La débâcle de Liège.

Au prétexte que tant à la Région, au Fédéral ou à l’Europe, le Cdh forme une équipe soudée, ce parti indique dans son tract électoral comment bien voter. Nous vous recommandons de voter pour un maximum de candidats de nos listes. Si vous votez pour tous les candidats, chacun recevra une voix pleine et entière. Dans sa sagesse, le législateur n’a pas voulu que l’électrice, l’électeur soit confronté.e à un choix cornélien. Moralité, le nombre de votes de préférence est supérieur à celui des bulletins marqués en faveur d’un ou plusieurs candidats. À ces bulletins s’ajoutent les bulletins marqués en tête de liste pour former le chiffre électoral déterminant le nombre d’élu.e.s. Les votes de préférence jouent un rôle dans la dévolution des sièges attribués à la liste. Ainsi, aux élections communales du 18 octobre 2006, Jean-Pierre Grafé classé en quarante-neuvième position obtient le deuxième siège du CdH.

Au dernier scrutin communal de Liège, le PS a obtenu 25.191 bulletins marqués en faveur d’un ou plusieurs candidats alors qu’il obtient 57.217 votes de préférence soit plus du double, 2.27. Le MR a un chiffre légèrement supérieur, 2.50. Le classement des autres partis en lice : PTB 2.72, DéFI 2.78, CdH 3.31, ex-aequo Vert Ardent et VEGA 3.70.

Ce qui signifie qu’au sein de l’électorat optant pour le vote de préférence, celui du PS vote en faveur de 2 candidat.e.s 27 tandis que celui de VEGA vote en faveur de 3 candidat.e.s 70. Ce qui signifie aussi que la réalité des voix de préférence ne correspond pas à celle affichée. Ainsi, les 11.293 voix attribuées à Willy Demeyer sont à diviser par 2.27 soit 4.975 voix et les 1.300 voix attribuées à François Schreuer sont à diviser par 3.70 soit 352 voix. Compte tenu de ce que chaque personne dans tout électorat ne se comporte pas individuellement de la même manière, les chiffres corrigés sont susceptibles de plus ou moins légères réductions ou augmentations.

Autrefois, c’est-à-dire il y a cinquante, soixante ans, le vote en tête de liste avait la cote. Depuis, le vote préférentiel l’emporte. Généralement, les partis signalent les deux manières de voter valablement, la tête de liste et le vote préférentiel pour un ou plusieurs candidats. Le CdH innove en ne mentionnant pas la tête de liste et en recommandant de voter pour un maximum de candidats voire pour tous les candidats.

Un vent de panique paraît régner au CdH. Il est vrai qu’en extrapolant sur base du dernier sondage Ipsos-Le Soir-RTL-VTM-Het Laatste Nieuws, le politologue Pascal Delwit, professeur à l’ULB,  prévoit que le président du CdH, Maxime Prévot ne serait pas élu député fédéral dans la circonscription électorale de Namur. À cela s’ajoute la débâcle de Liège. En vingt-quatre ans, du 9 octobre 1994 au 14 octobre 2018, le PSC reconverti en CdH est passé de 12 sièges à 3 sièges au Conseil communal de Liège, 75% de perte en cinq scrutins !   

Pourtant, en octobre 2018,  le CdH a présenté une liste de nouvelles têtes en quête d’un mandat électif et parmi ces têtes une ministre, Vice-Présidente du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Vice-Présidente du Gouvernement wallon. On allait voir ce qu’on allait voir. La ministre a fait 581 voix de préférence. 581 à diviser par 3.31 soit moins de 200 voix. Comme il vaut mieux faire envie que pitié, le CdH en recommandant à chaque membre de son électorat de voter pour un maximum de candidats voire pour tous, les candidat.e.s y compris la ministre Vice-Présidentes aurait pu se targuer de 5.202 voix, score des bulletins marqués en faveur d’un ou plusieurs candidats obtenus par le CdH le 14 octobre 2018 !

Les élections du 26 mai.

26 mai, jour d’élection pour près de huit millions d’électeurs – 3.870.047 hommes et 4.119.755 femmes – âgés de 18 ans ou davantage. Selon leur lieu de résidence, le choix de scrutin varie. Si ces personnes habitent la Région wallonne ou flamande, elles émettent trois suffrages, un pour le Parlement wallon ou flamand, un pour la Chambre des représentants et le troisième pour le Parlement européen. Pour les personnes qui habitent les neuf communes de la Province de Liège constituant la Communauté germanophone du Royaume, à ces scrutins s’ajoutent l’élection des vingt-cinq membres du Parlement de la Communauté germanophone.

Enfin, pour les personnes habitant la Région de Bruxelles-Capitale, c’est un peu plus complexe. Si elles optent – peu importe leur langue d’usage – pour le rôle linguistique néerlandais ou français, le nombre d’élus diffère. Le choix du rôle linguistique néerlandais permet d’élire les dix-sept membres au Parlement bruxellois, les six membres au Parlement flamand, les douze membres du Collège électoral néerlandais au Parlement européen. Le choix du rôle linguistique français permet d’élire les septante-deux membres au Parlement bruxellois, les huit membres du Collège électoral français au Parlement européen. Le corps électoral bruxellois procède à l’élection des quinze membres bruxellois  à la Chambre des représentants.

Le 26 mai 2019, les personnes habitant la Région de Bruxelles-Capitale – 588.203 inscrits sur les listes électorales – auront à la Chambre, le choix entre douze listes. Le 25 mai 2014, le choix était beaucoup plus large. À l’époque, vingt-deux listes briguaient les suffrages bruxellois. Une formation politique qui compte actuellement treize parlementaires à la Chambre, le S.PA (Socialistische partij anders) ne figure pas parmi les douze listes de 2019. Il est vrai qu’en 2014, le S.PA n’avait recueilli que 9.613 suffrages. L’électorat socialiste flamand de la Région de Bruxelles-Capitale est orphelin de son parti. Le PS emmené par l’enfant de Beyne-Heusay, Ahmed Laaouej a néanmoins sur ses listes un candidat S.PA, Mohamed Adahchour, de manière à ce que l’électorat socialiste flamand ne s’égare point vers une des cinq listes flamandes adversaires des socialistes.

La Constitution belge prescrit ; le vote est obligatoire et secret. Il est interdit de voter hors l’isoloir. L’isoloir est un passage obligé. Qui refuse d’y entrer est noté comme absent. Cette personne rejoint le camp des abstentionnistes qui, en dépit de l’obligation constitutionnelle, excède les dix pour cent du corps électoral. Ce camp était inférieur à sept pour cent en 1985. Dix pour cent, le chiffre paraît minime, il représente une population avoisinant les sept cent mille personnes. Il est étonnant que les formations politiques héritières des partis qui ont entamé, au dix-neuvième siècle, le combat en faveur du suffrage universel – le SU comme on disait à l’époque –  ne mène pas durant leur campagne électorale, en même temps, une lutte contre l’absentéisme, fléau social.

En principe, huit jours après la proclamation des élu.e.s, il appartient au procureur du Roi d’établir la liste des électeurs qui n’ont pas pris part au vote. Ceux-ci sont appelés par simple avertissement devant le tribunal de police qui statue sans appel. Une première absence est punie d’une réprimande ou d’une amende de cinq à dix euros ce qui oblige l’abstentionniste à payer, compte tenu des décimes additionnels, quarante à quatre-vingts euros. En cas de récidive, l’amende est de dix à vingt-cinq euros. Le multirécidiviste est rayé des listes électorales pour dix ans et pendant ce laps de temps, il ne peut recevoir aucune nomination, ni promotion, ni distinction, d’une autorité publique.  

Les électrices et électeurs ayant un empêchement légitime à leur devoir d’aller voter ont la possibilité de donner procuration à une autre personne pour aller voter à leur place dans son bureau électoral. Le fait notamment d’être malade, infirme, prisonnier, étudiant, en voyage à l’étranger constituent des empêchements légitimes qui doivent être attestés de diverses manières.

Le bulletin de vote prend la forme papier dans trois-cent nonante-six communes du Royaume et la forme du vote électronique avec preuve papier dans cent quatre-vingt-cinq communes réparties pour cent cinquante-sept en Région flamande, dix-neuf en Région de Bruxelles-Capitale et neuf en Communauté germanophone. Sur papier ou en vote électronique avec preuve papier, le vote est valable émis en case de tête de la liste ou en vote préférentiel pour un ou plusieurs candidats effectifs et/ou suppléants. Sur un bulletin portant vote de liste et vote préférentiel, il n’est pas tenu compte du vote de liste.

Hormis le Parlement européen qui exige de ses candidat.e.s d’avoir l’âge de vingt et un ans, tous les autres scrutins du 26 mai sont ouvert à la candidature dès l’âge de dix-huit ans. Chacune des élections du 26 mai a sa propre législation. Ainsi, le Parlement wallon connaît l’apparentement dans les provinces de Hainaut, de Namur et de Liège. Ainsi, le Parlement de la Communauté germanophone et le Parlement bruxellois n’ont point de candidat.e.s suppléant.e.s.

PARLEMENT EUROPÉEN.

Sur trois des sept listes du Collège électoral français du Parlement européen figurent des anciens présidents de parti, Benoît Lutgen au CdH, Olivier Chastel au MR, Paul Magnette au PS.

À la différence des anciens présidents qui se sont mis en première place de leur liste, l’actuel président du DéFI, Olivier Maingain, a choisi de pousser la liste emmenée par Benoît Cassart, éleveur bovin à Porcheresse, secrétaire général de la Fédération du commerce de bétail et viande, licencié en sciences économiques de l’UCLouvain.

Quant à l’épouse du président du Parti Populaire (PP), Mischaël Modrikamen, la secrétaire-générale Yasmine Dehaene, est tête de liste de ce parti.

Confondant quelque peu les élections européennes avec la course cycliste Bordeaux-Paris, Paul Magnette a signalé qu’élu il ne siègerait pas. En quelque sorte, installé sur son derny, Magnette entraîne dans son sillage Marc Tarabella, parlementaire européen depuis 2004 !

Les neuf communes germanophones situées en province de Liège forment le Collège électoral germanophone. Outre les six partis représentés au Parlement de la Communauté – CSP, ProDG, SP, PFF, Vivant, Ecolo -, un septième parti, Dier Animal, est candidat aux élections. En l’absence d’une présentation de liste par les parlementaires, la formalité prévoyant le recours aux électeurs pour le faire nécessite deux cents signatures à récolter parmi les 49.441 électeurs du Collège électoral germanophone tandis qu’il en faut cinq mille dans les deux autres Collèges.

À l’exception de deux candidats ayant réalisé le plus mauvais score en 2014, le Christlich Soziale Partei (CSP) présente aux élections du 26 mai 2019 une liste identique à celle du 25 mai 2014 qui valut à Pascal Arsimont le siège de l’unique député européen germanophone de Belgique.

L’électorat de langue allemande a dû attendre les élections du 12 juin 1994 et l’instauration du Collège électoral germanophone pour obtenir un élu germanophone. Ce premier élu a été le CSP Martin Grosch qui a siégé durant vingt ans.  

Au contraire des autres scrutins qui nécessitent la nationalité belge pour se porter candidat.e., les élections européennes sont ouvertes à chacun.e de nationalité d’un pays de l’Union européenne âgé.e de 21 ans. Trois partis – Ecolo, MR, DéFI – jouent la carte de liste transnationale. Directrice associée du Lisbon Council, un groupe de réflexion spécialisé dans les politiques européennes d’innovation, Stéphanie Lepczynski, française d’origine polonaise, est candidate Écolo. Candidat MR à une place de combat, Nicolas Barnier, fils du négociateur du Brexit, est l’assistant parlementaire à l’Assemblée nationale de Grégory Besson-Moreau, député LREM de l’Aube. Chez DéFI, la candidate Véronique Lederman, directrice générale du Service social juif est française, docteur en sciences de gestion.

 Si dans tous les pays de l’Union européenne, la représentation proportionnelle est de mise tout comme l’exigence de cinq pour cent des suffrages exprimés pour participer à la répartition des élus, chaque pays est libre de choisir le système de vote. La plupart dont la Belgique ont choisi la liberté de voter pour un ou plusieurs candidats d’une liste, cinq pays – Allemagne, Espagne, France, Hongrie, Roumanie – pratiquent le système des listes closes c’est-à-dire que les électeurs ne peuvent pas changer l’ordre des candidats sur les listes.

PARLEMENT WALLON.

Pour l’élection du Parlement wallon, le nombre de circonscriptions électorales est passé de treize à onze par la fusion de Charleroi et Thuin ainsi que celle des deux circonscriptions du Luxembourg. Il y a le même nombre de candidatures à la suppléance qu’il y a de candidat.e.s titulaires. En province de Liège, il y a trois circonscriptions électorales, Liège, Verviers et Huy-Waremme qui élisent respectivement treize parlementaires, six et quatre soit un total de vingt-trois personnes dans un Parlement de septante-cinq membres.

Treize listes sont en lice dans la circonscription de Liège. Trois nouvelles listes présentent des candidat.e.s ayant concouru sous d’autres casaques en 2014. La liste 24, Wallonie Insoumise a, en troisième place effective un ancien candidat de MG. La liste 26, Demain a trois ancien.ne.s  candidat.e.s de VEGA. La liste 13, Listes Destexhe a un ancien élu du PP, Pierre-André Puget. Les trois autres listes nouvelles – liste 20, Dier Animal, liste 23, Nation, liste 25, Collectif citoyen – présentent des candidat.e.s parlementaires pour la première fois. Seule parmi les listes nouvelles, la liste 26, Demain présente une liste complète de vingt-six candidat.e.s titulaires et suppléant.e.s.

Parmi les sept listes ayant participé au scrutin du 25 mai 2014, toutes présentent des listes complètes et l’une a changé de nom. La liste 11, DéFI, la nouvelle appellation du parti d’Olivier Maingain, est emmenée par Camille Périlleux. Pas moins de sept femmes – Véronica Crémasco (Écolo), Alda Greoli (CdH), Vanessa Cibour (PP), Camille Périlleux (DéFI), Alice Bernard (PTB), Leticia Knevels (Nation), Abigael Lechanteur (CC) – sont en tête de liste à Liège. Aucune circonscription ne fait mieux. La circonscription la plus machiste est celle de Charleroi-Thuin où seule une femme emmène une des treize listes.

Toutes les candidatures de DéFI sont nouvelles. Sur Listes Destexhe, vingt-cinq têtes sont nouvelles. Au PP, vingt-quatre nouvelles têtes, deux anciennes candidates. Au PTB, vingt-deux nouvelles têtes, quatre anciennes. L’élu PTB en 2014, le Blégnytois Frédéric Gillot est laissé sur la touche. Deuxième titulaire au PTB en 2014, Sophie Lecron est candidate aux européennes. Au CdH, vingt nouvelles têtes, six anciennes. L’actuelle cheffe de groupe CdH au Parlement wallon, Marie-Dominique Simonet est candidate aux européennes. Écolo aligne également vingt nouvelles têtes et six anciennes. Le PS présente dix-neuf nouvelles têtes et sept anciennes. Hassan Bousetta est candidat aux européennes. Venant de la onzième place où elle avait été élue suppléante, Zoé Istaz-Slangen est devenue, le dix décembre 2018, la plus jeune députée wallonne. Classée en 2014 sixième suppléante, elle obtient en 2019 la deuxième place en suppléance. Le MR aligne dix-huit nouvelles têtes et huit anciennes.

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS.

Les dix provinces et la Région de Bruxelles-Capitale constituent les circonscriptions électorales fédérales. L’élément neuf de la campagne est la présence dans les cinq provinces wallonnes d’une liste du parti flamand d’extrême-droite, le Vlaams Belang. Liste incomplète au niveau des candidats effectifs – un seul candidat – mais complète au niveau des candidat.e.s suppléant.e.s – six – le nombre requis. Quel est le but poursuivi par le VB ? Il tient du symbole. Sa présence en Wallonie est incongrue mais le VB considère incongrue la présence en Flandre d’une liste DéFI. En ajoutant le financement des voix recueillies en Wallonie à sa dotation obtenue en Flandre, le VB réalise un transfert Sud Nord alors qu’il demeure adversaire des transferts du Nord vers le Sud.  Un sou est un sou se dit le VB. C’est toujours bon à prendre !

Quinze listes sont en lice pour recueillir les suffrages des sept cent septante sept mille quatre cent dix-huit personnes appelées à voter en province de Liège. Sur les deux cent soixante-cinq candidat.e.s de la cuvée 2019, il n’y en a que vingt-sept qui étaient déjà présents à l’un des trois scrutins de 2014. Le renouveau politique ou le dégagisme des anciens a très largement joué lors de l’élaboration des listes.

Chez Écolo, cinq rescapés : Sarah Schlitz, Khalid Hamdaoui, Nicolas Parent, Matthieu Content, Muriel Gerkens. Cinq rescapés également au CdH : Vanessa Matz, Jean-Paul Bastin, Thierry Ancion, Christine Servaes, Benoît Drèze. Le MR est davantage conservateur : Daniel Bacquelaine, Kattrin Jadin, Philippe Goffin, Mélissa Trevisan, Françoise de Laminne de Bex, Katty Firquet, Magali Dock, Jean-Claude Meurens, Laura Iker, Gilles Foret. Le PP conserve son unique élu à la Chambre Aldo Carcaci auquel il adjoint Sabine Snyders. Deux rescapés également au PTB : Raoul Heudebouw, Rafik Rassaa. Au PS, trois rescapé.e.s placé.e.s aux trois premières places de la liste : Frédéric Daerden, Julie Fernandez-Fernandez, Christophe Lacroix.

Par le train, vous y êtes.

Surprise pour les voyageurs embarqués à Liège à bord du train de 17h. en direction d’Ostende le 1er mai. L’itinéraire leur a été donné … en flamand ! Une manière comme une autre d’affirmer la justesse du nouveau slogan de la SNCB « par le train, vous y êtes» ! Un slogan inspiré de celui de l’ancienne compagnie aérienne belge « Avec Sabena, vous y seriez déjà ».

Une amitié artistique aux 125 ans du Vieux-Liège.

Le Vieux Liège a 125 ans (cfr Liège 28 du 6/1/19). 125 ans, ça se fête. Première manifestation au Musée de la Vie wallonne avec deux historiens de l’art Nadine de Rassenfosse – arrière-petite-fille du peintre Armand Rassenfosse – et Xavier Folville qui ont évoqué l’amitié artistique entre Gustave Serrurier-Bovy et Armand Rassenfosse devant une salle comble. Très comble même au point que la capacité de la salle a été inférieure au nombre de personnes désireuses d’assister à la conférence. Preuve que les combats du Vieux Liège n’ont jamais été vains, ils ont donné à la population le goût du patrimoine, rien aymez s’il n’est cognu.

Né en 1858, Gustave Serrurier entreprend à l’Académie des Beaux-Arts des études d’architecte. Étudiant, il vitupère la manière d’enseigner et il n’est pas certain qu’il ait acquis son diplôme. Architecte – le titre n’est pas protégé -, Gustave Serrurier est aussi commerçant. Au 38 rue de l’Université, il exploite avec sa femme Marie Bovy un commerce de produits exotiques et de meubles. Il est également industriel. Utopiste, On érige en vérité cette idée fausse que les modestes, les simples ne peuvent (…) posséder la jouissance artistique et que toute aspiration esthétique leur est impossible sinon interdite. (…) C’est à cette catégorie de travailleurs, que j’appelle artisans faute d’un vocable plus précis, que je voudrais montrer que l’art n’est nullement au service de la richesse seulement. […] Il faut que la grande masse participe à la vie artistique.

Utopiste, pas ébéniste, il présente, en 1884, à Bruxelles, au Salon de la Libre Esthétique un cabinet de travail, en 85, une chambre d’artisan. Production industrielle, en bois blanc, de meubles brevetés tout comme l’ameublement des maisons ouvrières à Cointe lors de l’Expo universelle de Liège en 1905. Il ouvre des succursales à Bruxelles, rue Neuve, à Paris, boulevard Hausmann, à  La Haye, à Nice. Il participe à l’Expo universelle de Saint-Louis aux États-Unis, en 1904.

L’année précédente, il édifie, au parc de Cointe, sa villa Art nouveau avec notamment une mosaïque d’Auguste Donnay, l’Aube. Séduit par le mobilier de Serrurier qui ne se bornait pas qu’au bois blanc, un Argentin lui confie, en 1908, la construction d’une grande villa à Mar del Plata. Toute la décoration intérieure a été conçue et réalisée à Liège et installée par des ouvriers liégeois. Bref, du Calatrava avant l’heure !

Cadet de Gustave Serrurier, Armand Rassenfosse est né en 1864. Après ses secondaires à Saint-Servais et à l’Athénée de Namur, il est voué à travailler dans le commerce paternel en Vinâve d’Île alors qu’il a l’âme d’un artiste. Autodidacte, il pratique la gravure.  Quand il rompt avec l’entreprise familiale, il est engagé par l’imprimeur Auguste Bénard où il rejoint Auguste Donnay et Émile Berchmans en qualité d’affichiste. On lui doit notamment une affiche vantant le genièvre la croix rouge !

Admirateur de Félicien Rops dès son adolescence, en septembre 1888, il s’enhardit – Rops a la réputation d’être inaccessible – à le voir dans son atelier parisien. Réaction de Rops vos estez d’Lîdge et le courant passe. Rops introduit Rassenfosse dans les milieux artistiques et littéraires parisiens. Ensemble, ils mettent au point une nouvelle pratique du vernis mou, le ropsenfosse. La complicité des deux artistes en dépit de la différence d’âge – 31 ans – est totale au point que Rassenfosse est l’exécuteur testamentaire de Rops. C’est un admirateur passionné de Rops, Eugène Rodrigue, président des Cent Bibliophiles, qui passe commande à Armand Rassenfosse de l’illustration des Fleurs du Mal, au tirage limité à 130 exemplaires. La quarantaine atteinte, Rassenfosse est tout entier à la beauté féminine, Poyette, Baudelaire et sa muse, Le peignoir jaune, Les lutteuses et autres Hiercheuse. Chaque modèle serait liégeoise pour autant que Rassenfosse ait suivi le conseil de Rops ; Prends garde aux Flamandes et aux Hollandaises. Fais des Liégeoises …

En 1899, délaissant le petit atelier que lui avait construit Gustave Serrurie dans sa vaste propriété, Rassenfosse confie à l’architecte liégeois Paul Jaspar l’érection de la maison familiale rue Saint-Gilles, au 366. Maison qui faillit de peu d’être démolie, dans les années septante, lors de l’édification de la piste de ski de l’autoroute Bruxelles-Liège. La maison est double, une partie habitation, une partie atelier. Double escalier, double passage … qui lui permettent de donner un accès discret tant aux modèles qu’aux amis artistes parmi lesquels James Ensor. Avec un siècle d’avance, Armand Rassenfosse réalise le rêve des milléniaux, séparer vie professionnelle et vie privée. Dans la partie atelier, une presse qu’utilisent également d’autres artistes tels Adrien de Witte, Auguste Donnay et du mobilier de Serrurier dont notamment un bureau aux multiples tiroirs. La maison-atelier qui, au dire de Paul Jaspar, est du style Vieux Liège du XVIIe siècle classée depuis 2009 au Patrimoine immobilier culturel de Wallonie. Avec son contenu, elle a été léguée par la petite-fille Claire de Rassenfosse à la Fondation Roi Baudouin pour en faire un lieu culturel.

La SNCB innove …

D’ordinaire, c’est après avoir commis une gaffe que l’on s’excuse. C’est le train-train habituel. La Société nationale des chemins de fer belges sort de ces rails et innove.

Pour preuves, ces deux courriels adressé l’un à 16h20 : Bonjour, suite à une erreur technique, vous avez reçu un e-mail intitulé « Bonjour, votre voyage s’est-il bien passé ? ». Veuillez ignorer le message reçu précédemment. Toutes nos excuses pour le désagrément. L’équipe SNCB international.

L’autre est parvenu cent quarante-neuf minutes plus tard, à 18h49 : ENQUÊTE  DE SATISFACTION Bonjour,  Nous espérons que votre voyage avec InterCity Pays-Bas s’est bien passé. Afin d’améliorer la qualité des services offerts à nos voyageurs, pourriez-vous participer à notre enquête de satisfaction (5 à 10 minutes) ? Les réponses obtenues dans le cadre de cette enquête seront traitées de façon anonyme.

Après avoir répondu à une quarantaine de questions, il vous est demandé si vous souhaitez tenter votre chance pour gagner un voyage aller-retour en 1ère classe pour deux personnes  en train InterCity Pays-Bas. Une véritable aubaine pour qui n’a jamais voyagé dans ce pays en train.

Vif, ironique, l’essai engagé du réunioniste Louis Nisse.

 Comment peut-on penser qu’un peuple qui a inventé les histoires belges, pensant ainsi qu’il existe des gens plus cons que lui, ce qui le rassure, s’intéressera à votre livre ? Telle a été la réponse d’un éditeur parisien au liégeois Nisse, auteur de Ma blessure française (1). Pourtant, Louis Nisse croyait avoir frappé à la bonne porte puisqu’une collection de cet éditeur Paroles singulières est vouée à des récits de vie, représentatifs d’un pays ou d’une région. Parfait résumé de Ma blessure française qui présente Liège, la Wallonie à la France en un propos attachant, vif, ironique et souvent mordant, n’épargnant personne, tant les pédants, les cuistres, les affairistes, les politicards, les faux-culs que les salopards de l’avis de Max Chaleil, directeur des Éditions de Paris.

Réunioniste depuis toujours – une de ses premières élocutions, à l’âge de 16 ans, au collège Saint-Servais a pour thème le réunionisme -, Louis Nisse estime n’avoir aucune chance d’être publié par les maisons d’édition belges, la plupart sont bruxelloises et, partant, belgicaines. Dès lors, horresco referens, l’auteur – à contrecœur – recourt à des multinationales américaines pour publier en ligne, mais (…) aucune maison française n’a osé prendre le risque.

Essai engagé et polyphonique divisé en cent-quinze chapitres dont certains ont été rédigés il y a une dizaine d’années, Ma blessure française est l’œuvre d’un érudit qui trouve reposant le commerce de gens intelligents ! (.. .) Les imbéciles m’angoissent. Mes vains efforts pour les amender m’épuisent, m’irritent, me donnent envie de les fustiger, réveillent ma violence et intolérance enfouies.

Ces chapitres sont d’inégales longueurs. Une vingtaine de pages est consacrée à  Liège, née du chant, chapitre à la mémoire de Jacques Stiennon, un chantre érudit de Liège et de son histoire. Liège qui durant dix-sept mois, d’août 1789 à janvier 1791, le temps de la Binamèye revolucion a été un état sans monarque. Deux ans avant toi, France. Liège qui, le 17 février 1793, vote le rattachement à toi. Pas à la France des rois, mais à celle de Valmy.  Après la victoire de Fleurus, nous les Liégeois, Français d’adoption, allions de nouveau accueillir en libératrice ton armée, celle de Sambre-et-Meuse. Nous dûmes bientôt déchanter, car (…) la République se conduisait chez nous comme en terre étrangère (…) Page noire. (Lors de ta Joyeuse Entrée, France, tu feras bien de nous restituer quelques -uns de ces trésors ! Pourquoi pas La conversion de Saint-Paul de Bertholet Flémal (…), la dalle funéraire de Jean de Coronmeuse (…), quelques précieux manuscrit de l’abbaye de Saint-Laurent ?).

Né en 1944, Louis Nisse est le fils d’Yvonne, une Béarnaise et d’Amédée, un Liégeois qui se sont rencontrés à Pau, lors de l’exode en 1940. En chemin, le Liégeois a croisé Georges Simenon, haut-commissaire aux réfugiés belges pour la Charente-Inférieure ayant  une piètre opinion de ceux dont il avait la charge. D’où altercation terminée à l’adresse du romancier par un sonore Vos-èstez come li coucou. Vos-avez pus d’bètch qui d’cou !   

Sa maman, sa sœur, ses grands-pères, grand-mères, oncles, tantes, cousins, cousines figurent dans cette autobiographie  rénovée. Louis Nisse ne dissimule rien : Henriette (…) on lui dit la cuisse hospitalière. Par moment, c’est quasi un Dallas liégeois-palois et son univers impitoyable. Décidément, elle n’avait jamais pardonné à Yvonne de lui avoir volé Amédée (…) J’adressai à Jeanne une lettre où je l’assassinais avec déférence, l’éviscérais avec douceur. Quant à son père qui lui parla si peu, pour l’évoquer, il faut que je recoure à d’autres qui en parlèrent. Tel ce docteur Baillen de l’Académie Royale Liégeoise de Billard qui note que roux comme le chien de Saint-Roch (…) il n’en continua pas moins à appuyer parfois un peu fort sur l’apéritif et sur le digestif et … Mme Nisse vient alors lui rappeler gentiment et discrètement qu’il est, lui aussi, marié sous le régime dictatorial.  En dépit de cet environnement familial, Louis Nisse estime que la carence de fraternité, le manque de contacts, même physiques, avec des garçons de mon âge, plomba ma vie sociale. Et empoisonna ma vie amoureuse.

Soixante ans d’école qui vont d’élève à Saint-Paul à professeur  à l’École européenne de Luxembourg. De Saint-Paul, Louis Nisse a notamment conservé des rédactions, un bulletin où  son instituteur observe qu’il est bavard ! jouette ! et un bon point sur lequel est marqué Naître, souffrir et mourir, voilà toute la vie de l’homme. Puis le secondaire chez les Jésuites suivi par la philologie romane à l’Unif de Liège. Une formation à laquelle s’ajoute l’expérience menant tout droit à cette œuvre littéraire, jubilatoire et poétique.

Je suis né dans l’église désaffectée de Saint-Hubert, transformée en maison sous l’Empire. L’appartement  des Nisse se trouvait au premier étage de cette église du XIIIème siècle qui fut rasée en 1975. Le drame de ma maison natale est emblématique du traitement qui fut réservé à maints quartiers anciens de Liège. Amoureux des anciennes demeures à pans de bois, Louis Nisse – paysan de Liège car son quartier Saint-Hubert est un village à trois minutes du centre de la ville – a été initié à l’architecture civile liégeoise par Joseph Delaxhe, président du Vieux-Liège.

J’ai rempli des cahiers entiers de descriptions et d’analyses des saccages et des pillages de notre patrimoine immobilier et mobilier (…) Qu’un tel furieux – il se nomme Jean Lejeune – ait pu imposer ce diktat en dit long sur nos édiles (…) grand est le désintérêt de la plupart pour la culture. Tes citoyens mesurent mal, France, leur chance d’avoir eu beaucoup de représentants lettrés – en dépit de récentes exceptions. Louis Nisse a milité dans des commissions pour l’inscription dans un plan d’aménagement du périmètre de l’église Saint-Hubert comme zone d’intérêt historique et archéologique. En dépit des promesses, échec. Et sur cet enjeu si fort pour moi, je perdais (…) C’était la volonté d’un échevin de l’urbanisme et des finances, peu sensible à la protection du patrimoine architectural et archéologique (…) Note, France, que j’évite de trop charger ce cher Bill, car il t’aime et est rattachiste – « rattachiste de raison », dit-il.

Comme il y a davantage dans deux têtes que dans une, terminons cette recension de Ma blessure française par l’opinion de Valmy – le bien nommé en l’occurrence – Féaux, ancien ministre-président de la Communauté française de Belgique, sur cet ouvrage : J’ai pris grand plaisir et grand intérêt à vous lire. […] Le plaisir de la lecture, c’est aussi la qualité de votre plume […] et la richesse de votre vocabulaire […]. Même les phrases souvent longues rebondissent tel un ruisseau sur ses cailloux et redeviennent fluides. Et puis les allers et retours dans le récit de votre vie sont vivifiants.

( 1) Sur liseuse, Ma blessure française – Louis Nisse – ISBN ISBN: 9781719860932  – 929 pages – 10€ 14

Sur liseuse Kindle, Ma blessure française – Louis Nisse – ISBN ISBN: 9781719860932  – 929 pages – 9€90

Ma blessure française – Louis Nisse – 610 pages – ISBN ISBN: 9781719860932   – livre broché – 20 € 04 – Amazon https://www.amazon.fr/Ma-blessure-Française-Louis-Niss€e/dp/1719860939

 

A l’Étuve, cabaret PARIS à voir!

Au Théâtre de l’Étuve, Philippe Dengis a voulu donner sa vision  de Paris, non pas tel qu’il est, mais tel que je l’aime. Il a réussi son pari en créant PARIS, le mot et la chose, cabaret improbable avec la complicité d’Éve Brasseur, Christine Collignon, Philippe Bodart, Édouard Niles, Francesco Nobile et le pianiste Éric Closset. Le Paris que Philippe Dengis met en scène est le Paris de Montmartre, des cabarets à strip-tease, le Paris des poètes, des chansonniers, de Fernandel, d’Yves Montand, de Jacques Prévert, mais aussi du Paris sous les bombes. Toujours avec le sourire ou le rire franc, un brin de nostalgie…

Mélodies de toujours : Paris, c’est du champagne ! /Paris, c’est de l’amour… / C’est le pays de cocagne / Où le temps paraît trop court; / L’esprit, que l’on y gagne, / Au cœur chante toujours, / Car Paris c’est du champagne, / Du champagne et de l’amour ! ou encore Jolis bas noirs et blanches la dentelle / Trottins troussé et jupons retroussés /  Grandes cocottes ou frivoles donzelles / C’est tout cela qui fait notre Paris / C’est tout cela qui fait notre Paris.

Que du plaisir, que des plaisirs mais parfois Mon père, je m’accuse d’avoir fait ce que vous savez / Avec qui vous savez / D’abord il m’a troussée jusqu’où vous savez / Puis avec l’air que vous savez / Il a sorti ce que vous savez / Et là, il m’a demandé de lui faire ce que vous savez.

Nostalgie quelquefois : Il n’y a plus d’après / À Saint-Germain-des-Prés  / Plus d’après-demain, plus d’après-midi  / Il n’y a qu’aujourd’hui  / Quand je te reverrai  / À Saint-Germain-des-Prés

De la gravité aussi  lorsque le cabaret évoque le temps vieux de quelques septante-cinq ans et davantage où Paris a connu la guerre : Je twisterais les mots s’il fallait les twister / Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez / Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers / Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés / Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants / Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.

Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! Tout peut recommencer comme avant Paris, c’est du champagne ! /Paris, c’est de l’amour… et il est revenu le temps de chercher un millionnaire Je Cherche Un Millionnaire, / Un type chic qui voudrait bien d’moi, / Au moins une fois par mois.

De l’esprit mutin voire coquin, PARIS, le mot et la chose, cabaret improbable est à l’affiche de l’Étuve en février et début mars (1). C’est un spectacle à recommander tant il a de l’entrain et de la joie. Deux heures de pur bonheur et d’intense gaité.

  • (1) 15, 16, 22, 23 février 1, 2 mars à 20h15 et dimanche 24 février à 15h30 – Réservation : par SMS au 0492/ 56 29 10 ou par courriel à reservationetuve@gmail.com