LE SOIXANTIEME FESTIVAL DE SPA, DES « PÉPITES » MAIS ENCORE …

Axel De Booseré, directeur, nous annonce s’être « lancé à la recherche de pépites » pour une « édition anniversaire exceptionnelle » où « le théâtre restera au cœur du Festival ».

Très bien même si on ne  croit toujours pas que c’est par souci de promotion de la Monarchie que les mots « Festival de théâtre » ont été remplacés par « Festival Royal ».

Par ailleurs,  si c’était l’Opéra ou la Musique classique qui se trouvaient « au cœur du Festival »,  personne ne comprendrait que Bach, Mozart, Beethoven ou que Verdi, Wagner, Rossini ou Mozart à nouveau soient condamnés au silence.

Sophocle, Racine, Shakespeare, Claudel, Beckett, Aristophane, Molière, Jarry, Arrabal, Tchékhov, Audiberti, Brecht, Genet, Pinter, Eschyle, Anouilh, Hugo, Montherlant, de Ghelderode, Pirandello, Corneille, Beaumarchais, Marivaux, Musset, Wesker, Rostand, Giraudoux, Guitry, Ionesco, Feydeau, Courteline, Labiche, Fo, Obaldia, Goldoni, Sartre, Camus, T.S.Eliot, etc, etc…. n’auraient-ils pas produits quelques pépites ?  

De grands textes à faire servir par des comédiens respectueux de leur lettre et de leur esprit ?

Ces « pépites » ne se découvriront  en tout cas pas cette année cet été à Spa où je ne connais aucun des auteurs à l’affiche si ce n’est David Van Reybrouck, journaliste, historien, archéologue dont j’ai dévoré les 600 pages de sa passionnante histoire du « Congo »  et dont j’ai lu avec beaucoup intérêt l’essai intitulé « Contre les élections ».

Pourquoi cette absence de dramaturges connus ? C’est ce que nous aurions demandé à l’époque où les conférences de presse étaient encore un dialogue entre les invitants et les journalistes professionnels. Aujourd’hui il apparaît incongru de poser des questions lors d’un « show » de présentation où le directeur du festival livre pour chaque spectacle des témoignages de producteurs, de metteurs en scène et d’interprètes ou bien a recours à des vidéos. Dans ces conditions, pas question de questions ! Seuls les applaudissements polis étaient de mise. En effet, l’ordre du jour ne comprenait pas d’examen de la situation du Festival, de sa subsidiation par la Fédération Wallonie-Bruxelles, de ses recettes propres (plus de 10.000 entrées en 2018, 2.000 de plus voulues cette année), du rôle de la Ville de Spa après le départ de son Bourgmestre Joseph Houssa qui préside toujours le Conseil d’administration du Festival.  

Il me semble très probable que l’absence d’auteurs majeurs dans la programmation du Festival est en partie liée à des raisons budgétaires car beaucoup de leurs pièces nécessitent une distribution qui dépasse le petit nombre de comédiens requis par les spectacles sélectionnés. Le respect des barèmes et de la législation sociale n’autorise plus en effet à faire n’importe quoi avec n’importe qui sous le prétexte de la promotion de la culture.

La recherche de pépites conduit à un patchwork alors qu’il nous semblerait préférable de fixer une ligne pour donner au Festival une originalité et une cohérence. Par exemple la mise en valeur de ce qui en Wallonie sert l’art dramatique : un auteur comme  Armel Job, un théâtre comme l’Atelier Jean Vilar de Louvain-la-Neuve (qui programme Brecht et Shakespeare, Cyrano et L’homme de la Mancha, Garcia Lorca et Tchékov, etc…), une compagnie comme les Baladins du Miroir, les potentialités nouvelles offertes par la rénovation et le développement de l’Emulation à Liège, le travail des Conservatoires, les relations théâtre cinéma où les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne  lauréats de la mise en scène au Festival de Cannes sont Wallons et Liégeois etc… 

Cette année à Spa il n’y a plus de coopération privilégiée – comme ce fut la cas pendant quarante ans – avec un Théâtre alors  national (qui surtout aux débuts du Festival de théâtre de Spa pratiquait une politique de décentralisation abandonnée aujourd’hui par une institution devenue essentiellement bruxelloise) ou bien avec ensuite l’Atelier théâtral Jean Vilar de Louvain-la-Neuve. On joue désormais avec tout le monde y compris la Communauté flamande comme lors de spectacles importants du Festival : « Evidences inconnues», « Horses », « Fidelis Fortibus » et « Para », production du K.V.S. le théâtre flamand de Bruxelles, Royal comme le Festival de Spa.

Le spectacle anniversaire de celui-ci nous apportera lors de deux représentations  le même soir d’exceptionnelles surprises musicales et audiovisuelles. Manifestement il ne s’agira pas de dégager des perspectives d’avenir au départ d’un bilan critique des directions de Jacques Huisman  pendant plus d’un quart de siècle (1959-1986), puis après le « flop » de Jean-Claude Drouot en 1987, la reprise de Billy Fasbender et André Debaar (1988-1998) et à partir de 1999 l’animation d’Armand Delcampe (1999-2015) d’abord accompagné par  Jacques De Decker et Jean-Claude Idée puis par Cécile Van Snick qui restée seule à la barre en 2016-2017 eut la chance de voir la Ministre de tutelle Joëlle Milquet qui avait dans les faits décidé la suppression du Festival, être en avril 2016 privée de ses fonctions ministérielles et remplacée par une Spadoise d’origine Alda Gréoli qui, elle, accepta de doter le Festival ‘un nouveau contrat programme. 

Contrat suffisant ? That is the question.  D’autant qu’il est resté nécessaire de produire des œuvres réalisables avec des moyens très modestes. 

Ceci dit, nous n’allons pas exposer en long et en large   les 29 spectacles (généralement représentés au moins deux fois) qui se dérouleront en huit lieux pendant douze jours du 7 au 18 août . Cirque, danse et musique complèteront une majorité de représentations théâtrales. 

Quand on connaît le nombre de touristes flamands, néerlandais et allemands présents l’été à Spa c’est une excellente idée que d’avoir veillé à ce que près d’un tiers des spectacles soit accessible au public non francophone. 

Si j’avais une préférence à formuler, elle irait à la pièce de David Van Reybrouck »Para » non seulement parce qu’elle est jouée par un comédien Bruno Vanden Broecke ayant obtenu le « Louis d’Or » du meilleur acteur aux Pays-Bas mais aussi et surtout parce qu’elle se base  sur une recherche de deux ans menée par l’auteur dans les archives et auprès des participants à l’intervention militaire belge en Somalie en 1992 et 1993. Connaissant par la lecture de son essai historique sur le Congo la rigueur et la profondeur du travail préparatoire de Van Reybrouck, je ne doute pas du caractère décapant de la pièce qui sera jouée les 14 et 15 août prochain à Spa.

Pour ce spectacle comme pour plusieurs autres, je vous conseille vivement de réserver des places le plus tôt possible car il est au Festival de Spa fréquent que le théâtre fasse salle comble.

Pour prendre connaissance de tout le programme et effectuer les réservations, il suffit de vous rendre sur le site http://www.royalfestival.bequi est de grande qualité sous la responsabilité de Madame Justine Donnay, chargée de la communication.

Bon Festival spadois

Jean-Marie ROBERTI.

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