Feuilleton : Colombo, du marché à la nuit la plus longue par Oncle Bob 3/3

        Nirupama prend une douche et apparaît dans une totale nudité. Un corps majestueux; des seins bien proportionnés et son sexe épilé m’éblouissent. Une vraie déesse dans un corps de femme. Elle m’indique qu’il n’y aura pas de positions spécifiques mais que le blanc que je suis jouera au missionnaire et qu’elle s’occupera de tout.

        Intrigué, je la pénètre avec douceur et ressens un massage délicat d’une série de muscles mis en mouvements. Prisonnier d’une gangue chaude et humide mon sexe est véritablement emprisonné et tous les efforts pour me dégager restent vains.

        Le téléphone sonne. Mon ami Eduardo a été informé par la réception que je me trouve en compagnie d’une femme. Il souhaite regagner notre chambre mais je lui demande d’attendre un quart d’heure et de boire un verre sur mon compte. Il marque son accord tout en maugréant.

        Prisonnier du sexe de Nirupama, toutes mes tentatives d‘extractions sont impossibles. Bienheureux dans ce conduit irradié par d’incomparables et délicats mouvements des muscles, mon sexe accepte la béatitude de ce moment privilégié. Je l’avoue sans honte je suis vaincu par cette puissance féminine hors normes et je ne peux qu’accepter cette situation inédite.

        Le téléphone retentit pour la deuxième fois et je ne décroche pas. Au troisième appel, mon ami Eduardo furieux m’informe qu’il regagne notre chambre.

        Nirupama prend conscience des difficultés qui surgissent et décide de me libérer de son cocon protecteur. Elle prend une douche et se sèche dans les essuies de mon ami Eduardo qui arrive en tirant la tête. Nirupama, étincelante a revêtu son sari, a remis ses bijoux.
Elle m’adresse un sourire d’amazone vainqueur des pauvres hommes que nous sommes. Elle me dit : Merci à toi d’avoir voulu vivre ce moment…Tu n’oublieras jamais cette nuit même si les traits de mon visage et ma silhouette s’effaceront progressivement de ta mémoire.

        Interloqué, je reste muet et me mure dans un silence pesant alors qu’Eduardo manifeste sa colère en insistant sur mon égoïsme. Cette journée qui avait mal débuté se termine par une nuit inoubliable grâce à la volonté d’une femme inconnue et mystérieuse dont j’ignorerai toujours les motivations. Nirupama a laissé une trace unique et profonde, incomparable que je ne retrouverai jamais et que je rechercherai vainement dans toutes mes rencontres ultérieures.

 

 

Feuilleton : Colombo, du marché à la nuit la plus longue par Oncle Bob 2/3

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        Même si j’avais du mal à l’admettre, l’incident du marché m’avait choqué et je percevais un début de déprime. Dans ces cas-là je préfère me réfugier dans la solitude pour réfléchir sur le bien-fondé de notre présence et des implications de notre tournage. Bogdan avait bien compris mon désarroi et le besoin de me retrouver avec moi-même. Il avait décidé de passer la soirée en ville avec Patrice et Eduardo et de s’y restaurer.

        Quant à moi, je me retrouve au bar de l’hôtel confortablement installé dans un fauteuil en cuir de l’époque victorienne. Sur une table en acajou, un serveur stylé a déposé un cocktail local que je m’apprête à déguster lorsqu’une créature de rêve vient s’installer en face de moi, arborant un large sourire. Cette femme d’une quarantaine d’années est revêtue d’un magnifique sari. Elle porte un collier et des bijoux en or.

        Son visage régulier et épanoui inspire le respect. Un front large, des lèvres équilibrées rehaussées par un rouge carmin, des yeux noirs, vifs et perçants, une marque symbolique sur le front attestent qu’elle appartient à la caste des commerçants. Je pense immédiatement à ces sculptures de déesses hindoues et à cet érotisme raffiné.

        Elle se présente dans un anglais oxfordien: – My name is Nirupama. It means : l’incomparable in your language. Elle poursuit dans un français hésitant: Je vois en vous un voyageur dont la curiosité est toujours en éveil. Vous avez l’air triste et j’ai envie de vous rendre joyeux. J’imagine que vous avez lu le Kamasoutra et que vous vous en êtes parfois inspiré. Ce que vous vivrez avec moi cette nuit, si vous le désirez, sera une nuit inoubliable. Votre sexe sera marqué à jamais par le contact de mes muqueuses et malgré une quête interminable vous ne retrouverez jamais ce moment unique que moi, Nirupama, ait décidé de vous accorder.

        Ces paroles, ce visage, cette espèce de don de soi sans contrepartie m’interpelle. Je l’informe que je partage ma chambre avec mon collègue Eduardo et que j’ignore l’heure à laquelle il va me rejoindre. Pour Nirupama, cela n’a aucune importance ; il pourra se débrouiller. Je lui suggère de dîner ensemble pour mieux la connaître mais elle refuse et m’incite à rejoindre ma chambre au plus vite.

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                   ( à suivre )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Feuilleton : Colombo, du marché à la nuit la plus longue par l’oncle Bob 1/3

 

 

        Mon ami Bogdan m’avait proposé de réaliser un court-métrage consacré à l’île de Ceylan – devenue depuis l’État du Sri Lanka -, axé sur la capitale, Colombo,la fête de la Perahera à Kandy ainsi qu‘une rencontre avec des pêcheurs Tamouls établis sur l’île depuis des millénaires. J’avais accepté car ce serait un avant-goût de l’Inde que je parcourerai plus tard sans caméra. Cette fois l’équipe se composait de quatre personnes dont un étudiant,  Patrice, de la section ‘‘Image‘‘ de l’Insas et un professionnel chilien polyvalent, Eduardo, qui s’occuperait du son.

        Je n’ai pas caché à Bogdan que j’aurais préféré filmer moi-même sans l’intermédiaire d’un caméraman car notre duo performant avait reçu un label de qualité pour notre court-métrage MABUHAY aux Philippines.

        Mon attrait pour la découverte étant plus fort que mes réticences, notre quatuor débarque à Ceylan et s‘installe dans le plus bel hôtel de la capitale, Colombo. Bogdan Leszniak avait l’art de choisir les hôtels les plus raffinés. Ces goûts de luxe relevaient de sa généalogie princière. Le Mount Lavinia hôtel, cet édifice remarquable date de la colonisation anglaise. Situé en front de mer, il a gardé les boiseries et les parquets de l’époque coloniale. On a la sensation de se plonger dans l’histoire de l’Empire Britanique et du tout-puissant gouverneur général aux ordres de Sa Majesté

        J’ai décidé de partir en repérages avec Bogdan et de laisser nos deux équipiers récupérer des fatigues du voyage.

        Nous suivons des arcades pour pénétrer dans le quartier commerçant et au marché de Pettah. De nombreux portefaix attendent les clients. Une foule dense et bigarrée circule en tous sens. J’achète une montre dans une boutique, me l’attache au poignet et insère le billet de cinq roupies remis par le commerçant dans la poche avant de ma chemise. Sortis du magasin, nous déambulons dans la foule. Un personnage revêtu d’une sorte de djellaba blanche tente à plusieurs reprises de prendre mon poignet gauche pour y passer un chiffon destiné à nettoyer la montre; sans doute pour la voler. Je le repousse légèrement et, en revenant vers moi, il saisit le billet de cinq roupies qui se trouvait dans la poche de la chemise. Je parviens à lui coincer le bras en lui disant de remettre ce qu’il vient de prendre. Il commence alors à m’invectiver et à appelle les portefaix à l’aide. Nous sommes rapidement entourés d’une foule menaçante qui se presse et nous incite à libérer le voleur. Je décide de lui lâcher le poignet et il disparaît dans la foule qui peu à peu reprend ses activités.

        Cette première prise de contact avec les réalités cinghalaises est désagréable mais une telle situation pourrait se dérouler dans n’importe quel pays et nous nous réconfortons au bar de l’hôtel avec un thé de Ceylan.

        Nous décidons de ne pas parler de cette mésaventure à nos équipiers tout en les incitants à la prudence s’ils envisageaient une sortie nocturne.

ceylan.jpg

(à suivre)

 

Feuilleton : ATTENTAT À MINDANAO par Oncle Bob 2/3

        Si la traversée s’effectue sans problèmes, notre arrivée au ponton s’avère plus délicate. Une dizaine d’hommes armés de mitraillettes nous attendent. Un projecteur nous aveugle. Nous récupérons notre sac de matériels qui sont fouillés puis confisqués.

       Un gradé se présente, le commandant Diaz, cassant mais poli, parlant parfaitement l’anglais et l’espagnol. Il est grand, les traits métissés et fait singulier, possède des yeux bleus. Il nous demande de patienter, puis se dirige vers notre compagnon de voyage, Ikaw.

       La discussion engagée est assez violente et je distingue nettement que notre badjaodonne une liasse de billets verts au Commandant qui le laisse repartir. En regardant Bogdan, je lui demande s’il possède encore des dollars sur lui. Bodgan , homme minutieux , prudent, sait parfaitement gérer les sommes mises à sa disposition. Il m’indique qu’il a conservé des photocopies de nos autorisations, les pièces d’identité et des dollars dans une pochette imperméabilisée qu’il conserve sous la chemise. Un peu plus rassuré nous montons dans l’une des jeeps du commandant Diaz qui nous emmène à la caserne où stationnent les forces armées qui combattent les rebelles.

        L’interrogatoire est correct mais Diaz ne comprend pas notre démarche : filmer un cimetière musulman sur un ilot n’a aucun sens pour lui. Il vitupère cette communauté. Sa généralisation concernant la violence des musulmans nous pèse. L’envie me taraude de lui rappeler l’inquisition en Europe et la violence espagnole dans son propre pays mais la sagesse m’incite au silence. Bogdan en présentant toutes nos autorisations et une lettre personnelle du Ministre de l’Intérieur modifie les réactions de notre interlocuteur dont le ton devient aimable.

       Nous aurions dû le consulter avant notre traversée car les badjaos sont souvent les agents de renseignements des rebelles et nous aurions pu être pris en otage. Il va nous reconduire personnellement à notre hôtel tout en souhaitant une prudence accrue. Le commandant Diaz détient du pouvoir et à l’art de s’en servir. Il a déjà subtilisé des dollars au pauvre piroguier et a l’audace de demander à Bogdan de lui donner un peu d’argent pour mettre de l’essence dans son véhicule.

       Nous ne sommes pas dupes. La corruption existe sous toutes les latitudes et tous les continents. Bogdan a le courage de refuser sous le regard courroucé de l’homme dont les yeux bleus ont viré au gris sombre. Sans nous saluer, le commandant Diaz démarre en trombe pour rejoindre sa caserne. Bon débarras.

       Après ce retour chaotique nous nous relaxons sur la terrasse du restaurant de l’hôtel en dégustant des turo turo sortes de tapas en entrée. Le plat national, l’adobo confectionné avec du poulet du porc et des calamars accompagnés de légumes vinaigrés ravit mes papilles. Bogdan apprécie le lapu lapu, spécialité de poisson grillé servi avec une sauce soja et de l’ail.

       La fin du repas s’achève au moment où éclate une violente explosion suivie de flammes et de fumées qui viennent du bord de mer.

             ( à suivre )

Feuilleton : CEBU : MAGELLAN, LAO TSEU ET CHUANG MU par Oncle Bob 3/3

       Je propose à Chuang Mu une invitation à dîner pour la remercier de nous avoir pris en charge. Elle accepte tout en précisant qu’elle doit rentrer dans le cocon familial avant minuit. Après un agréable repas, je lui suggère de terminer la soirée avec un thé vert sur la terrasse de ma chambre. C’est l’occasion pour moi d’être à l’écoute de sa vie d’étudiante sur l’un des quatre campus de l’Université San Carlos, un établissement créé par les jésuites espagnols. Après la deuxième guerre mondiale, cette Université s’inspire des modèles américains et offre donc des diplômes valables en Asie et dans tous les pays anglo-saxons. Chuang Mu souhaite étudier la langue française lorsqu’elle terminera ses études universitaires car elle a toujours éprouvé une fascination pour la France et surtout Paris cette ville mythique.

       Le contact corporel reste toujours mystérieux. Est-ce un aboutissement ou un commencement ? Le plaisir de deux corps qui s’enchevêtrent, s’enlacent, se caressent, s’apprivoisent, mène à une plénitude éphémère. En caressant les seins, petites pommes à la fois dures et tendres de Chuang Mu, je découvre une petite boule dure qui m’inquiète.

       Le passé retrouve le petit garçon de dix ans avec sa mère atteinte d’une tumeur au sein gauche. L’inquiétude est totale et mon père tente de me rassurer en expliquant la différence entre tumeur maligne et bénigne. Ma mère a échappé au pire car la tumeur n’était pas cancéreuse. Ce moment douloureux de l’enfance, je le revis à dix mille kilomètre de distance avec une jeune femme pleine de vie.

       Je me permets de l’interroger sur cette tumeur. Elle n’ignore pas cette petite proéminence. Elle se méfie de cette excroissance mais indique qu’elle n’a pas les moyens de se faire opérer. Cette situation n’est pas tolérable. Je prends ses coordonnées et lui promet d’envoyer la somme nécessaire à l’opération dès mon retour en Europe. Un faible sourire éclaire son visage. Elle me signifie qu’il est temps de me quitter pour rejoindre son domicile.

       Me retrouvant seul le vague à l’âme m’envahit. Je suis trop triste pour en parler à mon ami Bogdan mais décidé à agir. Lors de mon retour en Europe, une lettre m’attend avec la somme à envoyer pour l’opération. J’opère un transfert bancaire. Six mois après cet envoi, je reçois une enveloppe de Cebu. Sur une carte postale du Temple taoïste, ma déesse chinoise des plaisirs a écrit en français : ‘‘ Tout est OK, Merci, Thanks,谢谢

FIN DU RÉCIT « CEBU : MAGELLAN, LAO TSEU ET CHUANG MU » – © Auteur ; ROBERT LOMBAERTS

Feuilleton : CEBU : MAGELLAN, LAO TSEU ET CHUANG MU par Oncle Bob 2/3

       Le matériel installé, je peux filmer cette ville portuaire qui a été longtemps la première capitale de l’archipel philippin. Bogdan me touche légèrement l’épaule et m’incite à me retourner. Une jeune fille souriante regarde notre tournage avec intérêt. Elle s’approche lentement et demande si nous souhaitons visiter le temple de Lao Tseu.

       Nous apprenons qu’elle est étudiante en philosophie et qu’elle peut pallier notre ignorance en matière de taoïsme. Je me réjouis de cette rencontre car mon premier diagnostic est positif. Voilà une fille intelligente qui va nous apprendre les rudiments d’une pensée ancienne toujours vivante. Notre guide s’appelle Mademoiselle Chuang Mu. Toujours curieux de la signification des noms, je lui demande le sens de son nom. Elle nous avoue, un peu gênée, que Chuang Mu, signifie: la déesse chinoise des plaisirs. Bogdan et moi échangeons des regards complices. Sous le charme duquel d’entre nous mademoiselle Chuang Mu tombera-t-elle?  Nous évacuons très vite nos fantasmes et nous gravissons les marches qui mènent au temple. Chuang Mu nous explique qu’une partie de la population de l’île est d’origine chinoise et que certains Chinois suivent encore la voie de Lao Tseu.

       Lao.jpgPersonnage réel ou mythique, il aurait influencé Confucius. Les représentations iconographiques le montrent sur un trône où sur le dos d’un buffle. Une longue barbe blanche, une large robe richement ornementée, colorée; un éventail dans les mains. Notre guide nous raconte que les anciens sont persuadés qu’une comète à ensemencé la mère du vieux sage alors qu’elle était assise sous un prunier. Il est né vieux et sage .Elle nous explique que son enseignement relève d’une culture de lettré. En montant les marches qui nous mènent au temple, Chuang Mu explique qu’à chaque marche correspond un chapitre des écritures taoïstes. Lao Tseu a marqué les esprits par ses paradoxes. Pour notre plus grand plaisir, Chuang Mu nous en livre quelques-uns: ‘‘ La faiblesse et plus forte que la force ‘‘, Savoir se contenter de ce que l’on a, c’est déjà être riche“ et enfin ‚‘‘ On façonne l’argile pour en faire des vases mais c’est du vide interne qu’en dépendent les usages ‘‘.

       Le livre de la Voie met en valeur le Yin et le Yang. La numérologie est aussi intégrée dans la pensée. Le nombre cinq marque les énergies, les éléments, les couleurs et les directions. L’enseignement de Lao Tseu manifeste la volonté d’atteindre l’harmonie. Il n’y a ni dieu, ni maître. Chacun doit trouver sa voie et suivre son chemin. Les règles sont librement consenties. Ici pas de tyrannie de la foi, ni de prosélytisme. J’ai l’impression que les taoïstes pratiquent une éthique libertaire. Cela me rappelle la citation d’Elisée Reclus, géographe et anarchiste, fondateur de l’Université libre de Bruxelles affirmait : ‘‘l’anarchie est la plus haute expression de l’ordre‘‘. Se gérer soi-même en parfaite harmonie avec les autres constitue le fondement même de la pensée libertaire qui rejoint ainsi la pensée taoïste.

       Après de multiples prises de vues, notamment le gigantesque dragon polychrome situé devant le temple et la réplique miniature de la muraille de Chine qui le protège, je filme la vue imprenable des îles Mactan et Bohol. Nous partageons nos bouteilles d’eau avec notre guide. L’heure est au silence et à la méditation car le soleil rougeoyant descend rapidement à l’horizon. Les brouhahas de la ville nous parviennent faiblement tandis que le son d’un gong transperce l’air pour rejoindre les ancêtres avant de se fondre dans la nature.

               ( à suivre )

Feuilleton : CEBU : MAGELLAN, LAO TSEU ET CHUANG MU par Oncle Bob 1/3

        C’est en équipe réduite que nous nous sommes rendus dans l’île de Cebu, située à près de six cents kilomètres de Manille. Enrique, notre mentor était resté dans la capitale pour accueillir d’autres équipes de tournages.

       Il nous avait conseillé de filmer quelques lieux historiques et si cela nous intéressait de prendre quelques images du temple taoïste de Cebu. Il nous a recommandé la prudence lorsque nous quitterions Cebu pour l’île de Mindanao, notamment Zamboanga, où sévissaient des terroristes musulmans. L’île de Cebu a été conquise par Ferdinand Magellan, ce navigateur portugais, porteur du virus colonial espagnol et du catholicisme. Il scelle une alliance provisoire avec le roi Humabon. Ce dernier fera volte-face après la mort de Magellan suite à une bataille dans l’île de Mactan, en face de Cebu. Le navigateur y perd la vie et sa flotte est décimée.

       Santo Cebu.jpgLa croix de Magellan et l’image de Santo Nino restent des reliques de cette période tourmentée. Cette statue de l’enfant saint, datant du 16ème  siècle, a été sculptée par des artistes flamands. Lors d’une révolte des habitants contre l’occupant, les Espagnols ont incendié une grande partie de la ville. Dans les décombres, la statue de l’enfant jésus est indemne. Miracle pour les colons mais aussi pour les populations indigènes. C’est la raison principale pour laquelle cette île est devenue un lieu privilégié des catholiques philippins. Une réplique de la statue se trouve dans la basilique Santo Nino.

       Magellan, cet explorateur qui donnera son nom au détroit, mercenaire de l’époque, recherche non seulement de l’or mais aussi des épices pour les puissants du 16ème  siècle. L’Espagne et le Portugal se partagent alors le monde du commerce et des finances. Aujourd’hui, il ne leur reste que le ballon rond pour tenter d‘ affirmer une suprématie toute relative.

       Bogdan et moi étions insatisfaits des images conventionnelles, d’autant plus que notre arrivée ne correspondait pas aux fêtes locales, colorées, animées par des danses rituelles et des chants, le sinulog, marqué par un mouvement de va et vient au son des percussions. C’est alors que nous avons décidé d’aller filmer le temple taoïste incrusté dans la colline surplombant la ville.

       Une chaleur humide nous accable pendant la montée vers le temple. Nous nous sommes partagés le pied de caméra, la caméra et tous les accessoires ainsi que deux sacs à dos remplis de bouteille d’eau. Lorsque nous arrivons à proximité du temple, le point de vue sur la ville s’avère être un beau plan général pour marquer le début de la visite de l’île.

Feuilleton : SUR LES TRACES D’APOCALYPSE NOW par Oncle Bob 3/3

        Grâce à notre écoute attentive, le piroguier, finit par accepter notre demande d‘un prix correct. Bogdan l’a convaincu qu’un premier client porte toujours chance, que nous étions originaires d’un petit pays sans grandes ressources financières et que le film servait à la promotion du tourisme local.

        La lumière matinale est propice au tournage. La pirogue progresse lentement dans un paysage parsemé de roches volcaniques, à la flore variée. Tout respire le calme et les sens en éveil restent apaisés. Nous n’avons pas la sensation d‘être au cœur des ténèbres, ni dans une quelconque apocalypse mais dans une nature accueillante, dénuée de toute violence apparente.

        Entre la réalité vécue et les images du film ou les pages du livre ce sont les mots de Joseph Conrad qui traduisent le mieux notre perception.

-‘‘Remonter le fleuve, c’était revenir aux premiers jours de la création,quand la végétation s’épanouissait sur la terre et quand les grands arbres étaient des rois.

Une rivière déserte, un profond silence, une forêt impénétrable. L’air était chaud, épais, lourd, visqueux. Il n’y avait nulle joie dans l’éclat du soleil.‘‘

        Quel bonheur de se retrouver dans la peau d’un pisteur à la recherche de traces visibles d’images virtuelles! Surtout lorsque qu’on arrive à une vaste étendue d’eau, sorte de piscine naturelle où l’on revit la première rencontre des soldats américains et du colonel Kurtz. Là, soudain le virtuel devient réel et les images du film s’imposent.

        Pagsa.jpgNotre piroguier propose de nous emmener sur un radeau pour traverser les chutes et atteindre la grotte du diable située derrière les écrans d’eau. Bogdan est sceptique et craintif. Toujours intrépide, à la recherche de nouvelles sensations mais aussi de plans originaux, je parviens à le convaincre de joindre la grotte. A ce moment, il n’imagine pas que je prendrai la caméra et traverserai stoïquement les rideaux d’eau. Ce qui fut fait au grand désespoir de mon ami, Bogdan, persuadé que j’avais endommagé sa caméra. Il n’en n’était heureusement rien et nous avons pu prendre le chemin du retour.

        Au bout de quelques minutes nous entendons des clameurs qui montent vers nous. Des dizaines de bateaux, ornés d’un drapeau japonais; des touristes pressés les uns contre les autres remontent la rivière. Nous avons échappé au tourisme de masse, pour replonger dans nos souvenirs littéraires et cinématographiques. Comme le disait Adriano :-‘‘ Vous avez vécu un moment privilégié : la naissance de la lumière dans l’équilibre de la nature. Vous étiez à la recherche de vous-mêmes en dehors des flux tumultueux de touristes pressés qui regardent mais ne voient rien ; entendent sans écouter…“

 FIN DU RÉCIT « SUR LES TRACES D’APOCALYPSE NOW » – © Auteur ; ROBERT LOMBAERTS

Feuilleton : SUR LES TRACES D’APOCALYPSE NOW par Oncle Bob 2/3

        La comparaison s’arrête là. Le roman est dense, complexe avec différents niveaux de lecture. Le film est une œuvre baroque aux images puissantes; à la bande sonore somptueuse. Un opéra dantesque, nauséabond, hallucinant.

        La différence entre la production littéraire et cinématographique se situe dans l’écriture subtile et raffinée d’un romancier de talent et le spectacle grandiose, effrayant parfaitement fabriqué suivant les normes hollywoodiennes par un réalisateur tourmenté, à l’égo démesuré encore plus mégalomane que son cinéma.

        Notre guide Enrique nous a confié au chauffeur et nous sommes partis à la fin de la nuit pour pouvoir embarquer aux premières lueurs de l’aube. Arrivés à l’embarcadère après plus d’une heure de route, Bogdan fait montre de tous ses talents de négociateur pour obtenir un prix correct pour le voyage en pirogue. Francis Ford Coppola est passé par là. Le dollar domine et le batelier, Adriano, s’imagine que nous avons des moyens financiers illimités. Normal car j’ai dans les mains une caméra professionnelle dont l’aspect ne lui est pas inconnu. En discutant nous apprenons qu’Adriano a fait de la figuration dans la séquence tournée à Pagsanjan.

        Il nous raconte que les Américains avaient de curieux comportements. Ils ne lésinaient ni sur l’alcool, ni sur la drogue; de nombreux techniciens étaient malades, atteints par la fièvre ou la dépression. L’atmosphère était sinistre.

        Il se souvient que le comédien principal qui jouait le rôle de Kurtz (Marlon Brando), la boule à zéro, une vraie tête de bagnard, s’identifiait à son personnage au point de dormir dans une barge et de fréquenter davantage les figurantes philippines que l’équipe de réalisation.

              ( à suivre )

Feuilleton : SUR LES TRACES D’APOCALYPSE NOW par Oncle Bob 1/3

        Pagsanjan se situe à une centaine de kilomètres de Manille. Vouloir découvrir et filmer ce lieu était dû à un double souvenir. D’une part, la lecture du roman de Joseph Conrad ‘‘Au coeur des ténébres‘‘ ; d’autre part, le film de Francis Ford Coppola ‘‘Apocalyspse now‘‘, consacré à la guerre du Vietnam dont certains éléments ont été empruntés au roman de Joseph Conrad.

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        Le roman se situe en Afrique. Cette œuvre à la fois réaliste et symbolique est une lente incursion dans l’horreur, la fascination du pouvoir , les exactions des colonisateurs sur les populations locales, la folie d’un homme Kurtz et la remontée du fleuve, un saut dans un monde mystérieux. Ce personnage paranoïaque et tellement humain nous transporte au cœur des ténèbres lorsque le narrateur, Marlow, écrit : -…‘‘ je comprends mieux la signification de son regard fixe, incapable de voir la flamme de la bougie mais assez vaste pour embrasser tout l’univers, assez pénétrant pour sonder tous les cœurs qui battent dans les ténèbres. Il avait tout récapitulé et tout jugé: ‘‘l‘ horreur!“

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       Quant au film, réalisé aux Philippines, cette adaptation très libre du roman, se déroule en Asie pendant la guerre du Vietnam. Le roman et le film ont en commun la folie d’un homme qui a créé son propre royaume ; exercé sa domination sur la population au prix de dizaines d’assassinats ainsi que la remontée du fleuve semée d‘embûches.

         ( à suivre )