Méconnu à Liège, Charles Van den Born est illustre ailleurs notamment à Hong-Kong!

La Biographie nationale consacre deux notices aux frères Van den Boorn, l’un pianiste, compositeur et  musicographe, l’autre Jean, pianiste, compositeur. En revanche, pas la moindre notice sur leur fils et neveu, Charles dont la carrière en mérite bien une . Heureusement, la trilogie de Julien Moës, Des Ailes pour l’Éternité comble cette lacune.

Dans le troisième tome (1), Charles Van den Born – un o s’est évaporé dans les registres de l’état-civil – est au bout de sa carrière de coureur cycliste. Pas plus tard que le 19 septembre 1909, au Grand Prix Robert Protin, disputé à Liège, il a été battu par Gabriel Poulain, son cadet de dix ans.  Fin août, au resto du rapide Bruxelles-Paris, il fait la connaissance de Henry Farman, ancien coureur cycliste, peintre talentueux, reconverti dans l’aviation. Celui-ci l’invite à Mourmelon-le-Grand, au camp de Châlons. Vous prendrez contact avec les très rares premiers aviateurs, vous verrez de près les appareils, vous ferez avec moi un petit vol comme passager ; vous apprécierez ce que c’est. Moins d’une semaine plus tard, Charles Van den Born est à Mourmelon. Il apprécie tellement l’endroit qu’il achète son premier avion, un  Farman III, devient pilote, exécute des acrobaties folles lors de meetings richement dotés tels ceux de Stockel, Rouen, Florence, Bordeaux, etc. Meetings rassemblant des dizaines, voire des centaines de millier de spectateurs parmi lesquels le Roi Albert, le Président Fallières, Victor-Emmanuel III.

Il prodigue quantité de baptêmes de l’air dont le plus mémorable est celui de la comtesse Montretout. En 1910, il est le professeur (on ne disait « moniteur » alors) de la plupart des premiers aviateurs de Farman dont les cinq premiers pilotes de l’armée française. Parmi eux, le lieutenant Albert Féquant qui, le 9 juin 1910, marque les débuts de l’aviation militaire française pionnière. Il forme aussi de nombreux pilotes belges dont le Liégeois Jules de Lamine. La plupart participent à la guerre 14-18 dans la Compagnie des Aviateurs instituée par le Roi Albert le 16 avril 1913. La couverture de l’ouvrage de Julien Moës montre Charles Van den Born, en tenue militaire, en compagnie, en 1915, d’un autre pilote, Victor Boin champion olympique aux Jeux de Londres et de Stockholm.

Après avoir participé en septembre 1910 à la Grande Semaine de l’Aviation à Bordeaux, Charles Van den Born, sur un coup de tête auquel se mêle le hasard embarque à destination de Singapour. Il est accompagné de son épouse et son mécano, Lucien Cotroux ayant dans ses bagages, quatorze caisses contenant un biplan de sa conception –  un Farman Wanda. Démonté, il peut être assemblé rapidement sans réglage supplémentaire, en un laps de temps très court. La traversée est longue et, à bord, l’épouse du Gouverneur Général de l’Indochine le convainc de se rendre à Saïgon à l’issue de l’escale singapourienne. L’accueil par le seul homme habilité à Singapour pour donner l’autorisation de voler a été glacial au point que Van den Born n’a qu’une hâte, gagner Saïgon. Ce 15 décembre 1910, plus de cent mille personnes assistent sur l’hippodrome de Phu Tho au premier vol d’un avion sur le sol asiatique.

1911 est une année de premier vol d’un avion sur le sol du Royaume de Siam (le 30 janvier), sur le sol de la colonie britannique de Hong-Kong (le 18 mars) au-dessus du village de Sha Tin, sur le sol de l’empire chinois (le 10 avril) à Sha Ho. Ce meeting à Canton tourne à l’émeute révolutionnaire, Van den Born – le Diable étranger – incendie la carcasse de son Wanda et revient à Liège via le Transsibérien. Patron de l’aéroport de Liège, il participe, en juin 1911, au Circuit d’Europe qui, en neuf étapes, relie sept villes dont Paris, Londres, Bruxelles.

Incontestablement, Charles van Born fait beaucoup pour inscrire Liège au fronton des villes connues au plan international. Et pas uniquement au début du XXème siècle. Depuis 1998, le hall de l’aéroport international de Hong-Kong – le 8ème au monde – est orné de son avion Wanda, reconstitution à l’identique y compris le moteur. Chacun.e des 72 665 078 passager.e.s apprend que c’est l’avion du Liégeois Charles van Born !

Bien d’autres péripéties jalonnent sa vie que racontent Des Ailes pour l’Éternité. Dans les années 20, il contribue notamment au développement de l’aviation dans les colonies françaises de l’Asie. Puis s’installe comme planteur à Thua Bien, obtient en 1936 la nationalité française, en 1945, sa propriété est incendiée par les Japonais qui l’emprisonnent et  est secouru par Les Vieilles Tiges – association de pionniers de l’aviation – qui l’aiguille vers la Société d’Entraide de la Légion d’Honneur. Il a été reçu Chevalier de cet ordre en 1930 à titre étranger en sa qualité de directeur technique d’une société commerciale de Saïgon. Vingt ans plus tard, il est reçu à titre français, pour la deuxième fois,  au même grade de Chevalier dans cet ordre créé par Napoléon. Une lettre du général Chassin, commandant supérieur des Écoles de l’Air au Grand Chancelier proposant qu’il soit élevé au grade d’Officier de la Légion d’Honneur se heurte à la règle qu’étant Chevalier à titre étranger il ne peut faire l’objet d’une promotion à titre français.

La Ville de Liège n’a point encore dédié une rue ou un boulevard à son enfant de Hocheporte, né dans l’impasse Lacroix devenue, depuis 1945, la rue du Général Modard. Il est permis d’espérer qu’elle le fasse durant la prochaine mandature. Charles van Born l’a bien mérité, homme d’une jeunesse extraordinaire, d’un optimisme indestructible allié à un détachement serein !

(1) Des Ailes pour l’Éternité – Julien Moës, auteur éditeur – 242 pages – 12 € – disponible notamment chez Pax, à Livres aux Trésors, chez l’auteur julien@gmail.com

Incroyable, « Mon enfance sous l’occupation nazie ».

Au Québec,  début avril, est paru un ouvrage de Michel Prenovost intitulé Mon enfance sous l’occupation nazie (1). Ce livre est le récit d’un secret d’enfant qu’Aimé Schmitz a conservé durant plus de septante-cinq ans. Aimé Schmitz est né en 1933 d’un père luxembourgeois, Lucien, émigré au Saskatchewan (Canada) et d’une mère française, Gilberte. La famille est de retour en Belgique, à Gouvy, peu avant que n’éclate la seconde guerre mondiale.

Gouvy est situé dans les Ardennes profondes au nord de la province du Luxembourg. Au début de la guerre, le papa d’Aimé est cordonnier tandis que son grand-père tient un commerce de meubles. Quelques mois plus tard, le papa ouvre, à proximité de la Kommandantur, un café en face la gare. Fréquenté tant par les Allemands que par des  cotcheux, cet établissement prospère grâce à l’entregent d’Antoinette, une Liégeoise engagée comme serveuse. En réalité, ce bistrot est une couverture de l’armée blanche. Aimé a entendu l’expression, son grand-père lui explique : il y a des choses qu’il vaut mieux ignorer. Si on te pose ces questions, tu dis que tu ne sais rien, que tu ne sais même pas ce qu’est l’armée blanche. Moins on en sait, mieux c’est pour nous. C’est  compris ?

Mais, un jour, la Gestapo fouille le bistrot et ses dépendances, Lucien et Antoinette sont arrêtes. Ils sont libérés quelques jours plus tard, le café est mis sous scellés,  interdit d’y entrer sous peine de mort. Contrainte de déménager, la famille Schmitz  s’installe a Rettigny, un village voisin. Le papa d’Aimé se sert parfois de lui comme agent de liaison ou le charge d’observer certains mouvements de l’ennemi. Les temps sont durs, la famille est dispersée. Au début de l’été 44, Aimé accompagne son père au campement des résistants. Il y apprend notamment à remplir des chargeurs. Un jour, contre son gré, il assume seul la garde de deux prisonniers rexistes. Qu’est-ce que je vais faire s’ils se détachent? — Tue-les, répond Alex. Une balle dans la tête. Tu prends ton P38, tu enlèves le cran de sûreté et tu appuies sur la gâchette. Tu les tues! Et l’enfant est amené à commettre ce double meurtre. Je place cette histoire au plus profond de ma conscience et décide d’y enfermer à double tour le souvenir de cet épisode de ma vie. Je retourne à Gouvy où je retrouve mon grand-père, qui n’a rien su de mon aventure. Incroyable, ce récit de l’octogénaire Aimé Schmitz à Michel Prenovost, récit à estampiller par la critique historique.

Une scolarité perturbée, Aimé n’a rien d’une mauviette. Il a le poing facile. Aussi, je deviens malgré moi un dur à cuire. Le coup de poing asséné sur le nez d’Anglebert m’a fait prendre conscience que jamais plus on ne me marchera sur les pieds. Jamais. Impulsif, il a tout d’une tête brûlée au point qu’au lendemain de la grande grève de 60-61, il décide de s’exiler au Canada, terre de grands espaces. Au lieu d’un exil, c’est un retour au    pays car né au Canada, il est Canadien ! Apaisé, il exerce différents boulots dont celui de moniteur dans une école de tir…

 

(1) Mon enfance sous l’occupation nazie – Édition Les Intouchables (Québec) – Auteur Michel Prenovost d’après le récit d’Aimé Schmitz – 250 pages – ISBN: 978-2-89485-776-9 Peut être commandé à la librairie dédiée au livre québécois : TULITU 55 rue de Flandre, 1000 Bruxelles – librairie@tulitu.eu

WALLONS, sortez du bois ! une invitation de l’Alliance Wallonie France.

 

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   En 1814, au Congrès de Vienne, Talleyrand propose au nom de Louis XVIII d’accueillir un million de Wallons en contrepartie du pays de Gex. Les Alliés à savoir l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse, la Russie refusent. Le Congrès de Vienne voit l’avenir de la Wallonie en la rattachant au Royaume de Hollande. Manifestement la solution n’a pas été adéquate ! 

   En 1905, lors de l’Exposition universelle de Liège, un Congrès wallon se tient à la salle académique de l’Université. Dans les conclusions, un seul point fait l’unanimité des congressistes : d’origine romane, la Wallonie entend défendre sa spécificité et ne pas perdre son âme dans un amalgame belge surtout teinté de « germanisme ». Au-delà de cette position unanime, le Mouvement wallon constate qu’il est partagé en plusieurs courants : défenseurs de la langue française comme unique langue officielle de toute la Belgique ; régionalistes ; séparatistes (fédéralistes ou non) ; partisans d’un rattachement pur et simple à la France de la Belgique tout entière, voire de la Wallonie seule.. (…)  Enfin, à la suite d’Albert du Bois, il existe aussi un parti « français » qui n’envisage de solution qu’en dehors de l’État belge. (1)

   En octobre 1945, le Congrès wallon présidé par Joseph Merlot se prononce, au vote secret, par 486 voix sur les 1048 émises en faveur de la réunion de la Wallonie à la France. Ce vote sentimental proche de la moitié des votes émis – 46% 37 très exactement – effraye et se transforme en vote de raison, à main levée, obtenu à l’unanimité moins deux voix en faveur de l’autonomie de la Wallonie dans le cadre belge.

   En 2018, un mouvement républicain, laïc, démocratique, pluraliste, l’Alliance Wallonie France (AWF) dont le but est l’intégration de la Wallonie dans la République française organise une Assemblée Générale Ouverte (2) sur le thème WALLONS, sortez du bois ! Le Vice-Président du Gouvernement wallon, le ministre Pierre-Yves Jeholet (MR) et le chef de  groupe PS au Parlement wallon, Pierre-Yves Dermagne y débattront sur des sujets tels précéder le prévisible, la Wallonie au secours de la Communauté française ? comment faire ? et après ? La parole sera donnée aux participants.

   À l’occasion de cet AGO, l’AWF publie un ouvrage intitulé Une Wallonie maîtresse de son destin ? fruit d’un collectif d’une dizaine de personnes dont Jacques Lenain, Robert Collignon, Pierre Hazette, Jules Gazon, Paul Durieux, président-cofondateur de l’AWF. Il y est question d’un projet qualifié intégration-autonomie qui permet à la Wallonie de devenir française tout en maintenant son autonomie. La Constitution de la Cinquième République permet ce type de projet. Ce que confirme un entretien avec Didier Maus, président émérite de l’Association internationale de droit constitutionnel (www.belgique-francaise.fr) au sujet de la faisabilité constitutionnelle d’un tel statut sur mesure et négocié.

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(1) Paul Delforge – Manuel d’histoire de la Wallonie – Quelques aspects du mouvement wallon – Institut Jules Destrée – http://connaitrelawallonie.wallonie.be/sites/wallonie/files/lecons/21_fusionnee.pdf

(2) Assemblée Générale Ouverte – samedi 28 avril 2018 – Palais des Congrès de Liège – Renseignements : pauldurieux2003@yahoo.fr

À l’Arlequin : « L’ÉVASION DE SOCRATE » d’Armel Job … une histoire plausible !

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    Création mondiale par la Comédie Royale Théâtre Arlequin (1) de la pièce de l’écrivain wallon Armel Job. L’Évasion de Socrate jette le doute sur la véracité d’une affaire qui s’est déroulé à Athènes, il y a plus de 2400 ans. À l’époque, un philosophe nommé Socrate est condamné injustement à mort pour corruption de la jeunesse et athéisme. Sa peine, boire la ciguë. Tout comme Jésus, Socrate n’a rien écrit. Ce que l’on sait de lui, c’est à Platon qu’on le doit. Platon brûle d’ambition (…) Il utilisera la gloire de Socrate pour propre compte (2).

    Armel Job, en helléniste patenté, montre que L’Évasion de Socrate est plausible. Riche marchand d’amphores, Criton (Jean-Louis Maréchal) veut faire évader son ami Socrate (Serge Swysen). Il convient de le mettre dans la confidence et d’obtenir l’aide de son geôlier (Alexandre Tirelier). La promesse de mille drachmes vient rapidement à bout de la première objection de ce dernier : mais n’allez pas croire qu’on m’achète comme ça, m’sieur Criton. J’ai ma conscience. Le geôlier est en charge d’administrer la ciguë à Socrate : je la cultive chez moi. J’ai un carré exprès dans mon potager, à côté des oignons. À la question pourrais-tu lui servir une mixture qui le plongerait dans un sommeil profond ?, la réponse est quand on connaît les plantes, tout est possible.

   Le scénario de Criton est au point. Sitôt la potion absorbée, Criton doit emmèner le pseudo-cadavre chez des amis en Thessalie. Là, Socrate se réveille avec juste une petite gueule de bois, une sensation inconnue de lui car selon Platon, Socrate pouvait boire plus que n’importe qui, mais il n’était jamais ivre. Et comme le dit Xanthippe (Catherine Ledouble), l’épouse de Socrate, Platon et les autres penseront qu’il est mort. Platon l’écrira, il fera de Socrate la plus belle figure de notre temps, sanctifiée par sa mort héroïque, comme Socrate le souhaite. Le tour sera joué. Ce qui compte, ce n’est pas la réalité.  

    Socrate a donné davantage de fil à retordre à Criton. Celui-ci lui reprochant son arrogance durant le procès, Socrate s’en défend : la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien. Les autres non plus ne savent rien. La différence, c’est que, eux, ils croient qu’ils savent. Moi, je se suis comme une simple mouche, un taon, et Athènes est un bon gros cheval. Je lui pique les fesses. Réplique de Criton : le cheval t’a retourné une fameuse ruade ! Même si la sentence est injuste, il est hors de question, pour Socrate, de s’y soustraire en s’évadant.  Je dois m’incliner devant la justice d’Athènes. Certes, on pourrait penser que mon affaire aurait dû être cuisinée autrement, mais maintenant que le plat est sur la table, il faut le manger tel quel. Sinon, ce serait rejeter le principe même de la justice et du droit.

    Cette pensée de philosophe est à la merci du geôlier dont Platon a omis le nom mais qui est appelé par Armel Job, Callibios – Qui vit bien. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Ceci (à gauche), couic ! Ou cela (à droite) ronron ? Socrate de Platon ou Socrate de Callibios ? J’hésite.   

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(1) 17, 23, 24, 30, 31 mars à 20h30 – Billetterie du Forum et du Théâtre Arlequin, rue du Pont d’Avroy 12, lundi au vendredi de 11h à 18h, samedi de 12h à 18h, tél. 00 32 (0) 4.223.18.18. – par internet : theatrearlequin.be

(2) L’Évasion de Socrate – Armel Job – Édition Samsa – 100 pages – 8€

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De 1928 à 1985, inventaire des archives de la Radiodiffusion Télévision Belge (RTB).

     

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      Depuis le 1er août 2017, 420 mètres linéaires d’archives papiers de la RTB inventoriés par Flore Plisnier se trouvent aux Archives générales du Royaume (1). L’essentiel couvre la période de 1950 à 1980 englobant également l’Institut national de Radiodiffusion (INR) et l’Institut des services communs (ISC). Le document le plus ancien remonte à 1928, deux ans avant la création de l’INR par la loi du 18 juin 1930 – première émission le 1er février 1931 diffusée depuis la rue de Stassart.

      Tout en conservant l’essentiel des archives de la RTB, les Archives générales du Royaume n’en ont pas l’exclusivité. Ainsi l’Institut d’histoire ouvrière économique et sociale (IHOES) conserve des archives de Jacqueline Saroléa, féministe, syndicaliste et collaboratrice au centre de production de Liège.

      Que trouve-t-on dans les 9623 dossiers répertoriés dans l’inventaire ? De tout, de la chemise consacrée à la correspondance avec la Reine Élisabeth (1953-1956) à la SA COBRIMO (1964) – il s’agit d’un dossier relatif à un litige en matière de publicité sur antenne – en passant par l’affaire François Perin (1961-1965) – il s’agit d’un recours au Conseil d’État de François Perin, chargé de cours à l’ULG, contre une décision de la RTB relative à l’émission « 9 millions »  ou encore les quatre pièces relatives aux émissions interdites sur antenne (1960-1972).

      Outre les rapports mensuels d’activités (1961-1978) du centre de production de Liège on trouve trace de diverses émissions telles Liège-Matin (1968), Du sel sur la queue (1980-1984), Magazine F (1969-1975), Vivre sa ville (1970-1971), Contraste (1966-1978) avec en prime une chemise comprenant un dossier relatif aux protestations à l’encontre de l’émission « Contrastes » (1969-1972). Notons encore en 1963 le dossier relatif à l’inauguration des nouvelles installations de la RTB à Liège (Palais des Congrès), ou  ceux relatifs aux émissions sur les travailleurs étrangers et immigrés (1964-1972) ou à la grève du centre de production de Liège en janvier 1971 (1970-1971)  sans oublier l’enquête administrative au studio de Liège (1961). Pour cette enquête, remarque : non consultable jusqu’en 2050.

      En principe, les archives de plus de 30 ans versées aux Archives de l’État sont publiques et librement consultables. Toutefois, la législation sur la protection de la vie privée n’autorise la communication de l’identité des individus ou de toute information permettant d’identifier une personne que si ( …) les intéressés sont décédés, ou s’ils ont donné leur accord préalable à la publication de leur nom. D’où cette prudence à l’égard de certains dossiers.

      Les relations entre le service public de radiodiffusion et la notions d’archives n’ont pas toujours été parfaites à en juger cette note, datant de juillet 1953, de la direction administrative au comité de direction : À l’heure actuelle, nos archives n’ont d’archives que le nom. Alors que les documents devraient y être classés comme les livres dans une bibliothèque, ils sont pour la plupart entassés dans divers espaces dont l’affectation aux archives est un véritable non-sens. Cela finit par s’améliorer petit à petit.

      Néanmoins, de l’avis de Flore Plisnier, il faut attendre les années 1990 pour que la RTBF se rende compte que ses archives audiovisuelles peuvent avoir une valeur autre qu’utilitaire. Cependant, cette prise de conscience vise avant tout à une rentabilité économique de ces archives (…) Les autorités publiques prendront tardivement conscience de la nécessité de sauvegarder ces archives. Même si l’impératif de conservation apparaît déjà (ou seulement) dans les contrats de gestion depuis 2001, il faut attendre la déclaration de politique communautaire 2004-2009 pour que cette action soit officiellement reconnue. En 2009, afin de mettre en œuvre un plan de sauvegarde, la SA Sonuma est instituée à laquelle la RTBF cède la propriété de la totalité de ses archives audiovisuelles.

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(1) Archives générales du Royaume (AGR) – 2 rue de Ruysbroeck 1000 Bruxelles – Flore Plisnier Inventaire des archives de la radiodiffusion télévision belge (RTB) 1928-1985 – Publication n° 5742 – Version papier 20 € (plus frais d’envoi) – Téléchargement gratuit – http://arch.arch.be

Bulletion du Vieux-Liège : Juliette Noël à l’assaut d’une légende relative à Marie Walewska !

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       Moins de trois ans avant la Révolution française, en Pologne, chez les Laczynski, une famille noble, naît Marie. Elle a pour précepteur un Français, Nicolas Chopin, futur papa de Frédéric avant d’être envoyée parfaire son éducation au couvent Notre-Dame de l’Assomption à Varsovie. Marie est intelligente et studieuse, avec une douceur de caractère qui l’a fait aimer par tous ici. De plus, elle est d’une grande beauté.

        Les propositions de mariage ne manquent pas. Parmi ceux qui lui font la cour, il y a un jeune homme beau, riche et charmant qui lui a plu tout de suite. Il a pourtant un gros défaut : il est russe et, de plus, appartient à la famille du terrible feld-maréchal Souvorov, ennemi juré de la Pologne que ses puissants voisins, la Russie, la Prusse et l’Autriche, s’étaient partagée. La famille de Marie s’oppose et lui impose le mariage, fin 1804, avec le comte Anastazy Colonna Walewski, ancien chambellan du dernier Roi de Pologne. Point beau, riche de propriétés obérées et vieux – 72 ans, elle 18 -, on comprend qu’avant les noces, elle avait pleuré longtemps et a continué à sangloter pendant la cérémonie.  

        En ayant terminé avec la campagne de Prusse, Napoléon entame la campagne de Pologne. Il arrive à Varsovie, le 18 décembre 1806, en libérateur. Des milliers de Polonais, les Légions polonaises de Dombrowski sont engagées depuis une dizaine d’années dans les armées françaises. Fin décembre 1806, dans un climat de Napoléonmania, l’empereur remarque, dans la foule, la jeune comtesse Walewska, lui parle. Le 1er janvier 1807, il lui écrit Marie, ma douce Marie, ma première pensée est pour toi, mon premier désir est de te revoir. Tu reviendras, n’est-ce pas ? Tu me l’as promis. Sinon l’aigle volerait vers toi. (…) Daigne donc accepter ce bouquet : qu’il devienne un lien mystérieux qui établisse entre nous un rapport secret au milieu de la foule qui nous environne. Exposés aux regards de la multitude, nous pourrons nous entendre. Quand ma main pressera mon cœur, tu sauras qu’il est tout occupé de toi et, pour répondre, tu presseras le bouquet ! Aime-moi, ma gentille Marie, et que ta main ne quitte jamais ton bouquet.

       Le 7 janvier 1807, elle participe au bal de carnaval dont La Gazette de Varsovie rend compte : Sa majesté l’Empereur a assisté à un bal chez le ministre des relations extérieures, le Prince de Bénévent, au cours duquel il a invité à une contredanse la femme du chambellan Anastase Walewski. Des patriotes polonais avec l’assentiment du mari imaginent que Marie est la personne la mieux placée pour convaincre Napoléon de ressusciter le Royaume de Pologne. C’est la période épouse polonaise qui voit l’Empereur et Marie filer le parfait amour au Château royal de Varsovie, au château de Finckenstein, à Paris dans le IXème arrondissement, au Palais impérial de Schönbrunn. Napoléon ne ressuscite pas le Royaume mais par l’accord de Tilsitt, en juillet 1807, crée le Duché de Varsovie où est en vigueur le Code Napoléon.

     Enceinte de Napoléon à Schönbrunn, Marie accouche chez son mari, le vendredi 4 mai 1810 d’Alexandre. L’Empereur est averti de l’heureux événement à Anvers. Soucieux de l’avenir de son fils, il comble la mère de rentes et propriétés diverses. Les générosités de l’Empereur se font moins sur sa cassette personnelle que sur les biens de l’Empire. Marie est devenue riche, surtout grâce aux donations que Napoléon a faites au petit Alexandre. Mais elle risque de ne plus l’être si son mari endetté se met à rembourser. Aussi Marie demande le divorce le 12 juillet 1812 et l’obtient … le 24 août, une rapidité digne de Reno (Nevada USA) !

       Catholique, Marie doit attendre la mort de son ex – le 20 janvier 1815 – avant de convoler en justes noces avec le bel Philippe-Auguste, comte d’Ornano qu’elle a connu à Varsovie en 1807. Jeune, beau, très chic, d’une famille corse liée à la famille Bonaparte, protégé de Laetitia, la mère de Napoléon, ce lieutenant-général participe aux Cent-Jours de Napoléon. Ce qui lui vaut d’être banni de France par la Seconde Restauration. Il se réfugie dans le Royaume des Pays-Bas et épouse, le 7 septembre 1816, Marie  en la collégiale Sainte-Gudule de Bruxelles. En compagnie des enfants de Marie, Antoine et Alexandre, les époux viennent s’établir à Liège d’abord rue Sœurs-de-Hasque puis rue de Fragnée, n° 876, quartier du Sud.

       Dans la dernière livraison du Bulletin de la Société royale LE VIEUX-LIÈGE (1), Juliette Noël relate les endroits où a vécu à Liège  Marie Walewska. C’est de la légende de son habitation rue Mandeville à la réalité. S’appuyant essentiellement sur des documents des Archives de l’État et de Ville de Liège, Juliette Noël retrace notamment l’endroit où est situé le 876, rue Fragnée. Il faut savoir que la numérotation, à l’époque, est continue. Il n’était pas question de donner des numéros pairs ou impairs selon le côté où on se trouvait. Il appert d’un document passé en l’étude du notaire royal Philippe Parmentier que le propriétaire Nicolas Bernimolin donne en location pour une durée d’un an, expirant le quinze mars 1818, l’immeuble et les terrains l’entourant. C’est alors un véritable domaine. Il se dénomme « Sans souci ». Situé à hauteur du numéro 20 de l’actuelle rue du Vieux-Mayeur qui, en ce temps-là, s’appelle ruelle du Vieux-Mayeur, l’immeuble loué a une longueur d’environ 22 mètres avoisinant des jardins de plus d’un hectare.

        Dans la partie finale de son article consacré à l’immeuble occupé par Marie Walewska à Liège, Juliette Noël s’attaque à une légende qui situe cette habitation rue Mandeville. Tâche ardue car l’auteur de la légende n’est autre que Théodore Gobert. Celui-ci a publié des notices sur  les rues de Liége en sa période de journaliste à La Gazette de Liège, notices rassemblées en 1891  en quatre volumes éponymes. Il n’est pas question dans cette première édition de Marie Walewska. Vient la seconde édition, en 1926, où Gobert écrit : Située au pied de la colline, cette demeure caractéristique étendait au loin ses superbes jardins plantés d’arbres touffus, qui en faisait l’une des plus agréables résidences rurales. Ici vint s’installer, après la chute de Napoléon 1er, une dame qui, à cette époque, a beaucoup fait parler d’elle. Il s’agit de la comtesse Walewska. Gobert l’a fait mourir le 15 décembre au lieu du 11. 

        Juliette Noël n’a pas d’explication sur cette affirmation erronée de Gobert ; J’opine à croire qu’il a fait un amalgame avec d’autres biens (…) Quoi qu’il en soit, Gobert sera suivi par les écrivains liégeois postérieurs (…) Les écrivains non-liégeois reprendront l’information. Pour eux, naturellement, la localisation correspondait à un endroit qui leur était inconnu.  Juliette Noël, une orfèvre de la précision !

      Dans ses Mémoires, le comte Alexandre évoque la période liégeoise après le mariage de sa maman : Mon frère aîné, qui avait 4 ans de plus que moi, Monsieur Carité, un vieux valet de chambre nommé André et moi nous partîmes de Paris en diligence pour aller retrouver ma mère aux Eaux de Chaudfontaine près de Liège. (…) Quelques mois après, nous étions établis dans une charmante maison de campagne à la porte de Liège où ma mère mit au jour au mois de juin 1817 un gros garçon qui fut baptisé sous le nom de Rodolphe. (…) j’accompagnais aussi quelquefois mon beau-père chez un libraire de Liège nommé Desoret (NDLR lire Desoer). Là, j’entendais parler politique sans y rien comprendre, cependant j’ai retenu quelques mots de ces conversations dont plus tard j’ai compris le sens. (…) La campagne que nous habitions était à une demi-lieue de la ville. (…) Le Général Ornano ayant obtenu son rappel, ma mère partit pour Paris au mois d’octobre 1817 avec le nouveau-né qu’elle nourrissait malgré les avertissements de son accoucheur de Varsovie le célèbre Czekieski, qui lui avait prédit que si jamais elle se décidait à nourrir elle le paierait de sa vie. Peu de jours après son départ, le Général Ornano, mon frère et moi, nous nous mîmes en route pour aller la rejoindre. Nous voyagions en poste dans une bonne berline lorsqu’au milieu de la nuit près de Namur, nous versâmes dans un fossé (…) Nous arrivâmes le lendemain à Paris à trois heures du matin nous rendant dans la chambre de ma mère. Elle se réveille pour nous embrasser. Quel doux réveil dit-elle mon mari et mes enfants, ce sont là les dernières paroles. Le lendemain, son état s’aggrave au point que ses enfants ne peuvent plus la voir. Elle expire le 11 décembre à six heures du soir d’un abcès au sein dont on n’avait reconnu l’existence que trop tard pour risquer une opération et de calculs rénaux.

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(1) Le Vieux-Liège fondé le 20 février 1894 – Devise Rien aymez s’il n’est cognu levieux-liege.be – Cotisations et abonnements aux publications trimestrielles, membres adhérents 25 €, membres de moins de 25 ans 15€ à verser au compte BE42 0000 3248 4054

Un prof’ comme en rêvent étudiantes et étudiants; le recteur Philippe Lesbroussart !

PhilippeLesbroussart.jpgportrait gravé par Joseph Delboëte, 1855

      Si, en 2017, les Universités de Liège et de Gand célèbrent le deux-centième anniversaire de leur fondation par Guillaume 1er, Roi des Pays-Bas, cela ne signifie pas qu’elles ont deux-cents ans d’activités. Ainsi, en 1830, les cours ont été suspendus d’octobre à décembre. Le lendemain de la révolution, on se trouva en présence de difficultés de toute sorte : on demandait à cor et à cri la réouverture des universités, dont les cours n’avaient pu recommencer, comme d’habitude, vers la fin de septembre (…) une interruption plus longue pourrait devenir préjudiciable aux intérêts de la jeunesse; on se contentait donc de pourvoir au plus pressé comme il est écrit dans une notice de la Biographie nationale (1). Notice consacrée à Philippe Lesbroussart qui remplit les fonctions d’administrateur général de l’instruction publique jusqu’en 1835, date de sa nomination à l’université de Liège dont il a été recteur en 1840-1841.

       Né dans la décennie de la Révolution française, il publie dans les journaux, à 13 ans, en 1794, une pièce en vers sur la mort de Marie-Antoinette, veuve de Louis XVI.  En 1810,  son  Poème des Belges est consacré telle une réussite. Lesbroussart possédait la langue française comme l’un des Quarante; familier avec les grands maîtres du style, il avait surpris tous leurs secrets; son oreille délicate ne pouvait souffrir la moindre discordance; la tournure la plus heureuse, la plus harmonieuse se présentait à lui naturellement, et cette élégance innée, ce purisme sans effort n’enlevaient à sa phrase ni la fermeté ni la dignité. Il se raconte même qu’à l’occasion d’une cérémonie publique, il se chargea de faire, à lui seul, tous les discours qui devaient être prononcés: excellent moyen d’éviter les redites ajoute Adolphe Quetelet (2), un de ses biographes.

    Sous le régime hollandais, Philippe Lesbroussart connait la prison durant un mois. Rédacteur au Courrier des Pays-Bas, il a commis un crime; corriger un article déplaisant au pouvoir. La liberté de presse a encore du chemin à faire en ce temps-là. À la Révolution belge, il prend la tête d’une garde urbaine en charge d’assurer un minimum d’ordre. Lesbroussart s’était rallié de tout cœur au nouvel ordre des choses. Sa naïveté généreuse l’entraîna même plus d’une fois à exposer inutilement sa personne. C’est ainsi que, pendant les journées de septembre, il parcourut, armé, les rues de Bruxelles, oubliant la faiblesse de sa vue, au risque de se trouver en présence d’adversaires qu’il ne distinguait pas; il faillit un jour être tué à l’entrée de la rue Notre-Dame-aux-Neiges. Révolutionnaire, il entend en avoir l’air. Ce dont Adolphe Quetelet se moque gentiment : cet excellent homme, qui n’a jamais fait le moindre mal à personne, qui n’en a pas même eu la pensée, avait parfois, comme tant d’autres, la manie de paraître terrible. Ainsi, pendant les premiers jours de la révolution, il avait laissé croître sa barbe et traînait un grand sabre.  

      Désigné par le gouvernement provisoire aux fonctions d’administrateur général de l’instruction publique, on disait de lui qu’il administrait l’instruction publique comme on administre un malade; on se plaignait surtout de la décadence des études et des rigueurs officielles. Quoique étranger aux mesures décidées, il en assure l’exécution. Le 13 juin 1831, le gouvernement du Régent Érasme-Louis Surlet de Chokier le charge de rédiger un projet de loi organique de l’enseignement supérieur. Une commission examine le projet. Lesbroussart demandait une université unique, dont les facultés seraient disséminées dans le pays : la faculté des lettres à Louvain, celle des sciences à Liège, celle de droit à Gand et celle de médecine à Bruxelles. Le gouvernement tergiverse. Ayant reçu le projet en mars 1832, il le met en discussion, en 1834,  à la législature suivante  – après un nouveau passage par une deuxième commission – pour aboutir enfin au vote de la loi organique de l’enseignement supérieur du 27 septembre 1835.

   Faisant fi d’une sérieuse réduction de ses émoluments, Philippe Lesbroussart accepte la chaire de littérature française à l’Université de Liège. Ce fut une bonne fortune pour la jeunesse. Il joignit à son cours principal un cours d’histoire littéraire comparée qui a laissé des souvenirs. Il était aussi versé dans la connaissance de la plupart des langues modernes de l’Europe que dans celle des langues anciennes; il puisait partout à son gré, sans dépendre des traductions imprimées, ce qui donnait à son enseignement l’attrait piquant de la nouveauté, bien qu’il eût soin de proportionner ses leçons de manière à mettre surtout en relief les chefs-d’œuvre les plus connus. Son cours de littérature était remarquable par la finesse des analyses et par le choix heureux des rapprochements; en outre, le charme de sa diction suspendait les auditeurs à ses lèvres. En outre, à l’heure des examens, le professeur Lesbroussart est très embarrassé d’avoir posé une question se révélant ardue pour l’étudiant. Dans ce cas, sa bienveillance éclate, il oubliait à tout instant son rôle d’examinateur et, soufflant officieusement les réponses, il faisait sourire l’auditoire et compromettait parfois la gravité du jury.

      En 1848, il sollicite l’éméritat. On le lui accorde otium cum dignitate et fort de ce repos dans l’honneur, il se retire dans sa famille à Ixelles où il décède, frappé de cécité, le 4 mars 1855. Ixelles l’a honoré et l’honore encore en lui dédiant une rue joignant la prestigieuse avenue Louise.

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 (1) Biographie nationale – Tome XII – notice rédigée par Âlphonse Le Roy, délégué de la classe des lettres de l’Académie royale de Belgique.

(2) Annuaire de la Société des Douze – notice rédigée par Adolphe Quetelet.