts lors de la reconstruction du pays. En revanche, les gares sont quasi intactes.

       En outre, afin de retarder le déplacement des troupes américaines et la Résistance – principalement du Front de l’Indépendance (FI) et de l’Armée de Libération (AL)  -, les Allemands s’en prennent, l’après-midi du 7 septembre, aux carrefours du Cadran, de Hocheporte et de Fontaibleau. Modus operandi, sans se soucier des civils, ils utilisent des chenillettes piégées remplies d’explosifs qu’ils font exploser. À Fontainebleau, Maurice Waha tente d’arrêter l’engin en criant à la population de s’enfuir. Le geste de Maurice Waha est vain. Il y trouve la mort tout comme des dizaines de ses concitoyens.

       Le samedi 9 septembre, le journal La Meuse sort une édition spéciale. Le quotidien a vu ses locaux réquisitionnés au bénéfice du journal collaborateur La Légia qui est paru du 25 mai 1940 au 2 septembre 1944. Il est à noter que durant toute l’occupation, un journal clandestin a été édité sous le titre La Meuse. Ses deux premiers imprimeurs ont  été arrêtés, l’un a été fusillé à la Citadelle, l’autre décapité à Cologne. Le dimanche 10 septembre, un hommage officiel est rendu  par les autorités à la Citadelle.

 

 

Liège septembre 44.jpg

       Le 8 septembre, le gouvernement Pierlot rentre d’exil. On note que le Secrétaire Général de la Confédération Générale du Travail de Belgique (CGTB), le Serésien Joseph Bondas – réfugié à Londres en 1942 – y figure au titre de sous-secrétaire d’État de l’aide aux réfugiés, du travail et de la prévoyance sociale. Le 13 septembre, le gouvernement convie les partenaires sociaux à une Conférence Nationale du Travail (CNT) pour le 16. Fait important, il ne convie que les partenaires invités avant-guerre. Ce n’est point de l’hostilité mais comme Joseph Bondas l’a dit plus tard tout simplement parce qu’on ne disposait que de très peu de temps et encore moins d’éléments connus et certains sur les nouveaux mouvements surgis de la guerre (1).

Joseph Bondas.jpg

Joseph Bondas

 

       Il faut savoir qu’au début de la guerre, sous l’action de l’ancien président du POB (Parti ouvrier belge) Henri De Man, partis et syndicats ont été abolis. Les syndicats ont été remplacés par l’UTMI (Union des Travailleurs Manuels et Intellectuels) créée le 22 novembre 1940. Déjà, le 4 septembre 1940, Joseph Bondas déclare refuser à faire du syndicalisme suivant les conceptions hitlériennes (2). En mai 1941, les femmes d’ouvrage de Cockeril lancent, durant une semaine, la grève des 100.000 à l’instigation de Robert Lambion.

       À partir de 1942, André Renard dans les milieux métallurgiques liégeois innove en créant, clandestinement, un syndicalisme nouveau axé sur l’action directe et l’indépendance à l’égard des partis. C’est le Mouvement syndical unifié (MSU). André Renard organise, toujours clandestinement, une aide sociale aux réfractaires au travail obligatoire en Allemagne édicté par l’occupant allemand. Par ailleurs, André Renard dirige, toujours dans la clandestinité, le corps franc armé KJ3 qui se livre à diverses activités de Résistance.         

       Le fait que le gouvernement Pierlot n’ait pas convié le MSU à la première réunion de la CNT est – à tout le moins – un impair. La réaction est immédiate. Le jour de la Conférence du Travail, il (le MSU) déclenche une grève générale de protestation contre sa non-reconnaissance par le gouvernement, le mauvais approvisionnement alimentaire et le niveau des prix. Pendant une semaine, du samedi 16 septembre au dimanche 24, quarante-cinq à cinquante mille travailleurs liégeois stoppent le travail dans les usines métallurgiques, les centrales électriques et les charbonnages du bassin (3) Le gouverneur Leclercq va jouer un rôle important dans la résolution du conflit (4).  

       Dès le lundi 18, séance de conciliation au Palais provincial.  Le gouverneur  rappelle  qu’il y a encore 75.000 prisonniers, 500.000 déportés et le souci de tous doit être de créer les conditions de leur plus proche retour. Tous doivent donc se remettre au travail (5). À l’issue d’une autre intervention d’un nouveau syndicat, André Renard  quitte le Palais en vertu du mandat impératif reçu des chefs du mouvement de grève (6).

       Après une rencontre  avec le Major  Jules Lerot, officier mandaté en Province de Liège  par le Haut-Commissariat  de la Sûreté de l’État, André Renard  donne, le 19 septembre, l’ordre de reprendre le travail dans les industries  dites de guerre à savoir les fours à coke, les centrales électriques et l’usine de pneus Englebert. Une des armes secrètes du Major Lerot est qu’il peut demander à tout instant l’intervention de l’armée américaine. Il n’y a jamais eu recours mais chacun sait qu’il peut le faire ! Licencié en psychologie du travail, le Major Lerot a du résoudre nombre de conflits sociaux de septembre 44 à septembre 45 comme Mehdi  Tekaya l’explique dans son mémoire de licencié en histoire de l’Université de Liège – http://fr.scribd.com/doc/47963553/Les-mouvements-de-greve-dans-la-Province-de-Liege-a-la-Liberation-septembre-1944-45

triomphe.jpgVictoire !

(1)                 Extrait du mémoire de Mehdi Tekaya Les mouvements de grève dans la Province de Liège à la Libération (septembre 44-45) – Page 33

(2)                 Op. cit. Page 9

(3)                 Op. cit. Page 34

(4)                 Op. cit  Page 36

(5)                 Op. cit. Page 36

(6)                 Op. cit. Page 37

Bagatelle, ce que Sarkozy n’a pas repris au Trocadéro !

        Ce mardi 1er mai, à Paris, au Trocadéro, Nicolas Sarkozy prononcé un discours d’une quarantaine de minutes. Il a cité à deux reprises le général de Gaulle reprenant le début et la fin d’un texte connu sous le nom de discours de Bagatelle. Mais qu’a dit le général Charles de Gaulle le 1er mai 1950 et que n’a pas repris l’actuel Président de la République ?

 Ah ! certes, nous connaissons les peines et les soucis de tant de gens et de familles. Nous entendons la rumeur d’alarme qui retentit dans l’univers. Mais, si nous sommes lucides, nous sommes également résolus. Pourquoi? Parce qu’à travers les obstacles nous avons choisi notre route. C’est celle qui monte et va tout droit. Au fond, depuis dix ans et plus, nous sommes, nous, ceux qui ne veulent pas que la France donne sa démission.

Mais d’autres, hélas ! y consentent. D’abord, les malheureux pour qui notre pays ne doit être que l’un des domaines du Kremlin. Mais aussi, certains Français qui doutent de la France : « C’en est trop ! chuchotent ceux-là. Nous sommes maintenant tombés trop bas pour pouvoir remonter la pente. Prenons-en notre parti ! A l’intérieur ne touchons à rien, de peur que tout ne s’écroule. A l’extérieur, faisons ce que demandent les étrangers les mieux pourvus. Ainsi pourrons-nous, peut-être, ménager nos chances de vivoter. Et, si la patrie doit mourir, tâchons au moins que sa mort soit douce!»

Oui, voilà ce que murmurent les pleurnichards du renoncement. Il faut dire que l’impuissance du régime ne leur fournit que trop d’arguments. Inversement, ce régime lui-même invoque l’atonie ambiante pour justifier sa médiocrité. Inutile de chercher ailleurs les causes de cette maladie d’abandon qui, naguère, malgré la valeur de certains des hommes au pouvoir et beaucoup d’efforts accomplis par la nation, nous fit lâcher les gages que nous avait valus la victoire de 1918, nous empêcha d’établir jamais, ni l’harmonie sociale, ni l’équilibre financier, figea notre défense dans la ligne Maginot, nous conduisit à Munich, détourna le dernier Gouvernement de la Troisième République, aux jours tragiques de 1940, de poursuivre la lutte dans l’Empire et aboutit, enfin, à l’effondrement et à la capitulation.

Nous incarnons, nous autres, le contraire de cette politique du perpétuel recul. C’est parce que, dans l’extrémité, nous pûmes rendre à la nation confiance en elle-même, conduire son effort avec autorité et commencer la rénovation, que la guerre fut gagnée, que le pays fut redressé, que la liberté et l’ordre furent restaurés. Mais, à peine cela était-il fait, qu’on vit le régime des partis se rétablir contre nous, trompant d’abord le pauvre monde par des programmes et des prospectus, pour s’engluer ensuite dans une stagnation lamentable. Et, comme ses clans et ses groupes se sentent désormais condamnés, ils achèvent de se coaguler dans le conservatisme des sièges et des places.

On comprend donc très bien pourquoi nous, qui voulons la France agissante et indépendante, trouvons devant nous deux catégories d’opposants. D’un côté, ou, comme on eût dit jadis, « à notre gauche », les séparatistes. De l’autre côté, ou, « à notre droite », la coopérative de conservation politicienne et sociale qui, pour le moment, s’appelle : Troisième Force. Je ne commettrai certes pas l’erreur ni l’injustice de mettre sur le même plan les opposants des deux espèces. Les premiers sont les ennemis de l’État. Les seconds ne font que lui nuire. Mais les uns, comme les autres, font obstacle au redressement. Il en est ainsi, d’abord pour ce qui concerne la question principale, celle qui est au fond du drame de notre siècle, je veux dire la question de la condition ouvrière.

Un jour, la machine a paru. Le capital l’a épousée. Le couple a pris possession du monde. Dès lors, beaucoup d’hommes, surtout les ouvriers, sont tombés sous sa dépendance. Liés aux machines quant à leur travail, au patron quant à leur salaire : ils se sentent moralement réduits et matériellement menacés. Et voilà la lutte des classes ! Elle est partout, aux ateliers, aux champs, aux bureaux, dans la rue, au fond des yeux et des âmes. Elle empoisonne les rapports humains, affole les États, brise l’unité des nations, fomente les guerres.

Car, c’est bien la question sociale, toujours posée, jamais résolue, qui est à l’origine des grandes secousses subies depuis trente-cinq ans. Aujourd’hui, c’est la même question, toujours posée, jamais résolue, qui pousse le monde vers un drame nouveau. C’est elle qui fournit de prétextes la tyrannie qui s’étend sur les deux tiers de l’Europe et de l’Asie. C’est elle qui, chez nous, procure aux séparatistes tant de concours désespérés. C’est elle qui empêche la prospérité de prendre son essor pour adoucir les misères humaines. Ah ! les pays libres peuvent bien déployer leur propagande et se ruiner en armements, l’épée, de Damoclès demeurera suspendue tant que chaque homme ne trouvera pas dans la société sa place, sa part, sa dignité.

Eh bien ! Nous voulons cela ! D’autres peuvent le caricaturer, nous sommes les seuls à pouvoir le faire. C’est l’Association des hommes, de leurs intérêts, de leurs capacités, que nous entendons bâtir. Ce sont des sociétaires, et non des adversaires, qui, selon nous, doivent assurer ensemble la marche des entreprises. Ce sont des contrats, établis en vue du meilleur rendement et assurant à chacun sa part des bénéfices, qui doivent remplacer aussi bien le dirigisme des prix et salaires que le système de ces conventions qui ne sont que des armistices. En raison de tout ce que la France a souffert et de tout ce qui la menace, nous avons décidé, nous, de réaliser cette réforme. Nous y appelons le peuple français. Il nous faut, pour y réussir, vaincre les séparatistes qui ne veulent pas que les plaies soient guéries. Il nous faut aussi faire liquider par le pays la coopérative qui étale maintenant son impuissance au milieu de l’angoisse ouvrière, des affaires ralenties, des grèves pourrissantes, des conciliations .avortées, et pour qui le mouvement serait une mortelle catastrophe.

Nous avons choisi, nous, une fois pour toutes pour le présent et l’avenir. N’est-ce pas ? les jeunes, qui m’entendez !

Mais nous savons bien, nous autres, que l’indépendance, la rénovation exigent un régime capable de mettre en oeuvre l’État et de conduire la nation. C’est le contraire, bien entendu, qu’ont réalisé et que maintiennent contre nous les séparatistes, unis pour cela aux coopérateurs de la conservation. Les premiers, en effet, jugent que ce système de confusion favorise leurs entreprises. Les seconds s’accrochent à une bâtisse où s’abritent les jeux, intrigues, vanités, qui font la vie des partis. Nous voulons, nous, arracher les Pouvoirs publics à la discrétion des chapelles, faire en sorte que le Gouvernement, le Parlement, la Justice, soient séparés et, par conséquent, responsables chacun pour son compte, avec, au-dessus d’eux, un arbitrage national qui puisse recourir au pays. Nous voulons que notre peuple se rassemble pour son salut, au lieu de se laisser diviser et subdiviser par des fractions dont les querelles l’épuisent, servent ses adversaires et ne nourrissent que les partisans.

Hier, tandis que la France, opprimée par l’invasion et étouffant sous l’humiliation, entendait les voix du parti pris, du mensonge, du renoncement, retentir à
tous les échos, moi-même et mes compagnons n’avons jamais cessé de dire : « Rien ne compte, excepté de vaincre. Il n’y a qu’une route à suivre, celle du combat ! » Quant à nous, à aucun moment, nous ne fîmes autre chose que d’agir pour y réussir sans concéder en rien à la mollesse, ni au désespoir. Nous étions peu, au départ. Mais, à mesure des événements, combien de Français nous rallièrent de corps ou d’âme, y compris beaucoup de ceux qui, d’abord, nous avaient négligés ou même combattus ! A la fin, par la voix de Paris criant sa joie sur les Champs-Élysées, la nation tout entière devait nous donner raison.

Aujourd’hui, dans le tumulte d’un monde en fusion, au milieu de tant d’appels à la haine ou à la faiblesse, parmi tous les intérêts opposés et embrouillés, moi-même et mes compagnons disons au pays : « Rien ne compte excepté de renaître. Rétablir l’unité, avant tout par l’harmonie sociale ; maintenir l’indépendance ; bâtir l’État qu’il nous faut avec sa force et sa justice. C’est le salut ». Et nous marchons vers le but, sans nous en laisser détourner par aucune combinaison. Nous sommes sûrs qu’à la masse des Français qui nous a déjà rejoints s’ajoutent, pas à pas, beaucoup de ceux qui, d’abord, ne nous entendirent pas ou refusèrent de nous suivre.

L’ancêtre de la Sécurité sociale – la Caisse de prévoyance – est née à Ans.

 

129.JPG

       À la fin du 12ème siècle, de la terre noire propre à faire du feu  fut trouvée dans beaucoup d’endroits de la Hesbaye. Cependant, l’exploitation en sous-sol s’impose. Elle se termine huit siècles plus tard en région liégeoise. Le droit minier liégeois est dominé par le principe qui possède le comble, possède le fond. Principal propriétaire des terres, l’Eglise concède des terrages à des comparchionniers.  Le pire ennemi des charbonniers est l’eau qui envahit les  mines. Certes, via les araines, Liège bénéficie d’eau potable mais trop de bures sont abandonnées faute d’exhaure. En 1582, le Prince-Évêque Ernest de Bavière proclame l’Édit de Conquête qui vise à sauver les fosses inondées (cfr Liège 28 6/12/2010 – Les Planchar, maître de fosses dans la Seigneurie de Montegnée).

       À la Révolution française, nombre de charbonniers liégeois ont pris la route de l’exil. La mise sous séquestre de leurs biens est décidée. La législation minière au Pays de Liège change. La loi Mirabeau décrète les mines sont à la disposition de la nation. La nation confie l’exploitation à des nouveaux capitaines d’entreprise, résolus, ambitieux, politiquement intrigants, formés techniquement (…)  le règne des « barons du charbon » comme le déplore Robert-Armand Planchar.

        Nous sommes le vendredi 28 février 1812. Comme d’habitude, au charbonnage Beaujonc – propriété de Lambert Colson et de Madame Hardy –  127 mineurs sont au travail, au niveau moins cent septante mètres. Parmi ces 127 mineurs, il y a un aveugle, Nicolas Riga, des enfants dont Mathieu Goffin, 12 ans, fils d’Hubert Goffin, fils lui aussi de mineur. Bien que la généalogie des pauvres ne va généralement pas au delà du grand-père, on trouve déjà un Goffin mineur à la fin du 16ème siècle.

        Il est 10h lorsque Mathieu Labeye, ouvrier chargeur au panier – cuffat  – aperçoit de l’eau tombant dans la bure. Prévenu le maître mineur Hubert Goffin réalise que l’eau provient d’une digue rompue près du puits Triquenotte, autre houillère propriété de la Compagnie Colson. Tandis que l’eau envahit la mine, Goffin bat le rappel de l’ensemble des ouvriers. Par trois fois, le panier réussit à remonter 35 mineurs. Goffin emmène les autres vers d’autres galeries supérieures. Comme seul outil,  leur pic. Rapidement privés de chandelles, ils cherchent une issue. Par ailleurs,  les secours extérieurs s’organisent. Le mercredi 4 mars, la jonction est établie via la houillère de Mamonster  Le bilan ; 105 mineurs sauvés, 22 noyés. Les catastrophes minières ne sont pas rares. Une centaine au Pays de Liège entre 1802 et 1813.

        Une enquête sur les causes de la catastrophe est menée sous la direction de l’ingénieur en chef au Corps impérial des Mines, Beaunier. Le 25 mars 1812, premier constat : imprévoyance due à l’habitude des dangers inhérents à la mine, négligence résultant de l’impunité, témérité inspirée par le désir de rendement à tout prix, insuffisance de la technicité dans les méthodes d’exploitation et dans les moyens de parer aux dangers.

        Avant même que les causes du drame ne soient établies, chacun et à fortiori l’Empereur Napoléon, les devine. Désireux de distinguer l’héroïsme de ce simple soldat du travail, l’Empereur lui décerna la croix de chevalier de la Légion d’honneur le 12 mars 1812. Cerise sur le gâteau, une pension à vie de 600 francs. Les mineurs Nicolas Bertrand, Mathieu Labeye, Melchior Clavir et Mathieu Goffin reçoivent une prime de 300 francs or. En outre, Mathieu est inscrit au Lycée impérial de Liège.

        L’Empereur ordonne au préfet de l’Ourthe, le baron Charles Micoud d’Umons de donner à la cérémonie de remise de la Légion d’honneur le luxe, le faste, la grandeur de l’Empire. La cérémonie se déroule le dimanche 22  mars à l’Hôtel de Ville de Liège. Les peintres Jacques-Charles Bordier du Bignon et Philippe-Auguste Hennequin ont immortalisé ce moment où le premier ouvrier reçoit la Légion d’honneur.

        Ulcéré par le comportement des barons du charbon, Charles Micoud d’Umons s’en est plaint à l’Empereur lors de son passage à Liège en 1811, les propriétaires ne comptant pour rien la vie de leurs ouvriers. La catastrophe du charbonnage Beaujonc lui permet de revenir sur le sujet. En juillet 1812, il soumet au ministre de l’Intérieur, Camille de Montalivet un projet de caisse permanente de secours. Cette caisse est alimentée par une très légère retenue sur les salaires. Au lendemain de la bataille de Buntzlau, le 26 mai 1813,  Napoléon signe le décret  instituant la Caisse de prévoyance en faveur des ouvriers houilleurs du département de l’Ourthe.

           Ancêtre de la Sécurité sociale, la Caisse de prévoyance est installée le 15 juillet 1813 à l’Hôtel de Ville de Liège. Les propriétaires des mines contribuent à hauteur d’un demi pour cent de la masse salariale de leurs ouvriers et employés. Ceux-ci à hauteur de deux pour cent.

      L’administration de la Caisse de prévoyance est gratuite. Font partie de droit du Conseil d’administration  1o le préfet du département ; 2o l’évêque diocésain ; 3o le procureur impérial près le tribunal de première instance ; 4o le maire de la ville de Liège ; 5o l’ingénieur en chef des mines. Cinq autres administrateurs sont élus annuellement ;  un parmi les propriétaires des grandes exploitations, un parmi les directeurs de fosses, deux parmi les maîtres mineurs, et un parmi les ouvriers houilleurs.

        Sous le régime hollandais, la Caisse de Prévoyance est suspendue. La Belgique indépendante la rétablit en 1837. L’année centenaire de la catastrophe voit l’érection, à Ans, d’un monument en hommage à Hubert et Mathieu Goffin, œuvre du sculpteur liégeois Oscar Berchmans.

RTBF-Liège

      Dimanche dernier, deux cars de captation RTBF sont venus se garer à Esplanade de l’Europe 1. Ils ont quitté leurs emplacements dans la journée de mardi. Entre-temps, lundi, a eu lieu l’enregistrement d’une émission dont la diffusion est prévue en mars.

     Ce retour des cars ressemble à une régression. En effet, comme l’a expliqué Jules Pirson, président régional de la CGSP-RTBF-Liège dans la lettre d’information de son syndicat, la RTBF-Liège a disposé, en Télévision, d’un studio entièrement équipé avec régie vidéo, régie son et régie lumière. La régie vidéo, caméras comprises, est pratiquement neuve (…)  Elle est entièrement numérique et permet de faire des productions en Haute Définition. Tout comme celle de Charleroi, cette régie a été démontée pour équiper le nouveau studio info de Bruxelles.

     Lors d’une réunion du Comité du Site, fin novembre, l’Administrateur-Général – Liégeois d’origine – Jean-Paul Philippot s’est voulu rassurant. Bien que le grand studio RTBF à la Médiacite  – théoriquement opérationnel dès Noël 2009 (cfr Liège 28 – 18/12/2009) – sera SANS régie. Pour chaque émission, un car régie et un car lumière viendront sur place.

     À l’objection des travailleurs du terrain qu’une émission se fait en quatre ou cinq heures dans le studio équipé de régie alors que, avec la venue des cars, l’installation et le réglage des projecteurs, l’enregistrement, le démontage, le rangement et le retour des cars à Rhisnes, il faut deux jours de travail à charge de l’émission, Jean-Paul Philippot réplique que les Télévisions modernes ne travaillent plus qu’avec des cars vu qu’une régie est un investissement qui dort  lorsqu’elle n’est pas utilisée à cent pour cent.

     Bon prince, l’Administrateur-Général promet que Liège sera prioritaire pour obtenir les cars de captation. En outre, il promet que les devis des productions liégeoises (actuelles ou futures) ne seront pas majorés du surcoût occasionné par la venue de cars de captation. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient !

     L’inauguration des nouveaux bâtiments RTBF est prévue en mai 2011. En 2003, l’inauguration est prévue en 2007 puis reportée fin 2009. Il est à noter qu’à la Médiacité, la RTBF-Liège radio ne dispose que d’un studio contre quatre en 1963 au Palais des Congrès. Réduction également en Télévision, absence de régie, huit cellules de montage au lieu de dix, deux post-sono au lieu de trois.

     Parmi des diverses conséquences prévisibles notons celle épinglée par le dirigeant  syndical Jules Pirson ; en Radio comme en Télévision, il ne sera plus possible de faire une intervention rapide lorsque l’événement qu’il soit politique, judiciaire ou autre, le nécessite, donc perte d’une souplesse que nous n’utilisions pas tous les jours, mais qui s’est avérée parfois bien utile. C’est donc l’ensemble des personnalités liégeoises qui n’auront plus accès, rapidement, à notre média quand cela sera nécessaire.

Grande grève 60-61

     Dans la mémoire collective, trois morts (à Grâce-Berleur) marquent la Question royale en 1950 et un mort (Jo Woussen)  la Grande grève de 60-61. Dans une lettre ouverte à la jeunesse, le chef du groupe PS au Conseil provincial de Liège, Gérard Georges rappelle qu’outre la mort du grand champion de boxe tué le 16 janvier 1961, il y a eu d’autres victimes de ces années de luttes sociales extrêmement dures.

     Et Gérard Georges de rappeler que le 30 décembre 1960 tout d’abord, à l’issue d’une manifestation à Bruxelles, les choses tournent mal.(…) Ces troubles laissent un mort sur le pavé. Il s’agit de François VANDERSTRATTEN tué d’une balle de revolver par un passant qui voulait venir prêter main-forte aux forces de l’ordre.

     Autres victimes à Liège, le vendredi 6 janvier 1961, à l’issue d’un meeting tenu par André Renard, place Saint-Paul. Des manifestants décident de former un cortège qui va s’avérer très nerveux.(…) Les heurts avec les forces de l’ordre sont particulièrement rudes. Bilan: 75 blessés dont 9 graves. Parmi ces derniers, un jeune affilié de la FGTB ouvrier bétonneur de 31 ans, Laurent RODDER , touché par balle à la rate et au foie. Il s’effondre non loin de la Gare des Guillemins et décède dans la nuit de samedi à dimanche. Un autre ouvrier s’effondre également le 6 janvier 1061. Il s’agit d’Albert BOUTET , 25 ans, qui succombera de ses blessures le 22 janvier 1961. 

     Puis, il y a ce lundi 16 janvier 1961. un affrontement oppose des grévistes  à la gendarmerie de Chênée .Plusieurs coups de feu sont tirés (…)  L’échauffement fait 3 blessés dont un gravement touché à la tête. Il s’agit de Joseph WOUSSEN,  dit Jo pour ses proches, ancien champion  de Belgique de boxe en catégorie poids légers, âgé de 32 ans. Sa boîte crânienne a littéralement volé en éclats. (…) hélas il meurt la nuit de lundi à mardi, donc le 17 janvier 1961. Quelques jours plus tard, 20.000 personnes étaient présentent pour l’adieu de Jo WOUSSEN.

     Gérard Georges constate Ces différentes victimes sont aujourd’hui ignorées par la plupart des gens sauf les plus anciens et donc il est bon de rappeler l’objet de ces luttes sociales intenses mais aussi il faut se rappeler des victimes de ces luttes. S’agit-il de militants à élever au rang des martyrs, victimes  des forces de l’ordre? S’agit-il de simples victimes qui passaient par là et qui resteront à tout jamais anonymes?(…)  En conclusion, toute cause a aussi besoin de martyrs et pour les quatre victimes dont la mémoire est évoquée aujourd’hui, , nous devons avoir un instant de recueillement  et de souvenir pour ces martyrs qui , il y a exactement  50 ans, ont payé de leur vie pour que nous puissions obtenir et maintenir les acquis sociaux dont nous disposons encore aujourd’hui.  
    

     Dans un courriel privé, l’historien  Philippe Raxhon, professeur à l’ULg répond partiellement à la question militant ou simple passant. Philippe Raxhon précise : Concernant Woussen, et c’est mon avis personnel sous réserve d’inventaire, il était tout simplement là au mauvais endroit au mauvais moment. Il a pris une balle parmi d’autres qui ont été tirées et qui n’ont touché personne, malgré la proximité des uns et des autres, gendarmes et grévistes, lors de cet incident où la panique l’a emporté. Un tir pour tuer aurait provoqué d’autres victimes plus nombreuses. Mais toute cause a besoin d’un martyr et c’est ce qu’il est devenu.

Les quatre fois vingt ans ont la cote auprès des Liégeoises sexagénaires !

Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie. Cette gérontophobie n’est pas de mise à Liège. C’est plutôt la gérontophilie qui est très à la mode dans notre région  Du moins si on consulte le site cypriote de rencontres sociales Badoo www.badoo.com. Nombre de Liégeoises souhaitent croiser sur leur chemin un homme de plus de 80 ans. Si Josette (62 ans), Monique (60 ans), Luna (68 ans), Henriette (60 ans),  Martine (60 ans), Francine (69 ans) se contentent de dire je veux devenir ami avec un homme, de plus de 80 ans, d’autres ont des exigences nettement plus ciblées.

Ainsi, Jacqueline (60 ans) a la volonté de jouer au scrabble avec quelqu’un, de plus de 80 ans tandis que Patricia (61 ans) souhaite rire aux éclats avec quelqu’un, de plus de 80 ans. Mariette (60 ans) exprime son désir de rester près d’un feu avec quelqu’un, de plus de 80 ans alors que celui de Gilberte (62 ans) est d’aller au cinéma avec un homme, de plus de 80 ans .Si un octogénaire est nostalgique de René Thomas, Bobby Jaspar, Jacques Pelzer ou de l’émission-culte de Jean-Marie Peterken et Nicolas Dor Jazz pour tous, il est assuré de trouver son bonheur avec Marie-Divine (65 ans) désireuse d’aller dans un club de jazz avec un homme, de plus de 80 ans.

Plus romantiques sont les rêves de Christiane (60 ans), un dîner aux chandelles avec quelqu’un, de plus de 80 ans et ceux de Claudine (63 ans), boire une coupe de champagne avec quelqu’un, de plus de 80 ans. Quant à Maria (67 ans), elle se contente de peu, de très peu même, je veux rien avec quelqu’un, de plus de 80 ans.

Le Québec en deuil, Michel Chartrand est décédé.

        Si le Québec ressemble plus à l’Europe du Nord qu’à l’Amérique du Nord, si la distribution de la richesse y est plus équitable, si le taux de syndicalisation y est plus élevé qu’ailleurs, on le doit à des gens de la trempe de Michel Chartrand  a déclaré à nos confrères de La Presse Bernard Landry, ancien Premier Ministre du Québec à l’annonce du décès hier, à 93 ans, du célèbre syndicaliste.

        Personnage haut en couleur, le verbe flamboyant, Michel Chartrand aime s’exprimer. À 87 ans, il assure : j’ai peut-être un pied dans la tombe, mais l’autre, je suis encore capable de le lever assez haut pour botter le cul d’un ministre. Et il en a botté des culs tout au long de sa vie, pas seulement ceux des ministres, ceux des patrons et même ceux de ses collègues de  la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Il a été un bouillant personnage.

        Michel Chartrand a toujours professé : je suis socialiste, nationaliste et indépendantiste parce que je crois en la démocratie: le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Je crois à l’égalité de toutes les femmes et de tous les hommes, parce que je crois en la justice, parce que je crois en la liberté à conquérir quotidiennement. Je crois que chacune et chacun doit être en mesure de participer aux décisions et d’assurer des responsabilités à son niveau.

        À l’instar d’une majorité de Québécois, Bernard Landry est plein de respect pour Michel Chartrand qui a été un artisan courageux de la société québécoise qui a milité aussi bien pour la socio-économie que pour l’indépendance nationale. Il est important de noter aussi que grâce à Michel Chartrand, beaucoup d’ouvriers évitent des accidents de travail ou reçoivent des compensations lorsqu’ils sont blessés

 

Presse : 253 journalistes et employé(e)s du Journal de Montréal sont à la rue depuis un an !

        Ce dimanche 24 janvier  2010, à 6h35 du matin, heure de Liège c’est-à-dire minuit 35 à Montréal, il y a eu un an que Pierre Karl Peladeau, président de Quebecor – le plus grand éditeur de journaux au Canada – a lock-outé 253 personnes du « Journal de Montréal ». Parmi ces 253 personnes des journalistes, des photographes, des infographes ou encore des préposées aux petites annonces.

        Pierre Karl Peladeau n’en est pas à son coup d’essai en matière de lock-out. Déjà, le 22 avril 2007, il a procédé au lock-out de l’essentiel du personnel du « Journal de Québec ». Ce conflit a duré 436 jours ! Il semble que la pratique du lock-out procure une jouissance extraordinaire. En effet, le 3 mars, c’est au tour du personnel de l’hebdomadaire « Le Réveil » de Saguenay de connaître le plaisir d’être jeté à la rue par leur patron.

        Motif de la dissension, un problème de convergence à propos de laquelle Paul Cauchon du Devoir a écrit : « Le citoyen ne gagne pas grand-chose si cette convergence sert plutôt à répéter ad nauseam les mêmes informations sur de nouveaux supports, et si cette information est superficielle et peu fouillée parce que l’on aura privilégié la vitesse de livraison à la réflexion ». (« Liège 28 » 27/01/2009).

        La rupture entre la direction et le personnel est profonde, certains assurent que des « années lumières » séparent les positions patronales et syndicales. Les 253 lock-outés, en plus d’assurer un piquetage constant rue Frontenac, face aux locaux du « Journal de Montréal » publient, depuis le 28 janvier 2009, un cyber-journal « Rue Frontenac.com » www.ruefrontenac.com. Ce cyber-journal est en bénéfice et sert à alimenter les moyens de survie des 253 lock-outés. La qualité de « Rue Frontenac.com » est telle que « Le Journal de Montréal » en plus de son édition papier a  décidé, le 16 janvier 2010, de présenter une version électronique !

 

Piquet

Les lock-outés du Journal de Montréal ont défilé, pancartes à la main, devant l’édifice de leur employeur sur la rue Frontenac.

Photo Benoît Pelosse publiée, le 20 janvier 2010, par Rue Frontenac.com

        En ce temps de mondialisation, les 253 lock-outés peuvent logiquement attendre un soutien (moral) de leurs confrères étrangers dont les Belges. Curieusement – même le bulletin mensuel de l’association des journalistes professionnels francophones belges « Journalistes » – la presse européenne ne s’intéresse guère à ce lock-out. C’est d’autant plus étonnant qu’il y a, dans ce conflit, un petit côté « people » dont la presse généraliste se montre d’ordinaire si friande. En effet, Pierre Karl Peladeau est le conjoint d’une vedette TV, Julie Snyder, maman de Thomas (né en mai 2005) et de Romy (née en octobre 2008).  Julie Snyder a fait les belles avant-soirées de France 2, en début du 21ème siècle avant de retourner au Québec, produire la Star Ac’ et animer différentes émissions populaires.

 

Julie_Snyder

Julie Snyder a accepté un tract des mains du photographe Pierre-Paul Poulin.

Photo Martin Bouffard publiée, le 10 mars 2009, par Rue Frontenac.com