La liberté d’expression mise à mal au Liban.

L’histoire se passe au Liban. Prenant connaissance de la programmation du Festival international de Byblos qui a invité, comme en 2010 et 2016, Mashrou’ Leila, un groupe rock libanais, le père Camille Moubarak, responsable de l’école doctorale de l’Université La Sagesse, invite, sur Facebook le 19 juillet,  les chrétiens fidèles à s’abstenir d’assister à ce concert prévu le 9 août.   Jbeil (NDLR nom actuel de Byblos), citadelle de la civilisation, n’est pas un endroit pour la perversion. Je demande aux habitants de Jbeil en particulier et aux Libanais en général de boycotter Mashrou’ Leila, le groupe qui va chanter à Jbeil pour répandre la dépravation, la corruption et le manque de respect envers les symboles religieux.

Mashrou’ Leila, fondé en juillet 2008 par des étudiants de l’American University of Beirut, est à présent un groupe phare du Moyen-Orient, avec ce mélange unique  de rock alternatif et de poésie arabe connu internationalement. Le chanteur du groupe, Hamed Sinno, affiche son homosexualité. Ce qui au Liban n’est certes plus un délit depuis l’an dernier mais est toujours répréhensible comme atteinte à la morale publique. Nous sommes quatre Libanais de différentes religions et milieux socioculturels. Notre objectif  est et a toujours été de nous épanouir en temps qu’artistes et d’utiliser les espaces qui nous sont offerts pour essayer de mettre la lumière sur les problèmes du monde qui nous entoure, tout en essayant de rendre les personnes autour de nous fières. Ni plus ni moins.

Le 20 juillet, sur Facebook, un cadre du Courant Patriotique Libre, le CPL parti du Président du Liban Michel Aoun, Nagy Hayek habitant Jbeil écrit : Cela n’est pas une mise en garde concernant le concert du 9 août à Jbeil. Il s’agit d’une menace directe envers ce groupe et envers tous ceux qui travaillent à promouvoir ses concerts à Jbeil. Nous empêcherons le concert par la force et je serai le premier à le faire. Celui qui porte atteinte à la Croix et au Christ n’a pas sa place à Jbeil. Ce texte retiré deux jours plus tard enflamme les réseaux sociaux, les partis politiques, les ecclésiastiques maronites dont l’archevêché de Jbeil et le Centre d’information catholique qui demandent l’interdiction du concert et le service de la Sécurité de l’État.

Ce service a interpellé deux musiciens du groupe de rock qui ont comparu devant la procureure du Mont-Liban, Ghada Aoun. Celle-ci a ordonné leur relaxe et n’a point demandé l’interdiction du concert. Deux partis chrétiens, les Forces Libanaise (FL) de Samir Géagéa et le CPL réclament l’interdiction à l’inverse du parti Kataëb de Samy Gemayel inquiet du danger qui plane sur les libertés dans le pays.

Mais que reproche-t-on à Mashrou’ Leila ? Réponse de Fifi Abou Dib, chroniqueuse au journal L’Orient-Le Jour : « un article partagé… en 2015, par le chanteur du groupe, Hamed Sinno, sur sa page Facebook, extrait du blog d’un intellectuel américain, activiste des droits de l’homme, diplômé de Harvard. Le blog s’appelle Paper Bird et son auteur signe ses papiers Scott Long. L’article en question est une étude sur les « Icônes », homosexuelles s’entend, et la manière dont la communauté gay, particulièrement vulnérable et isolée dans presque toutes les sociétés du monde, s’attache à des personnalités célèbres auxquelles elle s’identifie, qu’elle s’approprie comme une sorte de bouclier magique et qu’elle glorifie. Cet article est illustré d’une série de portraits de la star pop Madonna apposés sur une icône byzantine, d’un artiste inconnu qui pourrait être, selon certains, de par le style, l’artiste anonyme syrien Saint Hoax. Exhumée après un oubli de près de 5 ans, isolée de son contexte, l’image de Madonna en icône byzantine a été attribuée à Hamed Sinno et brandie par une bande d’allumés comme preuve que Sinno et son groupe incitent à la haine sectaire et insultent les symboles chrétiens. Pour ce qui est des chansons incriminées, l’album tout entier auquel elles appartiennent est inspiré des fêtes païennes de l’Antiquité. L’une d’elles est adressée à Aeode ou Aiode, fille de Zeus et l’une des muses béotiennes, muse de la voix et du chant. Certes, les paroles peuvent être jugées provocantes dans un contexte de susceptibilité  religieuse exacerbée : « Je vais noyer mon chagrin, oublier mon nom et me donner à la nuit/ baptiser mon foie dans le gin/danser pour exorciser les djinns/tremper mon foie dans le gin/au nom du père et du fils. » Dans cette incantation, le chanteur promet à la déesse de se débarrasser de ses démons (ses tourments et ses blocages, bien sûr) pour recevoir la grâce de l’inspiration.

Finalement, avec colère et tristesse, en accord avec les musiciens de Mashrou’ Leila, le  Festival international de Byblos a annoncé être obligé d’annuler le concert pour éviter une effusion de sang et préserver la sécurité et la stabilité. Décision entraînant une prise de position inhabituelle dans la presse, celle du quotidien L’Orient-Le Jour dont le PDG est Michel Eddé, ancien président de la Fondation et de la Ligue maronites, ancien ministre.  Après discussion au sein de la rédaction, il nous a semblé que pour tenter d’enrayer d’emblée un engrenage risquant, bien au-delà de cette affaire, de s’avérer fatal pour les valeurs défendues depuis toujours par ce journal, il nous fallait réagir autrement qu’à l’accoutumée. Cette réaction prend la forme d’un appel (adopté à une quasi-unanimité par la rédaction) à tirer pleinement les leçons de cette affaire, pour ne plus jamais laisser la peur triompher.

Intitulé Liberté d’expression : ne cédons pas face à la violence, l’article réaffirme sonattachement au pluralisme religieux et au respect de la foi de tout croyant, comme à la liberté de chacun de ne pas croire, dans une région où ces principes sont chaque jour un peu plus menacés. (…) nous ne pouvons qu’être indignés face à l’enchaînement des faits qui ont conduit à ce renoncement. () Il est de notre devoir à tous de veiller à ce que notre pays demeure fidèle à sa vocation, être « un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l’Orient comme pour l’Occident » (Jean-Paul II).

Réaction également de la Fondation Adyan rassemblant chrétiens et musulmans en vue de sortir du communautarisme qui modèle encore la société  libanaise. Dénonçant la crise d’hystérie engendrée autour de l’affaire Mashrou’ Leila, son directeur le père Fadi Daou, un prêtre maronite, estime que  cela ne justifie aucunement l’interdiction d’un concert. Ne l’oublions pas : la valeur ajoutée du Liban est qu’il est le berceau des libertés, avec à leur tête la liberté de croyance et la liberté d’expression. Ce sont les chrétiens en premier qui doivent les sauvegarder et les défendre.

Conclusion de l’affaire Mashrou’Leila, deux opinions tranchée de Libanais-es: Si tu as peur pour ta foi à cause d’une chanson, reconsidère ta foi, pas la chanson et On veut toujours nous amener, nous autres libanais, donc moyen-Orientaux à des normes occidentales, donc permissives à outrance, pour faire de nous de bons singes qui doivent savoir singer.

Cette atteinte à la liberté d’expression dont la presse internationale a brièvement rendu compte n’est pas la seule que le Liban a eue à connaître cet été au point qu’il est permis de dire que cette liberté essentielle est sérieusement menacée. Pas plus tard qu’en ce mois d’août, l’annulation d’une représentation du groupe satirique Ktir Salbeh Show dans un restaurant du Sud-Liban proche de Bint Jbeil, forteresse de la résistance aux dires du Hezbollah. Annulation due faute de clientèle assure le restaurateur. Version contestée par une journaliste Nada Ayoub qui affirme qu’une personne affiliée au Hezbollah a demandé au restaurant d’annuler le spectacle à cause de la tenue des actrices et des blagues à caractère sexuel qui ponctuent la représentation. Version plausible si l’on sait qu’à Bint Jbeil, ville de trente mille habitant.e.s, l’organisation chiite y interdit la vente d’alcool de même que la musique et les fêtes pour les mariages.

Toujours en ce mois d’août, à Nabatiyé, annulation d’une soirée d’hommage à Mahmoud Darwich, célèbre poète palestinien de confession sunnite décédé en 2008. La lecture de ses poèmes devait être accompagnée musicalement par un joueur de tabla. Une atteinte intolérable à la religion.  Tout comme la diffusion d’un cliché montrant une jeune fille, dos nu, devant un mur couvert de graffiti dont l’un en arabe, Dieu est passé par là a valu à son auteur Jad Ghorayeb une volée d’insultes sur les réseaux sociaux.

Raphaëlle Mattart, lauréate du Prix du Corps Consulaire de la Province de Liège.

Fondé en 2001 à l’initiative de Robert Dondelinger, professeur à l’Université de Liège et   consul honoraire du Grand-Duché de Luxembourg, le Prix du Corps consulaire de la Province de Liège en sera à sa vingtième édition l’année prochaine. L’objectif de ce Prix – richement doté (3000 €) – est de susciter et d’encourager, chez de jeunes étudiants diplômés, des vocations pour la vie diplomatique ou des carrières de recherches qui touchent à ce domaine.

Pour le 20ème Prix, attribué au cours de l’année académique 2019-2020, sont admis des travaux réalisés dans le courant des deux dernières années académiques. Toute information pratique sur le Prix est disponible à l’Université de Liège, Monique.Jacquemin@uliege.be.

Cette année, le Prix a été décerné au travail intitulé la culture entre concept et compétence. Son autrice, Raphaëlle Mattart (1), chercheuse doctorante, vise à savoir comment la culture est-elle perçue dans l’Union européenne depuis sa formalisation en tant que compétence d’appui dans le traité de Lisbonne ? Compétence d’appui, autrement dit l’Union européenne ne peut intervenir  que pour soutenir, coordonner ou compléter les actions des États qui maintiennent leurs compétences.

Au début de son travail, l’autrice aborde succinctement le parcours de la culture au travers des traités et des divers programmes mis en place lors de la construction européenne.  A cet égard, on remarque que la culture oscille aussi entre les aspects symbolique et économique. Il apparait que, nonobstant l’importance que l’on donne au premier dans les textes analysés, c’est bien le second qui a joué et joue toujours un rôle prépondérant dans la conceptualisation de la culture au sein de l’UE.

En principe, le traité de Lisbonne et l’agenda de 2007 changent la perception de la culture au sein de l’Union européenne. Et dans les faits ? Pour le savoir, Raphaëlle Mattart a interrogé des acteurs tant dans la sphère institutionnelle européenne que dans la sphère étatique ou opérationnelle. À l’issue de ces  entretiens, elle a constaté que la culture constitue un élément fondamental de la construction du projet de communauté au sens politique du terme. Dans cette configuration, nous soutenons que la culture est perçue comme un concept, une capacité d’action, un référentiel de construction de projet, se rapportant d’une part, dans son aspect plus économique à une certaine capacité d’action issue de la compétence d’appui, d’autre part, dans son aspect symbolique à un référentiel issu de la compétence transversale dissimulée.

  • La photo d’en-tête montre la lauréate Raphaëlle Mattart et sa maman, entourées du peintre Philippe Waxweiler et du journaliste professionnel Pierre André. Photo© Michel Houet – ULiège 2019

Question de langue …

La nuit du 31 décembre au 1er janvier s’appelle, au Nord du Royaume,  Nuit du Vieil An (Oudejaarsnacht) et, au Sud du Royaume, Nuit de Nouvel An.

Une simple constatation qui n’a rien de nouveau. Déjà, en 1912, le député Jules Destrée dans sa Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre a écrit : Mais il est une preuve plus caractéristique et plus décisive encore de la dualité foncière de Votre royaume, plus incontestable que celles qui se peuvent déduire du sol, des paysages, des activités, des tempéraments et des croyances, c’est la langue. Une langue est un trésor accumulé au cours des âges par une communauté humaine. Elle y a inclus le souvenir et l’écho de ses mœurs, de ses croyances, de ses douleurs. Elle éveille chez ceux qui la parlent des impressions confuses qui remontent aux jours incertains de l’enfance balbutiant sur les genoux maternels, et plus loin encore, des correspondances avec les ancêtres immémoriaux. Il y a du mystère dans l’attachement à la langue, parce qu’il tient moins à notre être raisonneur qu’à notre inconscient profond. Et ce n’est que lorsqu’on conçoit ainsi le problème, qu’on pense à ses millions de racines ténues qui s’enfoncent dans le passé le plus reculé, que l’on comprend le caractère sacré d’une langue, et combien sont délicates et insolubles par les seuls procédés de l’intelligence, les questions que son usage soulève.

Elections présidentielles à Madagascar

Les résultats officieux du second tour des présidentielles de Madagascar qui s’est déroulé le 19  décembre sont connus. Résultats officieux puisqu’ils peuvent encore être contestés par le candidat évincé. Dans un délai de neuf jours, les résultats officiels seront proclamés par la Haute Cour Constitutionnelle.

Andry Rajoelina (44 ans) a obtenu 2 587 750 voix tandis que Marc Ravalomanana (69 ans) n’en recueille que 2 061 051. Le taux de participation se limite à 48,09% des 9 913 599 électeurs inscrits, un taux moindre qu’au premier tour où celui-ci se montait à 53,9%.

Caractéristique de ce second tour, les deux candidats ont déjà été Président. Président depuis 2002, Marc Ravalomanana est renversé en 2009 par Andry Rajoelina, maire d’Antanarive. C’est dire si les deux hommes s’apprécient. L’aîné est entrepreneur en agro-alimentaire, patron du groupe Tiko. Le cadet, ancien disc-jockey, se fait un spécialiste de l’événementiel. Tous deux s’intéressent activement aux médias tant audiovisuels qu’écrits.

Aux couleurs blanches – rappel discret du lait, élément phare du groupe Tiko – la campagne électorale de Ravalomanana a dénoncé le putschiste Rajoelina. Je ne travaille pas pour moi ou m’enrichir,  je ferai tout pour faire de Madagascar un pays développé. Tandis que sous la couleur  orange, Rajoelina réplique vieillard prend ta retraite pour aller traire tes vaches. Je serai un président du petit peuple qui protège les pauvres. Vaste programme. Quatre-vingt pour cent de la population  – 26 millions de Malgaches – vit avec moins de un euro soixante par jour. Madagascar occupe la quatrième place parmi les pays les plus pauvres.

Union africaine, Union européenne et Organisation internationale de la francophonie ont envoyé des observateurs. Ceux -ci, en parfaits diplomates, félicitent le pays et son peuple de ces élections et appellent les deux candidats et leurs partisans à respecter le résultat et s’abstenir de tout acte de nature à engendrer des troubles. Bref, comme l’a dit la conférence des évêques catholiques de Madagascar accueillir humblement le vrai choix du peuple. Présent dans les sept régions de Madagascar et dans plus de neuf mille bureaux de votes sur un total de 24852, l’observatoire indépendant Safidy est plus sévère. Ainsi, il a constaté des cas de distribution d’argent dans 10,4% des communes, dans la majorité des cas, elles ont été pratiquées par les groupes de soutien du candidat N°13 (82,8% des cas) par rapport à 17,2% des cas par les groupes de soutien du candidat N°25. Au premier tour des élections, le 7 novembre, chacun des 36 candidats avait reçu un numéro. Le N°13 désigne Rajoeline, le N°25 Ravalomanana.

Ce dernier se rebiffe. Il a déposé plainte et réclame l’annulation pure et simple de ce scrutin. Il appelle chacun de ses électeurs à ne pas se laisser voler son vote et les convie à manifester ce week-end sur l’emblématique place du 13 mai. Faute d’un plafonnement des dépenses électorales, le paradoxe de l’élection présidentielle malgache est qu’elle est la plus couteuse dans un des pays les plus pauvres du monde.

Un dernier coup d’œil sur les élections communales du 14 octobre.

Le 3 décembre à partir de 18h30, le Conseil communal de Liège issu des élections du 14 octobre sera mis en place tout comme le Collège communal. Les 49 membres dont 21 femmes sont là jusqu’au 2 décembre 2024, les prochaines élections ayant lieu le dimanche 13 octobre 2024. La séance du 3 décembre sera retransmise en direct sur YouTube, images et sons captés par RTC-Télé Liège.

Un dernier coup d’œil sur les élections du 14octobre. Douze listes ont été en lice, sept ont eu au moins un élu. Alors que le vote est obligatoire, 24895 électeurs inscrits se sont soustraits à cette obligation, constituant ainsi le parti des abstentionnistes. Seul le PS qui recueille 30289 votes fait mieux. Toutefois si au nombre des abstentions on ajoute le nombre de bulletins blancs et nuls, il est permis de déplorer que 33627 personnes – 25%44 – se désintéressent de l’avenir de leur ville. Une personne sur quatre en âge de voter ne le fait pas alors que c’est seulement depuis la loi du 15 avril 1920 que le droit de voter aux communales est accordé aux hommes et aux femmes qui ne sont ni prostituées, ni adultères. Pour obtenir le droit de vote aux élections législatives, les femmes devront attendre la loi du 27 mars 1948.

Par rapport au nombre d’électeurs inscrits (132164), le classement des 12 partis en lice est le suivant:

1- Parti Socialiste PS 22%92,

2- Mouvement Réformateur pour Liège MR 13%39,

3- Parti du Travail de Belgique PTB 12%17,

4- Vert Ardent 11%,

5- centre démocrate Humaniste cdH 5%04,

6- Vert Gauche VEGA 3%37,

7- Démocrate Fédéraliste Indépendant DéFI 2%69,

8- Parti Populaire PP 2%34,

9- Agir 1%11,

10- Wallonie Insoumise WI 0%21,

11- Partij Van Carnavalist PVC 0%16,

12- Mouvement Pour l’Éducation  MPE 0%16.

Les 12 partis en lice représentent 74%56 desélecteurs inscrits, le solde 25%44 est le lot des abstentionniste, des votes blancs et nuls.

Aux élections communales du 14 octobre 2012, 16 femmes ont été élues. En 2018, la marche vers la parité est en progrès sensible. En effet, 5 femmes de plus sont élues. Soit un total de 21 élues. Mieux encore, deux partis – le PTB et Vert Ardent – affichent davantage d’élues que d’élus. À Vert Ardent, sur huit élu.e.s cinq conseillères – Caroline Saal, Sarah Schlitz,Éléna Chane-Alune, Véronique Willemart, Laura Goffart – soit une formation politique affichant 62%50 de femmes.  Au PTB, sur neuf élu.e.s cinq conseillères – Sophie Lecron, Céline Fassotte, Louise Defawes, Léa Tuna, Anne Mercenier – soit une formation politique affichant 55%55 de femmes.

Au moment du vote, l’électrice, l’électeur a lechoix soit de se rallier à la liste des candidatures telle que l’ont défini les instances du parti par un vote en tête de liste, soit de personnaliser l’adhésion au parti en accordant un ou des votes préférentiels aux candidat.e.s. Le vote tête de liste équivaut à une adhésion totale au parti, le vote préférentiel marque certes une adhésion aux idées du parti mais en soutenant certaines tendances. À Liège, le record du vote préférentiel est détenu par le PS – 83%17 – suivi par le cdH – 78%06 -, Mouvement Pour l’Éducation– 76%19-, le MR – 75%42-, Wallonie Insoumise – 63%04 -, VEGA – 62%14 -, le PTB – 61%81 -, Vert Ardent – 59%12 -, Partij Van Carnavalist – 57%94 -, DéFI – 52%11 -, Agir – 51%20 -, Parti Populaire – 48%80.

Le retour du vote papier au détriment du vote électronique a changé quelque peu la donne électorale a Liège. Si comme dans toute la Wallonie, le vote papier a rassuré l’électorat mal à l’aise devant un écran, à Liège, la superficie des bulletins de vote à déplier dans un isoloir exigu a entraîné un phénomène qualifié de syndrome des dernières places. Ces places perdront de leurs charmes lors de l’élaboration des listes du prochain scrutin communal. Au PS, Michel Faway en 2012, avec ses 2071 votes préférentiels, est élu 9ème conseiller, en 2018, son score tombe à  1142 voix lui donnant la 11ème place de conseiller tandis que Jean-Claude Marcourt en 2012, avec ses 3363 votes préférentiels, est élu 4ème conseiller, en 2018, son score tombe à 2261 voix lui donnant la 6ème place de conseiller. Le dernier de liste MR, Pierre Gilissen en 2012, avec ses 1059 votes préférentiels était élu 8ème conseiller, en 2018, son score tombe à 583 voix et n’est plus élu.

 Le 24 août, Liège 28 a titré « Être tête deliste aux communales, une ambition bien ordinaire … », un article qui narrait les vagabondages d’une candidate – déçue de son parti – vers le titre convoité de tête de liste d’un autre parti. À l’aune de son résultat personnel, la comparaison avec les autres tête de liste siégeant au Conseil communal est un jeu qui ne manque pas de saveur. Ainsi le score de noss binamé Willy est de trois cent treize fois supérieur. Paraphrasant le titre d’une émission-culte de la RTBF, il y a tête de liste et tête de liste !

Comment agir dans l’isoloir …

À défaut du Grand Soir auquel aspire moult révolutionnaires, le Grand Jour – le 14 octobre – arrive avec son lot d’évolutions, de surprises, de petites révolutions. Au Grand Jour, durant cinq heures – de huit à treize -, chaque personne âgée de plus de dix-huit ans est faiseur de roi. Elle a le droit de voter. Parmi toutes les listes inscrites sur son bulletin de vote, elle doit en choisir une et rien qu’une. Le panachage est interdit.

Donner sa voix est un acte important. Chaque voix compte comme Jean-Marie Roberti l’a rappelé : Ainsi à Liège, aux communales de 2006, la liste du P.S. connut quelques surprises. L’Échevin Miguel Mévis obtint 1.132 voix de préférence ce qui le classa 22ème candidat du P.S. qui eut 21 élus, le dernier siège étant octroyé à un nouveau venu, un Rocourtois du nom de Roland Léonard qui allait devenir Échevin mais qui l’avait alors emporté de deux voix : 1.134. Deux voix qui valent gros puisque dès le 20 octobre 2008, Roland Léonard est Échevin des Travaux. Les cas où l’élection se joue à quelques voix près est loin d’être unique.

Mais le droit de vote peut s’exercer de diverses manières. La plus simple est le vote en tête de liste. C’est un assentiment à la liste élaborée par les instances du parti, ratifiée lors d’une assemblée générale des militant.e.s. Par ailleurs, il est permis de voter pour l’un.e ou plusieurs candidat.e.s. Le vote nominatif – appelé voix de préférence – détermine à l’intérieur de la liste, l’ordre des élu.e.s et des suppléant.e.s. Si la voix de préférence est unique, elle donne un avantage à la personne qui en bénéficie sur les autres candidat.e.s. Si les voix de préférence sont multiples, elles confèrent un avantage à celles ou ceux qui les ont reçues.

Innovation en 2018 du CdH– en baisse constante depuis une vingtaine d’années –, il recommande de voter pour un maximum de candidat(e)s de sa liste. Il précise : Si vous votez pour tous les candidat(e)s, chacun recevra une voix pleine et entière. Le rêve du CdH est que toutes ses candidates et tous ses candidats obtiennent un nombre de voix de préférences se rapprochant du nombre de votes de la liste. Le nombre de votes de la liste détermine le nombre d’élu.e.s. Quelques soit le nombre d’élus, si le rêve se réalise, le CdH verra figurer dans le top vingt des record.wo.men des votes nominatifs des personnes même non élues !  Il pourra crier victoire, c’est humain …

Quoique figurant sur une même liste, il peut arriver que les candidat.e.s relèvent de chapelles ou d’obédiences diverses. Dans ces cas, les tenant.e.s de l’une ou l’autre cherchent le support des voix de préférence pour l’emporter. Chaque chapelle appelle pour elle, chaque obédience fait de même. En jargon politique, cela se nomme stemblok , expression flamande.

Si une candidature déplaît dans la liste, l’électrice, l’électeur a la possibilité de lui marquer sa défiance. Il leur suffit d’accorder leur confiance en accordant à chacun.e des autres candidat.e.s une voix de préférence.

LE JOUR OÙ SIMENON FAILLI ÊTRE CANDIDAT CONSEILLER COMMUNAL.

Lorsque fin de l’année 1919, est fondé le journal La Wallonie socialiste – le mot socialiste disparaît en 1923 -,  Isi Delvigne entend recruter d’excellents  journalistes. Il a l’œil attiré par une jeune recrue embauchée par la Gazette de Liége dont la plume paraît excellente. Il l’invite à le rencontrer.

Quelques cinquante ans plus tard, la jeune recrue dont le nom est Georges Simenon s’en souvient comme si c’était hier. Voici ce qu’il a raconté à notre confrère Guy Fontaine qui eut l’occasion de l’interviewer  dans sa série Portrait wallon à la TV : Un jour, Isi Delvigne qui était le rédacteur en chef de la Wallonie, qui était, en même temps, un des chefs du Parti socialiste à Bruxelles, au Parlement, m’a fait venir et m’a demandé d’entrer à La Wallonie. Il m’offrait le double de ce que je touchais à la Gazette de Liège. Et en plus de çà, avec comme prime que deux ans après, aux élections municipales, je serais sur la liste socialiste. C’était très tentant mais ça voulait dire que je me destinerais à une carrière politique. Parce qu’après avoir été conseiller communal, vous savez comment ça va, on essaye la députation et ainsi de suite. Alors, j’ai refusé. Mais je suis resté très bon ami avec tous ceux de la Wallonie et ils ont toujours été très gentils avec moi.

Si Simenon avait accepté les propositions d’Isi Delvigne, le soir du 24 avril 1921, vraisemblablement élu, il aurait célébré l’accession du Parti Ouvrier Belge au rang de la première formation au sein du Conseil communal de Liège.  Un séisme aux yeux de la bourgeoisie liégeoise selon Jean-Marie Roberti.

Les politiques n’ont jamais été la tasse de thé de Georges Simenon :  Ils croient être importants mais ils ne le sont pas du tout. Pour la bonne raison que ceux qui dirigent le monde, ce ne sont pas les présidents ou n’importe quel ministre ou haut-fonctionnaire et ambassadeurs, etc. Ce sont les grandes sociétés internationales et les banques, les grandes banques. En réalité, le rôle même des chefs d’États est très faible.