Charly Dodet et la migration clandestine

Nouveau roman de Charly Dodet. Comme à l’habitude, le cadre de ce nouveau roman Un homme dans la grange (1) est un village du Condroz, une région que Charly Dodet connaît parfaitement pour l’avoir arpenté en qualité de journaliste professionnel durant des années. Dans ce petit village il fait très calme la nuit. Passé minuit tout le monde dort paisiblement et l’on entend tout au plus une vache beugler dans une étable.

Une des héroïnes est Adèle une femme solide ! Pas le genre à se laisser dicter son comportement. Depuis qu’elle est seule, elle a pris sa liberté en main, ne laisse à personne d’autre la faculté de décider pour elle. Du haut de ses 85 ans – et à vrai dire, elle n’est pas très haute ! -, elle vit seule dans la vieille ferme familiale, un peu à l’écart du village. (…) Bien en chair, de grands yeux bleus, les cheveux soigneusement teints et coiffés, elle n’est ni laide ni très jolie, mais elle prend grand soin d’elle. Et son visage envoie à la ronde des ondes positives, qui lui ouvre bien des portes… Elle entretient son jardin avec amour – c’est sa passion – et fait pousser la plupart des légumes dont elle a besoin. Elle coupe du bois comme un vrai bûcheron et elle essaie de dépendre le moins possible des corps de métier pour ses petites réparations.

Une nuit, cette femme solide croit entendre un bruit à moins que ce ne soit un rêve. Quelques nuits plus tard, nouveau bruit en provenance de la grange. Pour tirer les choses au clair, elle décide de monter la garde la nuit suivante, munie du plus gros de ses couteaux de cuisine. Soudain un bruit, Adèle allume sa torche, voit un homme, le menace de son couteau en tremblant. Ha ! Ha ! Ha ! C’est comme cela que vous voulez vraiment me faire peur ? Regardez-vous, vous tremblez ! Vous avez beaucoup plus peur, avouez. Mais ne vous en faites pas, je ne vais pas vous manger ! Je descends seulement me soulager dehors. Vous ne m’avez pas répondu, qui êtes-vous ? Depuis quand vous êtes-vous installé chez moi sans aucune permission ? Vous dire qui je suis ne vous apprendrait rien. Vous ne me connaissez pas. Rassurez-vous, je n’ai pas de mauvaises intentions. Je demande seulement à me reposer quelques nuits à l’abri ici, puis je repartirai. J’ai fait un si long voyage ! 

L’homme qui est devant Adèle est grand, svelte, l’allure sportive et le regard avenant. Adèle réfléchit, elle décide finalement de lui faire confiance et de céder à sa demande. Elle met à sa disposition une petite grange en bois au bout du verger. L’homme n’est guère prolixe. Pour lui avoir demandé, Adèle sait qu’il vient de Tunisie, qu’il s’appelle Ahmed – c’est un prénom assez courant dans mon pays –, qu’il était professeur de français. Pour en savoir davantage, Adèle doit patienter. L’homme n’a pas envie de parler de tout cela. C’est son fardeau à lui, le prix qu’il a payé pour changer sa vie. Il n’est pas encore prêt à se retourner sur son passé. Cela lui est sans doute trop douloureux.

Charly Dodet a choisi de parler de la migration clandestine. Celle de Ahmed qui, en solitaire,  a fait choix de partir des environs de Bizerte pour atteindre la France. Généralement, la voie de la migration clandestine la plus suivie mène à l’Italie en provenance de Gabès, Zarzis ou Sfax. C’est une source de drames. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, plus de 1200 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée en 2020.

Ce qui a déterminé Ahmed à prendre le chemin de la migration clandestine c’est l’assassinat de son grand-père au moment où la Tunisie acquiert son indépendance puis par après l’élimination de sa famille. La chance d’Ahmed est d’avoir rencontré Adèle qui en lui faisant confiance lui a permis de se reconstruire. Charly Dodet narre, d’une part, l’intégration harmonieuse d’Ahmed dans ce village condruzien et, d’autre part, les difficultés rencontrées par Ahmed pour obtenir son titre de séjour auprès de l’Office des Étrangers et du Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides. Un homme dans la grange, un roman où se côtoient chaleur de l’humain et froideur de l’administration.

  • Un homme dans la grange – Charly Dodet – Éditions Baudelaire Lyon – 148 pages – 14 € 50

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