Editions Noir Dessin : Le Livre officiel des Rues de Liège.

Depuis le 13 mars 1997 existe une convention entre le Collège communal de Liège et les Éditions Noir Dessin à charge pour elles de publier un nouveau dictionnaire des rues de Liège. En l’an 2000 paraît Le Livre des Rues de Liège qui, de la rue de l’Abarin à la rue Zabay, répertorie tout ce que Liège compte en avenue, boulevards, rues, impasses, chemins, allées et autres lieux et en narre l’histoire.

Ainsi Rue de l’ABARIN.  Rue en cul-de-sac donnant rue des Prés. L’abarin était le signal sonore, venant du fond de la mine, qui avertissait la surface que les mineurs cessaient le travail et allait remonter. L’expression « sonner l’abarin » était une altération du cri « n’abar’in », lancé aux abatteurs de charbon pour les prévenir que le travail de la journée se terminait. Anciennement, cette rue portait le nom de ‘rue de la Résistance »

Mais, comme l’a dit Michelet, Liège est une ville qui se défait, se refait sans jamais se lasser, dix ans plus tard, en 2010, Le Nouveau Livre des Rues de Liège avec l’ajout de dénominations neuves. La présentation change, chaque appellation est située à l’endroit antérieur à la fusion de commune. Une décennie plus tard, nouvel ouvrage comprenant notamment les 124 rues créées depuis 2010, Le Livre officiel des Rues de Liège.

Les Éditions Noir Dessin suivent la voie tracée par le fils d’un armurier analphabète, Théodore Gobert né en 1853. La Biographie nationale note à son propos : ses études primaires achevées, entre à douze ans, en 1865, au service du quotidien la Gazette de Liège. Il y gravit rapidement les échelons de la hiérarchie, jusqu’au poste de secrétaire de rédaction. Très tôt, il prend intérêt au passé de sa ville natale. Il commence à préparer des notices consacrées à chacune des rues de Liège et destinées à paraître dans la Gazette sous forme de feuilletons hebdomadaires. La première d’entre elles est publiée au cours de l’année 1884 ; les suivantes se succèdent plus ou moins régulièrement jusqu’en juin 1902. Au fur et à mesure de leur composition, ces notices sont tirées en fascicules qui, réunis, forment Les rues de Liége. Cet ouvrage en quatre volumes paraît en 1902 des presses de l’imprimerie Demarteau.

Le journalisme menant à tout, Théodore Gobert le quitte fin 1889, direction la Province. Il est archiviste provincial de1895 à 1920 – âge de la retraite. Le dimanche 30 mars 1930, la ville de Liège qui a financé la réédition des Rues de Liège sous le titre de Liège à travers les âges rend hommage à Théodore Gobert à l’occasion de la sortie de presse de cet ouvrage publié en six volumes par l’imprimeur Georges Thone.

Sauf erreur ou omission, Le Livre officiel des Rues de Liège comporte 1993 notices consacrées à l’ensemble des lieux liégeois. Ces 1993 notices se répartissent en 33 pour l’ancienne commune de Glain, 65 pour Rocourt, 69 pour Wandre, 88 pour Sclessin, portion de l’ancienne commune d’Ougrée, 90 pour Bressoux, 104 pour Chênée, 169 pour Jupille, 193 pour Grivegnée, 1000 pour Liège.

Ce chiffre symbolique de 1000 est obtenu par un subterfuge subtil. L’artère qui relie la rue Gérardrie à la place Saint-Denis, la rue Saint-Étienne se dédouble en rue Lambert Lombard, modification de la dénomination rue Saint-Étienne comprise entre la rue Gérardrie et la place Saint-Denis !   

Outre un chapitre relatif aux ponts, un autre est voué aux femmes et métiers « féminins » auxquels un nom de rue a été attribué. Pour savoir si une dénomination de rue est féminine ou masculine, rien ne vaut une indication de prénom dans l’intitulé. Ainsi, la rue Léopold se range incontestablement dans les dénominations masculines et de même, la rue de la Madeleine dans les dénominations féminines.

En 2010, Liège comptait 332 rues comportant un prénom masculin et 22 comportant un prénom féminin. L’écart était de 310.  En 2021, Liège compte 353 rues comportant un prénom masculin et 40 comportant un prénom féminin. L’écart est de 313.

Liège n’est pas la seule ville à se doter d’un ouvrage tel Le Livre officiel des Rues de Liège et comme elle veut se métamorphoser en « smart city », n’y-a-t’ il pas lieu de s’inspirer de l’exemple de La Marsa, ville tunisienne qui a été, durant un siècle et demi, la résidence d’été des beys de Tunis. Son maire, Moez Bouraoui, en s’appuyant sur une start-up tunisienne, a installé des plaques de rue intelligentes. Le journal La Presse explique comment les passants curieux et intéressés par l’histoire des noms de ses rues, inscrits sur ces plaques, peuvent scanner le code QR qui va leur permettre d’accéder à toutes les informations historiques sur les personnages qui ont été choisis pour baptiser ces rues.

En innovant de la sorte, Le Livre officiel des Rues de Liège passerait d’une version papier de 504 pages (30 €) à une version numérique qui permettrait à la population de la Cité ardente et aux touristes de connaître Liège à travers les siècles.

La B.A. de Liège ; l’Échevinat du BÊA !

Naguère, à Liège, les matières relatives aux animaux se partageaient entre Bourgmestre et Échevins en fonction de leurs compétences. Depuis le 3 décembre 2018, date d’entrée du nouveau Conseil communal, le Bien-Être Animal – acronyme BÊA – se voit confié à un Échevinat dont Christine Defraigne (MR) est titulaire. Pour elle : Le Bien-Être animal est une valeur fondamentale de notre société qui symbolise le vivre ensemble, le respect et l’harmonie. Aujourd’hui, le Bien-Être animal est une compétence à part entière et mérite que les politiques s’y intéressent et instaurent des mesures visant à lutter contre la maltraitance et la négligence des animaux. Ils ne sont pas des objets, ils sont des êtres vivants dotés de sensibilité.

La création de l’Échevinat du BÊA intervient deux mois – jour pour jour – après l’adoption par le Parlement de la Wallonie du Code du Bien-Être animal (109 articles) qui soumet notamment la détention d’un animal à un permis dont chaque citoyen dispose automatiquement et sans formalité. Ce qui signifie que chacun peut détenir un animal sauf si une décision administrative ou judiciaire le lui interdit via le retrait de ce permis.

La Ville de Liège entend être un laboratoire des mesures qui visent à améliorer le bien-être animal en Wallonie. Elle se veut pionnière dans le développement de cette compétence. L’Échevinat du BÊA peut compter sur le vétérinaire communal, le Docteur Philippe Schutters et une cellule de la police communale composée d’un Inspecteur principal, de deux Inspecteurs et deux suppléants en charge des dossiers relatifs au bien-être animal. Qui peut le mieux porter aide et assistance à un animal victime qu’un vétérinaire, qui peut le mieux constater les infractions au Code du Bien-Être animal et recevoir des plaintes que la police constamment sur le terrain.

Si Liège veut le bien-être animal, en revanche les cas de maltraitance, négligence ou cruauté envers les animaux sont malheureusement nombreux à Liège. Outre les chats ou chiens comme animaux de compagnie, il y une recrudescence des NAC – nouveaux animaux de compagnie – qui ont des besoins spécifiques mal connus des néophytes les accueillant. Ainsi en est-il des  257 reptiles – sur les 11.000 espèces connues – qu’il est permis d’accueillir en qualité de NAC.

L’Échevinat du BÊA entend sensibiliser les enfants à l’importance du bien-être des animaux et ancrer dans leur esprit que tout animal est un être vivant doté de sensibilité qui a des droits, à l’instar de l’être humain. À cet effet, il réalise des petites capsules vidéo éducatives, envoyées aux écoles qui le souhaitent comme support pour un cours plus général.

Notre photo montre la trop petite cage où était enfermé Volt, un faisan. Pour éviter que Volt ne fonce dans les barreaux, son propriétaire avait placé un dispositif électrique sur batterie par-dessus la cage. Aujourd’hui, le calvaire de Volt est terminé grâce à l’action de l’Échevinat du BÊA.

Canada : par un crédit d’impôt, l’Etat favorise les abonnements numériques à la presse.

Abonné notamment à la version numérique du quotidien montréalais Le Devoir, nous avons reçu cet avis : Chers abonnés, Grâce aux mesures de soutien au journalisme mises en place par le gouvernement du Canada, vous pouvez désormais obtenir un crédit d’impôt pour votre abonnement numérique au Devoir. Cette nouvelle mesure fiscale vous permet de bénéficier d’un crédit d’impôt personnel non remboursable de 15 % pour toute dépense liée à un abonnement aux nouvelles numériques* faite entre le 1er juillet et le 31 décembre 2020.

Evidemment, ce crédit d’impôt ne concerne que le contribuable canadien. Cette mesure fiscale de soutien à la presse, et bien d’autres, a été suggérée au gouvernement fédéral canadien par le Groupe indépendant d’experts sur le journalisme et la presse écrite. Dans son rapport, celui-ci note : Il est bien établi que l’industrie de la presse écrite est en crise. On estime que les médias numériques appartenant à des intérêts étrangers, comme Google et Facebook, priveront l’économie canadienne de sept milliards de dollars provenant de la publicité cette année. Les revenus publicitaires des quotidiens sont deux fois moins élevés qu’il y a une décennie. Selon des données recueillies dans le cadre du « Local News Research Project », plus de 250 organes de presse canadiens ont fermé leurs portes dans la dernière décennie. Le rapport Le Miroir éclaté du Forum des politiques publiques a établi qu’un tiers des emplois en journalisme ont disparu au Canada sur une période de six ans.   

Annonçant les diverses décisions prises en faveur de la presse, Bill Morneau, ministre des Finances a déclaré : Les médias d’information forts et indépendants sont essentiels au bon fonctionnement de la démocratie. Ces médias présentent aux citoyens les renseignements dont ils ont besoin pour prendre des décisions judicieuses sur des questions importantes. Le soutien que nous apportons au journalisme canadien aidera nos médias à s’adapter à l’évolution rapide du paysage de l’information qui devient de plus en plus numérique. Ce faisant, ils pourront continuer de fournir aux Canadiens des renseignements et des documents journalistiques fiables et fondés dans ce monde de plus en plus complexe et difficile. 

Si les abonnements numériques ont la cote pour certains journaux tel le New-York Times qui compte actuellement plus de sept millions d’abonnés dont neuf-cents mille pour la version papier, le crédit d’impôt canadien est un incitant à s’abonner à la version numérique d’un ou plusieurs médias. Le crédit d’impôt peut atteindre cinq-cents dollars.

En Belgique, les formes d’aide à la presse relèvent soit du gouvernement fédéral (tarifs postaux), soit des communautés (aide directe). En instaurant un crédit d’impôt pour les abonnements numériques à des médias qui respectent la déontologie de la presse, le fédéral aurait la garantie que nos concitoyens soient informés à bonne source et non par les réseaux sociaux véhiculant fausses informations et pareilles rumeurs.

« SOIF » d’Amélie Nothomb adapté au théâtre.

C’est tout simplement le livre de ma vie. Tel est le jugement d’Amélie Nothomb sur son vingt-huitième roman SOIF paru en 2019 et vendu à plus de deux-cent mille exemplaires. En cent-soixante pages, Amélie Nothomb incarne le Christ sur le chemin du Golgotha. On n’apprend des vérités si fortes qu’en ayant soif, qu’en éprouvant l’amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps.

Texte le plus intime d’Amélie Nothomb, SOIF fait, depuis le 25 janvier 2021, l’objet d’une adaptation théâtrale par Mehdi Dehbi en résidence à la Maison Denise Masson à Marrakech. Mehdi Dehbi est un acteur et metteur en scène marocain né en 1985 à la maternité de Bavière à Liège, maternité qui deviendra, en 1989, le siège de l’Académie Grétry que fréquentera, à l’âge de dix ans Mehdi Dehbi. À seize ans, il interprète le rôle d’Hamid dans le film Soleil assassiné, co-produit par Martine de Clermont-Tonnerre et les frères Dardenne, consacré au poète libertaire Jean Sénac, rallié depuis 1955 à la cause de l’indépendance algérienne. Ce premier film lui vaut, en 2003, une sélection pour le Prix Joseph Plateau du meilleur acteur. Depuis, il a tourné dans plus d’une dizaine de long métrage, participé en qualité de comédien à quantité de pièces et a assuré la mise en scène de la pièce de Camus, Les Justes.

Mehdi Dehbi explique comment il conçoit l’adaptation de SOIF d’Amélie Nothomb : Le propos de cette adaptation est de ramener le cœur du Christ au centre de la scène. J’aime que SOIF nous parle en profondeur de l’homme qui a aimé et qui est aimé par un être en particulier, Madeleine. J’aime les sensations décrites de cet amour : elles ramènent Jésus à une réalité et une vérité très concrète. C’est pour cela que j’ai voulu concentrer l’adaptation du texte riche d’Amélie Nothomb, sur l’histoire d’amour, l’histoire de mort et, le lien entre les deux que l’auteur nous propose pour signifier la vie, l’histoire d’une soif. L’amour, la soif, la mort : le tiercé gagnant de Jésus. J’y vois une interprétation de la trinité, et je m’amuse donc avec le chiffre trois : trois interprètes sur scène, trois espaces scéniques (théâtral, cinématographique et audio), trois actes (la cellule, la crucifixion, la vie éternelle). Oui, c’est l’homme qui a vécu cette histoire, mais n’est-ce pas la femme qui l’a survécue ? N’a-t-elle pas droit elle aussi à prendre la parole et l’espace ? Je confie à Madeleine une place centrale dans cette mise en scène. Si Jésus était une photographie, elle en serait le négatif. Je prends le parti pris donc de construire des scènes dialoguées entre les deux personnages, puis de faire parler Madeleine comme si elle était Jésus. Ensuite, pour accompagner le Christ dans sa souffrance, rien de tel que la musique : je fais chanter un violon sur scène et laisse la force des mots de l’écrivaine simplement faire son travail. Il n’y a rien à ajouter lorsque la simplicité s’exprime de manière si troublante sur une expérience à ce point abominable que la crucifixion de Jésus (…) Sur scène, tout est justifié sans jamais être expliqué : rien n’est laissé pour compte, tout prend un sens sans forcer la sensation par l’effort ni l’effet. Se dégagera du spectacle une douceur, une simplicité, et de par ses deux interprètes féminines une certaine grâce et beauté.

Première du spectacle SOIF, le dimanche 21 février. Deux représentations, à 19h et 21h, devant un public restreint. En effet, compte tenu des impératifs sanitaires, la jauge de la salle de l’Institut français de Marrakech autorise seulement l’accès à vingt spectateurs. Il avait été envisagé de recourir à internet. Ce qui laissait entrevoir une audience accrue pour la première de cette adaptation théâtrale de SOIF. Malheureusement l’équipe qui devait assurer la transmission n’a pas pu avoir les autorisations pour venir au Maroc. 

Générale de préférence à première car l’ambition de Mehdi Dehbi et son équipe est que la première de ce spectacle ait lieu à Jérusalem, là même où SOIF s’est déroulé il y a deux mille ans.

Arabie saoudite, un défilé de mode qui constitue une première!

 

Sous le titre Défilé de mode « chic » et très pudique en Arabie saoudite, le quotidien libanais L’Orient-Le Jour rend compte d’une première en ce pays. Un défilé de mode auquel a pu assister, le 23 janvier, un public, certes peu nombreux, mais mixte ce qui contraste avec la première Fashion Week en Arabie saoudite en avril 2018. Celle-ci dont les vedettes étaient le Français Jean-Paul Gaultier et l’Italien Roberto Cavalli s’était tenue à huis-clos, interdite tant aux hommes qu’aux caméras.

Ce défilé de mode a été organisé par madame Dominique Mineur, ambassadrice de Belgique en Arabie Saoudite. Une dizaine de mannequins saoudiens ont présenté la collection  Sois chic de la marque Lomar conçue par la princesse Safia Hussein Guerras, ancien mannequin, et le styliste belge Christophe Beaufays. Celui-ci qui a enseigné au centre de formation Château-Massart-Mode à Liège travaille maintenant à Riyad dans une entreprise spécialisée en dishdasha – vêtement long arrivant aux chevilles – porté par les hommes sous le nom de kamis en Arabie Saoudite.  

Si depuis 2019, les étrangères au royaume wahhabite ne sont plus obligées de porter la abaya – vêtement couvrant l’ensemble du corps à l’exception du visage, des pieds et des mains -, les Saoudiennes ont l’obligation de la porter dans le royaume. La abaya est un vêtement polémique. Pour les uns, symbole d’élégance et de modestie, pour d’autres, symbole d’oppression.

La princesse Safia Hussein Guerras entend changer la stigmatisation autour de la abaya et du voile dans le monde entier. Si je l’amène à un niveau de chic et d’acceptation, peut-être que notre génération va pleinement embrasser la abaya. Pour Christophe Beaufays, la collection Sois chic doit plaire aux femmes qui partage des vues identiques sur la pudeur et la culture  qu’importe leurs religions différentes. Le côté glamour a été mis en valeur avec des abayas aux coupes plus ou moins ajustées.

À l’issue de ce défilé, la princesse Safia Hussein Guerras a confié être fière de sortir avec la abaya qui ressemble exactement à ce que vous avez vu aujourd’hui.  Je veux que mes sœurs, les sœurs saoudiennes ou du Golfe, et toutes mes sœurs du monde entier soient fières parce que nous devrions être fières.

RTBF : « des journaux mi-covid ».

Depuis début décembre, la RTBF s’est fixé comme objectif dans ses bulletins d’information tant en radio, en télévision ou sur internet, que la Covid 19 ne soit abordée au maximum qu’à 50 % du temps du journal. Un article rédigé par Isabelle Huysen publié le lundi 18 janvier à 08h32 le précise au cas où l’auditeur de la RTBF, le téléspectateur de la RTBF, le lecteur de la RTBF ne l’a point encore remarqué. Cet objectif est à ce point insolite qu’il a trouvé place dans les médias étrangers dont ceux d’HuffPost : « Trop anxiogène le Covid-19 ? La RTBF veut réduire sa place dans ses JT ».

Réaliser des journaux « mi-covid » devient-elle la règle ? Le directeur de l’information, Jean-Pierre Jacqmin nuance : « Il n’y a pas de couperet qui, lorsqu’on a dépassé les 50%, oblige le présentateur à passer à autre chose. C’est un objectif, on y tend. Je pense que dans un JT de plus d’une demi-heure, on doit offrir aussi des éléments d’intérêt général, d’intérêt public, mais qui peuvent ouvrir la fenêtre quand on est en confinement. Il faut qu’on puisse s’évader un peu. Et s’évader, je pense que ça peut exister par l’information »

Ce besoin d’évasion par l’information est venu principalement d’auditrices qui ont fait observer qu’entendre parler à longueur de journal de la Covid 19 en plus d’être obligés de vivre avec le virus était pour elles sources d’angoisses et d’anxiétés.

Pour atteindre son objectif, la RTBF peut compter sur ses bureaux d’information régionales.  » C’est l’avantage de la proximité, on a une actualité judiciaire, politique, de grands chantiers, des projets immobiliers, des meurtres, de la culture, etc » comme l’explique la Liégeoise Anne Poncelet.

Envoyer l’équipe du Scan réaliser un reportage sur la liaison directe entre l’aéroport de Charleroi et celui de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe semble à première vue constituer un bon exemple d’évasion. Mais bardi bardaf, on retombe en plein sur la Codiv 19 car la Guadeloupe a été choisie comme l’un des rares endroits à être classé en zone orange. Le reportage ne donne nulle indication sur le prix du vol et la compagnie qui l’assure. Pareille indication eut été une incitation à rejoindre le pour cent et demi de Belges qui, aux vacances de Noël, ont effectué des voyages à l’étranger « strictement déconseillé » par les autorités belges.

Souvenirs de Tchantchès …

Tchantchès est-il un roturier « né à Liège, de façon miraculeuse, le 25 août 760, entre deux pavés du quartier d’Outre-Meuse » ou a-t-il vu le jour dans le premier théâtre de marionnettes installé à la porte Grumselle par le toscan Alexandre Conti en 1854 ? 1854, année suivant le début des grands travaux de la Dérivation de la Meuse, selon les plans établis par Ulric-Nicolas Kümmer, l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées qui établissent en fin des travaux, en 1863, en gros la configuration actuelle d’Outre-Meuse. Si le théâtre de Conti suscite la création d’autres – on en compte près d’une trentaine à la fin du XIXème siècle – les Liégeois avaient déjà découvert, au XVIIIème, les marionnettes lors de foires telle celle qui se tenait le premier mai près de la chapelle du XIVème dédiée à Sainte-Balbine en haut de Pierreuse.

Les théâtres de marionnettes en Outre-Meuse attirent de nombreux étudiants et de multiples bourgeois de la rive gauche. Dans son ouvrage « Tchantchès et son évolution dans la tradition liégeoise » publié en 1950, le professeur Maurice Piron cite en annexe le récit de Célestin Demblon. Celui-ci avant d’être élu parlementaire le 14 octobre 1894 – jour des premières élections législatives au suffrage universel masculin tempéré d’un vote plural – a déjà connu son heure de gloire lorsque, à la demande de l’échevin libéral de l’instruction publique, il est révoqué par le conseil communal de Liège de son poste d’instituteur pour avoir prononcé le mot « socialisme » dans un de ses cours.

Célestin Demblon relate sa soirée du 10 décembre 1890 prévue pour « aller aux marionnettes » en groupe dans le vieux quartier d’Outre-Meuse. « Jamais fervent de ces représentations naïves ne rêva soirée plus joyeuse que celle à laquelle nous eûmes d’assister. Les artistes ne vont pas faire moisson de gaîté tous les jours dans nos minuscules théâtres populaires. Certains « directeurs » ont réalisé, ces dernières années, en matière de décors et de diction, des progrès qui enlèvent malheureusement à leurs représentations tout ce qui en fait la saveur : une confusion des langues qui explique clairement le miracle de la tour de Babel et celui de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ; et quels ineffables anachronismes ! N’avons-nous pas entendu, à une représentation de la nativité de Jésus, un berger proposer qu’on télégraphiât l’heureuse nouvelle à Hérode ?

Vers neuf heures, nous entrions dans un exigu cabaret de la rue Petite-Bêche. Au fond, à côté du comptoir, une porte s’ouvre dans la salle de spectacle. Cette salle peut avoir sept à huit mètres carrés. Il n’y a, comme on pense bien, ni fauteuils d’orchestre, ni stalles, ni loges, ni baignoires. Toutes les places sont uniformes ; on s’assied sur de longues planches qui font l’office de bancs ; quelque chose comme un parquet primitif. Une trentaine d’enfants et d’adolescents, deux femmes et quatre hommes sont tassés là, bruyants et avides. Les grandes personnes nous saluent, se serrent davantage pour nous faire place. Le prix est fixé à deux centimes pour chaque pièce. On en représente souvent deux et même davantage par soirée. Il arrive aussi qu’on ne joue qu’une pièce très longue, si longue même qu’on ne peut parfois l’achever, et qu’on en remet la fin au lendemain : dans ce cas, le prix des places est de cinq centimes pour la soirée entière. »   

Peu importe, la pièce jouée, de « Tristan et Yseult » à « La Nativité » ou encore « Roland à Roncevaux », on y retrouve Tchantchès. « Tchantchès est le maître de la scène et, tout à la fois, le confident et le chœur de la tragédie antique et le clown du drame anglais. (…) Il a bien ses défauts : il boit et il est batailleur ; mais il est avant tout gai, un peu sceptique, libre et fort d’être son propre chef. (…) Tchantchès, est, en effet, un exemple admirable de Wallon liégeois.

Allemand, Autrichien, Français, Hollandais, Belge, il est resté, avant tout de Liège, et il a toujours subi, avec bonne humeur, les maîtres que les hasards lui donnèrent, sûr qu’il était de conserver tout chez lui, de n’abandonner rien de lui-même à ces maîtres. Toujours prêt à rire de ceux-ci, il garde cependant avec une fierté farouche, une passion de liberté si grande » ou encore « Pour un Liégeois, il n’est pas seulement le Liégeois du peuple ; il est ou tend à être le peuple wallon. »

Le 10 décembre 1890 pour « aller aux marionnettes », Célestin Demblon est accompagné de quelques amis dont certains comme lui collaborent à la revue « La Wallonie ». Fondée par Albert Mockel, cette revue est la première à utiliser le titre de « La Wallonie », ce néologisme créé par le namurois François-Joseph Grandgagnage dans « La Revue de Liège » du 4 septembre 1844. À la page 601, il écrit : « Mes chers wallons, par tous les Saints de la wallonie (sic), je vous en conjure, soyez donc vous-mêmes » !

Si les wallons sont eux-mêmes, il ne leur est pas interdit de trouver l’inspiration ailleurs. Telle l’érection à Paris au square Jules Ferry, en 1912, d’une statue de grisette, jeune personne coquette de condition modeste interpelle le journaliste liégeois Isi Collin. « Pourquoi chaque nation ou chaque ville ne dédie-t-elle pas un mémorial au type représentatif de son caractère ? À Liège, quelques gens de bonne volonté songèrent, peut-être, à tout cela, quand, il y a peu de jours, ils émirent le projet curieux d’élever une statue à leur fameuse marionnette Tchantchès. »

Le « projet curieux » est mis en veilleuse le temps d’un conflit qui a fait plus de 18 millions de morts dont près de 10 millions de militaire « chair à canon ». Mais en 1922, à la veille de ses trente ans, le « Vieux-Liège » lance un concours visant à édifier un monument à Tchantchès. Le projet du jeune sculpteur Justin Zomers est retenu. Il représente une hiercheuse – femme qui pousse les wagonnets au fond de la mine – brandissant un Tchantchès. Sur le piédestal une mention ; « À Tchantchès symbole de l’esprit wallon et la verve liégeoise ». Faute de sous, le monument ne voit pas le jour. Une souscription populaire en 1935 permet de rassembler quelque fonds en sorte que, le 27 septembre 1936, jour des fêtes de Wallonie, Georges Truffaut dévoile la statue tant attendue !

Changer d’opérateur

En janvier de cette année, nous avons quitté l’opérateur historique en télécommunications au profit d’une entreprise liégeoise en passe de devenir américaine. Le premier contact en boutique a été excellent. Rien à redire, tout en sourire, la perfection au niveau commercial. La carte SIM mise dans le GSM.

Le jour prévu et confirmé pas SMS, le technicien installe, avec surabondance de câble abandonné dans un recoin, Internet, TV et téléphone fixe. L’emplacement de ce dernier est aux antipodes de celui qu’il occupe précédemment. Devant nos protestations, le technicien consent à le ramener à sa place d’origine en laissant traîner un câble disgracieux à travers le salon.

Peu de temps plus tard, coup de fil du service à la clientèle visant à connaître notre niveau de satisfaction. Comme celle-ci est mitigée, en excellent commercial, notre interlocuteur nous promet l’accès gratuit à de nouvelles chaînes et la visite gratuite d’un technicien qui sera chargé d’obvier aux lacunes de son collègue. Dans la demi-heure, nous avons accès notamment à la chaîne dont les vedettes s’appellent Pascal Praud, Jean-Marc Morandini ou Éric Zemmour. Et un technicien charmant et compétent libère le téléphone fixe de son fil à la patte.

 Début septembre nouveau coup de fil du service à la clientèle. Dès que nous signalons un problème entre un amplificateur de son et la tv, aussitôt proposition nous est faite de l’envoi gratuit d’un technicien. Peu amène, celui-ci estime que le problème n’est pas de son ressort et donc ne le résout pas. Laissé en plan, nous avons opté pour un autre opérateur et là, miracle l’amplificateur de son et la tv fonctionne sans aucun problème !

Si la restitution du matériel à l’opérateur historique est ultra simple, la poste s’en charge gratuitement, l’entreprise liégeoise procède autrement. Elle vous adresse une lettre intitulée « On est triste de vous voir partir » dans laquelle elle promet le veau d’or en cas de changement de décision. Si celle-ci est maintenue et que vous confiez la restitution en boutique à une autre personne, « celle-ci devra présenter, en plus de ce courrier, une procuration ainsi qu’une photocopie de votre carte d’identité ». C’est beau, la bureaucratie !

Tour autour du Tour

En 1914, le douzième Tour de France prend son départ de Saint-Cloud le dimanche 28 juin tandis qu’à Sarajevo, l’archiduc François-Ferdinand est assassiné par Gavrilo Princip. Il se termine à Paris, le lundi 26 juillet, 2 jours avant la déclaration de guerre à la Serbie par l’empereur François-Joseph. Le Belge Philippe Thys l’emporte ayant été en tête du Tour tout au long des quinze étapes sans jamais porter le maillot jaune qui n’existe pas à l’époque.

Au deux-cent trentième jour de la fin de la Grande Guerre, en 1919, le treizième Tour de France renaît sur un parcours de 5 560 kms en quinze étapes dont deux en Alsace-Lorraine, territoires rendus à la France. Strasbourg et Metz accueillent le Tour dominé par Eugène Christophe, premier porteur du maillot jaune aux couleurs des pages de « L’Auto », journal organisateur de l’épreuve. Il l’a reçu le 19 juillet au départ de la onzième étape Grenoble-Genève et l’a perdu par suite d’un ennui mécanique le 25 juillet à l’issue de la quatorzième étape Metz-Dunkerque. Le Wallon Firmin Lambot remporte l’étape et le Tour. Firmin Lambot est également vainqueur du Tour en 1922 à l’âge de 36 ans, 4 mois et 9 jours, le plus âgé de tous les vainqueurs. Un des deux Wallons à avoir remporté la grande boucle – l’autre est Léon Scieur, natif de Florennes également – Firmin Lambot est, de l’avis de Théo Mathy, « prudent comme un Sioux, calme, réfléchi, parfaitement organisé, il boit du thé, suce des pastilles de menthe pour lutter contre la soif et il cache dans une poche de son maillot six billets de cent francs, pour acheter un vélo en cas d’accident. »

En 1939, trente-deux jours avant le début de la seconde guerre mondiale, se termine la trente-troisième édition du Tour de France organisé par « L’Auto », unique quotidien sportif de France. Sous la direction de Jacques Goddet, cette trente-troisième édition remportée par le Belge Sylvère Maes est la dernière à l’actif du journal fondé en 1900 par le marquis de Dion qui en a confié, à l’époque, la direction à Henri Desgranges.

Jacques Goddet est le fils de Victor Goddet, un des plus fidèles collaborateurs de Henri Desgranges. Ils se sont connus en 1893 au Vélodrome de l’Est où le coureur cycliste Henri Desgranges s’entraine et Victor Goddet contrôle les abonnements. Ensemble, ils lancent le premier « salon des cycles et de l’automobile ». Ensuite, Victor assure la gestion financière de « L’Auto ».

En 1939, « L’Auto » est en pleine déconfiture. Une des raisons est que « Paris-Soir » – tirage un million huit cent mille – publie les résultats le jour même de l’étape du Tour alors que « L’Auto » les publie le lendemain. Propriété du député de gauche, Raymond Patenôtre, personnage influent de la IIIème République, « L’Omnium républicain de la presse » rachète « L’Auto ».

Le 10 juillet 1940, le député Patenôtre ne participe pas, dans la salle de théâtre du Grand Casino de Vichy, au vote des pleins pouvoirs constituants à Philippe Pétain, maréchal de France. Antinazi, le député Patenôtre gagne les États-Unis après avoir confié la responsabilité de l’ensemble du groupe de presse « Omnium républicain de la presse » à Albert Lejeune. Obtenant mandat de la Propaganda Abteilung in Frankreich qui prévoit une direction allemande, Albert Lejeune parvient à la publication de tous les journaux du groupe dont « L’Auto » sous l’Occupation. Le 17 août 1944, trois jours avant le soulèvement populaire de Paris, « L’Auto » sort son dernier numéro. Parallèlement à son activité de presse, Albert Lejeune participe à l’aryanisation des sociétés juives en acquérant des parts des éditions Nathan et Calmann-Levy. À la Libération, il est condamné à mort en octobre 1944 par la Cour d’Assises de Marseille et exécuté le 3 janvier 1945. Il est le seul patron de presse maréchaliste condamné à la peine capitale, sort connu par nombre de journalistes ayant écrit dans la presse de Vichy.

À son arrivée, en 1939, à la tête de « L’Auto », Albert Lejeune écarte Henri Desgranges et Jacques Goddet. Toutefois, ce dernier est rapidement réintégré. Durant l’Occupation, Jacques Goddet met sous le boisseau l’organisation du Tour de France dont il est directeur depuis 1936 alors que les Allemands la souhaitent. Il refuse l’utilisation de la dénomination « Tour de France » pour la course à étapes organisée en 1942 par le journal « La France socialiste ». Cette course porte le nom de « Circuit de France » dont le vainqueur est le Liégeois François Neuville qui remporte également la quatrième étape Clermond-Ferrand –Saint-Étienne. Jacques Goddet fait partie d’un réseau de résistance, le réseau Alibi rattaché à l’Intelligence Service. Ceci n’empêche pas qu’à la Libération, « L’Auto » connaisse comme l’ensemble de la presse ayant paru sous l’Occupation confiscation et mise sous séquestre de tous ses actifs, aussi bien ses locaux que ses diverses activités.  

Jacques Goddet parvient à créer un nouveau journal sportif « L’Équipe » le 28 février 1946 avec l’appui d’Émilien Amaury, président de la fédération de la presse résistante. Deux autres titres de journaux sportifs apparaissent : l’éphémère « Élan » et « Sport », organe proche du parti communiste. La concurrence est grande entre « L’Équipe » et « Sport ».  À défaut du Tour de France, toujours sous séquestre, chacun met sur pied une épreuve à étapes, cinq au maximum.

Avec l’appui du généraliste communiste « Ce Soir », « Sport » lance l’unique « La Ronde de France » du 10 au 14 juillet 1946 entre Bordeaux et Grenoble. Sylvère Maes est de la partie. L’italien Giulio Bresci est le vainqueur final. Le 23 juillet, « L’Équipe » avec l’appui du « Parisien Libéré » d’Émilien Amaury fait démarrer de Monaco en direction du vélodrome du Parc des Princes à Paris une course sous-titrée « La course du Tour de France ». Les coureurs sont répartis en équipes nationales et régionales, le capitaine de l’équipe de France est René Vietto. Le vainqueur est un jeune coureur Apo Lazaridès. La veille du départ, « L’Équipe » écrit : « Le Tour de France d’Henri Desgrange, cette épreuve qui réussissait le miracle annuel d’effacer pendant un mois durant les préoccupations du pays et de tenir le peuple en liesse, renaît, plus vigoureux, plus aimé que jamais ».

Ce n’est que le 8 juin 1947 que le commissaire du gouvernement Pierre Bourdan lève le séquestre du Tour de France et en restitue la propriété à son directeur Jacques Goddet dont la presse communiste rappelle le passé maréchaliste. Le 25 juin, le trente-quatrième Tour commence. Le maillot jaune est porté durant dix-sept étapes par René Vietto, la victoire finale échoit à Jean Robic. Raymond Impanis et Albéric Schotte remportent une victoire d’étape. En 1948, le vendredi 23 juillet, le Tour fait halte à Liège pour la première fois. Gino Bartali gagne l’étape Metz-Liège et emporte son deuxième Tour le 25 juillet au Parc des Princes à Paris.  

À SPA, UN « ROYAL FESTIVAL » TRÈS SPÉCIAL

Le soixante-et-unième Festival de théâtre de Spa, n’est pas seulement devenu une troisième fois le « Royal Festival » sous la direction d’Axel De Booseré mais en outre la pandémie actuelle fait que ce Festival s’avère cette année très spécial.  Les deux spectacles auxquels nous avons assisté ont en effet revêtu des caractéristiques très particulières. « La promesse de l’aube » a dû, en « milieu fermé », se limiter à accueillir une centaine de spectateurs pour respecter les exigences sanitaires. Dans une salle comme celle qui perpétue le souvenir de Jacques Huisman qui fonda en 1959 ce rendez-vous estival de l’art dramatique en Wallonie, chaque couple de spectateurs disposait de neuf sièges….  Cela curieusement ne facilite pas l’acoustique et, malgré la température, ne réchauffe pas l’atmosphère.

Ceci dit l’adaptation théâtrale et la mise en scène par le dramaturge et comédien Itsik Elbas de l’œuvre en partie biographique de Romain Kacew dit Gary, ne manque pas d’intérêt car l’existence de 1914 à 1980 de ce romancier français d’origine juive fut tout-à-fait exceptionnelle. Mais le roman « La promesse de l’aube » (titre qui nous éclaire sur le sens et le ton de la pièce lorsque ces mots sont replacés dans leur contexte : « Avec l’amour maternel, la vie nous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais ») mélange non seulement les faits mais aussi la tendresse, une nostalgie parfois dépressive – voire mystique – et un humour dont l’auteur dit lui-même qu’il « est une déclaration de dignité ». Tout est certes dominé par cet amour maternel, possessif, idéaliste, poignant, excessif, bref infini d’une mère pour son fils. Mais quel fils dont la vie rencontra et parfois dépassa les rêves les plus fous de celle – prénommée Mina – qui l’éleva seule entre la Lituanie où ils furent russes de 1914 à 1921 et la Pologne où ils devinrent polonais de 1921 à 1928 avant de connaître luxe et pauvreté à Nice.

Devenu français Romain obtint une licence en droit à Paris et en 1941 perdit sa mère victime d’un cancer. Devenu français en 1935, Romain avait été incorporé dans la force aérienne où il fut breveté mitrailleur mais il fut le seul parmi ses trois cents condisciples à ne pas devenir officier en raison de ses origines étrangères. En juin 1940, le sergent Kacew s’illustra de multiples manières. Sous le nom de Gary (ce qui en russe signifie feu …) il réussit de très nombreux exploits en étant victime du typhus puis blessé au combat. Promu adjudant, sous-lieutenant, lieutenant, capitaine, il fut fait en 1944 Compagnon de la libération, reçut la Croix de guerre avec deux citations, fut promu commandeur de la Légion d’honneur, etc … Fin 1945 il fut incorporé dans la diplomatie française et travailla en Bulgarie, en Suisse, à New-York et à Los Angeles où il devint Consul Général de France en 1956 année où il reçut le Prix Goncourt pour les Racines du Ciel.  

Ses quatre derniers romans furent publiés sous le pseudonyme d’Emile Ajar (ce qui en russe signifie cendre…) et cela lui permit de mystifier le jury du Prix Goncourt qui couronna en 1975 « La Vie devant soi » alors que ce prix ne pouvait pas être attribué deux fois au même auteur. Romain Gary se maria plusieurs fois et en particulier avec l’actrice Jean Seberg (l’héroïne d’A bout de souffle de Jean Luc Godard avec Belmondo) qui le quitta pour Clint Eastwood avant de se suicider en 1979. Ce que Romain Gary fit lui aussi l’année suivante en se tirant une balle dans la bouche avant d’être enterré avec les honneurs militaires en l’église de Saint-Louis des Invalides. Et ce trop long rappel d’une vie où la réalité a sans cesse dépassé la fiction ne reflète qu’une très petite partie d’une telle existence.

Son hymne à l’amour maternel de « La promesse de l’aube » a été servi avec justesse, intelligence et conviction par le grand professionnel qui dirige depuis vingt-cinq ans à Bruxelles le théâtre « Le Public » Michel Kacenelenbogen. Il a été le conteur sobre d’une histoire dominée – a-t-il d’emblée précisé – par l’amour des femmes et celui irremplaçable de la mère. Cette prestation seul sur scène requiert beaucoup de talent. Ce comédien y ajoute de l’humilité. Il a arrêté les applaudissements en fin de spectacle pour dire avec simplicité et sincérité à la centaine de spectateurs toute la satisfaction qu’il éprouvait comme ses collègues à remonter sur les planches dans de telles conditions particulières et pour rappeler que comme acteur amateur c’est à Spa qu’il avait entamé sa carrière …

SOLO

C’est en plein air, sur les gradins du Parc des sept-heures aménagé en 1758 pour favoriser les promenades au centre de la Ville de Spa alors baptisée « Café de l’Europe » que la plupart des représentations du Royal Festival ont eu lieu cette année.

Nous y étions 200, masqués, dans le respect des distances imposées par les exigences sanitaires quand le dimanche 9 août grondait le tonnerre. Le directeur Axel De Booseré vint nous dire qu’en cas de pluie nous pourrions nous réfugier un moment sous les arcades de la Galerie Léopold II avant que le spectacle ne puisse reprendre. Mais le ciel fut clément et ne nous tomba pas sur la tête.

Nous y avons apprécié l’œuvre d’une grande écrivaine de Wallonie : Nicole Malincoli qui naquit en 1946 à Dinant, retourna de 1952 à 1958 en Toscane (où son père fut agriculteur avant de devenir garçon de café) puis qui   revint en Wallonie où elle fut notamment la collaboratrice du Docteur communiste namurois Willy Peers, pionnier de la lutte pour la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse.  Après le décès de celui-ci en 1984, Nicole Malincoli s’orienta vers la littérature et son texte « Solo » adapté et interprété par Angelo Bison s’inspire de l’histoire bouleversante de son père, un immigré qui seul à la fin de son existence évoque avec nostalgie et tendresse le long voyage de celles et ceux que la vie conduit à s’exiler.

Angela Bison se reconnaît dans ce trajet de la jeunesse à la vieillesse et donne toute sa crédibilité à ce spectacle de qualité.

Nous aurions aimé pouvoir assister à d’autres représentations mais une chute sans gravité nous froissa néanmoins les côtes et nous a enlevé la mobilité nécessaire pour poursuivre notre découverte d’un Royal Festival qui non seulement fut spécial mais qui en outre a témoigné du courage et de lucidité de ses artisans.

Jean-Marie ROBERTI