« Les Nuits de Liège »: la chance d’Angelo Danubio, son accent!

Les Nuits de Liège (1), le dernier opus de José Brouwers, est davantage que le récit de la vie d’Angelo Danubio, un des créateurs de la vie nocturne liégeoise durant près d’un demi-siècle. Lorsque le papa d’Angelo et Marianne, Luigi, en décembre 1947, quitte sa femme Rosina et sa cité d’Enna en Sicile pour venir travailler dans les mines belges, il ne trouve point l’eldorado promis par le Protocole belgo-italien du 23 juin 1946. Ce Protocole prévoit l’envoi hebdomadaire de 2000 Italiens à destination des charbonnages belges en échange de 200 kilos de charbon par jour et par homme achetés par l’Italie. La Belgique s’engage notamment à procurer un logement décent aux mineurs italiens par l’intermédiaire des charbonnages, à respecter du plus possible l’habitude alimentaire des Italiens.

Les Italiens sont logés dans des baraquements en tôle, improvisés d’abord pour y enfermer des prisonniers. Le sol, c’est de la terre battue (…) Les mineurs débutants reçoivent leur lampe, leur bleu, leur casque après deux ou trois jours. Ce ne sont point des cadeaux. On retient de leur salaire le prix de cet équipement pourtant indispensable. Pour descendre dans le puits, ils empruntent un ascenseur rudimentaire ouvert sur le mur où l’eau dégouline. D’aucuns tel l’ami de Luigi qui a pourtant connu les mines de soufre en Sicile ne peuvent supporter ce premier accès à l’enfer qui sent la suie et pue la mort. L’ami de Luigi est arrêté, traité comme un délinquant, jeté en prison. Oui, pudiquement appelée centre fermé. Et puis expulsé vers la terre natale de Pirandello.

L’ami rentre à Enna en février 48 : c’est l’enfer, Rosina (…) et je ne te parle pas seulement du travail innommable mais encore de l’accueil qui est indigne. (…) Rosina s’est mise à pleurer. Luigi en être réduit à cela pour nous nourrir les enfants et moi. Il rêvait d’un travail agréable, bien payé, et il vit un cauchemar. En revanche, Luigi s’est habitué, mieux s’est adapté à ce labeur d’esclave. C’est un optimiste, un homme plein de courage, de joie de vivre. Après un an passé dans l’obscurité, il retrouve la lumière. Il revient à Enna. (…) Les économies grapillées ne lui permettent pas d’entreprendre une nouvelle vie dans sa jolie ville auprès des siens. Il s’avère qu’il n’y a qu’une solution : repartir pour la Belgique. Ce n’est que le 13 août 1951 que l’ensemble de la famille est réuni au 128 de la rue Émile Vandervelde à Glain car désormais Luigi travaille au charbonnage Patience et Beaujonc et non plus à Beringen comme en 1947.  

 Sitôt arrivé en Belgique, Angelo qui ne parle qu’italien est inscrit à la communale en première année primaire. Il passera en deuxième dès Noël, et en troisième à Pâques. À 12 ans, il termina ses primaires en tête de classe avec son ami Bruno qui deviendra ingénieur civil. Ensuite, il fait ses moyennes, il aurait souhaité poursuivre ses humanités et tenter l’entrée à l’université mais son père souhaitait qu’apprenne un métier et l’inscrivit à l’école technique du quai du Condroz.  Événement important dans la vie d’adolescent d’Angelo, sa sœur se marie. Un mariage à l’italienne impose des sacrifices. Luigi vendit la maison familiale d’Enna. (…) Il avait sa fierté. (…) Le mariage de Marianna les laisse sans un sou. Mais, dès cet instant, plus jamais, il ne voulut demander de l’argent à ses parents. Étudiant, il alterne divers jobs dont celui de travailler au resto de son cousin Dino en Bergerue.

En cours du soir, il prépare l’examen d’entrée au laboratoire de métrologie de la Fabrique Nationale. Il le réussit. Mais il a d’autres passions : la lutte gréco-romaine qu’il pratique à l’Académie liégeoise de la Sauvenière, sa salle de gymnastique et l’amour, à 17 ans, il tombe sérieusement amoureux de la femme de sa vie, Josiane a 15 ans. Il l’épouse en mars 67.

Un défi de ses collègues de la F.N. – à la foire de Liège, affronter un des champions du Sporting Palace – le fait entrer, suite à sa victoire sur Panchovilla ex-champion du Mexique, dans le monde du catch. Il participe au championnat d’Europe de lutte professionnelle et même au tournoi de catch de Francfort. Celui-ci dure une semaine et Angelo fait quotidiennement le trajet aller-retour entre la F.N. et Francfort. Son secret, le lift de l’estomac. Qu’est-ce que c’est que ça ? Angelo s’installe les pieds en hauteur sur une planche inclinée à 30 degrés, il respire très profondément et il s’endort pendant une heure. Il régénère ainsi le sang asphyxié. (…) Et il est à son poste à la F.N. une plus tard, en pleine forme. Ayant eu une promotion à la F.N., il tombe sur un petit chef qui lui déclare : Danubio, je suis allergique aux Italiens. Dites-vous que tant que je serai ici, vous resterez au bureau, sans congé de faveur pour vos petites sorties sportives. Angelo n’eut pas à réfléchir. Sa réponse fut prompte, directe, définitive : je suis aussi allergique, Monsieur, mais moi, c’est aux poils de chat. Il existe pour contrer cela des vaccins. Pour votre allergie aux Italiens, il n’y a aucun médicament. C’est pourquoi, je vous donne ma démission. Le papa Luigi est déçu : Quitter la F.N. pour l’Horeca !

Dorénavant l’Horeca sera sa voie. La voie idéale pour que sa voix adopte un solide accent liégeois. Cet accent sera la grande chance dans la vie d’Angelo. Il va lui permettre de rencontrer à Strasbourg le directeur de Kronenbourg pour la Belgique. Quelques mois plus tard, le 22 octobre 1971, le maïeur de Liège, Maurice Destenay, inaugure rue des Dominicains la Taverne Kronenbourg. L’innovation d’Angelo fut d’ouvrir 24 heures sur 24, à 15 heures, Angelo prend la relève avec une station au comptoir jusqu’au lendemain à 9 heures (…) Cela durera jusqu’en 1976. (…) Dans la belle taverne où il était roi, Angelo souhaitait fidéliser une clientèle agréable dans une ambiance détendue et joyeuse avec, en diffusion permanente, de la bonne musique en accord avec cette clientèle. La clientèle était variée et venait par vagues, des profs d’Univ – Quaden, Rentier -, des cinéphiles, des amateurs d’opéra jusqu’aux belles de nuit.

À travailler 18 heures par jour durant des années, Angelo dégage des fonds pour créer un club de nuit. Sur la suggestion de Marcel Liben, comédien et bistro, il ouvre rue d’Amay le Quiet Club. Caractéristique de ce club de nuit, pas de piste de danse, de l’avis des pessimistes : c’est voué à l’échec. Mais Angelo conquiert sa clientèle avec de la bonne musique, classique, jazz, chansons françaises. En 1982, rue Saint-Jean-en-Isle, ouverture d’un nouvel établissement. C’est Lucien François, professeur à l’Université de Liège (…) qui persuade Danubio de donner à son nouveau club le nom de Jason, personnage mythologique ravisseur de la Toison d’Or. Voulait-il souligner le courage d’Angelo et sa persévérance, à travers ce nom du héros antique ?

Richement illustré de photos relatant une quarantaine d’année de Nuits de Liège, le livre fourmille d’anecdotes sur cette période. Cela va de Claude Nougaro, aux soirées afro-cubaines, au marathon de la chanson française sans oublier la place de l’art. C’est lui qui surtout commence dès l’ouverture du Quiet club, à exposer des artistes (…) Il a compris que les artistes par définition sans trop de moyens doivent pouvoir montrer leur travail. Il les accueille, graveurs, peintres, sculpteurs. Il leur offre gracieusement les cimaises du club. Il agira de même quand il ouvrira sa galerie d’art. Galerie gérée par sa fille Rosanne.

Après avoir remis en 2004 le Jason qui disparaitra en 2008, Angelo installe rue Saint-Jean-en-Isle le Quiet Club. En juin 2017, il cède celui-ci à Americo, son filleul, fils de sa sœur Marianne et à son petit-neveu Régis. Le club est bonnes mains, affirme Angelo. Ils sont jeunes, intelligents, ils savent sélectionner la clientèle et lui assurer la sécurité, car ils sont aussi de solides sportifs. De beaux jours en perspective pour les Nuits de Liège !

  • Les Nuits de Liège sont notamment disponibles dans les librairies Livres aux trésors, place Xavier Neujean et Pax, place Cockerill – 20 €        

« PARIS-PANAME » au Troca : une Revue du tonnerre!

Grâce à l’amabilité de Michel Depas, directeur du Trocadéro, Jean-Luc Vasseur et ses équipes du Commerce liégeois, de Walhardent et de Culture-Liège ont convié des centaines de Liégeois.e.s à la générale de la Revue Paris-Paname. Durant plus de deux heures, un spectacle féerique a charmé leurs yeux et leurs oreilles dans cette bonbonnière de velours rouge et de peinture à la feuille d’or. Une salle magique datant de la fin du XIXème siècle dont la charpente métallique de la toiture a été créée par Gustave Eiffel. Initialement appelée Eden-Strasbourg, rapidement Liège la dénomme Strass. En 1898, une pub proclame : À Strass, èl rowe Lulay / On s’distrêye, on s’y plait / S’on vout passer s’dimègne / Sins s’plainde èt sins fér l’hègne / Qu’court èl rowe Lulay / À Strass, là wisse qu’on s’plait. En 1903, changement de nom : La Renaissance. Une salle qui accueillera notamment des vedettes telles Félix Mayol, Yvette Guilbert et la Belle Otero.  Ce n’est qu’en 1915 que le théâtre de la rue Lulay-des-Fèbvres prend le nom de Trocadéro.

Paris-Paname, c’est un bonheur intégral en voyant évoluer dans des chorégraphies de Toto Mangione filles et garçons de toute beauté, de souplesse et de charme. Comme l’écrit dans le Journal du Troca la Meneuse de Revue Claire Camille : les Chorégraphies de Toto Mangione sont un régal autant pour le corps que pour les yeux. Autre sujet d’émerveillement pour Claire Camille dont la carrière va de l’Opéra de Paris au Ballet Béjart sans oublier le Lido de Paris en tant que Meneuse de Revue, les costumes de Sébastien Lallemand. Je continue d’être estomaquée à chaque costume que je découvre ici ! Le travail des plumes et des strass est divin, et je sais à quel point ces détails sont longs, fastidieux et coûteux à réaliser. Je salue ce travail d’orfèvre et n’ai qu’une hâte : le mettre en valeur et lui donner toute l’attention qu’il mérite !

Le Troca comme on dit à Liège et dans l’adresse courriel du théâtre – www.troca.be – est incontestablement dans notre royaume le lieu des Revues à grand spectacle à l’image des scènes parisiennes. Outre Paris-Paname, en même temps, le Troca programme la Revue Prestige avec Alexise Yerna. Ainsi, le 31 décembre à 17h. est à l’affiche Prestige (1) tandis queà 21h, Paris-Paname (2) l’est.  

  • Représentation Prestige : 13/12 15h, 14/12 15h et 20h, 15/12 15h, 21/12 15h, 22/12 15h, 31/12 17h, 5/1 15h. Réservation du mercredi au samedi de 12h à 18h : tél. 04 223 34 44.
  • Représentation Paris-Paname : 23/1115h, 24/11 15h, 31/12 21h, 18/1 15h et 20h, 19/1 15h, 25/1 15h, 26/1 15h, 8/2 15h, 9/2 15h. Réservation du mercredi au samedi de 12h à 18h : tél. 04 223 34 44.

DIRE, NE PAS DIRE

Les prescripteurs de la langue française c’est-à-dire notamment les journalistes, les publicitaires, les professeur.e.s auraient intérêt à consulter de temps à autre le site de l’Académie française et sa chronique dire, ne pas dire – http://www.academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire. Un excellent moyen de lutter contre des expressions à la mode telles ce parti doit changer son logiciel ou c’est dans l’a.d.n. de l’équipe qui ne sont que des extensions de sens abusives.

Ainsi, l’Académie française rappelle qu’un logiciel est un ensemble structuré de programmes informatiques remplissant une fonction déterminée et permettant l’accomplissement d’une tâche donnée. On parle ainsi de logiciel de traitement de texte, de logiciel éducatif, du logiciel d’exploitation d’un ordinateur. Dès lors on évitera d’abuser de l’image qui consiste à faire de logiciel un équivalent de « manière de penser, de voir le monde » ou d’« ensemble d’idées », fût-ce pour évoquer des groupes, des partis, des institutions qu’on juge en décalage avec leur époque ou avec la situation actuelle. Plutôt que de dire que tel ou tel parti « doit changer son logiciel », on pourra dire qu’il « doit se renouveler », « envisager différemment l’avenir », « s’adapter au monde actuel ».

Ainsi, l’Académie française écrit : Désoxyribonucléique ! C’est là un bel octosyllabe, peu employé en poésie et assez difficile à retenir pour les non-initiés, mais formidablement utilisé quand il est sous sa forme abrégée (précédé d’acide, lui aussi abrégé), A.D.N. De la même manière qu’il convient de ne pas abuser des métaphores informatiques, on évitera d’emprunter trop systématiquement au vocabulaire de la biologie quand des locutions déjà validées par l’usage sont à notre disposition.

 Exemples de locutions déjà validées par l’usage : Le dépassement de soi est une caractéristique majeure de notre équipe ou L’antiracisme est une valeur fondamentale de notre parti au lieu de Le dépassement de soi fait partie de l’A.D.N. de notre équipe ou L’antiracisme est dans l’A.D.N. de notre parti.

Art et climat.

Durant la semaine du Sommet Action Climat, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié un nouveau rapport spécial portant sur les océans et la cryosphère. On y apprend que durant le vingtième siècle, le niveau des océans a augmenté de quinze centimètres. Cette hausse va s’accroitre durant des siècles.

Le GIEC prévoit que, fin de ce siècle, pour autant que les températures n’excède pas une augmentation de 2 degrés, le niveau des océans  est prévu de s’élever de trente à soixante centimètres. La vice-présidente du GIEC, l’américaine Ko Barrett  met en garde : Les changements rapides dans les océans et les parties gelées de notre planète forcent les citoyens des villes côtières jusqu’aux zones reculées de l’Arctique à modifier fondamentalement leurs modes de vie. 

Les prévisions du GIEC sont encore moins optimistes si le réchauffement atteint les trois degrés. La hausse de la mer dépasserait le mètre. Le risque de submergement de la Vlaamse Kust et même d’Anvers est pratiquement certain. La superficie de la Belgique descendrait en dessous  des 30 688 kilomètres carrés actuels.

Dès avant la parution de ce rapport spécial du GIEC, la sensibilité artistique a perçu cette évolution. Ainsi, à Chaudfontaine, lors d’une exposition intitulée Le rendez-vous des artistes, une toile de Suzanne Denooz (photo en-tête) montre trois toitures caractéristiques des villas de Knokke-Le Zoute. L’œuvre est sobre. N’émergent de la vaste étendue d’eau que les toits et les sapins appelés à disparaître.

La saison 2019-2020 au Théâtre de l’Étuve.

La nouvelle Étuve a choisi le jour de la Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles – le 27 septembre – pour entamer sa saison 2019-2020. Quinze spectacles répartis sur cinquante-cinq jours de représentation pour accueillir quelques trois mille spectateurs dans la cave du 12 rue de l’ Étuve, ancien murissoir de bananes devenu théâtre il y a plus de soixante-cinq ans.

En matière d’abonnement, une formule inédite portant sur cinq spectacles est proposée au prix très intéressant de quarante-neuf euros. Cet abonnement laisse libre le choix du jour de la représentation. À l’affiche de ce quinté, suite de Toi c’est moi, Toi c’est nous suivi de Nos femmes avec John Grégoire, Pierre Meurant et Anthony Semirana, Bourvil, la tendresse un cabaret concocté par Philippe Dengis, Le Souper où Fouché et Talleyrand sont commensaux et enfin retour des Casse-pieds.

Premier spectacle, le 27 septembre : aux Trois Petits Cochons de Walt Disney, Jean Dufour – auteur et comédien – préfère L’histoire des quatre petits cochons, conte où ne compte que  le plaisir de se jouer des mots, des traditions et des idées toutes faites.

Dernier spectacle, le 23 mai 2020 : Musiques et textes de Guy Lukowski interprétés par Jacqueline Meunier. La guitare a connu au milieu du siècle dernier un tel regain qu’il est permis d’évoquer un phénomène social autant que musical. Symbole de liberté pour la jeunesse, la guitare a été source d’un vaste répertoire et de grands virtuoses. Le Liégeois Guy  Lukowski fait partie de ces virtuoses. Jacqueline Meunier est une interprète subtile et envoutante.

Entre ce premier et ce dernier spectacle, la programmation de la nouvelle Étuve est riche des cinq soirées proposées dans la formule abonnement et de huit autres dont deux avec le sommelier Éric Boschman dont l’une consacrée au vin Ni dieux ni maîtres, un vrai wine-man-show et l’autre consacrée à la bière. Il a un spectacle dédié à Barbara, un autre à la chute du Mur de Berlin, du Jazz manouche, un autobiographique d’un ancien chef étoilé, un voyage en accordéonie et Désolé, c’est monstrueux.

Pour davantage de détails, le plus simple est d’aller voir sur le site www.theatre-etuve.be, un site clair qui – originalité à noter – associe spectacle et gastronomie. À une cinquantaine de mètres de l’Étuve, il y a un excellent restaurant libanais Le Phénicien. Il est possible d’acquérir pour 32 € (29 € pour les senior.e.s) un billet combiné spectacle et dégustation au resto de mezzé et brochette, soit avant ou après le passage au 12 rue de l’Étuve. C’est la garantie d’un double plaisir obtenu en virant au BE27 7320 2709 4373.

La liberté d’expression mise à mal au Liban.

L’histoire se passe au Liban. Prenant connaissance de la programmation du Festival international de Byblos qui a invité, comme en 2010 et 2016, Mashrou’ Leila, un groupe rock libanais, le père Camille Moubarak, responsable de l’école doctorale de l’Université La Sagesse, invite, sur Facebook le 19 juillet,  les chrétiens fidèles à s’abstenir d’assister à ce concert prévu le 9 août.   Jbeil (NDLR nom actuel de Byblos), citadelle de la civilisation, n’est pas un endroit pour la perversion. Je demande aux habitants de Jbeil en particulier et aux Libanais en général de boycotter Mashrou’ Leila, le groupe qui va chanter à Jbeil pour répandre la dépravation, la corruption et le manque de respect envers les symboles religieux.

Mashrou’ Leila, fondé en juillet 2008 par des étudiants de l’American University of Beirut, est à présent un groupe phare du Moyen-Orient, avec ce mélange unique  de rock alternatif et de poésie arabe connu internationalement. Le chanteur du groupe, Hamed Sinno, affiche son homosexualité. Ce qui au Liban n’est certes plus un délit depuis l’an dernier mais est toujours répréhensible comme atteinte à la morale publique. Nous sommes quatre Libanais de différentes religions et milieux socioculturels. Notre objectif  est et a toujours été de nous épanouir en temps qu’artistes et d’utiliser les espaces qui nous sont offerts pour essayer de mettre la lumière sur les problèmes du monde qui nous entoure, tout en essayant de rendre les personnes autour de nous fières. Ni plus ni moins.

Le 20 juillet, sur Facebook, un cadre du Courant Patriotique Libre, le CPL parti du Président du Liban Michel Aoun, Nagy Hayek habitant Jbeil écrit : Cela n’est pas une mise en garde concernant le concert du 9 août à Jbeil. Il s’agit d’une menace directe envers ce groupe et envers tous ceux qui travaillent à promouvoir ses concerts à Jbeil. Nous empêcherons le concert par la force et je serai le premier à le faire. Celui qui porte atteinte à la Croix et au Christ n’a pas sa place à Jbeil. Ce texte retiré deux jours plus tard enflamme les réseaux sociaux, les partis politiques, les ecclésiastiques maronites dont l’archevêché de Jbeil et le Centre d’information catholique qui demandent l’interdiction du concert et le service de la Sécurité de l’État.

Ce service a interpellé deux musiciens du groupe de rock qui ont comparu devant la procureure du Mont-Liban, Ghada Aoun. Celle-ci a ordonné leur relaxe et n’a point demandé l’interdiction du concert. Deux partis chrétiens, les Forces Libanaise (FL) de Samir Géagéa et le CPL réclament l’interdiction à l’inverse du parti Kataëb de Samy Gemayel inquiet du danger qui plane sur les libertés dans le pays.

Mais que reproche-t-on à Mashrou’ Leila ? Réponse de Fifi Abou Dib, chroniqueuse au journal L’Orient-Le Jour : « un article partagé… en 2015, par le chanteur du groupe, Hamed Sinno, sur sa page Facebook, extrait du blog d’un intellectuel américain, activiste des droits de l’homme, diplômé de Harvard. Le blog s’appelle Paper Bird et son auteur signe ses papiers Scott Long. L’article en question est une étude sur les « Icônes », homosexuelles s’entend, et la manière dont la communauté gay, particulièrement vulnérable et isolée dans presque toutes les sociétés du monde, s’attache à des personnalités célèbres auxquelles elle s’identifie, qu’elle s’approprie comme une sorte de bouclier magique et qu’elle glorifie. Cet article est illustré d’une série de portraits de la star pop Madonna apposés sur une icône byzantine, d’un artiste inconnu qui pourrait être, selon certains, de par le style, l’artiste anonyme syrien Saint Hoax. Exhumée après un oubli de près de 5 ans, isolée de son contexte, l’image de Madonna en icône byzantine a été attribuée à Hamed Sinno et brandie par une bande d’allumés comme preuve que Sinno et son groupe incitent à la haine sectaire et insultent les symboles chrétiens. Pour ce qui est des chansons incriminées, l’album tout entier auquel elles appartiennent est inspiré des fêtes païennes de l’Antiquité. L’une d’elles est adressée à Aeode ou Aiode, fille de Zeus et l’une des muses béotiennes, muse de la voix et du chant. Certes, les paroles peuvent être jugées provocantes dans un contexte de susceptibilité  religieuse exacerbée : « Je vais noyer mon chagrin, oublier mon nom et me donner à la nuit/ baptiser mon foie dans le gin/danser pour exorciser les djinns/tremper mon foie dans le gin/au nom du père et du fils. » Dans cette incantation, le chanteur promet à la déesse de se débarrasser de ses démons (ses tourments et ses blocages, bien sûr) pour recevoir la grâce de l’inspiration.

Finalement, avec colère et tristesse, en accord avec les musiciens de Mashrou’ Leila, le  Festival international de Byblos a annoncé être obligé d’annuler le concert pour éviter une effusion de sang et préserver la sécurité et la stabilité. Décision entraînant une prise de position inhabituelle dans la presse, celle du quotidien L’Orient-Le Jour dont le PDG est Michel Eddé, ancien président de la Fondation et de la Ligue maronites, ancien ministre.  Après discussion au sein de la rédaction, il nous a semblé que pour tenter d’enrayer d’emblée un engrenage risquant, bien au-delà de cette affaire, de s’avérer fatal pour les valeurs défendues depuis toujours par ce journal, il nous fallait réagir autrement qu’à l’accoutumée. Cette réaction prend la forme d’un appel (adopté à une quasi-unanimité par la rédaction) à tirer pleinement les leçons de cette affaire, pour ne plus jamais laisser la peur triompher.

Intitulé Liberté d’expression : ne cédons pas face à la violence, l’article réaffirme sonattachement au pluralisme religieux et au respect de la foi de tout croyant, comme à la liberté de chacun de ne pas croire, dans une région où ces principes sont chaque jour un peu plus menacés. (…) nous ne pouvons qu’être indignés face à l’enchaînement des faits qui ont conduit à ce renoncement. () Il est de notre devoir à tous de veiller à ce que notre pays demeure fidèle à sa vocation, être « un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l’Orient comme pour l’Occident » (Jean-Paul II).

Réaction également de la Fondation Adyan rassemblant chrétiens et musulmans en vue de sortir du communautarisme qui modèle encore la société  libanaise. Dénonçant la crise d’hystérie engendrée autour de l’affaire Mashrou’ Leila, son directeur le père Fadi Daou, un prêtre maronite, estime que  cela ne justifie aucunement l’interdiction d’un concert. Ne l’oublions pas : la valeur ajoutée du Liban est qu’il est le berceau des libertés, avec à leur tête la liberté de croyance et la liberté d’expression. Ce sont les chrétiens en premier qui doivent les sauvegarder et les défendre.

Conclusion de l’affaire Mashrou’Leila, deux opinions tranchée de Libanais-es: Si tu as peur pour ta foi à cause d’une chanson, reconsidère ta foi, pas la chanson et On veut toujours nous amener, nous autres libanais, donc moyen-Orientaux à des normes occidentales, donc permissives à outrance, pour faire de nous de bons singes qui doivent savoir singer.

Cette atteinte à la liberté d’expression dont la presse internationale a brièvement rendu compte n’est pas la seule que le Liban a eue à connaître cet été au point qu’il est permis de dire que cette liberté essentielle est sérieusement menacée. Pas plus tard qu’en ce mois d’août, l’annulation d’une représentation du groupe satirique Ktir Salbeh Show dans un restaurant du Sud-Liban proche de Bint Jbeil, forteresse de la résistance aux dires du Hezbollah. Annulation due faute de clientèle assure le restaurateur. Version contestée par une journaliste Nada Ayoub qui affirme qu’une personne affiliée au Hezbollah a demandé au restaurant d’annuler le spectacle à cause de la tenue des actrices et des blagues à caractère sexuel qui ponctuent la représentation. Version plausible si l’on sait qu’à Bint Jbeil, ville de trente mille habitant.e.s, l’organisation chiite y interdit la vente d’alcool de même que la musique et les fêtes pour les mariages.

Toujours en ce mois d’août, à Nabatiyé, annulation d’une soirée d’hommage à Mahmoud Darwich, célèbre poète palestinien de confession sunnite décédé en 2008. La lecture de ses poèmes devait être accompagnée musicalement par un joueur de tabla. Une atteinte intolérable à la religion.  Tout comme la diffusion d’un cliché montrant une jeune fille, dos nu, devant un mur couvert de graffiti dont l’un en arabe, Dieu est passé par là a valu à son auteur Jad Ghorayeb une volée d’insultes sur les réseaux sociaux.

ULTIMES COMMENTAIRES SUR LE SOIXANTIÈME FESTIVAL DE SPA.

Ce samedi 19 août, accompagné cette fois par l’initiateur de ce blog, nous nous sommes rendus à Spa afin de participer à la soirée anniversaire (le soixantième) du Festival, soirée basée sur un spectacle présenté par le directeur Axel de Booseré. Nous ignorons si les deux représentations à 18 heures 30’ et 20 heures 30’ étaient identiques mais nous voudrions dans cet article apprécier non seulement cette soirée mais aussi faire un bilan partiel de celles qui ont constitué ce Festival et enfin donner un avis sur les perspectives possibles de cette importante manifestation culturelle des étés wallons.

LA SOIREE ANNIVERSAIRE.

Assez décevante. Alors que nous espérions rencontrer nombre d’anciens du Festival, deux seulement montèrent sur scène. D’abord un inoxydable aristocrate aux origines russes, géorgiennes et estoniennes, né en Pologne il y a 76 ans, acteur multiple mais toujours d’une qualité professionnelle exceptionnelle et, en outre, docteur en droit et délégué syndical F.G.T.B. des comédiens. Alexandre von Sivers salua chaleureusement un spectateur caché dans la salle : Jean-Pierre Dopagne auteur de L’enseigneur qu’il joua pendant six saisons consécutives et qui fut ensuite repris sous le titre de Prof  par Jean Piat, Sociétaire de la Comédie française décédé l’an dernier à 94 ans.

Ensuite Geneviève Damas, actrice, metteuse en scène et écrivaine s’exprima très longuement mais eut le mérite de rendre plusieurs hommages chaleureux à Armand Delcampe qui a eu 80 ans ce 11 août (jour où – à ma connaissance -personne ne parla de lui pendant les six spectacles et la lecture programmés au Royal Festival ce dimanche-là) qui dirigea le Festival pendant 20 ans (1998-2018).  Il constitua tout au long des soixante ans de cette organisation, le trio majeur pour celle-ci avec Jacques Huisman (28 ans de responsabilités spadoises de 1959 à 1987, décédé à 91 ans) et avec aussi Joseph Houssa Bourgmestre de Spa pendant 35 ans, de 1983 à 2018, et qui deviendra nonagénaire le 12 avril prochain.

Quant aux quelques documents d’archives et brèves séquences audiovisuelles, ils ne constituaient pas un témoignage aussi intéressant que les 120 pages du livre de Philip Tirard davantage illustré : FESTIVAL DE THEATRE SPA 50 ANS 1959-2009. Le journaliste de la Libre Belgique écrivait par exemple page 12 : On a recruté aussi des « délégués » locaux chargés de faire connaître les pièces et de vendre des tickets. Certains d’entre eux comme Raymond Bisschops puis son fils André et son épouse Françoise (…) contribueront pendant un demi-siècle à la bonne marche de la manifestation estivale. Samedi Françoise et André étaient, par hasard, nos voisins mais n’avaient pas été interrogés, Urbain Ortmans confirmant ses priorités verviétoises. Si, pendant le spectacle anniversaire, les intermèdes musicaux furent agréables et de bonne qualité (grâce en particulier au couple de chanteurs Fabian Finkels et Isadora de Booseré et au saxophoniste Ferdinand Lemoine), par contre la trop longue prestation chorégraphique de Jonas Leclere et Fabienne Donnio était lassante et inutile.

CONTRE LA SUPPRESSION.

Si lors d’un tel anniversaire on évoque le nombre de spectateurs ou de créations, par contre il est impoli de parler des responsabilités politiques et financières. En 60 ans, le Festival a connu 26 Ministres de la Culture (dont un deux fois, feu Philippe Moureaux). Ne remontons pas à Pierre Harmel en 1958 mais venons-en de suite au XXIème siècle. En cinq ans (2000-2004) cinq Ministres wallons se succédèrent: les Hutois Robert Collignon et Pierre Hazette puis les Hennuyers Richard Miller, Daniel Ducarme et Olivier Chastel, le premier de ce trio établissant d’intéressants contrats-programmes. Les 20 % de Bruxellois parmi les députés du Parlement francophone obtinrent alors pendant treize ans les responsabilités de Ministre de la Culture attribuées aux Bruxelloises Fadila Laanan (2004 -2014) et Joëlle Milquet (2014-2016). Celle-ci exaspérée par la résistance d’Armand Delcampe suivi par Joseph Houssa alla jusqu’à préconiser la suppression du Festival. Heureusement pour celui-ci, les comportements litigieux de Madame Milquet obligèrent celle-ci à démissionner. Elle fut remplacée par une spadoise d’origine qui malgré les mauvais conseils des Bruxellois de son cabinet sauva le Festival en lui accordant un nouveau contrat programme alors que cette ministre parachutée liégeoise refusait ce contrat pour l’Arlequin à la grande et juste colère de Jean-Pierre Grafé et Robert-Armand Planchar,  trop tôt disparus.

LA WALLONIE BAFOUÉE.

Plus fondamentalement, ce qui est passé sous silence c’est la réalité des chiffres. Jusqu’à quand les 75 parlementaires wallons  qui forment 80% du Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles  admettront-ils d’être roulés dans la farine par l’establishment centralisateur de la capitale de notre communauté ? Alors que les accords Dehousse – Persoons de 1977-78, prévoyaient  25 % à Bruxelles des subventions culturelles francophones localisables et 75% pour la Wallonie, on en arrive aujourd’hui presqu’à l’inverse: plus de 70% à Bruxelles dans un domaine que j’ai étudié: le théâtre pour adultes (secteur des arts de la scène).

Pour rappel: cadre supérieur d’institutions financières, le juriste François Persoons devint député P.S.C. en 1968 puis F.D.F. de 1971 à 1981. Comme Bruxellois secrétaire d’Etat à la Culture française, il négocia avec le Wallon Jean-Maurice Dehousse, Ministre de la Culture française au sein du gouvernement fédéral (1977-79). Compte tenu du fait que, d’une part,  les Bruxellois représentent entre 20 et 25 % des francophones du Royaume et, d’autre part, qu’à l’exception du Musée de l’Afrique centrale et alors du Jardin botanique de Meise, les nombreuses autres institutions culturelles publiques restées fédérales  (le Théâtre Royal – Opéra et orchestre – de la Monnaie, le Palais des Beaux-Arts, l’Orchestre National de Belgique , les Musées royaux d’Art et d’Histoire (au Cinquantenaire), des Beaux-Arts (art ancien et art moderne), de  l’Armée et d’histoire militaire, la Bibliothèque royale et les Archives générales, les Instituts royaux des sciences naturelles, du patrimoine artistique et de bien d’autres domaines scientifiques  etc…) servent beaucoup plus Bruxelles où elles sont établies que les autres régions du pays. Les Bruxellois eux-mêmes reconnaissaient alors que l’octroi du quart des subventions culturelles francophones à Bruxelles était généreux. Mais ces accords sont aujourd’hui clairement bafoués et les élus wallons sont d’autant plus facilement cocus et contents qu’ils ignorent tout des engagements de hier. La Ministre Gréoli en partance a écouté les sirènes bruxelloises de son cabinet pour ne tenir aucun compte de ce qui précède. QUOUSQUE TANDEM ABUTERE CATILINA PATIENTIA NOSTRA ? Cette question de Cicéron est simple à traduire et il importerait de lui donner des suites après l’avoir adaptée à nos réalités. Un très haut responsable expérimenté de la Fédération Wallonie Bruxelles (que par correction je ne citerai pas car la diffusion de sa réaction n’était nullement prévue en étant nominative) m’écrit : Ton analyse est – comme à chaque fois- très  exacte et crois-moi  la résistance est réelle dans le chef de certains dont je suis mais le front conservateur en face est bien organisé et soutenu. Mais encore ? Pour ma part je ne crois pas à de miraculeuses évolutions budgétaires et je suis persuadé que la seule solution réside dans la régionalisation de la culture comme de l’enseignement et des (avec s comme le soulignait Urbain Destrée : de toutes les) compétences communautaires.

UN BILAN EN DEMI-TEINTE.

Justine Donnay responsable de la communication du Festival m’adresse ce mardi 20 août un communiqué relatif au bilan 2019. J’en résumerai l’essentiel en une seule longue phrase : Plus de 10.500 places ont été occupées lors de 29 spectacles (dont neuf sans texte donc plus accessibles aux non-francophones) assumés en douze jours (du 7 au 18 août 2019) par quelque 180 artistes et techniciens.

Mon appréciation suite aux neuf spectacles que j’ai vus lors d’une demi-douzaine de déplacements à Spa et suite aux échos que j’ai entendus s’avère assez réservée. Pourtant je garderai de ce Festival le meilleur souvenir grâce à ma soirée du 15 Août et à l’interprétation enthousiasmante de Bruno Vanden Broecke du monologue écrit par l’auteur de l’essai Congo. Une histoire qui m’avait passionné. Le ton juste, naturel et subtilement nuancé de Para a achevé de me convaincre que les multiples talents de David Van Reybrouck (la photo d’en-tête) font de lui au XXIème siècle une personnalité culturelle de la taille au siècle dernier de Georges Simenon (sans parler du Prix Nobel bruxellois Maurice Maeterlinck ni de sa vie des fourmis). J’espère que sera confirmée la rumeur selon laquelle le premier monologue écrit par Van Reybrouck et interprété par Vanden Broecke Mission sera repris en français en 2021. 

Para restera dans mes meilleurs souvenirs théâtraux avec notamment (pour n’en citer que trois) Meurtre dans la Cathédrale de T.S. Eliot par Jean Vilar et Georges Wilson dans la cour d’honneur du Palais des Papes en Avignon lors du Festival 1957 du Théâtre National Populaire et deux chefs d’œuvre joués à Liège au Théâtre Royal : La Cuisine d’Arnold Wesker interprétée par le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine au Xème Festival du Jeune Théâtre le 7 octobre 1967 et la comédie-ballet en cinq actes de Molière et Lully co-produite par Jean-Louis Grinda et José Brouwers en octobre 2006 pour le cinquantième anniversaire du Théâtre Arlequin.

Quant au reste, je me suis bien amusé en allant voir et écouter la première représentation du Festival Une vie sur mesure par le comédien-batteur Pierre Martin. J’ai recueilli des appréciations positives au sujet d’Évidences inconnues et de LUCA. Parc était moyen. Aucun des autres spectacles ne m’a convaincu : ni l’inaudible Tchaika d’après La Mouette de Tchékov, ni la pantalonnade de Bouvier et Devos Slips inside, ni non plus Strach a fear song, Fidelis fortibus et moins encore Bêtes de foire.

PERSPECTIVES.

Les spectacles sans texte ne constituèrent donc pas du tout ma tasse de thé. À la place d’Axel de Booseré (que je n’ai ni l’envie, ni l’âge de remplacer) j’envisagerais (si pas pour le prochain Festival de Spa du 5 au 16 Août 2020, mais pour le suivant) de créer deux volets au Festival : un pour le théâtre, le second pour les autres arts de la scène. Pour le premier volet, en tenant compte des productions annoncées ici ou là, j’essayerais de déterminer un thème (il y en a des centaines possibles) pour renforcer la cohérence et augmenter l’intérêt de la programmation ce thème pouvant séduire les étudiants en art dramatique de nos Conservatoires royaux et certaines troupes ou comédiens. Exemple : du Prince dont la Ville est un enfant de Montherlant créé à Liège par Les Compagnons de Saint-Lambert à l’Antigone de Jean Anouilh en passant par d’autres œuvres de la moitié du XXème siècle comme l’adaptation scénique d’un film de Sacha Guitry Le diable boiteux on pourrait illustrer l’état d’esprit des conservateurs de l’époque face aux progressistes notamment brechtiens. 

À PROPOS DES SPECTACLES SANS TEXTE.

Pour les autres arts de la scène un effort d’information important pourrait être développé notamment avec la Fédération provinciale et les offices locaux du tourisme en direction des Flamands, des Néerlandais, des Allemands, des Anglais etc. Justine Donnay  nous écrit : Une communication a bien été mise en place à destination du public non-francophone. En effet, les 9 spectacles concernés ont été traduits sur notre site internet en anglais et en néerlandais via l’onglet I DON’T SPEAK FRENCH. Et un tract d’information en anglais a été déposé dans tous les lieux touristiques de la région ainsi que dans tous les établissements HORECA, gîtes, chambres d’hôtes etc. Par ailleurs, une collaboration est bien entendu établie avec l’Office du Tourisme de Spa. Merci. Nous avons déjà comptabilisé cette édition et la précédente pas mal de spectateurs étrangers, touristes de passages etc. La suite est en développement.Il y a encore énormément de travail à faire à ce niveau-là mais nous y travaillons dans la mesure de nos moyens humains et financiers. Cette information nous paraît positive  tout en ignorant si l’anglais doit l’emporter sur le néerlandais chez les touristes spadois.

Il me reste à remercier celui qui m’édite, celles et ceux qui me lisent ainsi que les administrateurs du Festival au premier rang desquels Joseph Houssa. Avec Axel de Booseré, Justine Donnay et les autres membres de l’équipe spadoise qui (et heureusement pour moi) pensent avec Pierre Augustin Caron de Beaumarchais : Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.

Jean-Marie ROBERTI

AU FESTIVAL ROYAL DE SPA UN AUTEUR MAJEUR DE NOTRE SIÈCLE SERVI PAR UN COMÉDIEN D’EXCEPTION.

Un gamin d’Assebroek, né (jour pour jour) deux ans avant le « golpe » de Pinochet et trente ans avant les attentats perpétrés à New-York par Ben Laden, me semble pouvoir partager la devise de Georges Simenon (« Comprendre, ne pas juger ») et apprécier la philosophie d’un poète louviérois Achille Chavée « ce peau rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne ».

David Van Reybrouck est lui une homme du XXIème siècle ayant d’abord acquis une double expérience  comme étudiant et comme enseignant dans le vaste domaine des « sciences humaines » puis ayant à 35 ans décidé d’abandonner l’enseignement universitaire pour se consacrer à temps plein à l’écriture.

Parmi les matières qu’il a étudiées et professées à Leuven et à Cambridge, à Leyde (où il présenta son doctorat), à Barcelone ou à Paris, l’archéologie et la philosophie, l’anthropologie, l’histoire de l’art,  l’histoire et la préhistoire, etc. Comme écrivain, il s’exprime par le roman,  par la poésie, par des chroniques de presse, par les essais, par le théâtre.

Je l’ai découvert il y a quelques années en dévorant les 680 pages de son essai « Congo, une histoire ».  J’ai ensuite parcouru son pamphlet « Contre les élections » et si je ne suis pas partisan au retour à l’ancien régime de la procédure de choix annuel des Bourgmestres de Liège et des Bonnes Villes de ma Principauté, je dois bien reconnaître qu’il est impératif que la démocratie représentative trouve de nouvelles formes d’expression. Car nous en sommes arrivés au point où, par exemple,  en octobre dernier  au scrutin communal liégeois sur 132.164 inscrits, 33.627 n’ont pas voté valablement soit davantage  que le nombre de voix de la principale  liste politique, celle du Bourgmestre PS, 30.289. 

Tout en écrivant Congo, David Van Reybrouck avait exposé la vie d’un missionnaire André Vervecken    et il avait confié ce monologue à Bruno Vanden Broecke mis en scène par l’ami de celui-ci  Raven Ruell. Un chef d’œuvre a-t-on écrit. David Van Reybroeck s’est aussi intéressé à  un sujet dont l’armée n’aime pas entendre parler :  la principale mission belge en Afrique noire, celle qui en 1992-93  conduisit en Somalie des centaines de militaires mal préparés et dont certains commirent des exactions inadmissibles.

Un sergent parachutiste flamand Nico Staelens exprime pendant 90 minutes le malaise qui imprégna nombre de participants. Et bis repetita placent, le monologue fut à nouveau confié à Bruno Vanden Broecke. Quelle exceptionnelle performance ! S’exprimer seul en scène pendant nonante minutes c’est déjà un exploit mais quand vous devez le faire dans une autre langue que la vôtre dont vous n’êtes en rien un spécialiste, la difficulté se trouve encore augmentée. Et ce qui est tout-à-fait remarquable c’est que ce comédien ne donne pas du tout l’impression de forcer son talent. Au contraire, il est serein, rassurant, d’un naturel permanent . Il incarne son personnage à la perfection et mérite les éloges  les plus chaleureux . Bien entendu cette réussite découle du style de l’auteur, style qui est  direct, simple,efficace, toujours très largement compréhensible et quant au fond, mesuré (ni condamnation excessive ni complaisance complice.)

Ces 14 et 15 Août le Festival Royal de Spa aura vécu trois heures qui peuvent prendre place dans les meilleures pages de son histoire

Jean-Marie ROBERTI

PS. Question :  après les spectacles pourquoi mélanger le public qui veut discuter autour d’un verre et celui qui souhaite écouter ce qui lui est proposé comme d’excellentes interprétations de Brassens rendues inaudibles par le brouhaha ambiant ?                                                                                                                                                                                                                      





THÉÂTRE FORAIN À SPA: UN « ROYAL FESTIVAL » … PATCHWORK.

Ce mardi 13 août, nous avons choisi d’assister à un spectacle forain : Bêtes de foire. Deux jours avant, nous étions allés voir du cirque ( Fidelis fortibus ) sous  le Chapiteau du Parc de Sept heures. Cette  même localisation étant annoncée mardi pour le spectacle que nous avions choisi, nous sommes retournés à cet endroit.   Nous étions vingt minutes en avance.  Pas de file cette fois et même peu de monde mais une grande amabilité à l’égard de plusieurs personnes âgées auxquelles des chaises furent apportées. Nous avons donc attendu en nous étonnant à huit meures moins cinq du fait que le public était si peu nombreux. Il nous fut répondu que le spectacle ne commençait qu’à 20 heures 30’. Nous avons montré la brochure du festival annonçant 20 heures pour Bêtes de foire. On nous annonça alors que sous le chapiteau Fidelis fortibus serait rejoué à 20 heures 30’ mais qu’il y avait à l’autre bout du Parc de Sept heures un autre chapiteau. Nous sommes repartis le moins lentement possible et sommes arrivés lorsqu’entraient les derniers spectateurs venus comme nous voir Elsa De Witte et Laurent Cabrol. Et cette fois,  heureuse confirmation : la souriante gentillesse de l’accueil lors duquel deux places acceptables furent trouvées alors que d’assez nombreux spectateurs venus en chaises roulantes (au moins une demi-douzaine) avaient bénéficié des meilleurs emplacements envisageables.  

On ne peut que se réjouir de telles attentions.       

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Quant au spectacle forain qui nous fut présenté, de deux choses l’une : ou bien vous y réagissez d’emblée, ou bien vous ne vous sentez pas concernés.  Si mon épouse a  beaucoup ri et si elle applaudit volontiers, par contre comme mon voisin de gauche, je ne me suis pas du tout amusé. Nous n’avons guère souri qu’à l’égard de la nonchalance  d’un petit chien dressé. Au moment où on a pu avoir la chance d’apprécier les meilleurs spectacles depuis le Bip de Marcel Marceau jusqu’aux acrobaties ou jongleries les plus étonnantes, notamment en Asie, ce qui nous a été présenté à Spa n’avait pas grand-chose pour soulever notre enthousiasme.

Nous espérons beaucoup des soirées  de jeudi (le Para de David  Van Reybrouck joué par Bruno Vanden Broecke )  et de samedi (les 60 ans d’histoire du  Festival avec  des personnalités telles que l’aristocrate  syndicaliste  Alexandre von Sivers…

Le Festival est devenu plus patchwork que jamais. Une sorte d’auberge espagnole. Ne serait-il pas temps de chercher un peu plus de cohérence?

Jean-Marie ROBERTI            

UN FLAMAND ET DES LIEGEOIS A L’AFFICHE DOMINICALE DU ROYAL FESTIVAL DE SPA.

Temps gris dimanche à Spa où l’après-midi commence mal. Longue file dans le parc urbain des sept heures où souvent éloignés des endroits de stationnement,  les spectateurs doivent en outre attendre debout jusque peu après 17 heures 30’  que le chapiteau sans places numérotées devienne accessible encore que sans guère d’éclairage. Des chaises avec dossiers, un accueil tant soit peu adapté aux diverses catégories d’âge ou de forme physique du public, on semble ne pas connaître. Même si nous ne nous  faisons pas d’illusions en vue des six  représentations sous chapiteau de « Bêtes de foire », nous pensons devoir écrire ces lignes pour contribuer au fait qu’à l’avenir  le Festival soit davantage respectueux de son public.

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Nous avons assisté à deux spectacles. Le premier  joué par Danny Ronaldo secondé par l’équipe du Circus Ronaldo une famille flamande au service depuis six générations du cirque d’alors et de celui d’antan. Pas de texte français mais un peu de galimatias d’inspiration latine comme le titre du spectacle: « Fidelis fortibus » (1) qui signifie littéralement  « fidèle aux audacieux »

Seul survivant d’une troupe qui comptait des artistes circassiens de multiples disciplines, le clown voudrait renoncer à toute représentation mais le public l’encourage à tenir tous les rôles. Prestation très réussie qui mêle poésie et humour, nostalgie et exerciccs de haute voltige  ce qui en février dernier a conduit (le clown, pas le joueur de foot) à remporter le Prix Flamand de la Culture pour le Cirque. Le public spadois a confirmé la justesse de ce choix.

On soulignera une nouveauté : l’importance donnée désormais à la coopération entre le Festival et la Flandre non seulement grâce aux Ronaldo mais aussi à la Compagnie De Rode Boon dans les Evidences inconnues, aux danseurs qui interprètent Horses et surtout au duo entre l’auteur de « Para » David Van Reybrouck (dont le monumental essai sur le Congo m’a passionné ) et le lauréat du Louis d’Or néerlandais du meilleur comédien Bruno Vanden Broecke.

La seconde représentation dominicale ne se basait pas  plus que « fideis fortibus » sur l’interprétation du texte d’un auteur reconnu. On n’est pas dramaturge à six. Avec leur pièce « Parc » (aquatique) un collectif d’une demi-douzaine d’acteurs liégeois imagine et joue un accident mortel entre un orgue et un dresseur d’animaux. Cette comédie noire s’inspire notamment du spectaculaire « Sauvez Willy » écrit le programmateur qui ignorait que la pièce se jouerait trois jours après l’infarctus subi par Willy… Demeyer, Bourgmestre depuis plus de dix-neuf ans de la Ville de Liège.

Mais rassurons nous : le Mayeur comme Cédric Coomans, Eléna Doratiotto, Sarah Hebborn, Daniel Scmitz et Kirsten Vanden Hoorn aidés par Marion Leroy et accompagnés d’Olivier Hespel vont bien et peuvent toujours espérer la réussite de leurs œuvres. Le Collectif « La station » a déjà reçu le Prix Emulation 2019 du Théâtre de Liège.                                 Jean-Marie ROBERTI

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(1)   Le proverbe fortes fortuna juvat des Romains fut  reformulé par Virgile dans l’Énéide (X, 284) : audaces fortuna juvat.  Nous l’avons adopté dans sa formulation française : « la fortune sourit aux audacieux ». Par contre « Fidelis fortibus »  n’est pas une citation littéraire et la traduction devient  souvent trahison. C’est le cas pour fortibus. Ainsi quand César écrivait selon nos professeurs et livres d’histoire que de tous les peuples de la Gaule les Belges sont les plus braves, on constate a posteriori que ces Belges n’occupaient pas le territoire belge actuel et que dans l’esprit de César les plus braves sont les sauvages les. plus incultes …