Roger Dehaybe a fait « Le choix de la Francophonie » !

Premier commissaire général aux relations internationales de la Communauté française de Belgique dès 1983 puis, en 1998, administrateur général de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Liégeois Roger Dehaybe publie aux éditions du Cygne à Paris Le choix de la Francophonie (1). Les premiers mots du livre précisent ce qu’il n’est pas : Ces notes ne sont pas mes « mémoires ». Je n’évoque ni ma jeunesse ni mes proches bien qu’ils aient joué un rôle important dans mon parcours.

L’ouvrage est divisé en trois parties. La première explique comment « à petits pas » les francophones de Belgique ont acquis une influence sur la scène internationale. Influence qui se marque par une politique dont la Francophonie est apparue, très tôt, comme une évidente priorité. La deuxième traite de ce qu’il est convenu de nommer la « nouvelle Francophonie » définie au Sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage de Hanoï en 1997, le VIIème Sommet de la Francophonie. Enfin, confrontée aux besoins du Sud et aux moyens disponibles, la troisième partie permet à la Francophonie de reprendre la réflexion quant aux priorités et, surtout, à sa « plus-value » par rapport à d’autres Organisations.

Le goût, le choix de la Francophonie est ancré depuis près d’un demi-siècle chez Roger Dehaybe. C’est le Québec et l’Afrique qui m’ont initié à la Francophonie. À Québec, en août 1974, nous sommes des milliers sur les plaines d’Abraham à écouter Gilles Vigneault, Félix Leclercq, et Robert Charlebois qui, ensemble, proposent « que les hommes vivent d’amour ». À Hanoï, en novembre 1997, le groupe des pays africains se dit d’accord d’élire Secrétaire général de la Francophonie Boutros Boutros-Ghali à condition que sitôt l’Administrateur général Roger Dehaybe soit nommé par les Ministres, ici à Hanoï. Je suis donc, plus que jamais, « Roger l’Africain ».

Ce titre, l’Administrateur général y tient. Il sait que pour un Africain, l’hospitalité implique l’adhésion aux demandes du pays qui accueille (J’aurai l’occasion de vérifier cela plus tard à Ottawa). Il sait qu’au cours de ses deux mandats et encore aujourd’hui, il a mené plusieurs combats, à ses yeux fondamentaux, dont la place des langues nationales dans l’éducation. Si l’école redevient un vrai produit « du village » alors, chaque citoyen, chaque « ancien », détenteur d’une partie de l’histoire deviendra, à sa façon, un auxiliaire de l’enseignant et l’éducation des enfants constituera une entreprise collective dont personne ne sera exclu. Paradoxalement, la langue française y gagne car c’est en substituant le partenariat à la contrainte que la langue internationale s’inscrira durablement dans la diversité culturelle de la communauté francophone.

Préfaçant Le choix de la Francophonie, l’ancien Président du Sénégal qui a été durant douze ans Secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf le qualifie de solide et généreux ouvrage. Tout est dit et bien dit. Tout est minutieusement rapporté. Une étonnante mémoire d’archives nous tient en tension avec un art consommé de raconter et de convaincre. Abdou Diouf cite Roger Dehaybe : dans un pays où la population est à 75% analphabète, quel sens a une élection dite démocratique ? Renforcer la démocratie, c’est d’abord éduquer.

Il est d’autres citations. À chaque fois, Abdou Diouf ajoute À méditer ! Tant ce livre devance la Francophonie à venir, celle qui façonnera la jeunesse et lui donnera les armes pour mieux affronter les défis à venir et toujours plus complexes. Nul doute qu’à Djerba, les 20 et 21 novembre, plus d’un participant au XVIIIème Sommet de la Francophonie soit en possession de l’ouvrage.

Lucide, Roger Dehaybe déplore une décision prise en 1991, lors du IVème Sommet de la francophonie attribuant aux Ministres des Affaires Étrangères le choix des actions de la Francophonie et de ses programmes de coopération. Ces Ministres sont davantage intéressés et concernés par les questions politiques et par les crises qui frappent tant de pays. Naguère, comme au temps de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), ce choix était du domaine des Ministres de la Culture ou de l’Éducation nationale. Des acteurs bien au fait des enjeux liés à la culture, à la langue, à l’analphabétisme.

En 1970, à Niamey, 21 pays dont le Bénin, le Burundi, le Cambodge, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Haute-Volta, Madagascar, le Mali, le Niger, le Rwanda, le Sénégal, le Tchad, le Togo, la Tunisie, le Vietnam créent l’ACCT. Les pays du Sud sont majoritaires. Un demi-siècle plus tard, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) comprend 88 membres dont 7 associés et 27 observateurs. Élargissement après élargissement, les pays africains dont le développement constituait l’objectif des fondateurs sont aujourd’hui minoritaires au sein de l’Organisation, de même que les 32 pays qui ont encore le français comme une de leurs langues officielles !

Au regret de Roger Dehaybe, la Francophonie semble, ces dernières années, davantage axée sur les questions politiques que sur les questions de coopération. Cela paraît se modifier. Ainsi, fort heureusement, le Secrétaire générale – Louise Mushikiwabo – entend rendre à la défense de la langue française la première place dans les actions de l’Organisation et a décidé de présider personnellement le groupe de travail consacré à la langue française. En effet, la langue française est un moyen pour contribuer au développement : éducation, économie, démocratie.

Partisan résolu de la promotion et de la défense de la langue française, Roger Dehaybe cite un article L’avenir du français se joue à Bruxelles ! paru en mai 1989 dans La Libre Belgique, article qui eut mérité de prendre sa place dans les annexes de l’ouvrage. Son raisonnement de 1989 : les deux grands ensembles politiques et économiques, le monde américain et le monde asiatique n’ont plus recours qu’à l’anglais pour leurs relations internationales. Seule l’Europe laisse encore une place encore significative à la langue française, une de ses langues officielles de travail. Nous sentons bien l’offensive du monde anglo-saxon pour tenter d’imposer l’anglais comme la langue unique des échanges. Si nous perdons la bataille du français en Europe c’est le monde de la Francophonie dans son ensemble qui sera touché et haut maternelle, découvre que cette langue ne lui assurera aucune possibilité de contacts et d’emploi dans monde, pourquoi continuerait-il à apprendre cette langue ? La victoire de l’anglais en Europe, dernière poche de résistance du français, peut conduire à terme les pays africains à revoir entièrement leurs politiques culturelles et éducatives. La bataille du français en Europe est donc un combat aussi pour le Sud.

En 1997, au Sommet d’Hanoï, la Francophonie prend un nouveau visage par la nomination d’un Secrétaire général et d’un Administrateur général. Mais la Charte qui régit leurs relations est ambigüe et peut être source de conflits. En effet, si le Secrétaire général est défini comme le « plus haut responsable de l’Agence », l’Administrateur général est responsable de la gestion et des programmes de coopération. Mais, il n’y a point eu de réelles divergences. C’est donc le souvenir d’une collaboration fructueuse que je garde de cette période et on ne soulignera jamais assez que, fort de son expérience à l’ONU, c’est Boutrons-Ghali qui a fait de la Francophonie un acteur reconnu sur la scène internationale. Quant à ses relations avec Abdou Diouf, celui-ci estime avoir été servi avec compétence, loyauté, imagination, célérité, respect et un haut esprit d’éthique. En boutade, Abdou Diouf lui a dit : tu es mon « Premier Ministre » !

Membre du Haut Conseil de la Francophonie présidé par le Président Chirac, Antoinette Spaak dans un avant-propos intitulé Un si beau parcours raconte comment, en 1983, le gouvernement de la Communauté française de Belgique a fait choix d’un homme de terrain aussi à l’aise sur le plan culturel que dans le domaine administratif. C’est ainsi que Roger Dehaybe, actif dans les milieux du théâtre et de la télévision locale, mais aussi directeur de cabinet de Ministres socialistes, a reçu la tâche exaltante de créer de toutes pièces l’embryon d’une sorte de ministère des Affaires étrangères, le Commissariat général aux relations internationales (CGRI). Devenu aujourd’hui le WBI, Wallonie-Bruxelles International. Roger Dehaybe, ce grand humaniste, a rempli son contrat avec succès (…) Mais son succès international ne fut pas moindre puisqu’en 1997, les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie le choisirent pour assumer la fonction d’administrateur général de la Francophonie. Pour Antoinette Spaak, L’ouvrage de Roger Dehaybe relate « pas à pas » de manière très concrète la genèse de ce projet tout à la fois politique, culturel et administratif, mais surtout une belle histoire humaine menée sous la houlette d’un homme visionnaire, également capable de faire passer ses visions du rêve à la réalité.

  • Le choix de la Francophonie – Un parcours belge et international – Éditions du Cygne – Collection Traces – Roger Dehaybe – 226 pages – 24€

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