De vraies nouvelles et pourtant rien ne va plus vite qu’une fausse nouvelle !

Fondateur du théâtre Arlequin, José Brouwers en est à sa trente-sixième création littéraire, un recueil de nouvelles Rien ne va plus vite qu’une fausse nouvelle (1). Un titre inspiré de Sacha Guitry qui, après avoir mis en concurrence mot d’esprit et fausse nouvelle, a accordé la victoire à cette dernière. Les quatorze récits – cent quarante-quatre mille cent dix signes, espace compris, au total – ont eu pour premiers lecteurs les membres du Royal Tennis Club de Liège dans leur revue AD (Avantage Dehors).

La nouvelle  est un genre difficile, exigeant. Certains romanciers, et non des moindres, estiment que son art est plus compliqué que le leur. Si dans l’absolu, une nouvelle compte de cinq à vingt-cinq mille signes, il est rare que deux nouvelles ait un score identique de signe espace compris. C’est pourtant le cas dans le recueil de José Brouwers ; Fausses nouvelles et La messe de minuit sont à égalité – six mille quatre cent quatre-vingt-un signes, espace compris. Hasard ou coquetterie d’auteur ?

José Brouwers a la plume locale. Tout, ou presque tout, se déroule à Liège, dans des décors familiers. Ainsi, on y retrouve, à la Taverne berlinoise, un professeur qui ressemble étrangement à un autre, constitutionnaliste éminent. D’ailleurs, l’un et l’autre se prénomment François ! L’érudition de José Brouwers le conduit à un style léger, voire coquin. Il évoque, tantôt, Mae West qui, à la fin d’un slow, murmure de deux choses l’une…ou vous êtes armé ou je vous fais beaucoup d’effet, tantôt Clémenceau, à la vue d’un couple dansant le tango se demande pourquoi diable  font-ils ça debout ?

Érudition sans pédanterie dans ce conte pour grands enfants qui met en scène deux peintres, Tamara de Lempicka et Philippe Waxweiler. L’une a dit parmi une centaine de tableaux, vous pouvez toujours reconnaître les miens. L’autre peut le dire. À l’étal du libraire, parmi la centaine de couvertures illustrant les livres, chacun.e peut reconnaître Rien ne va plus vite qu’une fausse nouvelle illustré du Carré graphique de Waxweiler !    

(1) Disponible à la librairie Livre aux Trésors – tél/fax : + 32 (0)4 250 38 46 – Place Xavier Neujean 27A, B-4000 Liège – mél : info@livreauxtresors.be

À l’Arlequin : « L’ÉVASION DE SOCRATE » d’Armel Job … une histoire plausible !

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    Création mondiale par la Comédie Royale Théâtre Arlequin (1) de la pièce de l’écrivain wallon Armel Job. L’Évasion de Socrate jette le doute sur la véracité d’une affaire qui s’est déroulé à Athènes, il y a plus de 2400 ans. À l’époque, un philosophe nommé Socrate est condamné injustement à mort pour corruption de la jeunesse et athéisme. Sa peine, boire la ciguë. Tout comme Jésus, Socrate n’a rien écrit. Ce que l’on sait de lui, c’est à Platon qu’on le doit. Platon brûle d’ambition (…) Il utilisera la gloire de Socrate pour propre compte (2).

    Armel Job, en helléniste patenté, montre que L’Évasion de Socrate est plausible. Riche marchand d’amphores, Criton (Jean-Louis Maréchal) veut faire évader son ami Socrate (Serge Swysen). Il convient de le mettre dans la confidence et d’obtenir l’aide de son geôlier (Alexandre Tirelier). La promesse de mille drachmes vient rapidement à bout de la première objection de ce dernier : mais n’allez pas croire qu’on m’achète comme ça, m’sieur Criton. J’ai ma conscience. Le geôlier est en charge d’administrer la ciguë à Socrate : je la cultive chez moi. J’ai un carré exprès dans mon potager, à côté des oignons. À la question pourrais-tu lui servir une mixture qui le plongerait dans un sommeil profond ?, la réponse est quand on connaît les plantes, tout est possible.

   Le scénario de Criton est au point. Sitôt la potion absorbée, Criton doit emmèner le pseudo-cadavre chez des amis en Thessalie. Là, Socrate se réveille avec juste une petite gueule de bois, une sensation inconnue de lui car selon Platon, Socrate pouvait boire plus que n’importe qui, mais il n’était jamais ivre. Et comme le dit Xanthippe (Catherine Ledouble), l’épouse de Socrate, Platon et les autres penseront qu’il est mort. Platon l’écrira, il fera de Socrate la plus belle figure de notre temps, sanctifiée par sa mort héroïque, comme Socrate le souhaite. Le tour sera joué. Ce qui compte, ce n’est pas la réalité.  

    Socrate a donné davantage de fil à retordre à Criton. Celui-ci lui reprochant son arrogance durant le procès, Socrate s’en défend : la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien. Les autres non plus ne savent rien. La différence, c’est que, eux, ils croient qu’ils savent. Moi, je se suis comme une simple mouche, un taon, et Athènes est un bon gros cheval. Je lui pique les fesses. Réplique de Criton : le cheval t’a retourné une fameuse ruade ! Même si la sentence est injuste, il est hors de question, pour Socrate, de s’y soustraire en s’évadant.  Je dois m’incliner devant la justice d’Athènes. Certes, on pourrait penser que mon affaire aurait dû être cuisinée autrement, mais maintenant que le plat est sur la table, il faut le manger tel quel. Sinon, ce serait rejeter le principe même de la justice et du droit.

    Cette pensée de philosophe est à la merci du geôlier dont Platon a omis le nom mais qui est appelé par Armel Job, Callibios – Qui vit bien. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Ceci (à gauche), couic ! Ou cela (à droite) ronron ? Socrate de Platon ou Socrate de Callibios ? J’hésite.   

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(1) 17, 23, 24, 30, 31 mars à 20h30 – Billetterie du Forum et du Théâtre Arlequin, rue du Pont d’Avroy 12, lundi au vendredi de 11h à 18h, samedi de 12h à 18h, tél. 00 32 (0) 4.223.18.18. – par internet : theatrearlequin.be

(2) L’Évasion de Socrate – Armel Job – Édition Samsa – 100 pages – 8€

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« À la recherche de sens » : le 201ème « noms de dieux »?

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       Incontestablement, Noms de dieux a été, à la RTBF, une émission-culte. Elle s’est appuyée sur cinq piliers : le titre, l’image, la phrase, le symbole, le pari. En vingt-quatre ans, aucune des personnalités invitées ne s’est dérobée à ces canons. En sorte d’obtenir une unité composée de la diversité plurielle de ces personnalités.

       Jean Olivier – un téléspectateur nomdedieulâtre – s’est livré à un travail de bénédictin sitôt le mot fin est apparu sur le deux-centième numéro. Il vient de publier un ouvrage À la recherche de sens (1). On y trouve tout y compris le patronyme et prénom de tous ceux ou celles qui ont participé à l’équipe de production, même pour une seule émission. À vue de nez, sauf erreurs ou omissions, ce sont trois cent septante personnes qui peuvent revendiquer l’honneur d’avoir contribué à l’érection de l’œuvre collective noms de dieux. On y trouve tout y compris la biographie des deux cents personnalités invitées, complétée d’une phrase de la réponse aux cinq piliers. Jean Olivier a même établi un glossaire allant de Advaita à Zoroastrisme en passant par des termes aussi peu courant dans une conversation que Hésychasme, Philocalie ou Sikhisme.

       Spécialiste de l’étude du coma, Steven Laureys, professeur ULiège, préface l’ouvrage de Jean Olivier, cet essai est un hommage rendu à une œuvre culturelle majeure. L’auteur cherche un lien entre, conscience et matière (sur base de nos connaissances actuelles), d’où la question centrale de son opuscule : « l’univers pourrait-il avoir une conscience ? ». C’est la question qu’il m’a posée !

       Fidèle à l’esprit de noms de dieux, Jean Olivier a réalisé (pages 58 à 65) ce que l’on peut appeler la deux-cent-unième émission en s’appuyant sur les cinq piliers. Son titre : noms de Dieu, son image : Varsovie, 7 décembre 1970, photo de Willy Brandt à genoux au mémorial du ghetto, sa phrase : le plus à percevoir est l’évidence (Edgar Morin), son symbole : une inclusion fluide, son pari ; la plus grande menace, n’est-elle pas d’y réintroduire les Dieux ? Est-ce vraiment la tâche du prochain siècle ? Dans sa recherche de sens, l’auteur s’explique sur les divers piliers. Il invite chacune de ses lectrices, chacun de ses lecteurs à faire leur deux-cent-unième émission (2). De quoi constituer des noms de dieux populaires qui ont leur place à côté de la série réalisée par Edmond Blattchen et Jacques Dochamps.  

     BLATTCHEN OLIVIER.pngEdmond Blattchen et Jean Olivier

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     (1)À la recherche de sens : 200 noms de dieux – Jean Oelivier – Édition edipro – 496 pages – 24 € – www.recherchedesens.beMaximum

  • (2) Dix pages A4 dactylographiées à adresser à la Bibliothèque Ulysse Capitaine, Fonds patrimoniaux (noms de dieux), En Féronstrée 120, 4000 Liège (Belgique)

« Réinventer Liège » … avec une vieille recette

 

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 À juste titre, Liège est très fière du musée de la Boverie, lieu d’expositions temporaires prestigieuses. Ce musée possède également des collections permanentes de grande qualité. Sont-elles mises en valeur ?

   Non répond, dans Consoloisirs, Bernard Hennebert, auteur du livre  Les musées aiment-ils le public ?. Il raconte : Le vendredi 27 octobre 2017, on a visité à deux son fond permanent, de 16H30 à 17H30. Nous n’y croiserons aucun autre visiteur. Ce fait indiqué sur mon facebook attire les réflexions suivantes: «Ce musée a été conçu au détriment des collections permanentes tant pour le nombre et la sélection des œuvres que pour leur mise en scène…»; «Les gardiens sont sympas;-) et bien conscients de cette triste réalité ! La mise en place est pathétique»;(…) La Boverie symbolise l’évolution de la prédominance des expositions temporaires sur la présentation du fond permanent. Certaines institutions seraient même prêtes à ranger leur patrimoine dans leurs réserves loin des regards du public pour favoriser les grandes expositions qui attirent plus souvent le public, les rentrées financières, les sponsors et les médias. Ainsi, dans le musée liégeois, la majorité des locaux spacieux du rez-de-chaussée deviennent les écrins spectaculaires de ces expositions événementielles tandis que la collection doit trouver refuge essentiellement au sous-sol, dans des locaux étroits, bas de plafonds, souvent mal éclairés. La situation est d’autant plus problématique que des chefs d’œuvres naguère exposés avec fastes dans d’autres musées liégeois ont été rapatriés ici.

   À sa prochaine visite, Bernard Hennebert est assuré de rencontrer davantage de monde. En effet, à partir du 1er décembre, tous les musées liégeois, à l’initiative de l’Échevin de la Culture, Jean-Pierre Hupkens, permettent l’accès gratuit de leurs collections permanentes aux jeunes – Liégeois ou non – de moins de vingt-six ans.

   Ce retour en arrière constitue incontestablement un progrès d’autant qu’il est accompagné d’une approche pédagogique renforcée.  Placée sous le signe de Réinventons Liège, cette décision scabinale me fait souvenir que, dans les années cinquante du siècle dernier, adolescent, lors de mon périple dominical à la Batte, j’ai toujours poussé – gratuitement – la porte du Curtius – pas encore grand – ou du musée d’armes. Et le goût des musées m’est venu !  

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Illustrations : Bonaparte, premier Consul (Ingres) – Le vieux jardinier (Claus) 

À pleines dents, WALHARDENT croque l’avenir de Liège !

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    Initié par le Commerce Liégeois (1) que préside Jean-Luc Vasseur, l’association Walhardent dont la mission est de fédérer l’ensemble des « business clubs » et de créer des synergies entre les sphères d’activités commerciales, touristiques et culturelles, a tenu la troisième édition de gala dans le show-room du garage Barvaux, concessionnaire Mercedes-Benz.

    Au programme, une intervention de Willy Demeyer, bourgmestre de Liège. L’horaire a prévu que celle-ci se déroule de 19h à 19h20. Si l’horaire a subi un léger retard naturel, la durée a été strictement respectée. Le maïeur a parlé dix-neuf minutes quarante-trois secondes !  Un exposé clair, précis, concis dont le thème développement économique de Liège a été axé non sur la ville proprement dit mais sur la métropole constituée des vingt-quatre communes de l’arrondissement. 

    Alors que la métropole liégeoise n’est pas encore créée officiellement, elle prend corps dans les faits grâce à la conférence des bourgmestres. Ayant une vision à moyen et long terme du développement, ceux-ci s’accordent sur les mesures à prendre. Ainsi Chaudfontaine est assuré de garder son casino. Ainsi, en matière de logement où les besoins sont criants, il été décidé qu’un tiers est à réaliser à Liège, un tiers dans sa première couronne et un tiers dans la seconde. Ainsi la culture y trouve sa place grâce à la restauration de la Boverie, du Théâtre de Liège, de l’Opéra, de la Philharmonie. La métropole liégeoise s’inscrit entre la métropole de Lille et celle de Cologne.

    Après la partie sérieuse est venu le divertissement. De table en table passe un magicien de in-the-air (2) muni de sa tablette d’où sortent l’étoile de Mercedes, stylo, voiturette … Époustouflant !

    

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Anne BERT : « Mon tout dernier été fut le plus beau humainement parlant, fraternel. »

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    Le hasard fait (parfois) bien les choses. En novembre 2012, les chemins du blog Impermanence  et celui de Liège 28 se sont croisés. Un contact téléphonique avec Anne Bert, auteure érotique et éditrice entre autres d’Impermanence, aboutit au jumelage des deux blogues. Un même goût de la vie, une identique aspiration à la liberté nous a rassemblés. Depuis 2012, Liège a droit de cité dans la région de Saintes et  les lectrices et lecteurs de Liège 28 ont un accès direct à Impermanence Près de deux cents textes sont disponibles.
 
    Sur ce blog : je parle de mes propres livres, mais aussi de  parutions, récentes ou non, de livres  qui ont souvent pour sujet l’intime des hommes et des femmes (…) Des billets d’humeur, sur l’actu,  mais aussi des textes inspirés de ce que je vois.. Bref, ici donc un peu de tout ce qui fait et défait le temps.
 
    Rédigeant la recension de Cinquante Nuance de Grey, Anne Bert s’interroge : La question, finalement, est de savoir si le succès commercial de ce livre érotique témoigne d’un succès littéraire, de la reconnaissance d’un talent d’écrivain. Est-ce le succès de l’esprit (oui, parce que même s’il s’agit de cul, il faut de l’esprit pour pouvoir en parler et l’écrire) ou bien le succès d’un concours de circonstances et d’un marketing bien orchestré après la révélation du désir des femmes qu’on leur parle de sexe et d’histoire de prince charmant venant les réveiller d’un coup de fouet et d’une bonne fessée ? Mais la réponse importe-t-elle dans ce maelstrom  de dollars et  cette dissolution des belles lettres ? Les fesses chauffées à blanc sont de braise et l’incendie se propage partout où le tiroir-caisse fait bling bling, film, comédie musicale, godemichés, parfums, lingerie, cartes de vœux, bijoux de cul et de cou, jeux de société, carnets intimes, et pourquoi pas prochainement pieds de cochonou et langue de porc à effigie du beau Christian et du savon pour laver la foufoune à celle d’Anastasia, si ça fait du blé ? Ahlala…cette horreur m’évoque Cyrano…il disait … »Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! Non ! Non ! C’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! -‘ Ce qui sonne bien, non pas dans l’escarcelle des éditeurs, mais dans le creux de mon oreille.
 
    Début 2016, coup de massue, Anne Bert écrit : J‘ai appris en octobre 2015 que j’étais atteinte de la maladie de Charcot autrement dite SLA (Sclérose Latérale amyotrophique). Cela réoriente mes priorités, et stoppe mes fonctions de directrice de collection chez Numeriklivres. Désormais j’utilise un logiciel vocal et notes audios sur ce blog. 
 
    Ses priorités sont  la lutte pour obtenir le droit à choisir une aide active à mourir en phase terminale de maladie ou en cas de maladie incurable et de souffrances physiques et psychologiques insupportables, que ce soit par euthanasie ou par  suicide assisté. Elle écrit dans ce sens à tous les candidats à la Présidentielle, lance une pétition qui récolte plus d’un quart de million de signataires, se résout à se faire euthanasier en Belgique. Dans Le Figaroun médecin ironise sur le tourisme euthanasique ! Anne Bert est décédée ce lundi. 
 
    Son combat continue. En ce mois d’octobre, Fayard publie son  livre ultime,Le tout dernier été. Un ouvrage qui est  une réflexion sur la fin de vie, sur la liberté, la mort et sur notre devoir d’introspection, mais aussi sur la joie et le goût de vivre Portant un regard sur cet été, Anne Bert de conclure : Mon tout dernier été fut le plus beau humainement parlant, fraternel.

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Armand s’en va, Cécile le suit et Joseph annonce qu’il ne se représentera plus…  LA FIN DU 58ème FESTIVAL DE SPA TOURNE UNE PAGE DE L’HISTOIRE DU THÉÂTRE EN WALLONIE

 

       En onze jours, du 11 au 21 août 2017, le cinquante huitième Festival de théâtre de Spa a organisé soixante-huit activités dont cinquante-six représentations de vingt-six spectacles (dont dix affichèrent complets) suivis par près de dix mille spectateurs dont six cent trente abonnés.

      Ce bilan en une longue phrase ne dit pas l’essentiel à savoir qu’une page importante vient d’être tournée dans l’histoire du théâtre en Wallonie

      Ce lundi 21 août 2017, lors du traditionnel entretien de clôture du Festival de Spa, le Bourgmestre Joseph Houssa, entré dans sa 88ème année, a annoncé qu’en 2018 il ne se présentera pas au scrutin communal du 14 octobre. Devenu conseiller à la fusion de communes en 1976-77 et Bourgmestre dès janvier 1983 (il a donc entamé sa trente-cinquième année de mayorat),  cette personnalité dont la liste a obtenu en 2012 plus de 55 % des votes valables (47 % de ces 55 % étant des votes nominatifs de préférence en sa faveur) a, en 1986-87, géré la crise que connut le Festival lorsqu’un Jean-Claude Drouot méprisant succéda au fondateur Jacques Huisman.  Joseph Houssa joua en 1988 un rôle actif dans la transmission de l’animation du Festival à Billy Fasbender et André Debaar,  puis en 1999, il transmit la direction à un quatuor qui devint vite un duo.

Celui-ci fut dominé dans un premier temps par Armand Delcampe qui put, avec le Bourgmestre, signer en 2002 un contrat programme accepté par le Ministre libéral wallon de la culture, Richard Miller puis négligé par les Ministres socialistes bruxellois de la Culture pendant près de 20 ans. En 2015-2016, un conflit avec la Ministre Joëlle Milquet, qui réduisit les subventions en souhaitant une fermeture, amena Armand Delcampe à se retirer, la co-directrice du Festival Cécile Van Snick assumant une direction intérimaire, tandis que le Bourgmestre Houssa et le Conseil d’administration du Festival confiaient le relais au liégeois Axel de Booseré qui sera seul à la barre, en 2018, lorsque Joseph Houssa prendra sa retraite avec les sentiments de gratitude et de regrets de beaucoup de Spadois et de nombre de leurs amis . Parler d’une page qui se tourne sans évoquer son action toujours la plus favorable possible à l’égard du Festival de théâtre, nous aurait semblé injuste.

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Joseph HOUSSA, Bourgmestre de SPA

      Ceci dit venons en (mais en ouvrant d’abord une nouvelle parenthèse) aux quatre derniers spectacles auxquels nous avons eu le plaisir d’assister et qui furent des réussites.

PRÉSENCES MINISTÉRIELLES

      Première surprise : la personne qui m’accompagnait au spectacle J’ai faim de Jean-Pierre Dopagne me demanda en regardant une spectatrice qui s’asseyait deux rangs devant nous : la reconnais-tu ? Mais ne dis pas de nom… Je répondis: Ne serait-ce pas une Spadoise d’origine qui vient de déménager de l’agglomération bruxelloise vers Liège ? Nous n’avons pas précisé la fonction exacte de cette dame : Ministre Vice-Présidente du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Ministre de la Culture, de la petite Enfance et de l’Education permanente ainsi que Ministre Vice-Présidente du Gouvernement de la Wallonie, Ministre de l’Action sociale, de la Santé, de l’Egalité des chances, de la Fonction publique et de la Simplification administrative (étant entendu que cette simplification ne s’applique pas d’emblée à l’intitulé des titres ministériels). Cette nouvelle responsable de l’action sociale en Wallonie venait de s’illustrer par une petite phrase confiée au quotidien du monde de la Finance L’Echo et confirmée ensuite : Il faut responsabiliser les gens en mettant fin à l’assistanat.Ce genre d’affirmation, rarement entendue jusqu’à présent aux Mutualités chrétiennes, pourrait par contre être utilisée comme réplique grinçante par le dramaturge Jean-Pierre Dopagne.

      Madame Greoli sursauta légèrement quand, sur scène, un Bourgmestre qui engagé à ne jamais abandonner sa fonction communale, annonçait à ses concitoyens qu’il allait les quitter pour devenir Ministre de l’industrie … culturelle. L’auteur ne précisait pas si cet Hôtel de Ville  était proche du confluent de la Sambre et de la Meuse.

      Nous étions étonnés que la Ministre de la Culture vînt au Festival de Spa (contrairement à ses prédécesseurs Philippe Moureaux, Eric Thomas, Charles Picqué, Fadila Laanan et Joëlle Milquet) sans être accompagnée du Bourgmestre, des Directeurs du Festival, de l’auteur et du metteur en scène, etc. Questionnée, Cécile Van Snick me précisa qu’Alda Greoli était venue à plusieurs spectacles du Festival cette année et l’an dernier.

      Cette participation discrète nous amène à espérer que la Ministre acceptera de conclure en octobre un nouveau contrat programme qui permette d’apporter les moyens nécessaires pour renouer avec l’importance d’un Festival de qualité tel qu’il le fut aux meilleurs moments de l’époque du National, puis quand Armand Delcampe proposait jusqu’à une centaine de spectacles comprenant de nombreuses créations intéressantes.

      Ce qui serait peu probable si la Ministre se contentait de suivre l’avis intéressé d’une majorité de subventionnés bruxellois. Quand donc la large majorité parlementaire wallonne comprendra-t-elle que pour rétablir l’équité il est souhaitable d’en revenir aux clés de répartition sur lesquelles, à la fin des années 1970, les Ministres François Persoons et Jean-Maurice Dehousse avaient conclu un accord octroyant à Bruxelles 25 % des dépenses culturelles localisables (vu que cette Région qui bénéficie de la plupart des institutions culturelles restées fédérales réunit 22 % des francophones du Royaume dont elle est la capitale) les trois quarts de ces dépenses allant dans cette hypothèse à la Wallonie qui aujourd’hui, dans les faits, ne bénéficie que d’un tiers des subventions à l’art dramatique ce qui est – de toute évidence – inacceptable. Mais la volonté politique pour en revenir à l’équité ne fait-elle pas tristement défaut ?

J’AI FAIM de Jean-Pierre Dopagne

      Décidément, Jean-Pierre Dopagne confirme qu’il est, en Wallonie, un dramaturge majeur maîtrisant excellemment une construction théâtrale complexe dans un style oral qui a l’apparente simplicité du langage naturel. Comme feu notre ancien Professeur de littératures comparées à l’Université de Liège, Robert Vivier romaniste sensible au charme musical de la langue italienne, Jean-Pierre Dopagne structure cette composition sur les misères de notre monde en faisant tourner sept personnages autour d’une pancarte proclamant J’AI FAIM qu’a placée à côté d’elle une femme jeune et mystérieuse tant qu’elle se tait.

      Les réactions sont fonction des déceptions éprouvées, des ambitions déçues, des rêves abandonnés. Comme toujours, chez ce faux Candide de Dopagne (qui est définitivement retraité de l’enseignement supérieur puisqu’il a fêté son 65ème anniversaire la veille de l’ouverture le 11 août 2017, du festival spadois), l’ironie affleure, cruelle. Iconoclaste, Dopagne dénonce les dysfonctionnements tant de la collectivité que des individus. 

      Depuis 20 ans, celui qui fut l’adaptateur de Dario Fo, a écrit, outre trois saynètes, treize pièces éditées par Lansman, traduites en une quinzaine de langues, la plus célèbre restant L’Enseigneur jouée en France sous le titre Prof par le grand comédien Jean Piat.

     Il nous paraît désolant que la Wallonie n’ait pas encore distingué son mérite exceptionnel : elle pourrait le faire en attribuant aussi cette fois à titre posthume cette distinction à Robert Vivier dont je ne pourrai jamais assez vous recommander la lecture d’un texte assez court (http://www.larevuetoudi.org/fr/story/un-grand-peuple-robert-vivier) écrit lors de la question royale en 1950 par le père adoptif à Chênée d’Haroun Tazieff, le vulcanologue.

      Les huit jeunes comédiens qui ont (dans une sobre mise en scène d’Antoine Motte dit Falisse, assisté par Nathalie Berthet) interprété J’ai faim : Laura Dussard, Manon Hanseeuw, Julie Verleye et Laurie Willième ainsi que Maxime Anselin, William Clobus, John Krier et Gilles Poncelet sont très professionnels. Leur compagnie porte le nom d’un héros du roman Cléopâtre écrit, au XVIIème siècle, par Gauthier de Costes de La Calprenède. Ce héros s’appelle Artaban. Ces comédiens ont-ils été aussi fiers que celui-ci en apprenant que « leur Ministre », celle de la Culture, les a applaudis ? Ils ne nous l’ont pas dit mais, sceptiques comme Dopagne, ces jeunes apprécieront les responsables du domaine de leurs activités en fonction de ce que permettront les moyens tels qu’ils seront répartis;

BEATLEJUICE de Dominique Jonckheere

      Voilà qui n’est pas du théâtre mais un spectacle que les festivaliers ont accueilli avec enthousiasme. Musicien, chanteur, chef d’orchestre, comédien, humoriste à ses heures, l’ingénieur-informaticien Dominique Jonckeere est d’abord un pédagogue perfectionniste passionné. Il travaille vraiment beaucoup mais fondamentalement par plaisir, un plaisir qu’il apprécie pleinement quand il suscite celui des autres.

      Ses brillantes études d’ingénieur civil lui permirent de s’assurer en une vingtaine d’années, une aisance matérielle suffisante pour se consacrer exclusivement à la musique. Il joua d’abord de la guitare, accompagna un moment le chanteur Philippe Lafontaine puis, à 25 ans, se tourna vers la musique classique, fonda et dirigea un chœur (1981-1994) puis un Orchestre (1989-1999) tous deux appelés Oratorio et depuis 20 ans, ce jeune sexagénaire multiplie compositions (notamment pour une dizaine de films) et concerts (plus de 500 de Bach au Rock) en réalisant en outre des spectacles musicaux concernant Purcell et Haendel, Bach et Mozart mais aussi les musiques les plus actuelles. À cet égard, je suis un complet béotien limitant mon écoute à la chanson française à texte et à la musique la plus classique. J’avoue que j’ignorais pratiquement tout des Beatles. J’avoue aussi avoir été séduit et m’être bien amusé lors des deux parties de ce spectacle minutieusement mis au point avec le concours d’une équipe d’une quinzaine de collaborateurs allant d’’une assistante de production et d’un ingénieur du son à la voix et aux bruitages assumés par sa compagne, la comédienne Patricia Houyoux en passant par une douzaine de musiciens en studio : cinq violons, deux altos, un violoncelle, une trompette, un saxo, une clarinette et une choriste. Je suis bien incapable d’apprécier tel ou tel aspect des choix musicaux assurés parmi les 200 chansons des Beatles mais je peux vous assurer une chose : si vous apprenez l’organisation d’un spectacle musical par Dominique Jonckheere courrez-y : c’est une assurance de la plus haute qualité

AU FIL DE L’HISTOIRE DE JEAN LOUVET & TOURNÉE GÉNÉRALE

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            Armand DELCAMPE en compagnie de l’équipe de Liège 28, Pierre ANDRÉ et Jean-Marie ROBERTI 

      Un hommage en deux parties (une biographique et une mise en scène d’un dernier acte théâtral) a été joué, une seconde fois, le dernier soir de ce 58ème Festival .

      Cet hommage Armand Delcampe voulait le consacrer à son compagnon depuis plus de trente ans : Jean Louvet. Armand Delcampe a raison : Louvet, fils de mineur devenu prof de français, dramaturge de talent, homme de gauche aux convictions indéracinables et grand Wallon, chantre de la pleine souveraineté de notre peuple mérite amplement cet hommage. Les complices d’Armand dont son épouse Marie-Line Lefebvre furent excellents.

      Mais pourquoi étions-nous là ? Pourquoi le Bourgmestre de Spa, Joseph Houssa était-il assis dans la rangée qui précédait la nôtre ? Soyons francs, c’était moins pour Louvet que pour Armand Delcampe lui-même dont nous nous disions que ce serait sans doute sa dernière prestation au Festival de Spa auquel il a tant donné de lui-même pendant près de vingt ans.

      Il y a trop à dire à son sujet et à propos de luttes que nous avons partagées comme le rappelle dans La Gazette de Liége ce lundi 28 août le chef d’édition Paul Vaute en citant Liège 28.

ALPENSTOCK de Rémi De Vos

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          Axel de BOOSERÉ, nouveau directeur du Festival de Théâtre de SPA 

      Enfin nous avons quitté ce 58ème Festival de Spa en assistant à une représentation d’une farce paroxystique de Rémi De Vos qu’Axel de Booseré, nouveau directeur du Festival (après l’avoir été de la Compagnie Arsenic qui rassembla 200.000 spectateurs lors de 1.200 représentations), a avec sa complice Maggy Jacot, conçu, mis en scène, scénographié et pour laquelle il a créé les costumes. Avec trois talentueux comédiens Mireille Bailly, Didier Colfs et Thierry Hellin chargés de gonfler les traits et grâce à une équipe de sept techniciens et artisans de qualité pour régler comme du papier à musique les deux demi-heures de ce spectacle échevelé, où ce ne sont pas les portes qui claquent comme dans les vaudevilles mais des éléments du décor qui se détachent de partout, s’avérèrent très joyeuses. En bref du rire et une heureuse conclusion du festival, le racisme étant ridiculisé.

 

Jean-Marie ROBERTI