À l’Étuve, en décembre, deux créations « Hello Alice » et « Les casse-pieds sonnent toujours deux fois ».

       

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        Le mois de décembre est un mois d’effervescence au Théâtre de l’Étuve, 12 rue de l’ Étuve. Cela commence par la création de Hello Alice ! et se termine, la soirée de Réveillon de Nouvel-An, par une autre création,  Les casse-pieds sonnent toujours deux fois.

        Hello Alice (1) est de la plume de Claude Yon, auteur dramatique contemporain, qui retrouve le personnage vedette de Lewis Carol en une adulte bien séduisante. D’autant qu’elle a conservé toutes les qualités de l’Alice enfant. Elle est courtoise, curieuse extravagamment curieuse, patiente, attentive.Bref, un amour de petite fille. Claude Yon retrouve dans son Alice adulte tout le sens de la satire que Lewis Caroll est parvenu à mettre dans son œuvre à l’égard de ses amis. L’absurdité du monde est grande sans ébranler l’Alice adulte. Je suis en retard ! En retard ! En retard ! Mais non, Hello Alice est là.   

        Les casse-pieds sonnent toujours deux fois (2) est de la plume du Liégeois de John Grégoire – directeur-adjoint de l’Étuve. Selon l’auteur, chacun se retrouvera (s’il est honnête) ou reconnaitra quelqu’un (s’il l’est un peu moins),tour à tour dans le rôle de la victime ou du casse-pied dans une cascade de situations quotidiennes qui font que la vie est loin d’être un fleuve tranquille. Qui dit Réveillon dit bulles et zakouskis. L’une et l’autre sont au rendez-vous.

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Anne Bellicano, Philippe Dengis, John Grégoire, Béatrice Lahaye dans HELLO ALICE

 

(1) Hello Alice – du 5 au 20 décembre, tous les vendredis et samedis 20h15 – 15€ et 13€ – réservation SMS 0492 /56 29 10 reservationetuve@gmail.com

(2) Les casse-pieds sonnent toujours deux fois – 31 décembre – 35€ – réservation et prépaiement indispensables BE27 7320 2709 4373

Osons DISON et son Centre Culturel !

 

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        Commune limitrophe de Verviers, la troisième ville de la province de Liège, Dison, fusionnée avec Andrimont en 1976, a une longue histoire qui la voit accueillir, au début de la révolution industrielle, des entreprises tout en conservant des pâturages. Pas étonnant qu’aujourd’hui sur son site Internet, Dison se présente entre ville et campagne. Située dans le département de l’Ourte (numéroté 96), Dison est érigée en commune en 1797. La première administration s’installe au premier étage de la sacristie de la chapelle vouée à Saint-Fiacre.

        En 1830, des Disonnais participent à la Révolution de septembre. Ce qui vaut à Dison l’honneur de recevoir le drapeau 1830  aux nouvelles couleurs nationales. Ce drapeau est distribué avec parcimonie. Sur les 2739 communes que compte le Royaume à l’époque, 98 seulement reçoivent l’étendard rappelant leur courage et leur détermination à faire triompher la Révolution.

        En 1914, la palme du plus jeune volontaire de guerre semble devoir être attribué au matricule 156/7674 du 6e Régiment d’Artillerie, Joseph Meessen, né à Dison le 6 décembre 1900. À son retour de guerre, son papa, distillateur à Thimister, crée le Bitter de la Victoire.

        Dison est une commune où il fait bon vivre, dont la population  y croît. En 2004, 13.961 habitants dont 8%61de non-Belges, en 2013, 15.368 habitants dont  12%59 de non-Belges. Le Bourgmestre Yvan Ylieff, en charge du mayorat depuis la fusion en 1976 mais déjà bourgmestre d’Andrimont depuis 1972 est le fils cadet d’un Bulgare immigré. Yvan Iliev Brastinkoff, contraint à l’exil suite à l’insurrection du 23 septembre 1923 à Sofia, expulsé de France, entré tôt en résistance contre le fascisme et le nazisme,  époux d’une Liégeoise catholique de gauche qui lui donne cinq enfants dont Yvan, licencié en histoire de l’ULg, député et ministre.

        Dison a un centre culturel (1) aux activités variées tel un itinéraire 14-18, dans la région avec Georges Zeyen dimanche prochain ou en octobre, découverte de  Bruges sous un angle original : la vie des soldats de la Première guerre Mondiale.

        En collaboration  avec le CRVI et l’ADL, le Centre Culturel de Dison organise Des Hauts Débats (2). Le premier invité n’est autre que François Gemenne qui face à la presse verviétoise aborde le thème Immigration, problème ou solution? François Gemenne est chercheur en science politique à l’université de Liège (CEDEM) et à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (CEARC). Il est expert associé au CERI (Centre d’études et de recherches internationales). Associé au CNRS depuis 1967, le CERI est devenu en 2002 une Unité mixte de recherche (UMR) sous la double tutelle de Sciences Po et du CNRS. François Gemenne a la réputation – depuis un certain passage a Salut les Terriens – de ne pas pratiquer la langue de bois. Dison, un régal, le 18 septembre !

 

(1)    Centre Culturel de Dison – 2 rue des Ecoles B-4820 Dison –  087 / 33 41 81

(2)    Jeudi 18 septembre 2014 – 19h – Salle Le Tremplin (rue du Moulin, 30a – 4820 Dison – à côté de l’Intermarché)  – P.A.F. : 2€ – Infos et réservations : 087/33 41 81 – info@ccdison.be

Y AURA-T-IL UN 56ème FESTIVAL ROYAL DE THEÂTRE DE SPA ? « MADAME NON » REPONDRA-T-ELLE OUI ?

 

 Cécile Van Snick et Armand Delcampe en 2009 heureux de célébrer les 50 ans du Festival ; se retrouveront-ils en 2015 ?

        Vendredi soir, à l’issue de l’ultime représentation du 55ème  Festival Royal de Théâtre de Spa, Armand Delcampe co-directeur depuis 16 ans de ce Festival, mon épouse et moi, nous nous sommes embrassés en formulant l’espoir de nous revoir l’an prochain.  D’abord parce que lorsqu’on aborde son quatrième quart de siècle c’est l’état de santé qui est susceptible de décider. Mais aussi parce que les moyens diminuent chaque année comparés aux besoins. Certes il y a des éléments positifs qu’a soulignés la co-directrice Cécile Van Snick qui a fait état d’un taux d’occupation des places disponibles  de l’ordre de 90%,. Plusieurs fois les réservations conduisirent à organiser une représentation supplémentaire. Une centaine de personnes suivirent chaque lecture et chaque rencontre.

        Au sein de l’équipe du Festival les nouveaux responsables de la gestion, des services techniques et de la communication réussirent des prestations très appréciées. Quant à moi qui ai suivi dix représentations en cinq soirées, mon « top 4 » va de « Karl Marx, le Retour »  à « No Sport » en passant par « Discours à la Nation «  et « L’école est finie ». Et l’on me dit que j’ai « raté » « Belles de nuit » et surtout « Mangez-le si vous voulez ».

       Sur les 18 spectacles principaux, un tiers était constitué de « one (wo)man show » et un second tiers mettait en scène deux comédien(ne)s. Quand vous devez tenir compte pour des raisons strictement budgétaires de la nécessité de trouver des distributions aussi réduites, cela signifie que votre liberté de choix pour programmer un Festival déjà raccourci en durée et ayant renoncé à tout vedettariat, est réduit comme un peau de chagrin.  Moins pessimiste qu’Armand Delcampe et moi, sans être aussi optimiste que l’octogénaire Bourgmestre de Spa, Cécile Van Snick devra convaincre la nouvelle Vice-Présidente bruxelloise du Gouvernement Wallonie Bruxelles responsable à la fois de l’Enseignement obligatoire et de la Culture de répartir autrement les subventions localisables à l’art dramatique domaine où la Wallonie est gravement spoliée notamment quand on compare le Kunsten Festival instrument de propagande flamande à Bruxelles et le Festival Royal de Spa.. Certes, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir mais le sursis menaçant n’est pas écarté.

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         Ce 15 Août au Radisson, Stéphane Stubbé a interprêté « No Sport » adaptation qu’il a écrite d’un personnage historique qu’il admire : Sir Winston Churchill. C’était intéressant, souvent amusant, joué avec talent et conviction. Les multiples facettes du « sauveur de l’Occident » en mai 40 sont-elles toutes rencontrées ? Sûrement pas , la mine était trop profonde. Je connais d’autres admirateurs de Churchill : par exemple, le chanoine Eric de Beukelaere  et Armand Delcampe précité. Si ces deux-là avaient  traité ensemble le même sujet, les dimensions à la fois théistes et franc-maçonnes de Churchill auraient été subtilement soulignées ce qui n’est pas le cas ici mais ne nous a pas empêché de passer un bon début de soirée.

        Par contre à 21 heures, nous ne sommes pas entrés dans le texte  de l’américaine Joyce Carol Oates illustrant la violence sauvage d’une société d’Outre-Atlantique, pire que la nôtre.  Nous reconnaissons très volontiers l’excellente prestation du comédien Alexis Goslain, son rythme, son agilité mais un bon acteur sans texte convainquant ne peut seul sauver un spectacle.

       Rappelons une fois encore en conclusion la phrase de Beaumarchais : « Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. »                                                 

 Jean-Marie ROBERTI

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THEÂTRE A SPA A L’HEURE DU ONE MAN SHOW : DECEVANT PARFOIS MAIS MAGISTRAL GRACE A ASCANIO CELESTINI ET DAVID MURCIA !

 

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THEÂTRE A SPA A L’HEURE DU ONE MAN SHOW : DECEVANT PARFOIS MAIS MAGISTRAL GRACE A ASCANIO CELESTINI ET DAVID MURCIA !

Huitième des onze jours du 55ème Festival Royal de Théâtre de Spa, ce mardi 12 Août 2014, deux des cinq lieux de représentation n’étaient pas utilisés : le Salon gris (où trois pièces étaient programmées trois fois soit neuf soirs sur onze à 18h30’) et la Salle des Fêtes (où les après-midis à 15h30’ des goûters étaient offerts lors de cinq rencontres et de trois lectures auxquelles on ajoutera deux concerts de fins de soirée).
 
Mardi dernier le choix des festivaliers était réduit à un spectacle à l’Hôtel Radisson à 19 heures et à une des deux représentations plus tardives à 20h30’ au Théâtre Jacques Huisman ou bien à 21 heures au Salon bleu.

Sans compter techniciens ni personnel de salle, combien de comédiennes et de comédiens pouvions nous voir dans ces trois spectacles ?

Le total est aisé à calculer : trois acteurs, un par représentation.

La programmation d’une telle soirée constitue un bon exemple de ce à quoi la co-direction du Festival est contrainte faute de moyens qui ne cessent de décliner puisque leur stagnation s’est aggravée en fonction de l’évolution des coûts du secteur pendant les dix
années  d’indifférence de la ministre anderlechtoise aujourd’hui compétente pour la propreté publique à Bruxelles.

Répétons donc comme Cécile Van Snick a demandé que cela soit fait avant chaque représentation : « LE FESTIVAL EST EN SURSIS ». . .

Mardi après « La danse du fumiste » de Paul Emond nous avons choisi « Discours à la Nation » d’Ascanio Celestini  plutôt que « L’Ami des belges » de Jean-Marie Piemme.

A l’issue de la représentation du premier de ces trois « one man show », mon épouse a eu ce commentaire (juste comme toujours de sa part) : « C’était quand même une belle performance d’acteur ».

Certes !

Et que grâces en soient rendues  à Gilles-Vincent Kapps.

Mais cette performance conduit dans une impasse, une fumisterie pour nous sans intérêt.

Nous avons par contre heureusement fait le bon choix pour notre seconde représentation de cette soirée (nous n’écrivons pas le meilleur car nous ne connaissons pas la pièce de Piemme et parce que lors de ce Festival il nous a été dit que nous aurions le week-end
raté un chef d’œuvre « Mangez le si vous voulez » de Jean Teulé mis en scène et interprété par Jean-Christophe Dollé et Clotilde Morgiève).

Ascanio Celestini (adapté en français par Patrick Bebi) est le digne continuateur de Dario Fo.

Cette fois ce n’est pas pour lui mais pour le grand acteur David Murgia qu’il a écrit et mis en scène un décapant « Discours à la Nation ».

Et c’est à un représentant de la classe dominante qu’il donne la parole pour se gausser en termes caustiques, parfois simplement ironiques mais souvent féroces et cyniques, de ces pauvres types de la classe des dominés dont les vieux engagements idéologiques peuvent être avec jubilation retournés contre eux.

La docilité des exploités, la démission des politiques et des syndicalistes, les exigences d’un marché mondialisé ultralibéral conduisent à supprimer toute résistance et à se moquer sans remord de celles et ceux grâce auxquels une petite minorité s’enrichit en
creusant le fossé d’une société duale entre Continents, Etats et Régions comme entre puissants et misérables, riches et pauvres.

 

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David Murgia (accompagné rythmiquement à la guitare par le compositeur Carmelo Prestigiacomo) incarne avec une parfaite décontraction apparente le personnage cruel et souriant concocté par Celestini.

Il a abaissé le masque des gens bien élevés, il retourne les couteaux dans les plaies et simultanément il est vraiment très drôle et nous a permis d’inscrire ce « Discours à la Nation » au firmament du Festival avec le magistral retour de Karl Marx.

Nous nous réjouirions enfin du fait qu’il s’agit d’une production liégeoise trop rare à Spa mais à vrai dire les réalisations du « Festival de Liège » sont plus bruxelloises que liégeoises car elles émanent du Théâtre National dit de la Communauté française et non
encore de la Fédération Wallonie Bruxelles (sans doute parce que prononcer Wallonie avant Bruxelles est dérangeant pour qui le rééquilibrage régional des budgets rabougris consacrés à « l’art dramatique » serait imbuvable).

Mais c’est au lendemain du 15 Août que nous ferons le bilan d’une organisation culturelle « en sursis ».

Jean-Marie ROBERTI

Au 55ème Festival Royal de Théâtre de Spa, DE DIDEROT AU REALISME SOCIAL ANGLAIS

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Au 55ème Festival Royal de Théâtre de Spa

DE DIDEROT AU REALISME SOCIAL ANGLAIS

deux pièces d’auteurs français contemporains : Jean-Marc Chotteau ainsi que Clément Koch.

A Spa, au Festival Royal de Théâtre, la responsable de l’accueil du public (qui, notons-le, remplit des salles combles) ne se contente plus de nous demander d’éteindre nos téléphones portables.

Sans texte mais très clairement, elle nous apprend que la direction du Festival l’a chargée de répéter que « le Festival est en sursis ».

Pas question d’hypothéquer la qualité mais il a fallu dès lors diminuer, faute de moyens suffisants, la durée du Festival, le nombre de spectacles et celui des représentations, des animations, des formations . . .

Poursuivre dans la voie des restrictions n’est plus possible : cela a une fin.

Mais la direction voit apparaître un espoir dans la composition du Gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles, non pas du fait des formations politiques ou des personnes qui en font partie mais bien parce que pour la première fois une Ministre est chargée à
la fois de l’Enseignement et de la Culture.

L’espoir réside dans la mise en valeur de l’une par l’autre.

Je partage cet espoir mais je reste sceptique : les budgets additionnés ne vont pas augmenter au contraire et le boom démographique d’origine d’abord musulmane concerne certaines des dix-neuf communes bruxelloises mais très peu la Wallonie dont les 
contribuables participent aux refinancements bruxellois.

En outre, la grosse administration de l’enseignement engluée dans les concurrences entre réseaux (qui devraient devenir d’un autre âge) et la maigre administration de la culture ne vont pas être fusionnées mais jalouses de leurs autonomies, risquent de continuer à se mépriser réciproquement.

J’aimerais être démenti par les faits mais je crois que si l’on ne fait pas de nouveaux choix budgétaires comme supprimer les subventions à ce que la Fédération Wallonie Bruxelles n’a pas vocation d’impulser (comme le Kunstenfestival) et cela afin d’avoir les moyens modestes de renégocier des contrats-programmes là où ils ont été laissés en déshérence (Festival Royal de Théâtre de Spa), le sursis se muera en condamnation ferme et définitive, les délais d’appel étant largement dépassés pour remettre en cause
l’autorité de la chose jugée.

Puisse Mme Milquet ne pas poursuivre une voie bruxelloise sans issue et souhaitons en outre qu’à Louvain la Neuve, davantage de coopérations soient recherchées ailleurs en Wallonie et d’abord à Liège, métropole d’un pays dont Spa fait partie.

Ayant ainsi prolongé le propos répété au public à l’accueil de chaque représentation, j’évoquerai brièvement les deux spectacles vus ce dimanche.

 –   o   –

Jean-Marc Chotteau directeur d’un centre transfrontalier de création théâtrale implanté à Tourcoing et Mouscron, a écrit, mis en scène et joue avec Eric Leblanc une pièce librement inspirée du « Paradoxe sur le comédien » de l’encyclopédiste Denis Diderot
selon qui un bon comédien ne peut pas être sensible.

Eric Leblanc incarne Alceste le misanthrope de Molière et s’oppose à Jean-Marc Chotteau qui s’est réservé le rôle d’un professeur qui aurait voulu défendre le point de vue de Diderot.

C’est bien joué par de bons professionnels, c’est souvent drôle mais n’est-ce pas un peu vain et plus anachronique que contemporain ?

–   o   – 

Le Lorrain Clément Koch qui travailla dans l’industrie automobile à Newcastle a écrit une pièce à laquelle il a donné comme titre le nom d’un port anglais sur le mer du Nord : Sunderland (nom qui littéralement signifie pays disjoint, coupé en deux).

Il nous expose, dans un style réaliste, un drame social où suicide, handicap, chômage, pauvreté, téléphone rose, mère porteuse, couple homosexuel, assistante sociale déformée à la sauce de Mrs the Baroness Margaret Thatcher of Kesteven forment un cocktail qui n’est dénué ni d’humanité, ni même d’humour.

Mis en scène par Alexis Goslain, les huit comédiennes et comédiens (cités par le programme sans mention des personnages qui correspondent à chacune et chacun d’elles et d’eux ) réalisent une performance cohérente d’excellente qualité, Sally et Ruby
étant incarnées par des actrices aux talents particulièrement remarquables.

Ce spectacle décrit une crise bien réelle, celle d’un capitalisme sans garde fou mais ne laisse entrevoir aucune alternative collective, seule la solidarité interpersonnelle réduisant quelque peu le caractère désespérant des situations exposées.

Un spectacle intéressant mais pas pour tous les soirs . . .

Jean-Marie ROBERTI

« Karl Marx, le retour »

 

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« Karl Marx, le retour »

Enthousiasmant . . .

J’ignorais l’existence de Howard Zinn ce professeur pacifiste de Boston connu pour son oeuvre majeure : « Une histoire populaires des Etats-Unis ».

Il a fait éditer en 1999 (il avait 77 ans et est décédé onze ans plus tard) un monologue intitulé : « Marx in Soho » qui concerne le discours que tient le philosophe, économiste et homme politique allemand longtemps exilé dans la quartier londonien de Soho et autorisé
par les autorités célestes à venir s’expliquer pendant une heure face à ses détracteurs plus nombreux encore là où il arrive par erreur administrative : certes à Soho mais à New-York.

Les francophones ignorant la double existence de Soho, l’adaptateur Thierry Discepolo choisit comme titre « Karl Marx Le retour . . . »

Howard Zinn s’explique :
« J’ai écrit cette pièce à une période où l’effondrement de l’Union soviétique générait une liesse presque universelle : non seulement l’« ennemi » était mort mais les idées du marxisme étaient discréditées.
[…] Je voulais montrer Marx furieux que ses conceptions eussent été déformées jusqu’à s’identifier aux cruautés staliniennes.
Je pensais nécessaire de sauver Marx non seulement de ces pseudo-communistes qui avaient installé l’empire de la répression mais aussi de ces écrivains et politiciens de l’Ouest qui s’extasiaient désormais sur le triomphe du capitalisme.
Je souhaite que cette pièce n’éclaire pas seulement Marx et son temps mais également notre époque et la place que nous y tenons. »

La réussite est exceptionnelle.

Ce discours est intelligent, nuancé, souvent très drôle, percutant.
Il ravit celles et ceux qui ne sont pas de droite au point de susciter l’enthousiasme.
Tant de vérité, tant d’humanisme aurait conduit si on le leur avait demandé, les spectateurs à mêler à leurs ovations, le chant de l’Internationale.
Ce spectacle requinque.
J’ai entendu une spectatrice dire en souriant : « Si Elio était socialiste, il engagerait Michel Poncelet pour améliorer le moral des militants de ses sections locales « .
Mais écoutons un moment quelques extraits de ces explications marxistes qui concernent aussi la famille, la religion et bien d’autres sujets.

« Vous vous demandez sans doute comment je suis arrivé jusqu’ici, les transports en commun !
J’ai lu vos journaux.
Ils proclament tous que mes idées sont mortes !
Mais il n’y a là rien de nouveau.
Ces clowns le répètent depuis plus d’un siècle.
[…] J’ai vu les luxueuses publicités dans vos magazines et sur vos écrans.
Oui tous ces écrans avec toutes ces images.
Vous voyez tant de choses et vous en savez si peu.
Personne ne lit-il l’Histoire ?
Quel genre de merde enseigne-t-on dans les écoles par les temps qui courent ?

« Ils prétendent que, du fait de l’effondrement de l’Union soviétique, le communisme est mort.
Ces imbéciles savent-ils seulement ce qu’est le communisme ?
Pensent-ils qu’un système mené par une brute qui assassine ses compagnons de révolution est communiste ?
Scheissköpfe ! . . .
Et ce sont des journalistes et des politiciens qui racontent ce genre de salades !
Qu’est-ce qu’ils ont bien pu faire comme études ?
Ont-ils jamais lu le Manifeste qu’Engels et moi avons écrit quand il avait vingt-huit ans et moi trente ?
Nous y disions qu’ »en lieu et place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classe, nous devons avoir une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »
Vous entendez ça ?
Une association !
Comprennent-ils le but du communisme ?
La liberté individuelle !
Que chacun puisse devenir un être humain plein de compassion.
Pensez-vous que quelqu’un qui se prétend communiste ou socialiste mais se comporte comme un gangster comprenne quoi que ce soit au communisme ?
Abattre tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, est-ce possible que ce soit ça le communisme pour lequel j’ai donné ma vie ?
Ce monstre qui s’est accaparé tout le pouvoir en Russie — et qui a tout fait pour interpréter mes idées comme un fanatique religieux — est-ce qu’il a permis à ses vieux camarades qu’il collait au peloton d’exécution, de lire la lettre dans laquelle je disais que la peine de mort ne pouvait être justifiée dans aucune société se disant civilisée ?
Le socialisme n’est pas censé reproduire les erreurs du capitalisme !
Ici, en Amérique, vos prisons sont surpeuplées.
Qui les remplit ?
Les pauvres.
Certains ont commis des crimes violents, de terribles crimes.
La plupart sont des cambrioleurs, des voleurs, des bandits, des revendeurs de drogue.
Ils croient tous à la libre entreprise !
Ils font ce que font les capitalistes, mais à une plus petite échelle . . .
Savez-vous ce qu’Engels et moi avons écrit sur les prisons ?
« Plutôt que de punir les individus pour leurs crimes, on devrait éliminer les conditions sociales qui engendrent le crime, et fournir à chaque individu tout ce dont il a besoin pour développer sa propre vie. »
D’accord, nous avons parlé de « dictature du prolétariat ».
Mais ni de dictature du parti, ni de dictature du comité central, encore moins de dictature d’un seul homme.
Non, nous avons parlé d’une dictature provisoire de la classe ouvrière.
Le peuple prendrait la tête de l’État et gouvernerait dans l’intérêt de tous – jusqu’à ce que l’État lui-même devienne inutile et disparaisse progressivement.

Voyez-vous cet épisode merveilleux de l’histoire de l’humanité, la Commune de Paris ? . . . 

Les gens étaient réunis vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans toute la ville, par groupes de trois ou quatre, prenaient les décisions ensemble pendant que la ville était encerclée par les armées françaises, menaçant de les envahir à tout moment . . .
Voilà la véritable démocratie !
Pas les démocraties anglaises ou américaines, où les élections ne sont que du cirque, où, quel que soit le candidat qui gagne, les riches continuent de diriger le pays . . .
La Commune de Paris ne vécut que quelques mois.
Mais elle fut la première assemblée législative de l’histoire à représenter les pauvres.
Ses membres refusèrent des salaires supérieurs à ceux des ouvriers.
Ils réduisirent les horaires des boulangers.
Et ils réfléchirent au moyen de rendre les théâtres gratuits . . . »
Ajoutons cette phrase qu’au siècle dernier Zinn prêtait à Marx homme du siècle précédent mais dont l’actualité nous semble évidente :
« La guerre pour soutenir l’industrie, pour rendre les gens tellement fous de patriotisme qu’ils en oublient leur misère.
Des fanatiques religieux pour promettre aux masses que Jésus va revenir.
Je connais Jésus.
Il n’est pas prêt de revenir . . . »

 

Qui incarne Marx ?
Un citoyen de Jandrain Jandrenouille, Michel Poncelet qui aura 56 ans le mois prochain et qui depuis un tiers de siècle s’affirme professionnellement à Bruxelles.
Il signe ici une création marquante donnant une réelle crédibilité au personnage historique de Karl Marx.
Cette grande performance individuelle a été rendue possible par une demi-douzaine de collaborateurs de la Compagnie productrice PEG Logos : Fabrice Garden metteur en scène « juste » (comme je les aime : qui sert le texte et ne s’en sert pas), la créatrice du costume Béatrice Guillaume et plus rare de la barbe Véronique Lacroix (barbe qui a réussi à être – à son avantage – comparée avec les photos de Marx) éclairage, son et régie étant assumés par Daniel Scahaise, Laurent Beumier et Nicolas Fauchet.

 

Après les trois représentations spadoises de ces 8 et 9 Août et celle du Karreveld à Bruxelles le 10 Août, huit représentations sont programmées au début de l’an prochain au Blocry à Louvain la Neuve les 15, 16, 17 et deux fois le 20 Janvier 2015 et aux Riches Claires à Bruxelles les 10 et 23 Janvier ainsi que le 5 Février 2015.

 

Quand j’écoutais Michel Poncelet, je voyais des affiches qui de manière prémonitoire illustraient à la fin des années 1960 plusieurs des thèmes traités pour décrire les préoccupations de Karl Marx.
Ces affiches furent des créations de mon ami Philippe Gibbon né à la vie militante en 1968 et devenu en Wallonie un des plus talentueux artistes aux multiples facettes illustrées en 2008 par une rétrospective en l’église Saint-André. Philippe m’a fait parvenir des reproductions en taille réduite de cinq de ces affiches :
  – en août 1968, un tête de Marx disant ce qu’il pense aux Brejnev, Ulbrich, Kadar et autres Gomulka ayant acquiescé à l’écrasement sous les chenilles des chars soviétiques des militants du Printemps de Prague

  

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  – en 1969, la re-création d’une affiche du syndicat CGIL ramenée de l’automne chaud italien : « LES PATRONS SONT-ILS INDISPENSABLES ? » (ces dessins et ce lettrage de Gibbon ayant été repris en de multiples langues (la dernière fois par des anarchistes russes). Nul doute que cela aurait plu à l’exigence de vulgarisation que Madame Marx souhaitait imposer à son époux.

  

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   – en 1971, une affiche citant Engels pour célébrer le centenaire de la Commune de Paris

 

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   – un clin d’oeuil, Marx assis demandant « Eh bien, mes cocos, vous y mettez du temps ! »

 

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 Je persévère et je signe : oui ce retour de Karl Marx est enthousiasmant.
Par contre, je n’ai pas du tout été convaincu par la fresque de l’évolution pendant un siècle et demi d’une usine métallurgique bourguignonne, fresque souvent vaudevillesque, établie au départ de témoignages recueillis par un des comédiens (originaire du village dominé par cette usine) et mis à la disposition de l’auteur metteur en scène.
Ces « Métallos et dégraisseurs » produits par la Compagnie Taxi-Brousse sont pétris de bonnes intentions et nécessitent beaucoup d’efforts.
Ils ne méritent pas que je détaille le fait que je n’ai pas accroché du tout à ce spectacle.

 

Jean-Marie Roberti

AVEC « L’ECOLE EST FINIE ! » DE DOPAGNE, LE FESTIVAL DEBUTE EN MODE MAJEUR.

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AVEC « L’ECOLE EST FINIE ! »  DE DOPAGNE, LE FESTIVAL DEBUTE EN MODE MAJEUR.

Pendant huit soirées le 55ème Festival royal de théâtre propose à Spa quatre représentations et lors de trois autres fins de journée, il en offre trois (sans comptabiliser les spectacles reprogrammés parce que trop tôt complets).

Avant d’évoquer les deux représentations auxquelles nous avons assisté lors de la soirée d’ouverture, répondons à la question que nous avions posée : le co-directeur Armand Delcampe qui aura 75 ans le 11 Août n’avait pas (75 – 55) vingt ans lors du premier festival car celui de 1959 fut suivi par l’annulation de celui de 1960, cette 55ème édition ayant donc lieu 56 ans après la 1ère . . .

 

LE TRIO DOPAGNE, VAN SNICK, STRUVAY

Le Namurois Jean-Pierre Dopagne latiniste distingué et prof’ de français (déjà retraité alors qu’il n’aura 62 ans que ce 10 Août) a écrit une quinzaine de pièces dont, il y a vingt ans, « L’enseigneur » qui fut créé par l’exceptionnel von Sivers, traduit une quinzaine de fois et joué à des milliers de reprises à travers le monde.

 

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Jean-Pierre Dopagne

 

La création ce mardi 5 Août à Spa, en présence de l’auteur et des co-directeurs du Festival,  de « L’Ecole est finie ! » constitue, elle aussi, un moment important pour le théâtre français en Wallonie car il s’agit d’une œuvre sincère, juste, dénonçant un laisser faire, laisser aller qui, loin de ne concerner que quelques maîtres grincheux, conduit, par manque de rigueur, les jeunes  – y compris celles et ceux qui devraient apprendre à former les générations suivantes – à ne plus apprécier de grands textes littéraires d’hier et d’aujourd’hui.

L’Ecole  – avec un grand E – est finie,  les profs pourraient ne plus se reproduire et choisir d’avorter si la médiocrité ambiante, la commercialisation des facilités les moins intéressantes se généralisent.

Cette dénonciation est aussi un appel à réagir.

Ce n’est pas en accordant des très bien à ce qui est nul que nous y parviendrons.

Caroline nous conte sa cahoteuse accession au professorat en sa langue maternelle.

Sa démonstration, l’auteur la confie pendant quelque 80 minutes à une jeune comédienne seule en scène où ses qualités sont mises en valeur par l’expérience de l’art dramatique que confirme la co-directrice du Festival.

Sortie première de sa promotion du Conservatoire Royal de Mons, Chloé Struvay trouve ici un rôle à sa mesure.

 

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Naturelle, sympathique jusque dans ses contradictions, elle joue juste, sans exagération ni hésitation, sans effort apparent non plus.

Elle possède son rôle et parcourt sans fausse note le registre des émotions passant du souriant au grave, de l’indignation à la résignation.

Bref une belle performance préparée avec et grâce à Cécile Van Snick qui a su servir l’auteur et la comédienne, le texte et la cause qu’il défend sans chercher à s’en servir comme le font trop de metteurs en scène.

 

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Ce trio aime ce qu’il fait et le fait bien.

Il s’avère convaincant car convaincu.

L’Ecole mérite d’être défendue avec sa majuscule.

Ce spectacle d’ouverture s’avère vraiment digne d’un festival prestigieux qui cette année a fait le choix exclusif du contemporain.

 

MAIS IL N’Y A RIEN DE BEAU ICI !
 
Nous nous attarderons moins au second spectacle que nous avons vu avant d’aller disserter de la capitale de l’Etat mexicain du Chiapas avec l’inaltérable Bourgmestre de la Ville de Spa l’octogénaire et souriant Joseph Houssa mais en l’absence de la bruxelloise nouvelle Ministre de la Culture Mme Joëlle Milquet et même du nouveau ministre du budget de la Fédération Wallonie Bruxelles, le Brabançon wallon André Flahaut pourtant proche d’Armand Delcampe.

Le couple Geneviève Damas Jean-Philippe Collard-Neven raconte ses expériences de la vie multiculturelle au sein de la commune de Schaerbeek, existence désorientée mais riche de découvertes.

L’esprit est positif, la démonstration anecdotique.

Volontiers photographe et musicien, Jean-Philippe Collard-Neven, n’est pas toujours parfaitement intelligible dans son expression verbale.

Ce témoignage est pavé de bonnes intentions ce qui ne suffit pas à pérenniser une œuvre intitulée « Mais il n’y a rien de beau ici ! » appréciation policière répondant à l’intérêt manifesté photographiquement par l’auteur principal d’un duo où le rôle de la comédienne est le plus important.

 

Jean-Marie Roberti 

 

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