« Petit traité sur le racisme » par Dany LAFERRIERE.

Depuis son premier livre Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière, membre de l’Académie française, sort son trentième intitulé Petit traité sur le racisme (1). Non point sur les divers racismes qui pullulent un peu partout dans le monde, mais uniquement celui qui se pratique aux États-Unis contre les Noirs américains. Je concède que c’est une petite portion de la bêtise universelle qui étend ses tentacules sur les cinq continents et n’épargne personne. (…) C’est ici une affaire de Blanc et de Noir où le Blanc concentre entre ses mains tous les pouvoirs. (…) Aujourd’hui, je tricote ce triste bouquin pour dire deux ou trois choses de cette histoire du racisme.  

Le lectorat particulièrement visé par le Petit traité sur le racisme se situe dans la lignée des jeunes touchés par les mouvements Black Lives Matter, des jeunes de 14 à 25 ans. J’ai une certaine affinité avec eux confesse Dany Laferrière au journal Le Devoir. J’aime discuter avec eux. Ils ont des idées traversées par des fulgurances qui tiennent de leur nature poétique. Ils sont butés, mais capables par une sorte de sursaut de retrouver l’autre sur un terrain commun. Précisément parce qu’ils ne cherchent pas à le faire de façon volontaire. Je crois qu’ils sont sensibles à la poésie et aux textes brefs mais rythmés, et c’est pour eux que j’ai fait un livre qui s’ouvre comme un ciel d’été.

La composition de l’ouvrage est faite de chapitres courts – il y a une histoire qu’il fallait rappeler légèrement, car les jeunes gens ont d’autres chats à fouetter – et de ce que Laferrière appelle des vignettes. Conscient de ne pas retenir trop longtemps l’écoute de ces jeunes lecteurs, il a imaginé ces petites vignettes qui poussent à la réflexion. Elles sont près d’une centaine à la forme d’un poème.

Des exemples ? Le mépris ; Le racisme ordinaire est un fait / qui change l’autre, le Noir / en un monstre / sur qui il faut tirer le premier / ou un cancrelat / qu’il faut écraser de son mépris. Un autre ? L’oxygène ; Je me méfie de cette Amérique / qui clame /que c’est un jour historique / parce qu’un policier / qui a étouffé un Noir / pendant près de dix minutes / est condamné pour « meurtre involontaire » car je ne vois pas où c’est involontaire. / Lui a-t-on fait un cours sur l’anatomie / et la biologie / avant de l’envoyer dans la rue / afin qu’il sache que / l’oxygène vrai est nécessaire à la vie ? / Il est que si on ignore cela / ça devient involontaire. Enfin, une troisième vignette baptisée Stop ; Quand une femme dit NON / vous devez arrêter / quand un NOIR dit / « j’étouffe » / vous devez arrêter aussi.

Les thèmes abordés dans les chapitres courts sont variés. Il est question notamment de La case de l’oncle Tom dont Abraham Lincoln dit à l’autrice Harrieth Beecher Stowe c’est vous, la petite dame, qui êtes à l’origine de cette grande guerre, la guerre de Sécession. La case de l’oncle Tom, un ouvrage adulé en son temps, rejeté un siècle plus tard et Laferrière de se demander qui est celui qu’on aime aujourd’hui et qu’on détruira demain. Il parait que c’est notre nature de tuer ceux qu’on aime. Autre thème, le viol. Toute Blanche qui voulait la tête d’un Noir n’avait qu’à l’accuser de tentative de viol. On ne va pas toujours dire « viol », car ça risque de trop charger la réputation de la jeune fille. Alors que « tentative », c’est assez précis pour mériter une sanction définitive et assez vague pour ne pas entacher sa réputation.

Nombre de personnalités sont l’objet de chapitres courts dont Harriet Tubman, une esclave fugitive. Son travail, si on peut appeler ça un travail, consiste à faire passer des esclaves du Sud esclavagiste au Nord libre. Harriet Tubman, la Moïse noire, devait être, en 2020, la première femme noire à figurer sur un billet de banque des États-Unis, le nouveau billet de 20 dollars succédant à l’effigie du septième président américain, Andrew Jackson, partisan de l’esclavage et qui força des milliers d’Indiens à l’exode, le Sentier des Larmes. En 2017, Donald Trump arrête le projet et le reporte au moins jusqu’à 2028. Dès son entrée en charge, Joe Biden a annulé la décision de son prédécesseur, Il est important que nos billets, notre argent […] reflètent l’histoire et la diversité de notre pays et l’image d’Harriet Tubman ornant la nouvelle coupure de 20 $ les reflète de façon évidente selon son porte-parole.

 

 (1) Petit traité sur le racisme – Dany Laferrière – 216 pages – 24,95 $ – paru le 15 juin 2021 aux Éditions BOREAL (Montréal) – ISBN 976-2-7646-2693-1  

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