Théâtre Arlequin, « Le Fusible » rires garantis!

Près d’un millier de personnes ont assisté, le soir du Réveillon de Nouvel-An,  à la création en Belgique, en co-production avec le Forum, de la comédie Le Fusible par la Compagnie royale Théâtre Arlequin. À présent, la pièce est à l’affiche du théâtre situé dans la rue dédiée au berger lieurneusien devenu sculpteur à Paris, Henri-Joseph Rutxiel (1).  

Due à l’auteur bordelais Sylvain Meyniac, Le Fusible se déroule au 9ème étage d’un immeuble huppé où habite Paul Achard (Serge Swysen) et son épouse Valérie (Marie-Josée Delecour). Tout semble harmonieux. Paul et son associé Michel Deviné (Alexandre Tirelier) doivent se rendre, le lendemain, à Moscou pour conclure la vente, à bon prix, de leur entreprise à une société russe. En réalité – réalité connue du seul Michel, génie de l’informatique, naïf et gaffeur –  Paul, âgé de 45 ans,  a décidé de divorcer et, au lieu d’aller à Moscou, de partir à Bali en compagnie de sa maîtresse, l’avocate Valérie Nicolas (Delphine Dessambre) y passer un mois de vacances. Grain de sable, lorsque l’épouse de Paul leur annonce qu’elle aussi va, par le même vol, à Moscou en qualité de styliste de mode. Comment se tirer de cette situation d’autant qu’en parfait mari, Paul s’efforce de réparer le four qui doit permettre à Valérie la cuisson d’un gratin de brocoli au quinoa. Nous n’en dirons pas davantage de peur de déflorer l’intrigue. Cependant, ajoutons : un, le four explose, deux, Paul est indemne mais amnésique, trois, l’intervention d’un psychiatre, le docteur Cordel (Fabian Nicolaï) qui a conservé des lunettes à la mode des années septante, quatre, l’apparition d’une Russe Ilona Vianova (Maïté Wolfs).

Dans un décor de Frédéric Duchnik, José Brouwers réalise une mise en scène de ce spectacle faisant appel à des réelles aptitudes physiques allant des nombreuses chutes de Paul Achard aux acrobaties de Michel Deviné et du docteur Cordel. Mise en scène soutenue par la franche rigolade du public qui, durant la centaine de minutes de ce vaudeville, ne cesse de s’esclaffer de bon cœur.

Un public qui n’est pas ingrat. La preuve sur les réseaux sociaux. De l’échevine de l’État-Civil de Liège, Élisabeth Fraipont :  Très bonne représentation du Théâtre Arlequin avec « Le Fusible »…vive cette compagnie liégeoise de talent!  à Suzanne Denooz : Bien amusée en ta compagnie au théâtre en passant par Madeleine Kemeny : Une pièce drôle jouée au Théâtre Arlequin. Je ne puis que chaudement vous la recommander. Rires assurés ou encore par le peintre Philippe Waxweiler : Je vous recommande cette pièce très drôle et originale…

  • Compagnie royale Théâtre Arlequin – Location tél. 04 223 18 18 du lundi au samedi dès 11h ou par Internet  www.theatrearlequin.be (Visa/Mastercard) – Prix des places 22€ (Banquettes) et 20 € (Chaises) – Représentations : chaque vendredi et samedi à 20h30 en janvier et février ainsi que le samedi 1er mars , de même que le dimanche 27 janvier à 15h – Prochain spectacle : reprise de L’Évasion de Socrate d’Armel Job le 8, 9, 16 mars à 20h30 et le 17 mars à 15h.

Le Vieux-Liège a 125 ans.

À Liège, fin du XIXème siècle, le 20 février 1894, Charles-Jacques Comhaire fonde avec quelques amis Les Amis du Vieux-Liége connu aujourd’hui sous le nom de Vieux-Liège (1). Son objet social est l’étude du passé historique et artistique ainsi que des beautés naturelles du pays de Liège et leur sauvegarde, par des promenades, excursions et voyages, conférences, cours et toutes démarches éventuelles.

À l’époque, le nouvel hôpital de Bavière – inauguré en 1895 par Léopold II – est en construction sur les Prés-Saint-Denis. La question se pose ; que faire de l’ancien hôpital installé depuis 1603 dans la superbe maison en pierres construite au biez Saucy, en Outremeuse, par le banquier lombard Bernardin Porcini (Porquin),  maison acquise en 1584 par Ernest de Bavière, prince-évêque ? Les Amis du Vieux-Liége entendent sauver le patrimoine que représente la maison Porquin, les autorités communales au contraire veulent sa destruction. Dans leur lutte qui durera dix ans, ils seront soutenus par le député Henry Carton de Wiart. À la Chambre des représentants, le mercredi 23 mars 1904, celui-ci déplore le vote par le Conseil communal de la démolition prônée par l’échevin des Beaux-Arts, le libéral Alfred Micha. L’édilité liégeoise a voté pour la mort. C’est très regrettable, d’autant que Liège, ville jadis pittoresque par excellence, toute pleine de vieux pignons, d’amusantes ruelles, qui évoquaient un passé également pittoresque, peu à peu, perd ce qui lui reste de sa personnalité. On veut faire un « Vieux-Liége » en staff et en carton-pierre pour l’Exposition. C’est fort bien, mais comme il vaudrait mieux ne pas condamner d’anciens édifices! Le gouvernement n’interviendra-t-il pas, comme le souhaitent beaucoup de Liégeois, pour garder à l’antique cité de saint Lambert un des rares débris de son beau passé? En 1894, date de la création des Amis du Vieux-Liége, déjà, la chapelle attenante à la maison Porquin a été démolie et reconstruite à l’identique lors de l’édification du nouvel hôpital.

La première lutte des Amis du Vieux-Liége en faveur du sauvetage de la maison Porquin a été longue sans être couronnée de succès. Fort heureusement, cela ne les découragea point. Depuis 125 ans, ils mènent le combat en faveur de la sauvegarde d’un patrimoine architectural et archéologique en ayant comme devise Rien aymez s’il n’est connu, expression figurant sur une pierre encastrée dans un des murs de la vieille église de Saint-Étienne-au-Mont à Huy. En novembre 2019, une exposition retracera l’histoire du Vieux-Liège et ses actions en faveur du patrimoine tandis qu’au printemps 2019, plusieurs manifestations culturelles évoqueront ses luttes.

  • Société royale Le Vieux-Liège – 69 rue Hors-Château B-4000 Liège (Belgique) – site web www.levieux-liege.be – tél. 04 223 59 55

Revue « EVASION » au Trianon

À la mi-décembre, en compagnie de membres du Dernier Carré – le club des pensionnés de la RTBF-Liège -, nous avons assisté à une représentation de la revue Évasion au Théâtre du Trianon (1). Quel émerveillement, quel spectacle, quelle fantaisie, quel humour, quelle beauté – et que des beautés ! -, quel rythme. Nous avons été ravis, éblouis par tant de talents.

Nous faisons nôtre le final de la revue où l’ensemble de la troupe  déclare : C’est avec notre cœur / Et grand bonheur / Que nous vous accueillons / Les anges et les démons /Pour un plein d’émotions / Y a un paradis sur terre / Le monde entier vient s’y distraire / C’est coquin, câlin, bonheur, lutin / C’était vraiment divin / C’est avec notre humour / Que sans détour / Nous vous embarquions / Pour un paradis d’amour / Vous avez rêvé, dansé / Chanté, fêté, vibré et ris / C’était mieux qu’au paradis / Ce soir c’était la fête / On était tous en quête / D’évasion / Une soirée unique / Magique et féerique / Au Trianon / Les spectateurs sont heureux / Ont des étoiles plein les yeux / C’est canon ! / Des artistes de choc / Pour un show / D’évasions / C’est très chic.

  • Revue ÉVASION – samedi 5 et dimanche 6 janvier à 14 h 30 – au Trianon 20 rue Surlet, tél. 04 342 40 00 – Tarif unique 30 €, Groupes (minimum 10 personnes) 25 €

Question de langue …

La nuit du 31 décembre au 1er janvier s’appelle, au Nord du Royaume,  Nuit du Vieil An (Oudejaarsnacht) et, au Sud du Royaume, Nuit de Nouvel An.

Une simple constatation qui n’a rien de nouveau. Déjà, en 1912, le député Jules Destrée dans sa Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre a écrit : Mais il est une preuve plus caractéristique et plus décisive encore de la dualité foncière de Votre royaume, plus incontestable que celles qui se peuvent déduire du sol, des paysages, des activités, des tempéraments et des croyances, c’est la langue. Une langue est un trésor accumulé au cours des âges par une communauté humaine. Elle y a inclus le souvenir et l’écho de ses mœurs, de ses croyances, de ses douleurs. Elle éveille chez ceux qui la parlent des impressions confuses qui remontent aux jours incertains de l’enfance balbutiant sur les genoux maternels, et plus loin encore, des correspondances avec les ancêtres immémoriaux. Il y a du mystère dans l’attachement à la langue, parce qu’il tient moins à notre être raisonneur qu’à notre inconscient profond. Et ce n’est que lorsqu’on conçoit ainsi le problème, qu’on pense à ses millions de racines ténues qui s’enfoncent dans le passé le plus reculé, que l’on comprend le caractère sacré d’une langue, et combien sont délicates et insolubles par les seuls procédés de l’intelligence, les questions que son usage soulève.

Elections présidentielles à Madagascar

Les résultats officieux du second tour des présidentielles de Madagascar qui s’est déroulé le 19  décembre sont connus. Résultats officieux puisqu’ils peuvent encore être contestés par le candidat évincé. Dans un délai de neuf jours, les résultats officiels seront proclamés par la Haute Cour Constitutionnelle.

Andry Rajoelina (44 ans) a obtenu 2 587 750 voix tandis que Marc Ravalomanana (69 ans) n’en recueille que 2 061 051. Le taux de participation se limite à 48,09% des 9 913 599 électeurs inscrits, un taux moindre qu’au premier tour où celui-ci se montait à 53,9%.

Caractéristique de ce second tour, les deux candidats ont déjà été Président. Président depuis 2002, Marc Ravalomanana est renversé en 2009 par Andry Rajoelina, maire d’Antanarive. C’est dire si les deux hommes s’apprécient. L’aîné est entrepreneur en agro-alimentaire, patron du groupe Tiko. Le cadet, ancien disc-jockey, se fait un spécialiste de l’événementiel. Tous deux s’intéressent activement aux médias tant audiovisuels qu’écrits.

Aux couleurs blanches – rappel discret du lait, élément phare du groupe Tiko – la campagne électorale de Ravalomanana a dénoncé le putschiste Rajoelina. Je ne travaille pas pour moi ou m’enrichir,  je ferai tout pour faire de Madagascar un pays développé. Tandis que sous la couleur  orange, Rajoelina réplique vieillard prend ta retraite pour aller traire tes vaches. Je serai un président du petit peuple qui protège les pauvres. Vaste programme. Quatre-vingt pour cent de la population  – 26 millions de Malgaches – vit avec moins de un euro soixante par jour. Madagascar occupe la quatrième place parmi les pays les plus pauvres.

Union africaine, Union européenne et Organisation internationale de la francophonie ont envoyé des observateurs. Ceux -ci, en parfaits diplomates, félicitent le pays et son peuple de ces élections et appellent les deux candidats et leurs partisans à respecter le résultat et s’abstenir de tout acte de nature à engendrer des troubles. Bref, comme l’a dit la conférence des évêques catholiques de Madagascar accueillir humblement le vrai choix du peuple. Présent dans les sept régions de Madagascar et dans plus de neuf mille bureaux de votes sur un total de 24852, l’observatoire indépendant Safidy est plus sévère. Ainsi, il a constaté des cas de distribution d’argent dans 10,4% des communes, dans la majorité des cas, elles ont été pratiquées par les groupes de soutien du candidat N°13 (82,8% des cas) par rapport à 17,2% des cas par les groupes de soutien du candidat N°25. Au premier tour des élections, le 7 novembre, chacun des 36 candidats avait reçu un numéro. Le N°13 désigne Rajoeline, le N°25 Ravalomanana.

Ce dernier se rebiffe. Il a déposé plainte et réclame l’annulation pure et simple de ce scrutin. Il appelle chacun de ses électeurs à ne pas se laisser voler son vote et les convie à manifester ce week-end sur l’emblématique place du 13 mai. Faute d’un plafonnement des dépenses électorales, le paradoxe de l’élection présidentielle malgache est qu’elle est la plus couteuse dans un des pays les plus pauvres du monde.

Deux villages dans l’enfer de la Grande Guerre.

Les commémorations officielles de la Grande Guerre sont closes. Cependant  le souvenir demeure. Sur base de deux documents inédits, Paul-Henry Gendebien retrace la vie de deux villages dans l’enfer de la Grande Guerre (1). Dans l’un, le village de Maissin, les faits se sont déroulés le 22 août 1914 et dans l’autre, le village de Marbaix-La-Tour, le 23 août. L’histoire les range sous le nom de batailles des frontières. Cette bataille est quelque peu éclipsée par la bataille de la Marne.

Or, l’armée française connut des pertes sans précédent dans toute son histoire, et cela au cours de la seule journée du 22 août. Plus de 25000 hommes, dont 17000 en province de Luxembourg et le reste dans l’Entre-Sambre-et-Meuse et en Lorraine (…) En comparaison, c’était l’équivalent des soldats perdus durant les huit années de guerre d’Algérie, de 1954 à 1962 (…) D’août 1914 à novembre 1918, 1400000 soldats français périrent, soit près de neuf cents en moyenne par jour. Parmi les morts du 22 août, l’écrivain Ernest Psichari, petit-fils d’Ernest Renan,  ainsi que le gendre – le capitaine Paul Bécourt – et Germain, le fils du maréchal Foch, le vainqueur de la bataille de la Marne.

À Marbaix-La-Tour, dès le début du conflit, sœur Anne-Marie, une religieuse infirmière d’Ham-sur-Heure a été chargée d’établir une ambulance, soit un établissement hospitalier civil, temporaire ou seront donnés les premiers soins, au château de la Pasture, propriété du député Léon Gendebien. Ses notes inédites vont d’août à décembre 1914, le temps d’existence de l’ambulance de La Pasture. Son récit commence la veille de la bataille, les soldats français sont en nombre et se préparent au combat creusant des tranchées tandis que les populations effrayées, fuyaient avec raison leurs demeures (…) le spectacle était lamentable, la terreur avait saisi ces pauvres gens, la fuite des uns entraînant celles des autres.

La bataille du 23 août vécue par un jeune soldat français : ainsi, pendant l’après-midi, les balles, shrapnels et obus pleuvaient sur les bâtiments (…) nous répondions le plus possible aux Allemands, bien qu’étant très inférieurs en nombre. Nous tirâmes le plus longtemps par les meurtrières faites au mur du jardin potager, dans la direction du bois. De cet endroit, nous avons fait tomber des milliers d’hommes. À l’issue de la bataille, l’ambulance est saturée, le nombre de lits préparés étant de beaucoup insuffisant, nous avions descendu tout ce que le château contenait de literie, et de même, bien des objets qui, en temps ordinaire, avaient une autre destination, tels que canapés, banquettes, coussins, etc. Parmi les blessés allemands, le baron von Strombeck et un nommé Rumkorff, officier porte-drapeau.  Aucun médecin pour soigner ces blessés, tant français qu’allemands, tout au plus de la morphine. Un général allemand, revolver au poing, veut interdire aux sœurs de soigner les blessés français.Réponse des sœurs : nous les soignerons tous, nous ferons notre devoir.

Sœur Anne-Marie souhaite la venue d’un médecin civil, ceci lui est refusé.  Le 25 août, visite de trois officiers supérieurs allemands dont un, le plus jeune, est très courtois. Voyant qu’il avait certainement quelque pouvoir, nous lui demandons de bien vouloir nous envoyer un médecin militaire, ce qu’il promit assez facilement. Il lui est également demandé le transfert  des grièvement blessés dans un hôpital. Rapidement, un médecin militaire allemand se présente, il vient, nous dit-il, pour obéir à l’ordre reçu. Et le 27 août, des voitures et des camions venaient de Charleroi chercher tous les blessés que nous voulions leur confier. Le jeune officier courtois n’était autre que le prince August-Wilhelm – un des fils du Kaiser Guillaume II – venu rendre visite au baron von Strombeck, son aide de camp.

Les blessés français demeurent à l’ambulance de La Pasture au sein d’une soldatesque allemande avide de vin, de jumelles et de cartes d’état-major. Aussi, chaque fois qu’on nous amenait un officier blessé, ils se précipitaient pour les leur enlever et les dévaliser. Fin septembre, ordre a été donné à toutes les ambulances d’amener  tous leurs blessés à l’École moyenne  de Charleroi  d’où ils seraient dirigés sur l’Allemagne (…) Tous nos blessés étaient  bien tristes, à la pensée de nous quitter pour aller achever leur guérison en pays ennemi. Des nouvelles rassurantes parviennent à la Noël, les blessés sont regroupés en une grande paroisse et ils ont au moins les secours de la religion pour les soutenir dans leur pénible et si longue captivité.

Rien qu’à Maissin,  600 habitants dont 9 sont tués le 22 août, la bataille livrée dans ce village et aux environs vit la mort de près de 200 officiers et de plus de 7500 soldats français et allemands. Paul Pirson (5 ans) et son papa faillirent périr dans l’incendie de la maison où ils s’étaient réfugiés. Leur logis a été détruit. Les faits ont tellement marqués l’enfant de cinq ans qu’à l’âge de quatre-vingts ans, l’abbé Paul Pirson les racontent comme si il les avait vécu la veille.  Et puis, nous entrâmes. Pas besoin d’ouvrir la porte, il n’y en avait plus. Après deux ou trois pas, quel spectacle ! Quelle horreur ! Des cadavres, des blessés hurlant. Deux dans le couloir. Le gris ne bougeait plus, le bleu gémissait. Et dans la grande pièce : du sang, ces cris plaintifs, des hommes déchiquetés, l’un d’eux décapité (…) Et tout cela au milieu d’un salon réduit en miettes (…) descendus à la cave, j’y ai retrouvé mon cheval à bascule. Intact. Je ne savais pas que je le voyais pour la dernière fois. Mon père était effondré. Il restait là, comme hébété, la tête entre les mains. Il répétait : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! »

Réfugiés un temps à Libin, puis à Redu, la vie reprend à Maissin.  Début 1915,  l’école dont l’instituteur est le papa de Paul est rouverte. Ouvrir l’école, rien de plus facile, mais y amener les élèves fut une croisade épuisante. Les gamins, ça aide dans la maison ou dans la ferme. Alors, l’école, on ne veut pas en entendre parler… L’instruction obligatoire qui s’en souciait ? C’était une idée de gens de la ville qui, eux, avaient « les moyens ».

Maissin a sa Kommandatur installée chez l’hôtelier Guyot  qui  entend l’allemand mais se garde bien de le parler avec ses hôtes. Guyot  forme un couple d’espions avec le comte de Ridremont qui, à bord de son épicerie roulante, sillonnait le pays depuis Wellin jusqu’à Bertrix et de Saint-Hubert  à  Paliseul. L’occupant n’y a vu que du feu, tout comme les gens du pays d’ailleurs.

Durant ces années d’occupation,  la vie continue monotone et répétitive à Maissin. On avait réinstallé un  jeu de quilles, grande distraction du dimanche. On y jouait pour de l’argent : des pfennigs et des marks. Seul l’argent de l’occupant avait cours… Un bistrotier organise un bal. Scandale : « C’est le plus court chemin vers l’enfer » tonnait le curé. De chemin, il en est encore question, en 1917, quand les Allemands démantèlent les voies du tram au départ  de Poix-Saint-Hubert  jusqu’au terminus de Bouillon.  Avec les rails, ils emportaient aussi les wagons. Quelque chose qu’ils voulaient décisif se préparait sûrement ! Les habitants de Maissin et les landsturms dela Kommandatur se réjouirent du départ des dérailleurs. La joie des habitants de Maissin fut à son comble, en novembre 1918, lorsque landsturms et autres troupes allemandes s’en retournèrent dans leur pays.

  • 1914-1918 Deux villages dans l’enfer de la Grande Guerre  – Paul-Henry Gendebien – ÉditionsWeyrich – 204 p – 13€50

Robert Stéphane, 70 ans d’audiovisuel !

Hier, j’ai assisté aux funérailles de Robert Stéphane dont j’ai été un des proches depuis près de cinquante-cinq ans. Notre dernière collaboration remonte au premier octobre de  cette année à la commémoration du premier Liège-Matin qui a introduit l’information locale sur les ondes de la RTB il y cinquante ans. Évoquons quelques souvenirs de cet homme qui n’a cessé de m’étonner et je ne suis pas le seul à l’avoir été.

 En octobre 63, le Conseil d’Administration  de la RTB lui confie la charge du studio de Liège. À cette appellation légale, Stéphane préfère une autre de son cru, Centre de production de Liège. Tout en approuvant  la nouvelle dénomination,  l’administrateur-général  Robert Wangermée  lui fit la remarque : vous auriez pu m’en parler avant ! Pour produire, il faut des idées, des femmes et des hommes. Le 2 janvier 64, je fus le premier journaliste professionnel qu’il engagea et m’autorisa de cumuler avec mon job de correspondant d’Europe 1 à Liège.

Le premier août 65, il engage Roger Dehaybe encore étudiant en romane mais qui a déjà à son actif la fondation du Théâtre de la Communauté à Seraing. Il doit créer Radio Télévision Culture (RTC) qui remplacerait une association fondée en 47 sans guère avoir évolué depuis. Elle se contente de publier une revue et de patronner une émission de disques demandés où chaque semaine, une chanson était dédiée à la jolie Martiniquaise de la rue de Bruxelles ! L’acquisition par RTC d’une table de montage TV a permis de sortir les premières émissions TV labellisée Centre de production de Liège. Une des toutes premières fut, en 66, consacrée à la conquête de l’espace réalisée en collaboration avec le  professeur Baudouin Fraeijs de Veubeke de l’ULg. Dix ans avant l’inauguration officielle des studios TV, le 27 septembre 76.

Le Centre de production de Liège ne cessait de produire au point de se transformer en une PME de près de 300 personnes.  L’œuvre de Robert Stéphane fut poursuivie par Jean-Marie Peterken et Mamine Pirotte. Aujourd’hui, les temps ont bien changés !

Un des orateurs de Robermont, Edmond Blattchen a déclaré :Le rêve éveillé de ce citoyen parmi les citoyens, c’était d’aider chaque auditeur, chaque téléspectateur, à devenir un citoyen, informé, libre et responsable. Nous émanciper tous, et, d’abord, les femmes ! Aussi, dès octobre 64, Robert Stéphane lance le Magazine F. Il y est question bien avant que les autres médias en parlent de planning familial ou de pilule contraceptive.

Dans le cent-nonante sixième Noms de dieux dont Robert Stéphane est l’invité – émission qui est rediffusée, sur la Trois, dimanche9 décembre à 22h05 – il déclare, à propos du titre : pour beaucoup d’humains, l’invention des dieux est l’occasion de mieux vivre (et mourir). Je suis un laïc ouvert. Toutefois, Edmond Blattchen de préciser : mais d’une laïcité de conviction et, s’il le fallait, de combat ! En 73 où l’affaire Peers éclate, Robert Stéphane est en tête du cortège qui réclame à Liège la libération du médecin namurois.

À l’âge de 16 ans, en 48, Robert Stéphane joue dans Cuzin Bébert, l’opérette en wallon de Joseph Duysenx et participe aux émissions wallonne de Radio Liège. Un simple décompte montre que Robert Stéphane, décédé à quelques jours de ses 86 ans, a été actif dans l’audiovisuel durant septante ans !