P-H GENDEBIEN « Mémoires »

   On ne parle pas de soi, cela n’intéresse personne … ! Cette remarque adressée lors des diners de famille aux bambins s’avisant de multiplier les je, a failli nous priver des Mémoires de Paul-Henry Gendebien. Une sentence enfouie dans mon subconscient dont sont venues à bout d’amicales pressions lui permettant de se risquer à l’exercice des mémoires.

   Dans l’avant-propos, Paul-Henry Gendebien écrit quelques lignes ne peuvent suffire à exprimer tout ce que je dois à une mère admirable : à travers les rigueurs de la guerre, Guillemette Gendebien, née Carton de Wiart, fit tout ce qu’elle pouvait pour protéger et choyer ses quatre enfants tandis que Marc, son mari et notre père, s’était courageusement évadé vers l’Angleterre pour combattre l’ennemi aux côtés des Alliés. À partir de l’été1944 (…) c’est avec une douce ténacité qu’elle me donna la première instruction scolaire. Devenue veuve de guerre à trente-et-un an, elle ne relâchera pas sa détermination à me transmettre l’appétit de la lecture et à m’initier aux arcanes du calcul élémentaire. En 1947, de l’Ardenne la famille passe à l’Entre-Sambre-et-Meuseet Paul-Henry entre en troisième primaire à l’école communale de Marbaix-la-Tour. L’instituteur Albert Thomas, s’inspirant des méthodes de Célestin Freinet, lui inculque les quatre opérations, la règle de trois et l’dizaine de lignes tout au plus, décrivant un incident, une anecdote locale, un animal observé, une chose vue. Le goût de l’écriture se développe encore au pensionnat, en gréco-latines avec l’immersion dans les richesses de la langue et ses subtilités grammaticales et orthographiques. De quoi être bien armés pour l’Univ et la vie.

   Une dizaine de chapitre dont huit consacrés aux avatars politiques et diplomatiques de Paul-Henry Gendebien qui a intitulé, ironiquement, son ouvrage Mon séjour dans la fosse aux lions de la politique belge (1). Élu le 7 novembre 1971 député du Rassemblement Wallon dans l’arrondissement de Thuin, c’est dans cette ville qu’il a entamé en 1970 sa carrière politique à la tête de Rénovation Thudinienne. Son adhésion au parti régionaliste a dit-il choqué voire irrité une partie de mon entourage familial. « Il trahit nos pères, il s’en prend à notre chère Belgique ! » Tous ne partageaient pas cette analyse. Je ne cherchais pas l’approbation ni la confrontation. Tout au plus, je tendais d’expliquer qu’une réforme de nos institutions, souhaitée au Nord, au Sud et au Centre, contribuerait à stabiliser le pays.

   Vécus de l’intérieur, tous les événements politiques marquants de ces  décennies sont présentés.

Ainsi, le 3 mars 1977 jour où le Premier ministre Tindemans se prenant pour le Vice-Roi révoque deux ministres RW Robert Moreau et Pierre Bertrand en violation de la Constitution stipulant le Roi nomme et révoque ses ministres. Ce que Baudouin a fait le lendemain. Ce coup de force politico-juridique est avalisé par le Palais Royal où l’entourage du chef de l’État soutenait encore Tindemans avec ferveur.

Ainsi, le 27 novembre 1985, au Conseil régional wallon – le nom à l’époque du Parlement wallon – le débat lié à l’admission du sénateur Volksunie Van Overstraeten élu de Nivelles par apparentement. Socialistes et écolos y sont favorables. Ils seraient de la sorte à égalité avec PSC, libéraux et l’Alliance Démocratique Wallonne formé par Gendebien. Si Jean-Maurice Dehousse a la sagesse de ne rien dire, Ylieff et d’autres se déchainent. On a même entendu Jean-Marie Happart, frère de José, prendre la défense du flamingant … Flamingant qui a porté l’uniforme de la Wehrmacht allemande pendant la guerre et il a combattu sur le front de l’Est.

Ainsi, début 1981, session du Parlement européen à Luxembourg. Un soir, au resto, Gendebien voit à sa table voisine quatre députés français, deux chiraquiens, deux mitterrandistes. Incidemment, il est témoin des prémisses d’une entente entre eux. Une entente pour un objectif circonstanciel mais essentiel à leurs yeux. Battre Giscard d’Estaing en reportant au second tour des voix chiraquiennes sur Mitterrand. Complot réussi les deux cercles « vertueux » de la gauche et de la droite s’étaient mués en un triangle vicieux !

   La vie d’un homme politique est faite de rencontres d’inconnus et de personnalités. Gendebien en évoque près d’un demi-millier dont trois Liégeois, François Perin, Jean Gol et André Cools.

À propos de François Perin, il écrit : Visionnaire ardent, analyste puissant, constitutionnaliste imaginatif, il fut l’un des orateurs parlementaires les plus écoutés à la Chambre. Les journalistes étaient friands de ses flèches percutantes. Ses dons de pédagogues faisaient merveilles dans les meetings et à la télévision. Ses talents de tribun s’amplifiaient encore parfois par sa voix tantôt chaude et vibrante, tantôt cassante et acérée. Dans certains traits de son visage, on pouvait déceler une ressemblance avec le masque de Voltaire qu’en fit le sculpteur Houdon. Il n’était pas insensible aux compliments que lui adressaient   régulièrement Jean Gol et Philippe Monfils. (…) Il était un tissu de contradictions, qui en faisaient une personnalité exceptionnelle. Quand il était en forme, sa vivacité et créativité prospective lui prodiguaient des adhésions inconditionnelles. Cependant, malgré ses analyses politiques souvent lumineuses, il était tout sauf un homme de pouvoir.

À propos de Jean Gol, il écrit : début mai, Perin avait « nommé » à l’avance deux jeunes secrétaires d’État, Gol et votre serviteur. Puis il se ravise, au lieu de Gendebien, ce sera Étienne Knoops et il envisage de proposer au lieu de Gol, le journaliste Henri Mordant, auteur de 1962 à 1969 d’une série télévisuelle consacrée àla Wallonie. Nouveau et sensationnel rebondissement : sa dévotion pour Perin n’empêche pas Jean Gol de tout faire pour rétablir la situation à son avantage, grâce à ses qualités tactiques et à la puissance de son ambition. Ne doutant de rien, il téléphone au Palais, obtient un rendez-vous immédiat. Sautant dans un taxi, il se retrouve devant le roi Baudouin, qui appréciait beaucoup le député liégeois depuis qu’il avait assisté à l’une de ses conférences à l’École Militaire. Sans détour, Jean Gol explique que Mordant ne convient absolument pas pour la fonction de secrétaire d’État à l’économie wallonne, qu’il n’a aucun profil politique, et que lui-même est disponible ! À trente-deux ans, il avait tutoyé le destin avec témérité. Il l’avait emporté, faisant preuve d’une audace qui n’avait d’égale que sa détermination. (…) C’est Jean Gol qui s’était révélé un homme de pouvoir au-dessus du commun, habile à s’orienter dans le sinueux labyrinthe de la politique.

À propos d’André Cools, il écrit : sa nature profonde, au-delà de la carapace, était celle d’un sensible, d’un émotif, à tout le moins lorsque le propos prenait une tournure personnelle et humaine. Je l’avais ressenti lorsque nous évoquâmes le sort de nos pères respectifs, tous deux disparus du fait de l’ennemi pendant la Seconde Guerre mondiale. Il me parla du sien, Marcel Cools, syndicaliste aux usines sidérurgiques Phenix Works de Flémalle, résistant, dénoncé et déporté en 1942 dans le camp de concentration de Mauthausen où il fut martyrisé dans des conditions tragiques. André Cools en portait une cicatrice cachée mais toujours présente. Orphelin à quinze ans, il s’était construit par lui-même avec l’aide des associations socialistes. Dans les années 1960, il fut l’un des parlementaires les plus fédéralistes dans un parti qui avait alors refermé la parenthèse  renardiste et qui se refusait de choisir une ligne claire. Sa réputation était celle d’un homme scrupuleusement loyal quant au respect des accords politiques. (…) Je n’avais pas affaire à des petits saints mais à des hommes de pouvoir qui défendaient leurs intérêts. La discussion pouvait être ardue mais une fois aboutie on était en droit de se fier aux signatures données, ce qui n’était pas vrai de tout le monde dans la classe politique.

   Ces trois hommes, Paul-Henry Gendebien à eu l’occasion de les revoir à Paris lorsque d’octobre 1988 à 1996, il est Délégué général auprès de la Francophonie internationale.

Il a revu André Cools : en ce début du mois de juillet 1991, le feu des passions politiques semblait s’être apaisé en lui, du moins en apparence : il était tout à son bonheur de montrer la capitale à son petit-fils. Quinze jours plus tard, le 18 juillet, Cools est assassiné.

Il a revu François Perin venu y donner une conférence : ma femme et moi l’avions reçu à déjeuner. Il était spirituel et bavard, aimable et courtois, et surtout apaisé.  

Il a revu Jean Gol : il ne croyait plus en l’avenir de l’État belge. Il m’exposait cela sans esprit de vindicte ni de regret résigné, avec une sérénité qui me surprit. (…) C’est alors qu’il ajouta (…) à savoir qu’il pensait que notre avenir, à nous autres Wallons et Bruxellois serait français. Dans quelles circonstances, sous quelle forme, à quelle date ? Nul ne pouvait encore le conjecturer avec précision, sinon par une hardiesse excessive et prématurée. (…) Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Moselle n’étant pas sans intérêt.

   Conscient qu’une Wallonie indépendante qui succéderait à une Belgique délestée de la Flandre ne survivrait pas longtemps. Outre le fait qu’elle n’est pas une nation, elle n’aurait pas les reins assez solides pour assumer sa viabilité économique et financière (…) Il me paraissait absolument nécessaire – c’était mon appréciation – de ne pas être pris de court et de préparer la population, dans la sérénité, à une solution de rechange en cas de probable sécession de la Flandre. Aussi, en 1999, Paul-Henry Gendebien vu la radicalisation du nationalisme flamand crée le Rassemblement Wallonie-France et le structure. Il cède la présidence en 2012 à Laurent Brogniet. Tandis que la Sûreté de l’État le place sur écoute téléphonique, il peut savourer en 2008, la conclusion d’une note de l’InstitutÉmile Vandervelde considérant le rattachement à la France crédible, rassurant et attrayant.

   En conclusion de son livre, Paul-Henry Gendebien considère qu’il s’est toujours efforcé de préserver son indépendance. Je ne fis que traverser la fosse aux lions de la politique belge, non sans y recevoir quelques coups généralement supportables. À vrai dire, je compris plus tard que ce huis-clos théâtral n’était guère peuplé de méchants fauves (sauf rares exceptions) mais bien plutôt de lionceaux jouant seulement à se manger les uns les autres.

  1. Mon séjour dans la fosse aux lions de la politique belge – Éditions Weyrich – 360 pages – 25 €

Sur la scène du Gai-Savoir, YALTA de Vladimir Volkoff.

C’est au Palais de Livadia, ancienne résidence d’été du tsar Nicolas II, à Yalta en Crimée que le maréchal Staline a convié du 4 au 11 février 1945 le président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt et le Premier Ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill pour déterminer l’après-guerre. Le Palais de Livadia a perdu toute sa magnificence au point que Churchill refuse d’y loger préférant résider dans une base anglaise à des dizaines de kilomètre de Yalta tandis que Roosevelt, impotent, s’en contente.

La déclaration commune, publiée simultanément à Moscou, Londres et Washington, précise notamment : « Les plans adoptés prévoient que chacune des trois puissances occupera avec ses forces armées une zone séparée en Allemagne. Il a été en outre convenu que la France serait invitée par les trois grandes puissances, si elle le désire, à occuper une zone et à faire partie de la commission de contrôle comme quatrième membre (…) Nous sommes résolus à créer avec nos alliés aussitôt que possible une organisation internationale générale pour la sauvegarde de la paix et la sécurité (…) Nous avons convenu de convoquer le 25 avril 1945, à San Francisco, une conférence des Nations  unies qui établira (…) la charte de l’organisation (…) Nous avons rédigé et signé une déclaration commune sur l’Europe libérée. Elle a la teneur suivante : « (…) Le rétablissement de l’ordre en Europe et la reconstruction de la vie économique nationale devront être réalisés par des méthodes qui permettront aux peuples libérés d’effacer les derniers vestiges du nazisme et du fascisme et de se donner les institutions démocratiques de leur propre choix… »

Les travaux de cette Conférence à Trois, présidée par Roosevelt mais dominée par Staline, ont été l’objet de discussions âpres et de retournements spectaculaires. Ainsi, le dépeçage de la Pologne au profit de l’URSS et la reconnaissance du Gouvernement polonais de Lublin au détriment du Gouvernement polonais en exil à Londres. Ainsi la rupture du Pacte de neutralité URSS-Japon de 1941 par la promesse de Staline à Roosevelt d’entrer en guerre contre le Japon nonante jours après la défaite de l’Allemagne.

En 1983, d’origine russe – son grand-père a été général du tsar et il est l’arrière-petit-neveu de Tchaïkovski – l’écrivain français Vladimir Volkoff publie Yalta.  Ce licencié de lettres classiques à la Sorbonne se fait historien. « Dans Yalta, les dialogues sont presque uniquement composés de citations, et c’est quand ils peuvent paraître les plus invraisemblables qu’ils sont le mieux authentifiés » déclare Vladimir Volkoff qui n’hésite pas à emprunter des citations d’autres Conférences internationales dont celle de Téhéran en 1943. Effectivement au Palais de Livadia à Yalta, Staline à insinué que la Manche n’était pas un obstacle pour l’Armée rouge, Roosevelt à envisagé de faire fusiller près de cinquante mille officiers allemands et Churchill s’est perdu dans des comptes d’apothicaire lors des partages d’influence.

Fin 1983, Vladimir Volkoff passe accord avec une troupe liégeoise, le Théâtre de l’Art dont le directeur est le comédien Charles Martigue pour créer Yalta à Bruxelles, en 1984. L’auteur assure la mise en scène tandis que Charles Martigue, personne à la constitution imposante est tout désigné pour le rôle de Churchill. Si le spectacle a lieu à Bruxelles, sa mise au point se déroule à Liège, une ville que Vladimir Volkoff connaît bien. En effet, il y a acquis le titre de docteur de philosophie à l’Université de Liège en soutenant une thèse d’esthétique « vers une métrique française »

La pièce Yalta est à l’affiche d’un théâtre liégeois. Trois comédiens venus de théâtres différents endossent les rôles de Staline (Roland Langevin), de Roosevelt (Serge Swysen), de Churchill (Daniel Hackier) au Théâtre du Gai-Savoir pour quatre représentations à partir du 15 octobre (1).

  • Théâtre du Gai-Savoir rue de Bassenge 12 à Liège – Représentation de Yalta : 15/10 (20h30), 16/10 (20h30), 17/10 (15h), 22/10 (20h30) – Tarif : 16€ (retraités & étudiants 14€) – Réservations : tél. 04 342 58 32, courriel gai.savoir@skynet.be

« Petit traité sur le racisme » par Dany LAFERRIERE.

Depuis son premier livre Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière, membre de l’Académie française, sort son trentième intitulé Petit traité sur le racisme (1). Non point sur les divers racismes qui pullulent un peu partout dans le monde, mais uniquement celui qui se pratique aux États-Unis contre les Noirs américains. Je concède que c’est une petite portion de la bêtise universelle qui étend ses tentacules sur les cinq continents et n’épargne personne. (…) C’est ici une affaire de Blanc et de Noir où le Blanc concentre entre ses mains tous les pouvoirs. (…) Aujourd’hui, je tricote ce triste bouquin pour dire deux ou trois choses de cette histoire du racisme.  

Le lectorat particulièrement visé par le Petit traité sur le racisme se situe dans la lignée des jeunes touchés par les mouvements Black Lives Matter, des jeunes de 14 à 25 ans. J’ai une certaine affinité avec eux confesse Dany Laferrière au journal Le Devoir. J’aime discuter avec eux. Ils ont des idées traversées par des fulgurances qui tiennent de leur nature poétique. Ils sont butés, mais capables par une sorte de sursaut de retrouver l’autre sur un terrain commun. Précisément parce qu’ils ne cherchent pas à le faire de façon volontaire. Je crois qu’ils sont sensibles à la poésie et aux textes brefs mais rythmés, et c’est pour eux que j’ai fait un livre qui s’ouvre comme un ciel d’été.

La composition de l’ouvrage est faite de chapitres courts – il y a une histoire qu’il fallait rappeler légèrement, car les jeunes gens ont d’autres chats à fouetter – et de ce que Laferrière appelle des vignettes. Conscient de ne pas retenir trop longtemps l’écoute de ces jeunes lecteurs, il a imaginé ces petites vignettes qui poussent à la réflexion. Elles sont près d’une centaine à la forme d’un poème.

Des exemples ? Le mépris ; Le racisme ordinaire est un fait / qui change l’autre, le Noir / en un monstre / sur qui il faut tirer le premier / ou un cancrelat / qu’il faut écraser de son mépris. Un autre ? L’oxygène ; Je me méfie de cette Amérique / qui clame /que c’est un jour historique / parce qu’un policier / qui a étouffé un Noir / pendant près de dix minutes / est condamné pour « meurtre involontaire » car je ne vois pas où c’est involontaire. / Lui a-t-on fait un cours sur l’anatomie / et la biologie / avant de l’envoyer dans la rue / afin qu’il sache que / l’oxygène vrai est nécessaire à la vie ? / Il est que si on ignore cela / ça devient involontaire. Enfin, une troisième vignette baptisée Stop ; Quand une femme dit NON / vous devez arrêter / quand un NOIR dit / « j’étouffe » / vous devez arrêter aussi.

Les thèmes abordés dans les chapitres courts sont variés. Il est question notamment de La case de l’oncle Tom dont Abraham Lincoln dit à l’autrice Harrieth Beecher Stowe c’est vous, la petite dame, qui êtes à l’origine de cette grande guerre, la guerre de Sécession. La case de l’oncle Tom, un ouvrage adulé en son temps, rejeté un siècle plus tard et Laferrière de se demander qui est celui qu’on aime aujourd’hui et qu’on détruira demain. Il parait que c’est notre nature de tuer ceux qu’on aime. Autre thème, le viol. Toute Blanche qui voulait la tête d’un Noir n’avait qu’à l’accuser de tentative de viol. On ne va pas toujours dire « viol », car ça risque de trop charger la réputation de la jeune fille. Alors que « tentative », c’est assez précis pour mériter une sanction définitive et assez vague pour ne pas entacher sa réputation.

Nombre de personnalités sont l’objet de chapitres courts dont Harriet Tubman, une esclave fugitive. Son travail, si on peut appeler ça un travail, consiste à faire passer des esclaves du Sud esclavagiste au Nord libre. Harriet Tubman, la Moïse noire, devait être, en 2020, la première femme noire à figurer sur un billet de banque des États-Unis, le nouveau billet de 20 dollars succédant à l’effigie du septième président américain, Andrew Jackson, partisan de l’esclavage et qui força des milliers d’Indiens à l’exode, le Sentier des Larmes. En 2017, Donald Trump arrête le projet et le reporte au moins jusqu’à 2028. Dès son entrée en charge, Joe Biden a annulé la décision de son prédécesseur, Il est important que nos billets, notre argent […] reflètent l’histoire et la diversité de notre pays et l’image d’Harriet Tubman ornant la nouvelle coupure de 20 $ les reflète de façon évidente selon son porte-parole.

 

 (1) Petit traité sur le racisme – Dany Laferrière – 216 pages – 24,95 $ – paru le 15 juin 2021 aux Éditions BOREAL (Montréal) – ISBN 976-2-7646-2693-1  

« EXEMPT DE COVID », l’Étuve chante l’amour et les désamours.

Seul théâtre liégeois installé dans une cave autrefois mûrissoir à bananes, l’Étuve a résolu le problème de l’aération en se dotant d’un purificateur d’air airvia médical. Grâce à sa forme cylindrique et son système d’entrée d’air à 360 degrés, il aspire l’air depuis toutes les directions et le rejette verticalement pour assurer un brassage de l’air efficace sans nul dérangement, ni par le niveau sonore, ni par l’air soufflé. À l’intérieur de l’appareil, l’air passe par huit étapes de filtration et de dépollution pour être purifié. En quelques minutes, l’air d’un espace de 100 à 150 mètres carrés est complétement assaini.

En outre, les sanitaires ont été mis aux normes de salubrité sans oublier le gel et les masques à l’entrée du théâtre. Ce qui a pour heureux résultat que l’Étuve est exempt de Covid comme il se dit en langue de Voltaire. Comme la billetterie doit demeurer fermée par les temps qui courent, le prépaiement des réservations se fait sur le compte BE27 7320 2709 4373.

Premier spectacle de la saison 2021-2022, Chansons en désamours mineures est un concert théâtralisé mis en scène par Pierre Meurant et interprétés par Rachel Luxen et Philippe Dengis, accompagnés au piano par Xavier-Édouard Horemans et finement éclairés par Jean-Marie Rouffart.

Quoi de mieux pour commencer que les notes de la vague de Jean Vallée je voudrais écrire mes mémoires / dans le sable chaud de l’au-delà… puis en enchainant sur la chanson des vieux amants de Jacques Brel. Bien sûr, nous eûmes des orages / vingt ans d’amour, c’est l’amour fol / mille fois tu pris ton bagage / mille fois je pris mon envol / (…) / mais mon amour / mon doux mon tendre mon merveilleux amour / de l’aube claire jusqu’à la fin du jour / je t’aime encore tu sais je t’aime.

Le décor est planté, le récit de la vie de couple peut commencer. Il y a des infidélités ; et d’autres que toi sont venus marquer leurs dents sur ma peau nue, bien sûr / bien sûr pour trouver le repos j’ai caressé leur peau / elles m’ont même trouvé beau. Il y a des états d’âme ; avec sa gueule de carême / avec ses larges yeux cernés / elle nous fait le cœur à la traîne / elle nous fait le cœur à pleurer.                                                                        

Un spectacle tout en émotion du début à la fin ; la vie ne vaut d’être vécue / sans amour / mais c’est vous l’avez voulu / mon amour / ne vous déplaise / en dansant la Javanaise / nous nous aimions / le temps d’une / chanson.

Les représentations de Chansons en désamours mineures ont lieu le dimanche 12 septembre à 15h30, le vendredi 17 septembre et le samedi 18 à 20h15. Réservation par SMS au 0492/56 29 10 ou encore par courriel à reservationetuve@gmail.com

Le programme complet de la saison 2021-2022 de l’Étuve se trouve sur www.theatre-etuve.be

En 1940, les combats des 13 et 14 mai à Haut-le-Wastia.

Les faits se sont déroulés il y a plus de quatre-vingts ans mais dans ce village, on s’en souvient comme s’ils dataient de hier. À l’époque, en 1940, Haut-le-Wastia est une commune du Condroz occidental. Aujourd’hui, c’est un hameau de la commune d’Anhée, limitrophe de la ville de Dinant.

Les chars allemands soit la 5ème et la 7ème Panzer (quelques 500 véhicules), sous le commandement du généralmajor Erwin Rommel, sont parvenus à franchir la Meuse à la fin de la nuit du 12 au 13 mai, à hauteur de l’écluse de Houx et de Bouvignes. Vers midi, le lundi 13 mai, les troupes allemandes prennent possession de Haut-le-Wastia. 

C’est sensiblement à la même heure, qu’un bataillon du 129ème Régiment d’Infanterie est envoyé de Bioul en direction de ce village. Les combats sont acharnés mais les Français ne parviennent pas à libérer le village. La suprématie allemande est due à leur contrôle du ciel. À quatre reprises, les Stukas interviennent. Un jeune pilote français, 24 ans, le sous-lieutenant Joseph Riss victime de la flotte allemande est obligé d’atterrir dans la campagne haut-le-wastiaise. Déçus, ayant éprouvés de multiples pertes, les Français ne s’avouent pas vaincus bien décidés à reprendre la lutte le mardi 14 mai.

Dans la soirée, à quelques kilomètres, à Sommières, une dizaine de chars Renault du 6e Bataillon des Chars de Combat et quelques chars Hotchkiss du 4ème Régiment d’Artillerie Motorisé parviennent à repousser les Allemands en direction de la Meuse. Mais, l’infanterie française exténuée ne parvient pas à contrôler le territoire reconquis.

Le mardi 14 mai, dès cinq heures trente du matin, avec l’aide d’éléments du 14ème Régiment des Dragons Portés et du 1er Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie la bataille de Haut-le-Wastia reprend. Elle dure une heure trente. C’est une victoire française. Le 14 mai, après une préparation de mortiers et de mitrailleuses le 2e bataillon du 14e Régiment de Dragons Portés s’est emparé d’un seul élan de la position de Haut-le-Wastia fortement occupée par l’ennemi, faisant 40 prisonniers dont un officier comme le note la citation à l’Ordre du jour des Armées. Victoire française qui a son prix ; plusieurs tués français dont le lieutenant Cherière et cent cinquante allemands morts.

Averti de la défaite subie, le généralleutnant Max von Hartlieb-Walsporn, homme au caractère faible, est pris d’une fureur inouïe. Il décide de se venger de cette victoire française en pilonnant la localité par des tirs d’artillerie drus.

Mais, à neuf heures, ordre est donné aux Dragons ainsi qu’au Groupe de Reconnaissance de Division d’Infanterie de se replier derrière la Molignée pour échapper à des menaces d’encerclement. L’ordre de repli n’atteint pas, faute de liaison, les survivants du bataillon du 129ème Régiment d’Infanterie dirigés par le capitaine Patrick Fockedey. En tout début d’après-midi, des tanks allemands font leur apparition. Ils n’ont aucun mal à réduire les positions françaises. Le capitaine Fockedey ainsi que nombre de ses hommes perdent la vie.

Les soldats morts ont été inhumés dans deux cimetières. Les allemands au cimetière militaire du Mont-des-Houx sur la rive droite, le long de la grand-route Dinant-Namur, à proximité du lieu de franchissement de la Meuse, la nuit du 12 au 13 mai. Les tombes françaises ont été entretenues et parrainées par les haut-le-wastiaises. Ces cimetières ont disparu après le conflit. Les uns ont rejoint le cimetière militaire allemand de Lommel, les autres rapatriés en France.

Pour en garder la mémoire des journées des 13 et 14 mai 1940, en 1970, un Mémorial a été érigé par des maçons du village en l’honneur des combattants français du secteur de Haut le Wastia engagés les 13 et 14 mai auxquels l’adversaire lui-même a rendu hommage. Ils ont fait de Haut le Wastia un haut lieu de résistance.

Au début du 21ème siècle se crée le Musée du Souvenir installé dans une aile de l’école communale, Place des Français. Ouvert de mai à la mi-octobre, le week-end et les jours fériés (1), le Musée du Souvenir présente quantité de photos dont une de Rommel en compagnie de François von Bismarck  à Dinant le dimanche 12 mai 1940, quantité d’objets dont un canot similaire à ceux utilisés par les allemands pour franchir la Meuse la nuit du 12 au 13 mai à Bouvignes, quantité de documents dont le brevet de commandeur de la Légion d’honneur du général Christian Bruneau qui a affronté avec ses 160 chars les 300 tanks de Rommel à Flavion le 15 mai 1940. Le Musée du Souvenir a notamment reconstitué à l’identique une des positions françaises avec son fusil mitrailleur. Sur demande, un guide du Musée du Souvenir peut conduire une visite des lieux où se sont déroulés les combats des 13 et 14 mai 40.

Aujourd’hui pour gagner Haut-le-Wastia, le plus simple est de prendre à Bouvignes, comme en 1940 sans GPS, la route vers Sommières et de tourner à droite avant d’entrer dans ce village. Bouvignes-Sommières est une voie sinueuse d’où dévala une trombe d’eau le 24 juillet 2021, comme naguère en 1977 et autrefois en 1839.

  • ( 1) De 13h30 à 18h. Possibilité d’un jour différent via le 0475 53 04 01. www.museedusouvenirmai40.be   Téléphone : 082/61 46 32 – 071/68 87 64 – 071/77 62 01

Roger Dehaybe a fait « Le choix de la Francophonie » !

Premier commissaire général aux relations internationales de la Communauté française de Belgique dès 1983 puis, en 1998, administrateur général de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Liégeois Roger Dehaybe publie aux éditions du Cygne à Paris Le choix de la Francophonie (1). Les premiers mots du livre précisent ce qu’il n’est pas : Ces notes ne sont pas mes « mémoires ». Je n’évoque ni ma jeunesse ni mes proches bien qu’ils aient joué un rôle important dans mon parcours.

L’ouvrage est divisé en trois parties. La première explique comment « à petits pas » les francophones de Belgique ont acquis une influence sur la scène internationale. Influence qui se marque par une politique dont la Francophonie est apparue, très tôt, comme une évidente priorité. La deuxième traite de ce qu’il est convenu de nommer la « nouvelle Francophonie » définie au Sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage de Hanoï en 1997, le VIIème Sommet de la Francophonie. Enfin, confrontée aux besoins du Sud et aux moyens disponibles, la troisième partie permet à la Francophonie de reprendre la réflexion quant aux priorités et, surtout, à sa « plus-value » par rapport à d’autres Organisations.

Le goût, le choix de la Francophonie est ancré depuis près d’un demi-siècle chez Roger Dehaybe. C’est le Québec et l’Afrique qui m’ont initié à la Francophonie. À Québec, en août 1974, nous sommes des milliers sur les plaines d’Abraham à écouter Gilles Vigneault, Félix Leclercq, et Robert Charlebois qui, ensemble, proposent « que les hommes vivent d’amour ». À Hanoï, en novembre 1997, le groupe des pays africains se dit d’accord d’élire Secrétaire général de la Francophonie Boutros Boutros-Ghali à condition que sitôt l’Administrateur général Roger Dehaybe soit nommé par les Ministres, ici à Hanoï. Je suis donc, plus que jamais, « Roger l’Africain ».

Ce titre, l’Administrateur général y tient. Il sait que pour un Africain, l’hospitalité implique l’adhésion aux demandes du pays qui accueille (J’aurai l’occasion de vérifier cela plus tard à Ottawa). Il sait qu’au cours de ses deux mandats et encore aujourd’hui, il a mené plusieurs combats, à ses yeux fondamentaux, dont la place des langues nationales dans l’éducation. Si l’école redevient un vrai produit « du village » alors, chaque citoyen, chaque « ancien », détenteur d’une partie de l’histoire deviendra, à sa façon, un auxiliaire de l’enseignant et l’éducation des enfants constituera une entreprise collective dont personne ne sera exclu. Paradoxalement, la langue française y gagne car c’est en substituant le partenariat à la contrainte que la langue internationale s’inscrira durablement dans la diversité culturelle de la communauté francophone.

Préfaçant Le choix de la Francophonie, l’ancien Président du Sénégal qui a été durant douze ans Secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf le qualifie de solide et généreux ouvrage. Tout est dit et bien dit. Tout est minutieusement rapporté. Une étonnante mémoire d’archives nous tient en tension avec un art consommé de raconter et de convaincre. Abdou Diouf cite Roger Dehaybe : dans un pays où la population est à 75% analphabète, quel sens a une élection dite démocratique ? Renforcer la démocratie, c’est d’abord éduquer.

Il est d’autres citations. À chaque fois, Abdou Diouf ajoute À méditer ! Tant ce livre devance la Francophonie à venir, celle qui façonnera la jeunesse et lui donnera les armes pour mieux affronter les défis à venir et toujours plus complexes. Nul doute qu’à Djerba, les 20 et 21 novembre, plus d’un participant au XVIIIème Sommet de la Francophonie soit en possession de l’ouvrage.

Lucide, Roger Dehaybe déplore une décision prise en 1991, lors du IVème Sommet de la francophonie attribuant aux Ministres des Affaires Étrangères le choix des actions de la Francophonie et de ses programmes de coopération. Ces Ministres sont davantage intéressés et concernés par les questions politiques et par les crises qui frappent tant de pays. Naguère, comme au temps de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), ce choix était du domaine des Ministres de la Culture ou de l’Éducation nationale. Des acteurs bien au fait des enjeux liés à la culture, à la langue, à l’analphabétisme.

En 1970, à Niamey, 21 pays dont le Bénin, le Burundi, le Cambodge, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Haute-Volta, Madagascar, le Mali, le Niger, le Rwanda, le Sénégal, le Tchad, le Togo, la Tunisie, le Vietnam créent l’ACCT. Les pays du Sud sont majoritaires. Un demi-siècle plus tard, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) comprend 88 membres dont 7 associés et 27 observateurs. Élargissement après élargissement, les pays africains dont le développement constituait l’objectif des fondateurs sont aujourd’hui minoritaires au sein de l’Organisation, de même que les 32 pays qui ont encore le français comme une de leurs langues officielles !

Au regret de Roger Dehaybe, la Francophonie semble, ces dernières années, davantage axée sur les questions politiques que sur les questions de coopération. Cela paraît se modifier. Ainsi, fort heureusement, le Secrétaire générale – Louise Mushikiwabo – entend rendre à la défense de la langue française la première place dans les actions de l’Organisation et a décidé de présider personnellement le groupe de travail consacré à la langue française. En effet, la langue française est un moyen pour contribuer au développement : éducation, économie, démocratie.

Partisan résolu de la promotion et de la défense de la langue française, Roger Dehaybe cite un article L’avenir du français se joue à Bruxelles ! paru en mai 1989 dans La Libre Belgique, article qui eut mérité de prendre sa place dans les annexes de l’ouvrage. Son raisonnement de 1989 : les deux grands ensembles politiques et économiques, le monde américain et le monde asiatique n’ont plus recours qu’à l’anglais pour leurs relations internationales. Seule l’Europe laisse encore une place encore significative à la langue française, une de ses langues officielles de travail. Nous sentons bien l’offensive du monde anglo-saxon pour tenter d’imposer l’anglais comme la langue unique des échanges. Si nous perdons la bataille du français en Europe c’est le monde de la Francophonie dans son ensemble qui sera touché et haut maternelle, découvre que cette langue ne lui assurera aucune possibilité de contacts et d’emploi dans monde, pourquoi continuerait-il à apprendre cette langue ? La victoire de l’anglais en Europe, dernière poche de résistance du français, peut conduire à terme les pays africains à revoir entièrement leurs politiques culturelles et éducatives. La bataille du français en Europe est donc un combat aussi pour le Sud.

En 1997, au Sommet d’Hanoï, la Francophonie prend un nouveau visage par la nomination d’un Secrétaire général et d’un Administrateur général. Mais la Charte qui régit leurs relations est ambigüe et peut être source de conflits. En effet, si le Secrétaire général est défini comme le « plus haut responsable de l’Agence », l’Administrateur général est responsable de la gestion et des programmes de coopération. Mais, il n’y a point eu de réelles divergences. C’est donc le souvenir d’une collaboration fructueuse que je garde de cette période et on ne soulignera jamais assez que, fort de son expérience à l’ONU, c’est Boutrons-Ghali qui a fait de la Francophonie un acteur reconnu sur la scène internationale. Quant à ses relations avec Abdou Diouf, celui-ci estime avoir été servi avec compétence, loyauté, imagination, célérité, respect et un haut esprit d’éthique. En boutade, Abdou Diouf lui a dit : tu es mon « Premier Ministre » !

Membre du Haut Conseil de la Francophonie présidé par le Président Chirac, Antoinette Spaak dans un avant-propos intitulé Un si beau parcours raconte comment, en 1983, le gouvernement de la Communauté française de Belgique a fait choix d’un homme de terrain aussi à l’aise sur le plan culturel que dans le domaine administratif. C’est ainsi que Roger Dehaybe, actif dans les milieux du théâtre et de la télévision locale, mais aussi directeur de cabinet de Ministres socialistes, a reçu la tâche exaltante de créer de toutes pièces l’embryon d’une sorte de ministère des Affaires étrangères, le Commissariat général aux relations internationales (CGRI). Devenu aujourd’hui le WBI, Wallonie-Bruxelles International. Roger Dehaybe, ce grand humaniste, a rempli son contrat avec succès (…) Mais son succès international ne fut pas moindre puisqu’en 1997, les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie le choisirent pour assumer la fonction d’administrateur général de la Francophonie. Pour Antoinette Spaak, L’ouvrage de Roger Dehaybe relate « pas à pas » de manière très concrète la genèse de ce projet tout à la fois politique, culturel et administratif, mais surtout une belle histoire humaine menée sous la houlette d’un homme visionnaire, également capable de faire passer ses visions du rêve à la réalité.

  • Le choix de la Francophonie – Un parcours belge et international – Éditions du Cygne – Collection Traces – Roger Dehaybe – 226 pages – 24€

CE 15 JUIN À MIDI OUVERTURE DES RÉSERVATIONS AU 62ème FESTIVAL DE SPA ; LE CORONA RÉDUIT LE NOMBRE DE PLACES : IL N’Y EN AURA PAS ASSEZ !

Le jeune collaborateur de la bourgmestre de Spa, Adrien Undorf, frais émoulu nouveau président du Conseil d’administration recevait un jour de mars 2020 un coup de téléphone lui annonçant l’annulation du 61ème Festival Royal. Avec le Directeur Axel De Booseré et son équipe, Adrien Undorf ne se résigna pas. Ensemble ils inventèrent une édition extérieure raccourcie à la merci des avatars météorologiques. Cette année la pandémie n’est pas vaincue mais les assouplissements des règles sanitaires permettent la programmation surtout dans les salles du centre culturel de 41 représentations de 21 spectacles lors de 14 soirées (dont une en avant-première) animées à nouveau par la présence de plus de cent artistes et techniciens. Pour ces retrouvailles, le nombre de places dans chaque salle sera encore réduit et il en manquera donc. Si vous êtes intéressés soyez donc prudents et réservez dès que possible. Ces réservations ouvrent aujourd’hui mardi 15 juin à midi soit par téléphone au numéro 087 47 57 04,  de midi à 18 h. du mardi au vendredi et de midi à 14 h. le samedi , soit en ligne sur le site http://www.royalfestival.be.

Afin d’éviter de paraphraser toutes les indications relatives aux 21 spectacles dont quatre créations, trois lectures et une causerie c’est ce site que je vous invite à consulter.

En ce qui me concerne je compte me déplacer sept fois à Spa entre le 10 et le 22 août afin de vous commenter quatorze des quarante et une représentations: le mardi 10 les créations de « Normal » et de « La nostalgie des blattes », le jeudi 12 de « Chat en poche » de Feydeau, le samedi 14 de « Ni oui ni non … » et de « Désir, terre et sang » d’après Federico Garcia Lorca, le lundi 16 de la lecture de « Un lundi en coulisse » et du « Départ », le mercredi 18 de la création de  « Flash Party » et de « Dimanche », le samedi 21 d’«Avant la fin » et de « Notre-Dame de Paris » d’après Victor Hugo et le dimanche 22 de la lecture de « L’appel à l’aide », de la causerie sur « Spa au temps du Prince de Ligne (1735- 1814) et … d’« Au suivant… » (annonciateur du 63ème Festival, celui de 2022 ?).

J’avoue que mes trois coups de cœur préalables vont au retour à Spa de Cécile Van Snick qui y fut la partenaire d’Armand Delcampe avant de diriger l’Atelier-Théâtre Jean Vilar de Louvain la Neuve. Je suis curieux de la découvrir dans du grand vaudeville, celui de Feydeau.

Ensuite j’espère beaucoup du spectacle Garcia Lorca que nous présenteront sous leur chapiteau « Les Baladins du Miroir » dont je suis un fan depuis de nombreuses années. Et enfin je prêterai une vive attention au témoignage de Catherine Graindorge sur la fin de la vie de son père, l’avocat Michel Graindorge. J’ai en effet connu et apprécié celui-ci, avant qu’il n’accède au barreau, quand nous militions ensemble après la grande grève de l’hiver 1960-61 contre les projets de loi sur le maintien de l’ordre du gouvernement Lefèvre-Spaak. Nos routes divergèrent car quand nous nous levions à l’aube pour aller distribuer des tracts aux ouvriers de la métallurgie liégeoise, les étudiants communistes bruxellois sous l’influence de Jacques Grippa dissertaient jusqu’aux petites heures du conflit sino-indien. Michel dirigeait cette tendance « prochinoise » et nous l’avions affublé du patronyme « Grainderiz ». Mais j’ai toujours gardé de lui un souvenir d’un militant sincère, intelligent, désintéressé et cette estime m’incite évidemment à espérer beaucoup du témoignage dramatique de sa fille.

Par contre se servir des flammes d’un incendie récent pour faire renaître comme celle d’un phénix une grande œuvre de Victor Hugo me semble constituer une gageure qui n’est pas gagnée.

Enfin j’espère l’une ou l’autre belle découverte parmi la dizaine de spectacles que j’ai ajoutés à mon agenda. Rendez-vous au mois d’août même si ce n’est pas pour toujours s’amuser comme des fous !

Jean-Marie ROBERTI

« Covid safe » l’ÉTUVE n’a « Ni dieux, ni maîtres » avec Éric Boschman!

L’Étuve rouvre ses portes le samedi 12 juin à 20h15 avec le spectacle Ni dieux, ni maîtres d’Éric Boschman. En écoutant cet œnologue érudit on est assuré de boire du petit lait … Comme la distanciation physique est de mise, une représentation supplémentaire est prévue le dimanche 13 juin à 15h30. La participation aux frais est de 20€ à virer au compte BE27 7320 2709 4373 lors de la réservation via le site https://form.jotformeu.com/etuve/reservation ou par SMS au 0492/56 29 10 ou encore par mail à reservationetuve@gmail.com. Comme la billetterie est fermée, le prépaiement est obligatoire.

Autre spectacle, le samedi 19 juin à 20h15 et le dimanche 20 juin à 15h30, celui de Rachel Luxen qui interprète les chansons de Barbara. La réservation se fait comme énoncé supra et le prépaiement (13 ou 16 €) est obligatoire.

Fermée depuis mars 2020, l’Étuve n’est cependant point demeurée inactive. Ses deux directeurs, Philippe Dengis et John Grégoire l’ont chouchouté à fin qu’elle ne sente point abandonnée. Dès que la ventilation est entré dans l’arsenal de la lutte contre le coronavirus, ils se sont mis à la recherche du matériel le plus apte à améliorer l’aération du théâtre de l’Étuve. Ils l’ont trouvé dans le purificateur d’air haute performance AIRVIA MÉDICAL.

L’appareil est non seulement beau – son esthétique est inspirée du monde de l’aéronautique et des turbines d’avion – mais aussi très efficace. Grâce à sa forme cylindrique et son système d’entrée d’air à 360 degrés, il aspire l’air depuis toutes les directions et le rejette verticalement pour assurer un brassage de l’air efficace sans nul dérangement, ni par le niveau sonore, ni par l’air soufflé. À l’intérieur de l’appareil, l’air passe par huit étapes de filtration et de dépollution pour être purifié. En quelques minutes, l’air d’un espace de 100 à 150 mètres carrés est complétement assaini.

Le théâtre de l’Étuve est l’un des premiers à s’équiper ainsi. Ses directeurs, Philippe Dengis et John Grégoire sont légitimement fiers de le déclarer Covid Safe et d’adresser ce message à leur public : Nous nous réjouissons de vous revoir vous les fidèles, pour les autres, de faire votre connaissance. Haut les cœurs !

Editions Noir Dessin : Le Livre officiel des Rues de Liège.

Depuis le 13 mars 1997 existe une convention entre le Collège communal de Liège et les Éditions Noir Dessin à charge pour elles de publier un nouveau dictionnaire des rues de Liège. En l’an 2000 paraît Le Livre des Rues de Liège qui, de la rue de l’Abarin à la rue Zabay, répertorie tout ce que Liège compte en avenue, boulevards, rues, impasses, chemins, allées et autres lieux et en narre l’histoire.

Ainsi Rue de l’ABARIN.  Rue en cul-de-sac donnant rue des Prés. L’abarin était le signal sonore, venant du fond de la mine, qui avertissait la surface que les mineurs cessaient le travail et allait remonter. L’expression « sonner l’abarin » était une altération du cri « n’abar’in », lancé aux abatteurs de charbon pour les prévenir que le travail de la journée se terminait. Anciennement, cette rue portait le nom de ‘rue de la Résistance »

Mais, comme l’a dit Michelet, Liège est une ville qui se défait, se refait sans jamais se lasser, dix ans plus tard, en 2010, Le Nouveau Livre des Rues de Liège avec l’ajout de dénominations neuves. La présentation change, chaque appellation est située à l’endroit antérieur à la fusion de commune. Une décennie plus tard, nouvel ouvrage comprenant notamment les 124 rues créées depuis 2010, Le Livre officiel des Rues de Liège.

Les Éditions Noir Dessin suivent la voie tracée par le fils d’un armurier analphabète, Théodore Gobert né en 1853. La Biographie nationale note à son propos : ses études primaires achevées, entre à douze ans, en 1865, au service du quotidien la Gazette de Liège. Il y gravit rapidement les échelons de la hiérarchie, jusqu’au poste de secrétaire de rédaction. Très tôt, il prend intérêt au passé de sa ville natale. Il commence à préparer des notices consacrées à chacune des rues de Liège et destinées à paraître dans la Gazette sous forme de feuilletons hebdomadaires. La première d’entre elles est publiée au cours de l’année 1884 ; les suivantes se succèdent plus ou moins régulièrement jusqu’en juin 1902. Au fur et à mesure de leur composition, ces notices sont tirées en fascicules qui, réunis, forment Les rues de Liége. Cet ouvrage en quatre volumes paraît en 1902 des presses de l’imprimerie Demarteau.

Le journalisme menant à tout, Théodore Gobert le quitte fin 1889, direction la Province. Il est archiviste provincial de1895 à 1920 – âge de la retraite. Le dimanche 30 mars 1930, la ville de Liège qui a financé la réédition des Rues de Liège sous le titre de Liège à travers les âges rend hommage à Théodore Gobert à l’occasion de la sortie de presse de cet ouvrage publié en six volumes par l’imprimeur Georges Thone.

Sauf erreur ou omission, Le Livre officiel des Rues de Liège comporte 1993 notices consacrées à l’ensemble des lieux liégeois. Ces 1993 notices se répartissent en 33 pour l’ancienne commune de Glain, 65 pour Rocourt, 69 pour Wandre, 88 pour Sclessin, portion de l’ancienne commune d’Ougrée, 90 pour Bressoux, 104 pour Chênée, 169 pour Jupille, 193 pour Grivegnée, 1000 pour Liège.

Ce chiffre symbolique de 1000 est obtenu par un subterfuge subtil. L’artère qui relie la rue Gérardrie à la place Saint-Denis, la rue Saint-Étienne se dédouble en rue Lambert Lombard, modification de la dénomination rue Saint-Étienne comprise entre la rue Gérardrie et la place Saint-Denis !   

Outre un chapitre relatif aux ponts, un autre est voué aux femmes et métiers « féminins » auxquels un nom de rue a été attribué. Pour savoir si une dénomination de rue est féminine ou masculine, rien ne vaut une indication de prénom dans l’intitulé. Ainsi, la rue Léopold se range incontestablement dans les dénominations masculines et de même, la rue de la Madeleine dans les dénominations féminines.

En 2010, Liège comptait 332 rues comportant un prénom masculin et 22 comportant un prénom féminin. L’écart était de 310.  En 2021, Liège compte 353 rues comportant un prénom masculin et 40 comportant un prénom féminin. L’écart est de 313.

Liège n’est pas la seule ville à se doter d’un ouvrage tel Le Livre officiel des Rues de Liège et comme elle veut se métamorphoser en « smart city », n’y-a-t’ il pas lieu de s’inspirer de l’exemple de La Marsa, ville tunisienne qui a été, durant un siècle et demi, la résidence d’été des beys de Tunis. Son maire, Moez Bouraoui, en s’appuyant sur une start-up tunisienne, a installé des plaques de rue intelligentes. Le journal La Presse explique comment les passants curieux et intéressés par l’histoire des noms de ses rues, inscrits sur ces plaques, peuvent scanner le code QR qui va leur permettre d’accéder à toutes les informations historiques sur les personnages qui ont été choisis pour baptiser ces rues.

En innovant de la sorte, Le Livre officiel des Rues de Liège passerait d’une version papier de 504 pages (30 €) à une version numérique qui permettrait à la population de la Cité ardente et aux touristes de connaître Liège à travers les siècles.

La B.A. de Liège ; l’Échevinat du BÊA !

Naguère, à Liège, les matières relatives aux animaux se partageaient entre Bourgmestre et Échevins en fonction de leurs compétences. Depuis le 3 décembre 2018, date d’entrée du nouveau Conseil communal, le Bien-Être Animal – acronyme BÊA – se voit confié à un Échevinat dont Christine Defraigne (MR) est titulaire. Pour elle : Le Bien-Être animal est une valeur fondamentale de notre société qui symbolise le vivre ensemble, le respect et l’harmonie. Aujourd’hui, le Bien-Être animal est une compétence à part entière et mérite que les politiques s’y intéressent et instaurent des mesures visant à lutter contre la maltraitance et la négligence des animaux. Ils ne sont pas des objets, ils sont des êtres vivants dotés de sensibilité.

La création de l’Échevinat du BÊA intervient deux mois – jour pour jour – après l’adoption par le Parlement de la Wallonie du Code du Bien-Être animal (109 articles) qui soumet notamment la détention d’un animal à un permis dont chaque citoyen dispose automatiquement et sans formalité. Ce qui signifie que chacun peut détenir un animal sauf si une décision administrative ou judiciaire le lui interdit via le retrait de ce permis.

La Ville de Liège entend être un laboratoire des mesures qui visent à améliorer le bien-être animal en Wallonie. Elle se veut pionnière dans le développement de cette compétence. L’Échevinat du BÊA peut compter sur le vétérinaire communal, le Docteur Philippe Schutters et une cellule de la police communale composée d’un Inspecteur principal, de deux Inspecteurs et deux suppléants en charge des dossiers relatifs au bien-être animal. Qui peut le mieux porter aide et assistance à un animal victime qu’un vétérinaire, qui peut le mieux constater les infractions au Code du Bien-Être animal et recevoir des plaintes que la police constamment sur le terrain.

Si Liège veut le bien-être animal, en revanche les cas de maltraitance, négligence ou cruauté envers les animaux sont malheureusement nombreux à Liège. Outre les chats ou chiens comme animaux de compagnie, il y une recrudescence des NAC – nouveaux animaux de compagnie – qui ont des besoins spécifiques mal connus des néophytes les accueillant. Ainsi en est-il des  257 reptiles – sur les 11.000 espèces connues – qu’il est permis d’accueillir en qualité de NAC.

L’Échevinat du BÊA entend sensibiliser les enfants à l’importance du bien-être des animaux et ancrer dans leur esprit que tout animal est un être vivant doté de sensibilité qui a des droits, à l’instar de l’être humain. À cet effet, il réalise des petites capsules vidéo éducatives, envoyées aux écoles qui le souhaitent comme support pour un cours plus général.

Notre photo montre la trop petite cage où était enfermé Volt, un faisan. Pour éviter que Volt ne fonce dans les barreaux, son propriétaire avait placé un dispositif électrique sur batterie par-dessus la cage. Aujourd’hui, le calvaire de Volt est terminé grâce à l’action de l’Échevinat du BÊA.