Roger Dehaybe a fait « Le choix de la Francophonie » !

Premier commissaire général aux relations internationales de la Communauté française de Belgique dès 1983 puis, en 1998, administrateur général de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Liégeois Roger Dehaybe publie aux éditions du Cygne à Paris Le choix de la Francophonie (1). Les premiers mots du livre précisent ce qu’il n’est pas : Ces notes ne sont pas mes « mémoires ». Je n’évoque ni ma jeunesse ni mes proches bien qu’ils aient joué un rôle important dans mon parcours.

L’ouvrage est divisé en trois parties. La première explique comment « à petits pas » les francophones de Belgique ont acquis une influence sur la scène internationale. Influence qui se marque par une politique dont la Francophonie est apparue, très tôt, comme une évidente priorité. La deuxième traite de ce qu’il est convenu de nommer la « nouvelle Francophonie » définie au Sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage de Hanoï en 1997, le VIIème Sommet de la Francophonie. Enfin, confrontée aux besoins du Sud et aux moyens disponibles, la troisième partie permet à la Francophonie de reprendre la réflexion quant aux priorités et, surtout, à sa « plus-value » par rapport à d’autres Organisations.

Le goût, le choix de la Francophonie est ancré depuis près d’un demi-siècle chez Roger Dehaybe. C’est le Québec et l’Afrique qui m’ont initié à la Francophonie. À Québec, en août 1974, nous sommes des milliers sur les plaines d’Abraham à écouter Gilles Vigneault, Félix Leclercq, et Robert Charlebois qui, ensemble, proposent « que les hommes vivent d’amour ». À Hanoï, en novembre 1997, le groupe des pays africains se dit d’accord d’élire Secrétaire général de la Francophonie Boutros Boutros-Ghali à condition que sitôt l’Administrateur général Roger Dehaybe soit nommé par les Ministres, ici à Hanoï. Je suis donc, plus que jamais, « Roger l’Africain ».

Ce titre, l’Administrateur général y tient. Il sait que pour un Africain, l’hospitalité implique l’adhésion aux demandes du pays qui accueille (J’aurai l’occasion de vérifier cela plus tard à Ottawa). Il sait qu’au cours de ses deux mandats et encore aujourd’hui, il a mené plusieurs combats, à ses yeux fondamentaux, dont la place des langues nationales dans l’éducation. Si l’école redevient un vrai produit « du village » alors, chaque citoyen, chaque « ancien », détenteur d’une partie de l’histoire deviendra, à sa façon, un auxiliaire de l’enseignant et l’éducation des enfants constituera une entreprise collective dont personne ne sera exclu. Paradoxalement, la langue française y gagne car c’est en substituant le partenariat à la contrainte que la langue internationale s’inscrira durablement dans la diversité culturelle de la communauté francophone.

Préfaçant Le choix de la Francophonie, l’ancien Président du Sénégal qui a été durant douze ans Secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf le qualifie de solide et généreux ouvrage. Tout est dit et bien dit. Tout est minutieusement rapporté. Une étonnante mémoire d’archives nous tient en tension avec un art consommé de raconter et de convaincre. Abdou Diouf cite Roger Dehaybe : dans un pays où la population est à 75% analphabète, quel sens a une élection dite démocratique ? Renforcer la démocratie, c’est d’abord éduquer.

Il est d’autres citations. À chaque fois, Abdou Diouf ajoute À méditer ! Tant ce livre devance la Francophonie à venir, celle qui façonnera la jeunesse et lui donnera les armes pour mieux affronter les défis à venir et toujours plus complexes. Nul doute qu’à Djerba, les 20 et 21 novembre, plus d’un participant au XVIIIème Sommet de la Francophonie soit en possession de l’ouvrage.

Lucide, Roger Dehaybe déplore une décision prise en 1991, lors du IVème Sommet de la francophonie attribuant aux Ministres des Affaires Étrangères le choix des actions de la Francophonie et de ses programmes de coopération. Ces Ministres sont davantage intéressés et concernés par les questions politiques et par les crises qui frappent tant de pays. Naguère, comme au temps de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), ce choix était du domaine des Ministres de la Culture ou de l’Éducation nationale. Des acteurs bien au fait des enjeux liés à la culture, à la langue, à l’analphabétisme.

En 1970, à Niamey, 21 pays dont le Bénin, le Burundi, le Cambodge, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Haute-Volta, Madagascar, le Mali, le Niger, le Rwanda, le Sénégal, le Tchad, le Togo, la Tunisie, le Vietnam créent l’ACCT. Les pays du Sud sont majoritaires. Un demi-siècle plus tard, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) comprend 88 membres dont 7 associés et 27 observateurs. Élargissement après élargissement, les pays africains dont le développement constituait l’objectif des fondateurs sont aujourd’hui minoritaires au sein de l’Organisation, de même que les 32 pays qui ont encore le français comme une de leurs langues officielles !

Au regret de Roger Dehaybe, la Francophonie semble, ces dernières années, davantage axée sur les questions politiques que sur les questions de coopération. Cela paraît se modifier. Ainsi, fort heureusement, le Secrétaire générale – Louise Mushikiwabo – entend rendre à la défense de la langue française la première place dans les actions de l’Organisation et a décidé de présider personnellement le groupe de travail consacré à la langue française. En effet, la langue française est un moyen pour contribuer au développement : éducation, économie, démocratie.

Partisan résolu de la promotion et de la défense de la langue française, Roger Dehaybe cite un article L’avenir du français se joue à Bruxelles ! paru en mai 1989 dans La Libre Belgique, article qui eut mérité de prendre sa place dans les annexes de l’ouvrage. Son raisonnement de 1989 : les deux grands ensembles politiques et économiques, le monde américain et le monde asiatique n’ont plus recours qu’à l’anglais pour leurs relations internationales. Seule l’Europe laisse encore une place encore significative à la langue française, une de ses langues officielles de travail. Nous sentons bien l’offensive du monde anglo-saxon pour tenter d’imposer l’anglais comme la langue unique des échanges. Si nous perdons la bataille du français en Europe c’est le monde de la Francophonie dans son ensemble qui sera touché et haut maternelle, découvre que cette langue ne lui assurera aucune possibilité de contacts et d’emploi dans monde, pourquoi continuerait-il à apprendre cette langue ? La victoire de l’anglais en Europe, dernière poche de résistance du français, peut conduire à terme les pays africains à revoir entièrement leurs politiques culturelles et éducatives. La bataille du français en Europe est donc un combat aussi pour le Sud.

En 1997, au Sommet d’Hanoï, la Francophonie prend un nouveau visage par la nomination d’un Secrétaire général et d’un Administrateur général. Mais la Charte qui régit leurs relations est ambigüe et peut être source de conflits. En effet, si le Secrétaire général est défini comme le « plus haut responsable de l’Agence », l’Administrateur général est responsable de la gestion et des programmes de coopération. Mais, il n’y a point eu de réelles divergences. C’est donc le souvenir d’une collaboration fructueuse que je garde de cette période et on ne soulignera jamais assez que, fort de son expérience à l’ONU, c’est Boutrons-Ghali qui a fait de la Francophonie un acteur reconnu sur la scène internationale. Quant à ses relations avec Abdou Diouf, celui-ci estime avoir été servi avec compétence, loyauté, imagination, célérité, respect et un haut esprit d’éthique. En boutade, Abdou Diouf lui a dit : tu es mon « Premier Ministre » !

Membre du Haut Conseil de la Francophonie présidé par le Président Chirac, Antoinette Spaak dans un avant-propos intitulé Un si beau parcours raconte comment, en 1983, le gouvernement de la Communauté française de Belgique a fait choix d’un homme de terrain aussi à l’aise sur le plan culturel que dans le domaine administratif. C’est ainsi que Roger Dehaybe, actif dans les milieux du théâtre et de la télévision locale, mais aussi directeur de cabinet de Ministres socialistes, a reçu la tâche exaltante de créer de toutes pièces l’embryon d’une sorte de ministère des Affaires étrangères, le Commissariat général aux relations internationales (CGRI). Devenu aujourd’hui le WBI, Wallonie-Bruxelles International. Roger Dehaybe, ce grand humaniste, a rempli son contrat avec succès (…) Mais son succès international ne fut pas moindre puisqu’en 1997, les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie le choisirent pour assumer la fonction d’administrateur général de la Francophonie. Pour Antoinette Spaak, L’ouvrage de Roger Dehaybe relate « pas à pas » de manière très concrète la genèse de ce projet tout à la fois politique, culturel et administratif, mais surtout une belle histoire humaine menée sous la houlette d’un homme visionnaire, également capable de faire passer ses visions du rêve à la réalité.

  • Le choix de la Francophonie – Un parcours belge et international – Éditions du Cygne – Collection Traces – Roger Dehaybe – 226 pages – 24€

CE 15 JUIN À MIDI OUVERTURE DES RÉSERVATIONS AU 62ème FESTIVAL DE SPA ; LE CORONA RÉDUIT LE NOMBRE DE PLACES : IL N’Y EN AURA PAS ASSEZ !

Le jeune collaborateur de la bourgmestre de Spa, Adrien Undorf, frais émoulu nouveau président du Conseil d’administration recevait un jour de mars 2020 un coup de téléphone lui annonçant l’annulation du 61ème Festival Royal. Avec le Directeur Axel De Booseré et son équipe, Adrien Undorf ne se résigna pas. Ensemble ils inventèrent une édition extérieure raccourcie à la merci des avatars météorologiques. Cette année la pandémie n’est pas vaincue mais les assouplissements des règles sanitaires permettent la programmation surtout dans les salles du centre culturel de 41 représentations de 21 spectacles lors de 14 soirées (dont une en avant-première) animées à nouveau par la présence de plus de cent artistes et techniciens. Pour ces retrouvailles, le nombre de places dans chaque salle sera encore réduit et il en manquera donc. Si vous êtes intéressés soyez donc prudents et réservez dès que possible. Ces réservations ouvrent aujourd’hui mardi 15 juin à midi soit par téléphone au numéro 087 47 57 04,  de midi à 18 h. du mardi au vendredi et de midi à 14 h. le samedi , soit en ligne sur le site http://www.royalfestival.be.

Afin d’éviter de paraphraser toutes les indications relatives aux 21 spectacles dont quatre créations, trois lectures et une causerie c’est ce site que je vous invite à consulter.

En ce qui me concerne je compte me déplacer sept fois à Spa entre le 10 et le 22 août afin de vous commenter quatorze des quarante et une représentations: le mardi 10 les créations de « Normal » et de « La nostalgie des blattes », le jeudi 12 de « Chat en poche » de Feydeau, le samedi 14 de « Ni oui ni non … » et de « Désir, terre et sang » d’après Federico Garcia Lorca, le lundi 16 de la lecture de « Un lundi en coulisse » et du « Départ », le mercredi 18 de la création de  « Flash Party » et de « Dimanche », le samedi 21 d’«Avant la fin » et de « Notre-Dame de Paris » d’après Victor Hugo et le dimanche 22 de la lecture de « L’appel à l’aide », de la causerie sur « Spa au temps du Prince de Ligne (1735- 1814) et … d’« Au suivant… » (annonciateur du 63ème Festival, celui de 2022 ?).

J’avoue que mes trois coups de cœur préalables vont au retour à Spa de Cécile Van Snick qui y fut la partenaire d’Armand Delcampe avant de diriger l’Atelier-Théâtre Jean Vilar de Louvain la Neuve. Je suis curieux de la découvrir dans du grand vaudeville, celui de Feydeau.

Ensuite j’espère beaucoup du spectacle Garcia Lorca que nous présenteront sous leur chapiteau « Les Baladins du Miroir » dont je suis un fan depuis de nombreuses années. Et enfin je prêterai une vive attention au témoignage de Catherine Graindorge sur la fin de la vie de son père, l’avocat Michel Graindorge. J’ai en effet connu et apprécié celui-ci, avant qu’il n’accède au barreau, quand nous militions ensemble après la grande grève de l’hiver 1960-61 contre les projets de loi sur le maintien de l’ordre du gouvernement Lefèvre-Spaak. Nos routes divergèrent car quand nous nous levions à l’aube pour aller distribuer des tracts aux ouvriers de la métallurgie liégeoise, les étudiants communistes bruxellois sous l’influence de Jacques Grippa dissertaient jusqu’aux petites heures du conflit sino-indien. Michel dirigeait cette tendance « prochinoise » et nous l’avions affublé du patronyme « Grainderiz ». Mais j’ai toujours gardé de lui un souvenir d’un militant sincère, intelligent, désintéressé et cette estime m’incite évidemment à espérer beaucoup du témoignage dramatique de sa fille.

Par contre se servir des flammes d’un incendie récent pour faire renaître comme celle d’un phénix une grande œuvre de Victor Hugo me semble constituer une gageure qui n’est pas gagnée.

Enfin j’espère l’une ou l’autre belle découverte parmi la dizaine de spectacles que j’ai ajoutés à mon agenda. Rendez-vous au mois d’août même si ce n’est pas pour toujours s’amuser comme des fous !

Jean-Marie ROBERTI

« Covid safe » l’ÉTUVE n’a « Ni dieux, ni maîtres » avec Éric Boschman!

L’Étuve rouvre ses portes le samedi 12 juin à 20h15 avec le spectacle Ni dieux, ni maîtres d’Éric Boschman. En écoutant cet œnologue érudit on est assuré de boire du petit lait … Comme la distanciation physique est de mise, une représentation supplémentaire est prévue le dimanche 13 juin à 15h30. La participation aux frais est de 20€ à virer au compte BE27 7320 2709 4373 lors de la réservation via le site https://form.jotformeu.com/etuve/reservation ou par SMS au 0492/56 29 10 ou encore par mail à reservationetuve@gmail.com. Comme la billetterie est fermée, le prépaiement est obligatoire.

Autre spectacle, le samedi 19 juin à 20h15 et le dimanche 20 juin à 15h30, celui de Rachel Luxen qui interprète les chansons de Barbara. La réservation se fait comme énoncé supra et le prépaiement (13 ou 16 €) est obligatoire.

Fermée depuis mars 2020, l’Étuve n’est cependant point demeurée inactive. Ses deux directeurs, Philippe Dengis et John Grégoire l’ont chouchouté à fin qu’elle ne sente point abandonnée. Dès que la ventilation est entré dans l’arsenal de la lutte contre le coronavirus, ils se sont mis à la recherche du matériel le plus apte à améliorer l’aération du théâtre de l’Étuve. Ils l’ont trouvé dans le purificateur d’air haute performance AIRVIA MÉDICAL.

L’appareil est non seulement beau – son esthétique est inspirée du monde de l’aéronautique et des turbines d’avion – mais aussi très efficace. Grâce à sa forme cylindrique et son système d’entrée d’air à 360 degrés, il aspire l’air depuis toutes les directions et le rejette verticalement pour assurer un brassage de l’air efficace sans nul dérangement, ni par le niveau sonore, ni par l’air soufflé. À l’intérieur de l’appareil, l’air passe par huit étapes de filtration et de dépollution pour être purifié. En quelques minutes, l’air d’un espace de 100 à 150 mètres carrés est complétement assaini.

Le théâtre de l’Étuve est l’un des premiers à s’équiper ainsi. Ses directeurs, Philippe Dengis et John Grégoire sont légitimement fiers de le déclarer Covid Safe et d’adresser ce message à leur public : Nous nous réjouissons de vous revoir vous les fidèles, pour les autres, de faire votre connaissance. Haut les cœurs !

Editions Noir Dessin : Le Livre officiel des Rues de Liège.

Depuis le 13 mars 1997 existe une convention entre le Collège communal de Liège et les Éditions Noir Dessin à charge pour elles de publier un nouveau dictionnaire des rues de Liège. En l’an 2000 paraît Le Livre des Rues de Liège qui, de la rue de l’Abarin à la rue Zabay, répertorie tout ce que Liège compte en avenue, boulevards, rues, impasses, chemins, allées et autres lieux et en narre l’histoire.

Ainsi Rue de l’ABARIN.  Rue en cul-de-sac donnant rue des Prés. L’abarin était le signal sonore, venant du fond de la mine, qui avertissait la surface que les mineurs cessaient le travail et allait remonter. L’expression « sonner l’abarin » était une altération du cri « n’abar’in », lancé aux abatteurs de charbon pour les prévenir que le travail de la journée se terminait. Anciennement, cette rue portait le nom de ‘rue de la Résistance »

Mais, comme l’a dit Michelet, Liège est une ville qui se défait, se refait sans jamais se lasser, dix ans plus tard, en 2010, Le Nouveau Livre des Rues de Liège avec l’ajout de dénominations neuves. La présentation change, chaque appellation est située à l’endroit antérieur à la fusion de commune. Une décennie plus tard, nouvel ouvrage comprenant notamment les 124 rues créées depuis 2010, Le Livre officiel des Rues de Liège.

Les Éditions Noir Dessin suivent la voie tracée par le fils d’un armurier analphabète, Théodore Gobert né en 1853. La Biographie nationale note à son propos : ses études primaires achevées, entre à douze ans, en 1865, au service du quotidien la Gazette de Liège. Il y gravit rapidement les échelons de la hiérarchie, jusqu’au poste de secrétaire de rédaction. Très tôt, il prend intérêt au passé de sa ville natale. Il commence à préparer des notices consacrées à chacune des rues de Liège et destinées à paraître dans la Gazette sous forme de feuilletons hebdomadaires. La première d’entre elles est publiée au cours de l’année 1884 ; les suivantes se succèdent plus ou moins régulièrement jusqu’en juin 1902. Au fur et à mesure de leur composition, ces notices sont tirées en fascicules qui, réunis, forment Les rues de Liége. Cet ouvrage en quatre volumes paraît en 1902 des presses de l’imprimerie Demarteau.

Le journalisme menant à tout, Théodore Gobert le quitte fin 1889, direction la Province. Il est archiviste provincial de1895 à 1920 – âge de la retraite. Le dimanche 30 mars 1930, la ville de Liège qui a financé la réédition des Rues de Liège sous le titre de Liège à travers les âges rend hommage à Théodore Gobert à l’occasion de la sortie de presse de cet ouvrage publié en six volumes par l’imprimeur Georges Thone.

Sauf erreur ou omission, Le Livre officiel des Rues de Liège comporte 1993 notices consacrées à l’ensemble des lieux liégeois. Ces 1993 notices se répartissent en 33 pour l’ancienne commune de Glain, 65 pour Rocourt, 69 pour Wandre, 88 pour Sclessin, portion de l’ancienne commune d’Ougrée, 90 pour Bressoux, 104 pour Chênée, 169 pour Jupille, 193 pour Grivegnée, 1000 pour Liège.

Ce chiffre symbolique de 1000 est obtenu par un subterfuge subtil. L’artère qui relie la rue Gérardrie à la place Saint-Denis, la rue Saint-Étienne se dédouble en rue Lambert Lombard, modification de la dénomination rue Saint-Étienne comprise entre la rue Gérardrie et la place Saint-Denis !   

Outre un chapitre relatif aux ponts, un autre est voué aux femmes et métiers « féminins » auxquels un nom de rue a été attribué. Pour savoir si une dénomination de rue est féminine ou masculine, rien ne vaut une indication de prénom dans l’intitulé. Ainsi, la rue Léopold se range incontestablement dans les dénominations masculines et de même, la rue de la Madeleine dans les dénominations féminines.

En 2010, Liège comptait 332 rues comportant un prénom masculin et 22 comportant un prénom féminin. L’écart était de 310.  En 2021, Liège compte 353 rues comportant un prénom masculin et 40 comportant un prénom féminin. L’écart est de 313.

Liège n’est pas la seule ville à se doter d’un ouvrage tel Le Livre officiel des Rues de Liège et comme elle veut se métamorphoser en « smart city », n’y-a-t’ il pas lieu de s’inspirer de l’exemple de La Marsa, ville tunisienne qui a été, durant un siècle et demi, la résidence d’été des beys de Tunis. Son maire, Moez Bouraoui, en s’appuyant sur une start-up tunisienne, a installé des plaques de rue intelligentes. Le journal La Presse explique comment les passants curieux et intéressés par l’histoire des noms de ses rues, inscrits sur ces plaques, peuvent scanner le code QR qui va leur permettre d’accéder à toutes les informations historiques sur les personnages qui ont été choisis pour baptiser ces rues.

En innovant de la sorte, Le Livre officiel des Rues de Liège passerait d’une version papier de 504 pages (30 €) à une version numérique qui permettrait à la population de la Cité ardente et aux touristes de connaître Liège à travers les siècles.

La B.A. de Liège ; l’Échevinat du BÊA !

Naguère, à Liège, les matières relatives aux animaux se partageaient entre Bourgmestre et Échevins en fonction de leurs compétences. Depuis le 3 décembre 2018, date d’entrée du nouveau Conseil communal, le Bien-Être Animal – acronyme BÊA – se voit confié à un Échevinat dont Christine Defraigne (MR) est titulaire. Pour elle : Le Bien-Être animal est une valeur fondamentale de notre société qui symbolise le vivre ensemble, le respect et l’harmonie. Aujourd’hui, le Bien-Être animal est une compétence à part entière et mérite que les politiques s’y intéressent et instaurent des mesures visant à lutter contre la maltraitance et la négligence des animaux. Ils ne sont pas des objets, ils sont des êtres vivants dotés de sensibilité.

La création de l’Échevinat du BÊA intervient deux mois – jour pour jour – après l’adoption par le Parlement de la Wallonie du Code du Bien-Être animal (109 articles) qui soumet notamment la détention d’un animal à un permis dont chaque citoyen dispose automatiquement et sans formalité. Ce qui signifie que chacun peut détenir un animal sauf si une décision administrative ou judiciaire le lui interdit via le retrait de ce permis.

La Ville de Liège entend être un laboratoire des mesures qui visent à améliorer le bien-être animal en Wallonie. Elle se veut pionnière dans le développement de cette compétence. L’Échevinat du BÊA peut compter sur le vétérinaire communal, le Docteur Philippe Schutters et une cellule de la police communale composée d’un Inspecteur principal, de deux Inspecteurs et deux suppléants en charge des dossiers relatifs au bien-être animal. Qui peut le mieux porter aide et assistance à un animal victime qu’un vétérinaire, qui peut le mieux constater les infractions au Code du Bien-Être animal et recevoir des plaintes que la police constamment sur le terrain.

Si Liège veut le bien-être animal, en revanche les cas de maltraitance, négligence ou cruauté envers les animaux sont malheureusement nombreux à Liège. Outre les chats ou chiens comme animaux de compagnie, il y une recrudescence des NAC – nouveaux animaux de compagnie – qui ont des besoins spécifiques mal connus des néophytes les accueillant. Ainsi en est-il des  257 reptiles – sur les 11.000 espèces connues – qu’il est permis d’accueillir en qualité de NAC.

L’Échevinat du BÊA entend sensibiliser les enfants à l’importance du bien-être des animaux et ancrer dans leur esprit que tout animal est un être vivant doté de sensibilité qui a des droits, à l’instar de l’être humain. À cet effet, il réalise des petites capsules vidéo éducatives, envoyées aux écoles qui le souhaitent comme support pour un cours plus général.

Notre photo montre la trop petite cage où était enfermé Volt, un faisan. Pour éviter que Volt ne fonce dans les barreaux, son propriétaire avait placé un dispositif électrique sur batterie par-dessus la cage. Aujourd’hui, le calvaire de Volt est terminé grâce à l’action de l’Échevinat du BÊA.

Canada : par un crédit d’impôt, l’Etat favorise les abonnements numériques à la presse.

Abonné notamment à la version numérique du quotidien montréalais Le Devoir, nous avons reçu cet avis : Chers abonnés, Grâce aux mesures de soutien au journalisme mises en place par le gouvernement du Canada, vous pouvez désormais obtenir un crédit d’impôt pour votre abonnement numérique au Devoir. Cette nouvelle mesure fiscale vous permet de bénéficier d’un crédit d’impôt personnel non remboursable de 15 % pour toute dépense liée à un abonnement aux nouvelles numériques* faite entre le 1er juillet et le 31 décembre 2020.

Evidemment, ce crédit d’impôt ne concerne que le contribuable canadien. Cette mesure fiscale de soutien à la presse, et bien d’autres, a été suggérée au gouvernement fédéral canadien par le Groupe indépendant d’experts sur le journalisme et la presse écrite. Dans son rapport, celui-ci note : Il est bien établi que l’industrie de la presse écrite est en crise. On estime que les médias numériques appartenant à des intérêts étrangers, comme Google et Facebook, priveront l’économie canadienne de sept milliards de dollars provenant de la publicité cette année. Les revenus publicitaires des quotidiens sont deux fois moins élevés qu’il y a une décennie. Selon des données recueillies dans le cadre du « Local News Research Project », plus de 250 organes de presse canadiens ont fermé leurs portes dans la dernière décennie. Le rapport Le Miroir éclaté du Forum des politiques publiques a établi qu’un tiers des emplois en journalisme ont disparu au Canada sur une période de six ans.   

Annonçant les diverses décisions prises en faveur de la presse, Bill Morneau, ministre des Finances a déclaré : Les médias d’information forts et indépendants sont essentiels au bon fonctionnement de la démocratie. Ces médias présentent aux citoyens les renseignements dont ils ont besoin pour prendre des décisions judicieuses sur des questions importantes. Le soutien que nous apportons au journalisme canadien aidera nos médias à s’adapter à l’évolution rapide du paysage de l’information qui devient de plus en plus numérique. Ce faisant, ils pourront continuer de fournir aux Canadiens des renseignements et des documents journalistiques fiables et fondés dans ce monde de plus en plus complexe et difficile. 

Si les abonnements numériques ont la cote pour certains journaux tel le New-York Times qui compte actuellement plus de sept millions d’abonnés dont neuf-cents mille pour la version papier, le crédit d’impôt canadien est un incitant à s’abonner à la version numérique d’un ou plusieurs médias. Le crédit d’impôt peut atteindre cinq-cents dollars.

En Belgique, les formes d’aide à la presse relèvent soit du gouvernement fédéral (tarifs postaux), soit des communautés (aide directe). En instaurant un crédit d’impôt pour les abonnements numériques à des médias qui respectent la déontologie de la presse, le fédéral aurait la garantie que nos concitoyens soient informés à bonne source et non par les réseaux sociaux véhiculant fausses informations et pareilles rumeurs.

« SOIF » d’Amélie Nothomb adapté au théâtre.

C’est tout simplement le livre de ma vie. Tel est le jugement d’Amélie Nothomb sur son vingt-huitième roman SOIF paru en 2019 et vendu à plus de deux-cent mille exemplaires. En cent-soixante pages, Amélie Nothomb incarne le Christ sur le chemin du Golgotha. On n’apprend des vérités si fortes qu’en ayant soif, qu’en éprouvant l’amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps.

Texte le plus intime d’Amélie Nothomb, SOIF fait, depuis le 25 janvier 2021, l’objet d’une adaptation théâtrale par Mehdi Dehbi en résidence à la Maison Denise Masson à Marrakech. Mehdi Dehbi est un acteur et metteur en scène marocain né en 1985 à la maternité de Bavière à Liège, maternité qui deviendra, en 1989, le siège de l’Académie Grétry que fréquentera, à l’âge de dix ans Mehdi Dehbi. À seize ans, il interprète le rôle d’Hamid dans le film Soleil assassiné, co-produit par Martine de Clermont-Tonnerre et les frères Dardenne, consacré au poète libertaire Jean Sénac, rallié depuis 1955 à la cause de l’indépendance algérienne. Ce premier film lui vaut, en 2003, une sélection pour le Prix Joseph Plateau du meilleur acteur. Depuis, il a tourné dans plus d’une dizaine de long métrage, participé en qualité de comédien à quantité de pièces et a assuré la mise en scène de la pièce de Camus, Les Justes.

Mehdi Dehbi explique comment il conçoit l’adaptation de SOIF d’Amélie Nothomb : Le propos de cette adaptation est de ramener le cœur du Christ au centre de la scène. J’aime que SOIF nous parle en profondeur de l’homme qui a aimé et qui est aimé par un être en particulier, Madeleine. J’aime les sensations décrites de cet amour : elles ramènent Jésus à une réalité et une vérité très concrète. C’est pour cela que j’ai voulu concentrer l’adaptation du texte riche d’Amélie Nothomb, sur l’histoire d’amour, l’histoire de mort et, le lien entre les deux que l’auteur nous propose pour signifier la vie, l’histoire d’une soif. L’amour, la soif, la mort : le tiercé gagnant de Jésus. J’y vois une interprétation de la trinité, et je m’amuse donc avec le chiffre trois : trois interprètes sur scène, trois espaces scéniques (théâtral, cinématographique et audio), trois actes (la cellule, la crucifixion, la vie éternelle). Oui, c’est l’homme qui a vécu cette histoire, mais n’est-ce pas la femme qui l’a survécue ? N’a-t-elle pas droit elle aussi à prendre la parole et l’espace ? Je confie à Madeleine une place centrale dans cette mise en scène. Si Jésus était une photographie, elle en serait le négatif. Je prends le parti pris donc de construire des scènes dialoguées entre les deux personnages, puis de faire parler Madeleine comme si elle était Jésus. Ensuite, pour accompagner le Christ dans sa souffrance, rien de tel que la musique : je fais chanter un violon sur scène et laisse la force des mots de l’écrivaine simplement faire son travail. Il n’y a rien à ajouter lorsque la simplicité s’exprime de manière si troublante sur une expérience à ce point abominable que la crucifixion de Jésus (…) Sur scène, tout est justifié sans jamais être expliqué : rien n’est laissé pour compte, tout prend un sens sans forcer la sensation par l’effort ni l’effet. Se dégagera du spectacle une douceur, une simplicité, et de par ses deux interprètes féminines une certaine grâce et beauté.

Première du spectacle SOIF, le dimanche 21 février. Deux représentations, à 19h et 21h, devant un public restreint. En effet, compte tenu des impératifs sanitaires, la jauge de la salle de l’Institut français de Marrakech autorise seulement l’accès à vingt spectateurs. Il avait été envisagé de recourir à internet. Ce qui laissait entrevoir une audience accrue pour la première de cette adaptation théâtrale de SOIF. Malheureusement l’équipe qui devait assurer la transmission n’a pas pu avoir les autorisations pour venir au Maroc. 

Générale de préférence à première car l’ambition de Mehdi Dehbi et son équipe est que la première de ce spectacle ait lieu à Jérusalem, là même où SOIF s’est déroulé il y a deux mille ans.

Arabie saoudite, un défilé de mode qui constitue une première!

 

Sous le titre Défilé de mode « chic » et très pudique en Arabie saoudite, le quotidien libanais L’Orient-Le Jour rend compte d’une première en ce pays. Un défilé de mode auquel a pu assister, le 23 janvier, un public, certes peu nombreux, mais mixte ce qui contraste avec la première Fashion Week en Arabie saoudite en avril 2018. Celle-ci dont les vedettes étaient le Français Jean-Paul Gaultier et l’Italien Roberto Cavalli s’était tenue à huis-clos, interdite tant aux hommes qu’aux caméras.

Ce défilé de mode a été organisé par madame Dominique Mineur, ambassadrice de Belgique en Arabie Saoudite. Une dizaine de mannequins saoudiens ont présenté la collection  Sois chic de la marque Lomar conçue par la princesse Safia Hussein Guerras, ancien mannequin, et le styliste belge Christophe Beaufays. Celui-ci qui a enseigné au centre de formation Château-Massart-Mode à Liège travaille maintenant à Riyad dans une entreprise spécialisée en dishdasha – vêtement long arrivant aux chevilles – porté par les hommes sous le nom de kamis en Arabie Saoudite.  

Si depuis 2019, les étrangères au royaume wahhabite ne sont plus obligées de porter la abaya – vêtement couvrant l’ensemble du corps à l’exception du visage, des pieds et des mains -, les Saoudiennes ont l’obligation de la porter dans le royaume. La abaya est un vêtement polémique. Pour les uns, symbole d’élégance et de modestie, pour d’autres, symbole d’oppression.

La princesse Safia Hussein Guerras entend changer la stigmatisation autour de la abaya et du voile dans le monde entier. Si je l’amène à un niveau de chic et d’acceptation, peut-être que notre génération va pleinement embrasser la abaya. Pour Christophe Beaufays, la collection Sois chic doit plaire aux femmes qui partage des vues identiques sur la pudeur et la culture  qu’importe leurs religions différentes. Le côté glamour a été mis en valeur avec des abayas aux coupes plus ou moins ajustées.

À l’issue de ce défilé, la princesse Safia Hussein Guerras a confié être fière de sortir avec la abaya qui ressemble exactement à ce que vous avez vu aujourd’hui.  Je veux que mes sœurs, les sœurs saoudiennes ou du Golfe, et toutes mes sœurs du monde entier soient fières parce que nous devrions être fières.

RTBF : « des journaux mi-covid ».

Depuis début décembre, la RTBF s’est fixé comme objectif dans ses bulletins d’information tant en radio, en télévision ou sur internet, que la Covid 19 ne soit abordée au maximum qu’à 50 % du temps du journal. Un article rédigé par Isabelle Huysen publié le lundi 18 janvier à 08h32 le précise au cas où l’auditeur de la RTBF, le téléspectateur de la RTBF, le lecteur de la RTBF ne l’a point encore remarqué. Cet objectif est à ce point insolite qu’il a trouvé place dans les médias étrangers dont ceux d’HuffPost : « Trop anxiogène le Covid-19 ? La RTBF veut réduire sa place dans ses JT ».

Réaliser des journaux « mi-covid » devient-elle la règle ? Le directeur de l’information, Jean-Pierre Jacqmin nuance : « Il n’y a pas de couperet qui, lorsqu’on a dépassé les 50%, oblige le présentateur à passer à autre chose. C’est un objectif, on y tend. Je pense que dans un JT de plus d’une demi-heure, on doit offrir aussi des éléments d’intérêt général, d’intérêt public, mais qui peuvent ouvrir la fenêtre quand on est en confinement. Il faut qu’on puisse s’évader un peu. Et s’évader, je pense que ça peut exister par l’information »

Ce besoin d’évasion par l’information est venu principalement d’auditrices qui ont fait observer qu’entendre parler à longueur de journal de la Covid 19 en plus d’être obligés de vivre avec le virus était pour elles sources d’angoisses et d’anxiétés.

Pour atteindre son objectif, la RTBF peut compter sur ses bureaux d’information régionales.  » C’est l’avantage de la proximité, on a une actualité judiciaire, politique, de grands chantiers, des projets immobiliers, des meurtres, de la culture, etc » comme l’explique la Liégeoise Anne Poncelet.

Envoyer l’équipe du Scan réaliser un reportage sur la liaison directe entre l’aéroport de Charleroi et celui de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe semble à première vue constituer un bon exemple d’évasion. Mais bardi bardaf, on retombe en plein sur la Codiv 19 car la Guadeloupe a été choisie comme l’un des rares endroits à être classé en zone orange. Le reportage ne donne nulle indication sur le prix du vol et la compagnie qui l’assure. Pareille indication eut été une incitation à rejoindre le pour cent et demi de Belges qui, aux vacances de Noël, ont effectué des voyages à l’étranger « strictement déconseillé » par les autorités belges.

Souvenirs de Tchantchès …

Tchantchès est-il un roturier « né à Liège, de façon miraculeuse, le 25 août 760, entre deux pavés du quartier d’Outre-Meuse » ou a-t-il vu le jour dans le premier théâtre de marionnettes installé à la porte Grumselle par le toscan Alexandre Conti en 1854 ? 1854, année suivant le début des grands travaux de la Dérivation de la Meuse, selon les plans établis par Ulric-Nicolas Kümmer, l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées qui établissent en fin des travaux, en 1863, en gros la configuration actuelle d’Outre-Meuse. Si le théâtre de Conti suscite la création d’autres – on en compte près d’une trentaine à la fin du XIXème siècle – les Liégeois avaient déjà découvert, au XVIIIème, les marionnettes lors de foires telle celle qui se tenait le premier mai près de la chapelle du XIVème dédiée à Sainte-Balbine en haut de Pierreuse.

Les théâtres de marionnettes en Outre-Meuse attirent de nombreux étudiants et de multiples bourgeois de la rive gauche. Dans son ouvrage « Tchantchès et son évolution dans la tradition liégeoise » publié en 1950, le professeur Maurice Piron cite en annexe le récit de Célestin Demblon. Celui-ci avant d’être élu parlementaire le 14 octobre 1894 – jour des premières élections législatives au suffrage universel masculin tempéré d’un vote plural – a déjà connu son heure de gloire lorsque, à la demande de l’échevin libéral de l’instruction publique, il est révoqué par le conseil communal de Liège de son poste d’instituteur pour avoir prononcé le mot « socialisme » dans un de ses cours.

Célestin Demblon relate sa soirée du 10 décembre 1890 prévue pour « aller aux marionnettes » en groupe dans le vieux quartier d’Outre-Meuse. « Jamais fervent de ces représentations naïves ne rêva soirée plus joyeuse que celle à laquelle nous eûmes d’assister. Les artistes ne vont pas faire moisson de gaîté tous les jours dans nos minuscules théâtres populaires. Certains « directeurs » ont réalisé, ces dernières années, en matière de décors et de diction, des progrès qui enlèvent malheureusement à leurs représentations tout ce qui en fait la saveur : une confusion des langues qui explique clairement le miracle de la tour de Babel et celui de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ; et quels ineffables anachronismes ! N’avons-nous pas entendu, à une représentation de la nativité de Jésus, un berger proposer qu’on télégraphiât l’heureuse nouvelle à Hérode ?

Vers neuf heures, nous entrions dans un exigu cabaret de la rue Petite-Bêche. Au fond, à côté du comptoir, une porte s’ouvre dans la salle de spectacle. Cette salle peut avoir sept à huit mètres carrés. Il n’y a, comme on pense bien, ni fauteuils d’orchestre, ni stalles, ni loges, ni baignoires. Toutes les places sont uniformes ; on s’assied sur de longues planches qui font l’office de bancs ; quelque chose comme un parquet primitif. Une trentaine d’enfants et d’adolescents, deux femmes et quatre hommes sont tassés là, bruyants et avides. Les grandes personnes nous saluent, se serrent davantage pour nous faire place. Le prix est fixé à deux centimes pour chaque pièce. On en représente souvent deux et même davantage par soirée. Il arrive aussi qu’on ne joue qu’une pièce très longue, si longue même qu’on ne peut parfois l’achever, et qu’on en remet la fin au lendemain : dans ce cas, le prix des places est de cinq centimes pour la soirée entière. »   

Peu importe, la pièce jouée, de « Tristan et Yseult » à « La Nativité » ou encore « Roland à Roncevaux », on y retrouve Tchantchès. « Tchantchès est le maître de la scène et, tout à la fois, le confident et le chœur de la tragédie antique et le clown du drame anglais. (…) Il a bien ses défauts : il boit et il est batailleur ; mais il est avant tout gai, un peu sceptique, libre et fort d’être son propre chef. (…) Tchantchès, est, en effet, un exemple admirable de Wallon liégeois.

Allemand, Autrichien, Français, Hollandais, Belge, il est resté, avant tout de Liège, et il a toujours subi, avec bonne humeur, les maîtres que les hasards lui donnèrent, sûr qu’il était de conserver tout chez lui, de n’abandonner rien de lui-même à ces maîtres. Toujours prêt à rire de ceux-ci, il garde cependant avec une fierté farouche, une passion de liberté si grande » ou encore « Pour un Liégeois, il n’est pas seulement le Liégeois du peuple ; il est ou tend à être le peuple wallon. »

Le 10 décembre 1890 pour « aller aux marionnettes », Célestin Demblon est accompagné de quelques amis dont certains comme lui collaborent à la revue « La Wallonie ». Fondée par Albert Mockel, cette revue est la première à utiliser le titre de « La Wallonie », ce néologisme créé par le namurois François-Joseph Grandgagnage dans « La Revue de Liège » du 4 septembre 1844. À la page 601, il écrit : « Mes chers wallons, par tous les Saints de la wallonie (sic), je vous en conjure, soyez donc vous-mêmes » !

Si les wallons sont eux-mêmes, il ne leur est pas interdit de trouver l’inspiration ailleurs. Telle l’érection à Paris au square Jules Ferry, en 1912, d’une statue de grisette, jeune personne coquette de condition modeste interpelle le journaliste liégeois Isi Collin. « Pourquoi chaque nation ou chaque ville ne dédie-t-elle pas un mémorial au type représentatif de son caractère ? À Liège, quelques gens de bonne volonté songèrent, peut-être, à tout cela, quand, il y a peu de jours, ils émirent le projet curieux d’élever une statue à leur fameuse marionnette Tchantchès. »

Le « projet curieux » est mis en veilleuse le temps d’un conflit qui a fait plus de 18 millions de morts dont près de 10 millions de militaire « chair à canon ». Mais en 1922, à la veille de ses trente ans, le « Vieux-Liège » lance un concours visant à édifier un monument à Tchantchès. Le projet du jeune sculpteur Justin Zomers est retenu. Il représente une hiercheuse – femme qui pousse les wagonnets au fond de la mine – brandissant un Tchantchès. Sur le piédestal une mention ; « À Tchantchès symbole de l’esprit wallon et la verve liégeoise ». Faute de sous, le monument ne voit pas le jour. Une souscription populaire en 1935 permet de rassembler quelque fonds en sorte que, le 27 septembre 1936, jour des fêtes de Wallonie, Georges Truffaut dévoile la statue tant attendue !