Une amitié artistique aux 125 ans du Vieux-Liège.

Le Vieux Liège a 125 ans (cfr Liège 28 du 6/1/19). 125 ans, ça se fête. Première manifestation au Musée de la Vie wallonne avec deux historiens de l’art Nadine de Rassenfosse – arrière-petite-fille du peintre Armand Rassenfosse – et Xavier Folville qui ont évoqué l’amitié artistique entre Gustave Serrurier-Bovy et Armand Rassenfosse devant une salle comble. Très comble même au point que la capacité de la salle a été inférieure au nombre de personnes désireuses d’assister à la conférence. Preuve que les combats du Vieux Liège n’ont jamais été vains, ils ont donné à la population le goût du patrimoine, rien aymez s’il n’est cognu.

Né en 1858, Gustave Serrurier entreprend à l’Académie des Beaux-Arts des études d’architecte. Étudiant, il vitupère la manière d’enseigner et il n’est pas certain qu’il ait acquis son diplôme. Architecte – le titre n’est pas protégé -, Gustave Serrurier est aussi commerçant. Au 38 rue de l’Université, il exploite avec sa femme Marie Bovy un commerce de produits exotiques et de meubles. Il est également industriel. Utopiste, On érige en vérité cette idée fausse que les modestes, les simples ne peuvent (…) posséder la jouissance artistique et que toute aspiration esthétique leur est impossible sinon interdite. (…) C’est à cette catégorie de travailleurs, que j’appelle artisans faute d’un vocable plus précis, que je voudrais montrer que l’art n’est nullement au service de la richesse seulement. […] Il faut que la grande masse participe à la vie artistique.

Utopiste, pas ébéniste, il présente, en 1884, à Bruxelles, au Salon de la Libre Esthétique un cabinet de travail, en 85, une chambre d’artisan. Production industrielle, en bois blanc, de meubles brevetés tout comme l’ameublement des maisons ouvrières à Cointe lors de l’Expo universelle de Liège en 1905. Il ouvre des succursales à Bruxelles, rue Neuve, à Paris, boulevard Hausmann, à  La Haye, à Nice. Il participe à l’Expo universelle de Saint-Louis aux États-Unis, en 1904.

L’année précédente, il édifie, au parc de Cointe, sa villa Art nouveau avec notamment une mosaïque d’Auguste Donnay, l’Aube. Séduit par le mobilier de Serrurier qui ne se bornait pas qu’au bois blanc, un Argentin lui confie, en 1908, la construction d’une grande villa à Mar del Plata. Toute la décoration intérieure a été conçue et réalisée à Liège et installée par des ouvriers liégeois. Bref, du Calatrava avant l’heure !

Cadet de Gustave Serrurier, Armand Rassenfosse est né en 1864. Après ses secondaires à Saint-Servais et à l’Athénée de Namur, il est voué à travailler dans le commerce paternel en Vinâve d’Île alors qu’il a l’âme d’un artiste. Autodidacte, il pratique la gravure.  Quand il rompt avec l’entreprise familiale, il est engagé par l’imprimeur Auguste Bénard où il rejoint Auguste Donnay et Émile Berchmans en qualité d’affichiste. On lui doit notamment une affiche vantant le genièvre la croix rouge !

Admirateur de Félicien Rops dès son adolescence, en septembre 1888, il s’enhardit – Rops a la réputation d’être inaccessible – à le voir dans son atelier parisien. Réaction de Rops vos estez d’Lîdge et le courant passe. Rops introduit Rassenfosse dans les milieux artistiques et littéraires parisiens. Ensemble, ils mettent au point une nouvelle pratique du vernis mou, le ropsenfosse. La complicité des deux artistes en dépit de la différence d’âge – 31 ans – est totale au point que Rassenfosse est l’exécuteur testamentaire de Rops. C’est un admirateur passionné de Rops, Eugène Rodrigue, président des Cent Bibliophiles, qui passe commande à Armand Rassenfosse de l’illustration des Fleurs du Mal, au tirage limité à 130 exemplaires. La quarantaine atteinte, Rassenfosse est tout entier à la beauté féminine, Poyette, Baudelaire et sa muse, Le peignoir jaune, Les lutteuses et autres Hiercheuse. Chaque modèle serait liégeoise pour autant que Rassenfosse ait suivi le conseil de Rops ; Prends garde aux Flamandes et aux Hollandaises. Fais des Liégeoises …

En 1899, délaissant le petit atelier que lui avait construit Gustave Serrurie dans sa vaste propriété, Rassenfosse confie à l’architecte liégeois Paul Jaspar l’érection de la maison familiale rue Saint-Gilles, au 366. Maison qui faillit de peu d’être démolie, dans les années septante, lors de l’édification de la piste de ski de l’autoroute Bruxelles-Liège. La maison est double, une partie habitation, une partie atelier. Double escalier, double passage … qui lui permettent de donner un accès discret tant aux modèles qu’aux amis artistes parmi lesquels James Ensor. Avec un siècle d’avance, Armand Rassenfosse réalise le rêve des milléniaux, séparer vie professionnelle et vie privée. Dans la partie atelier, une presse qu’utilisent également d’autres artistes tels Adrien de Witte, Auguste Donnay et du mobilier de Serrurier dont notamment un bureau aux multiples tiroirs. La maison-atelier qui, au dire de Paul Jaspar, est du style Vieux Liège du XVIIe siècle classée depuis 2009 au Patrimoine immobilier culturel de Wallonie. Avec son contenu, elle a été léguée par la petite-fille Claire de Rassenfosse à la Fondation Roi Baudouin pour en faire un lieu culturel.

Vif, ironique, l’essai engagé du réunioniste Louis Nisse.

 Comment peut-on penser qu’un peuple qui a inventé les histoires belges, pensant ainsi qu’il existe des gens plus cons que lui, ce qui le rassure, s’intéressera à votre livre ? Telle a été la réponse d’un éditeur parisien au liégeois Nisse, auteur de Ma blessure française (1). Pourtant, Louis Nisse croyait avoir frappé à la bonne porte puisqu’une collection de cet éditeur Paroles singulières est vouée à des récits de vie, représentatifs d’un pays ou d’une région. Parfait résumé de Ma blessure française qui présente Liège, la Wallonie à la France en un propos attachant, vif, ironique et souvent mordant, n’épargnant personne, tant les pédants, les cuistres, les affairistes, les politicards, les faux-culs que les salopards de l’avis de Max Chaleil, directeur des Éditions de Paris.

Réunioniste depuis toujours – une de ses premières élocutions, à l’âge de 16 ans, au collège Saint-Servais a pour thème le réunionisme -, Louis Nisse estime n’avoir aucune chance d’être publié par les maisons d’édition belges, la plupart sont bruxelloises et, partant, belgicaines. Dès lors, horresco referens, l’auteur – à contrecœur – recourt à des multinationales américaines pour publier en ligne, mais (…) aucune maison française n’a osé prendre le risque.

Essai engagé et polyphonique divisé en cent-quinze chapitres dont certains ont été rédigés il y a une dizaine d’années, Ma blessure française est l’œuvre d’un érudit qui trouve reposant le commerce de gens intelligents ! (.. .) Les imbéciles m’angoissent. Mes vains efforts pour les amender m’épuisent, m’irritent, me donnent envie de les fustiger, réveillent ma violence et intolérance enfouies.

Ces chapitres sont d’inégales longueurs. Une vingtaine de pages est consacrée à  Liège, née du chant, chapitre à la mémoire de Jacques Stiennon, un chantre érudit de Liège et de son histoire. Liège qui durant dix-sept mois, d’août 1789 à janvier 1791, le temps de la Binamèye revolucion a été un état sans monarque. Deux ans avant toi, France. Liège qui, le 17 février 1793, vote le rattachement à toi. Pas à la France des rois, mais à celle de Valmy.  Après la victoire de Fleurus, nous les Liégeois, Français d’adoption, allions de nouveau accueillir en libératrice ton armée, celle de Sambre-et-Meuse. Nous dûmes bientôt déchanter, car (…) la République se conduisait chez nous comme en terre étrangère (…) Page noire. (Lors de ta Joyeuse Entrée, France, tu feras bien de nous restituer quelques -uns de ces trésors ! Pourquoi pas La conversion de Saint-Paul de Bertholet Flémal (…), la dalle funéraire de Jean de Coronmeuse (…), quelques précieux manuscrit de l’abbaye de Saint-Laurent ?).

Né en 1944, Louis Nisse est le fils d’Yvonne, une Béarnaise et d’Amédée, un Liégeois qui se sont rencontrés à Pau, lors de l’exode en 1940. En chemin, le Liégeois a croisé Georges Simenon, haut-commissaire aux réfugiés belges pour la Charente-Inférieure ayant  une piètre opinion de ceux dont il avait la charge. D’où altercation terminée à l’adresse du romancier par un sonore Vos-èstez come li coucou. Vos-avez pus d’bètch qui d’cou !   

Sa maman, sa sœur, ses grands-pères, grand-mères, oncles, tantes, cousins, cousines figurent dans cette autobiographie  rénovée. Louis Nisse ne dissimule rien : Henriette (…) on lui dit la cuisse hospitalière. Par moment, c’est quasi un Dallas liégeois-palois et son univers impitoyable. Décidément, elle n’avait jamais pardonné à Yvonne de lui avoir volé Amédée (…) J’adressai à Jeanne une lettre où je l’assassinais avec déférence, l’éviscérais avec douceur. Quant à son père qui lui parla si peu, pour l’évoquer, il faut que je recoure à d’autres qui en parlèrent. Tel ce docteur Baillen de l’Académie Royale Liégeoise de Billard qui note que roux comme le chien de Saint-Roch (…) il n’en continua pas moins à appuyer parfois un peu fort sur l’apéritif et sur le digestif et … Mme Nisse vient alors lui rappeler gentiment et discrètement qu’il est, lui aussi, marié sous le régime dictatorial.  En dépit de cet environnement familial, Louis Nisse estime que la carence de fraternité, le manque de contacts, même physiques, avec des garçons de mon âge, plomba ma vie sociale. Et empoisonna ma vie amoureuse.

Soixante ans d’école qui vont d’élève à Saint-Paul à professeur  à l’École européenne de Luxembourg. De Saint-Paul, Louis Nisse a notamment conservé des rédactions, un bulletin où  son instituteur observe qu’il est bavard ! jouette ! et un bon point sur lequel est marqué Naître, souffrir et mourir, voilà toute la vie de l’homme. Puis le secondaire chez les Jésuites suivi par la philologie romane à l’Unif de Liège. Une formation à laquelle s’ajoute l’expérience menant tout droit à cette œuvre littéraire, jubilatoire et poétique.

Je suis né dans l’église désaffectée de Saint-Hubert, transformée en maison sous l’Empire. L’appartement  des Nisse se trouvait au premier étage de cette église du XIIIème siècle qui fut rasée en 1975. Le drame de ma maison natale est emblématique du traitement qui fut réservé à maints quartiers anciens de Liège. Amoureux des anciennes demeures à pans de bois, Louis Nisse – paysan de Liège car son quartier Saint-Hubert est un village à trois minutes du centre de la ville – a été initié à l’architecture civile liégeoise par Joseph Delaxhe, président du Vieux-Liège.

J’ai rempli des cahiers entiers de descriptions et d’analyses des saccages et des pillages de notre patrimoine immobilier et mobilier (…) Qu’un tel furieux – il se nomme Jean Lejeune – ait pu imposer ce diktat en dit long sur nos édiles (…) grand est le désintérêt de la plupart pour la culture. Tes citoyens mesurent mal, France, leur chance d’avoir eu beaucoup de représentants lettrés – en dépit de récentes exceptions. Louis Nisse a milité dans des commissions pour l’inscription dans un plan d’aménagement du périmètre de l’église Saint-Hubert comme zone d’intérêt historique et archéologique. En dépit des promesses, échec. Et sur cet enjeu si fort pour moi, je perdais (…) C’était la volonté d’un échevin de l’urbanisme et des finances, peu sensible à la protection du patrimoine architectural et archéologique (…) Note, France, que j’évite de trop charger ce cher Bill, car il t’aime et est rattachiste – « rattachiste de raison », dit-il.

Comme il y a davantage dans deux têtes que dans une, terminons cette recension de Ma blessure française par l’opinion de Valmy – le bien nommé en l’occurrence – Féaux, ancien ministre-président de la Communauté française de Belgique, sur cet ouvrage : J’ai pris grand plaisir et grand intérêt à vous lire. […] Le plaisir de la lecture, c’est aussi la qualité de votre plume […] et la richesse de votre vocabulaire […]. Même les phrases souvent longues rebondissent tel un ruisseau sur ses cailloux et redeviennent fluides. Et puis les allers et retours dans le récit de votre vie sont vivifiants.

( 1) Sur liseuse, Ma blessure française – Louis Nisse – ISBN ISBN: 9781719860932  – 929 pages – 10€ 14

Sur liseuse Kindle, Ma blessure française – Louis Nisse – ISBN ISBN: 9781719860932  – 929 pages – 9€90

Ma blessure française – Louis Nisse – 610 pages – ISBN ISBN: 9781719860932   – livre broché – 20 € 04 – Amazon https://www.amazon.fr/Ma-blessure-Française-Louis-Niss€e/dp/1719860939

 

Le Vieux-Liège a 125 ans.

À Liège, fin du XIXème siècle, le 20 février 1894, Charles-Jacques Comhaire fonde avec quelques amis Les Amis du Vieux-Liége connu aujourd’hui sous le nom de Vieux-Liège (1). Son objet social est l’étude du passé historique et artistique ainsi que des beautés naturelles du pays de Liège et leur sauvegarde, par des promenades, excursions et voyages, conférences, cours et toutes démarches éventuelles.

À l’époque, le nouvel hôpital de Bavière – inauguré en 1895 par Léopold II – est en construction sur les Prés-Saint-Denis. La question se pose ; que faire de l’ancien hôpital installé depuis 1603 dans la superbe maison en pierres construite au biez Saucy, en Outremeuse, par le banquier lombard Bernardin Porcini (Porquin),  maison acquise en 1584 par Ernest de Bavière, prince-évêque ? Les Amis du Vieux-Liége entendent sauver le patrimoine que représente la maison Porquin, les autorités communales au contraire veulent sa destruction. Dans leur lutte qui durera dix ans, ils seront soutenus par le député Henry Carton de Wiart. À la Chambre des représentants, le mercredi 23 mars 1904, celui-ci déplore le vote par le Conseil communal de la démolition prônée par l’échevin des Beaux-Arts, le libéral Alfred Micha. L’édilité liégeoise a voté pour la mort. C’est très regrettable, d’autant que Liège, ville jadis pittoresque par excellence, toute pleine de vieux pignons, d’amusantes ruelles, qui évoquaient un passé également pittoresque, peu à peu, perd ce qui lui reste de sa personnalité. On veut faire un « Vieux-Liége » en staff et en carton-pierre pour l’Exposition. C’est fort bien, mais comme il vaudrait mieux ne pas condamner d’anciens édifices! Le gouvernement n’interviendra-t-il pas, comme le souhaitent beaucoup de Liégeois, pour garder à l’antique cité de saint Lambert un des rares débris de son beau passé? En 1894, date de la création des Amis du Vieux-Liége, déjà, la chapelle attenante à la maison Porquin a été démolie et reconstruite à l’identique lors de l’édification du nouvel hôpital.

La première lutte des Amis du Vieux-Liége en faveur du sauvetage de la maison Porquin a été longue sans être couronnée de succès. Fort heureusement, cela ne les découragea point. Depuis 125 ans, ils mènent le combat en faveur de la sauvegarde d’un patrimoine architectural et archéologique en ayant comme devise Rien aymez s’il n’est connu, expression figurant sur une pierre encastrée dans un des murs de la vieille église de Saint-Étienne-au-Mont à Huy. En novembre 2019, une exposition retracera l’histoire du Vieux-Liège et ses actions en faveur du patrimoine tandis qu’au printemps 2019, plusieurs manifestations culturelles évoqueront ses luttes.

  • Société royale Le Vieux-Liège – 69 rue Hors-Château B-4000 Liège (Belgique) – site web www.levieux-liege.be – tél. 04 223 59 55

Question de langue …

La nuit du 31 décembre au 1er janvier s’appelle, au Nord du Royaume,  Nuit du Vieil An (Oudejaarsnacht) et, au Sud du Royaume, Nuit de Nouvel An.

Une simple constatation qui n’a rien de nouveau. Déjà, en 1912, le député Jules Destrée dans sa Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre a écrit : Mais il est une preuve plus caractéristique et plus décisive encore de la dualité foncière de Votre royaume, plus incontestable que celles qui se peuvent déduire du sol, des paysages, des activités, des tempéraments et des croyances, c’est la langue. Une langue est un trésor accumulé au cours des âges par une communauté humaine. Elle y a inclus le souvenir et l’écho de ses mœurs, de ses croyances, de ses douleurs. Elle éveille chez ceux qui la parlent des impressions confuses qui remontent aux jours incertains de l’enfance balbutiant sur les genoux maternels, et plus loin encore, des correspondances avec les ancêtres immémoriaux. Il y a du mystère dans l’attachement à la langue, parce qu’il tient moins à notre être raisonneur qu’à notre inconscient profond. Et ce n’est que lorsqu’on conçoit ainsi le problème, qu’on pense à ses millions de racines ténues qui s’enfoncent dans le passé le plus reculé, que l’on comprend le caractère sacré d’une langue, et combien sont délicates et insolubles par les seuls procédés de l’intelligence, les questions que son usage soulève.

Deux villages dans l’enfer de la Grande Guerre.

Les commémorations officielles de la Grande Guerre sont closes. Cependant  le souvenir demeure. Sur base de deux documents inédits, Paul-Henry Gendebien retrace la vie de deux villages dans l’enfer de la Grande Guerre (1). Dans l’un, le village de Maissin, les faits se sont déroulés le 22 août 1914 et dans l’autre, le village de Marbaix-La-Tour, le 23 août. L’histoire les range sous le nom de batailles des frontières. Cette bataille est quelque peu éclipsée par la bataille de la Marne.

Or, l’armée française connut des pertes sans précédent dans toute son histoire, et cela au cours de la seule journée du 22 août. Plus de 25000 hommes, dont 17000 en province de Luxembourg et le reste dans l’Entre-Sambre-et-Meuse et en Lorraine (…) En comparaison, c’était l’équivalent des soldats perdus durant les huit années de guerre d’Algérie, de 1954 à 1962 (…) D’août 1914 à novembre 1918, 1400000 soldats français périrent, soit près de neuf cents en moyenne par jour. Parmi les morts du 22 août, l’écrivain Ernest Psichari, petit-fils d’Ernest Renan,  ainsi que le gendre – le capitaine Paul Bécourt – et Germain, le fils du maréchal Foch, le vainqueur de la bataille de la Marne.

À Marbaix-La-Tour, dès le début du conflit, sœur Anne-Marie, une religieuse infirmière d’Ham-sur-Heure a été chargée d’établir une ambulance, soit un établissement hospitalier civil, temporaire ou seront donnés les premiers soins, au château de la Pasture, propriété du député Léon Gendebien. Ses notes inédites vont d’août à décembre 1914, le temps d’existence de l’ambulance de La Pasture. Son récit commence la veille de la bataille, les soldats français sont en nombre et se préparent au combat creusant des tranchées tandis que les populations effrayées, fuyaient avec raison leurs demeures (…) le spectacle était lamentable, la terreur avait saisi ces pauvres gens, la fuite des uns entraînant celles des autres.

La bataille du 23 août vécue par un jeune soldat français : ainsi, pendant l’après-midi, les balles, shrapnels et obus pleuvaient sur les bâtiments (…) nous répondions le plus possible aux Allemands, bien qu’étant très inférieurs en nombre. Nous tirâmes le plus longtemps par les meurtrières faites au mur du jardin potager, dans la direction du bois. De cet endroit, nous avons fait tomber des milliers d’hommes. À l’issue de la bataille, l’ambulance est saturée, le nombre de lits préparés étant de beaucoup insuffisant, nous avions descendu tout ce que le château contenait de literie, et de même, bien des objets qui, en temps ordinaire, avaient une autre destination, tels que canapés, banquettes, coussins, etc. Parmi les blessés allemands, le baron von Strombeck et un nommé Rumkorff, officier porte-drapeau.  Aucun médecin pour soigner ces blessés, tant français qu’allemands, tout au plus de la morphine. Un général allemand, revolver au poing, veut interdire aux sœurs de soigner les blessés français.Réponse des sœurs : nous les soignerons tous, nous ferons notre devoir.

Sœur Anne-Marie souhaite la venue d’un médecin civil, ceci lui est refusé.  Le 25 août, visite de trois officiers supérieurs allemands dont un, le plus jeune, est très courtois. Voyant qu’il avait certainement quelque pouvoir, nous lui demandons de bien vouloir nous envoyer un médecin militaire, ce qu’il promit assez facilement. Il lui est également demandé le transfert  des grièvement blessés dans un hôpital. Rapidement, un médecin militaire allemand se présente, il vient, nous dit-il, pour obéir à l’ordre reçu. Et le 27 août, des voitures et des camions venaient de Charleroi chercher tous les blessés que nous voulions leur confier. Le jeune officier courtois n’était autre que le prince August-Wilhelm – un des fils du Kaiser Guillaume II – venu rendre visite au baron von Strombeck, son aide de camp.

Les blessés français demeurent à l’ambulance de La Pasture au sein d’une soldatesque allemande avide de vin, de jumelles et de cartes d’état-major. Aussi, chaque fois qu’on nous amenait un officier blessé, ils se précipitaient pour les leur enlever et les dévaliser. Fin septembre, ordre a été donné à toutes les ambulances d’amener  tous leurs blessés à l’École moyenne  de Charleroi  d’où ils seraient dirigés sur l’Allemagne (…) Tous nos blessés étaient  bien tristes, à la pensée de nous quitter pour aller achever leur guérison en pays ennemi. Des nouvelles rassurantes parviennent à la Noël, les blessés sont regroupés en une grande paroisse et ils ont au moins les secours de la religion pour les soutenir dans leur pénible et si longue captivité.

Rien qu’à Maissin,  600 habitants dont 9 sont tués le 22 août, la bataille livrée dans ce village et aux environs vit la mort de près de 200 officiers et de plus de 7500 soldats français et allemands. Paul Pirson (5 ans) et son papa faillirent périr dans l’incendie de la maison où ils s’étaient réfugiés. Leur logis a été détruit. Les faits ont tellement marqués l’enfant de cinq ans qu’à l’âge de quatre-vingts ans, l’abbé Paul Pirson les racontent comme si il les avait vécu la veille.  Et puis, nous entrâmes. Pas besoin d’ouvrir la porte, il n’y en avait plus. Après deux ou trois pas, quel spectacle ! Quelle horreur ! Des cadavres, des blessés hurlant. Deux dans le couloir. Le gris ne bougeait plus, le bleu gémissait. Et dans la grande pièce : du sang, ces cris plaintifs, des hommes déchiquetés, l’un d’eux décapité (…) Et tout cela au milieu d’un salon réduit en miettes (…) descendus à la cave, j’y ai retrouvé mon cheval à bascule. Intact. Je ne savais pas que je le voyais pour la dernière fois. Mon père était effondré. Il restait là, comme hébété, la tête entre les mains. Il répétait : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! »

Réfugiés un temps à Libin, puis à Redu, la vie reprend à Maissin.  Début 1915,  l’école dont l’instituteur est le papa de Paul est rouverte. Ouvrir l’école, rien de plus facile, mais y amener les élèves fut une croisade épuisante. Les gamins, ça aide dans la maison ou dans la ferme. Alors, l’école, on ne veut pas en entendre parler… L’instruction obligatoire qui s’en souciait ? C’était une idée de gens de la ville qui, eux, avaient « les moyens ».

Maissin a sa Kommandatur installée chez l’hôtelier Guyot  qui  entend l’allemand mais se garde bien de le parler avec ses hôtes. Guyot  forme un couple d’espions avec le comte de Ridremont qui, à bord de son épicerie roulante, sillonnait le pays depuis Wellin jusqu’à Bertrix et de Saint-Hubert  à  Paliseul. L’occupant n’y a vu que du feu, tout comme les gens du pays d’ailleurs.

Durant ces années d’occupation,  la vie continue monotone et répétitive à Maissin. On avait réinstallé un  jeu de quilles, grande distraction du dimanche. On y jouait pour de l’argent : des pfennigs et des marks. Seul l’argent de l’occupant avait cours… Un bistrotier organise un bal. Scandale : « C’est le plus court chemin vers l’enfer » tonnait le curé. De chemin, il en est encore question, en 1917, quand les Allemands démantèlent les voies du tram au départ  de Poix-Saint-Hubert  jusqu’au terminus de Bouillon.  Avec les rails, ils emportaient aussi les wagons. Quelque chose qu’ils voulaient décisif se préparait sûrement ! Les habitants de Maissin et les landsturms dela Kommandatur se réjouirent du départ des dérailleurs. La joie des habitants de Maissin fut à son comble, en novembre 1918, lorsque landsturms et autres troupes allemandes s’en retournèrent dans leur pays.

  • 1914-1918 Deux villages dans l’enfer de la Grande Guerre  – Paul-Henry Gendebien – ÉditionsWeyrich – 204 p – 13€50

Le Corps consulaire reçu par Delen Private Bank.

Récemment, le Ministre des Affaires étrangères de la République de Maurice, Son Excellence Monsieur Seetanah Lutchmeenaraidoo a visité, en privé, la ville de Liège. En compagnie des consuls honoraires wallons du Belgian Consular Union (BCU), il a notamment participé à la visite des locaux de la Delen Private Bank situé boulevard d’Avroy, à deux pas du Pont d’Avroy qui durant dix siècles a surplombé un bras de la Meuse.

C’est en 1922 que le Crédit Anversois – une banque qui, bien avant la Grande guerre, a entrepris une politique d’expansion – commande à Carlos Thirion l’édification de son siège liégeois. Carlos Thirion appartient à une lignée d’architectes de Verviers. Que ce soit l’Harmonie, le Grand Théâtre, la Gare, etc etc, c’est du Thirion ! En 1913, son père Charles a construit le siège verviétois du Crédit Anversois. À Liège, Carlos opte pour le style néomosan avec des moellons de grès et de calcaires. Au sous-sol, est installée la salle des coffres. Fin des années trente, emporté par la tourmente bancaire, le Crédit Anversois fait faillite. En 1943, Oscar de Schaetzen, un passionné d’orfèvreries liégeoises, acquiert l’immeuble pour y installer sa banque créée en 1928. En 1994, Delen Private Bank reprend la banque de Schaetzen dont le fondateur est mort en 1985.

Delen Private Bank rénove profondément le bâtiment liégeois tout comme l’ont été les sièges de Gand et de Bruxelles. Cette banque affectionne  avoir pour sièges des immeubles de caractère. Ces bâtiments uniques symbolisent la vision à long terme transgénérationnelle de la banque. Cette philosophie permet, en même temps, de protéger et de conserver la richesse du patrimoine belge.

Les étages supérieurs auxquels les hôtes de la Delen Private Bank ont eu accès sont consacrés à l’histoire économique de la Ville et de la Province de Liège au fil des années à partir de documents d’époque. Quant à la salle du Conseil, elle est décorée de scènes évoquant les saisons et signes du zodiaque du peintre anversois du XVIIIème siècle Pieter Snyers, un clin d’œil à André Delen qui, en 1936, s’est établi à Anvers comme agent de change.

LE JOUR OÙ SIMENON FAILLI ÊTRE CANDIDAT CONSEILLER COMMUNAL.

Lorsque fin de l’année 1919, est fondé le journal La Wallonie socialiste – le mot socialiste disparaît en 1923 -,  Isi Delvigne entend recruter d’excellents  journalistes. Il a l’œil attiré par une jeune recrue embauchée par la Gazette de Liége dont la plume paraît excellente. Il l’invite à le rencontrer.

Quelques cinquante ans plus tard, la jeune recrue dont le nom est Georges Simenon s’en souvient comme si c’était hier. Voici ce qu’il a raconté à notre confrère Guy Fontaine qui eut l’occasion de l’interviewer  dans sa série Portrait wallon à la TV : Un jour, Isi Delvigne qui était le rédacteur en chef de la Wallonie, qui était, en même temps, un des chefs du Parti socialiste à Bruxelles, au Parlement, m’a fait venir et m’a demandé d’entrer à La Wallonie. Il m’offrait le double de ce que je touchais à la Gazette de Liège. Et en plus de çà, avec comme prime que deux ans après, aux élections municipales, je serais sur la liste socialiste. C’était très tentant mais ça voulait dire que je me destinerais à une carrière politique. Parce qu’après avoir été conseiller communal, vous savez comment ça va, on essaye la députation et ainsi de suite. Alors, j’ai refusé. Mais je suis resté très bon ami avec tous ceux de la Wallonie et ils ont toujours été très gentils avec moi.

Si Simenon avait accepté les propositions d’Isi Delvigne, le soir du 24 avril 1921, vraisemblablement élu, il aurait célébré l’accession du Parti Ouvrier Belge au rang de la première formation au sein du Conseil communal de Liège.  Un séisme aux yeux de la bourgeoisie liégeoise selon Jean-Marie Roberti.

Les politiques n’ont jamais été la tasse de thé de Georges Simenon :  Ils croient être importants mais ils ne le sont pas du tout. Pour la bonne raison que ceux qui dirigent le monde, ce ne sont pas les présidents ou n’importe quel ministre ou haut-fonctionnaire et ambassadeurs, etc. Ce sont les grandes sociétés internationales et les banques, les grandes banques. En réalité, le rôle même des chefs d’États est très faible.